Nach Genre filtern

Aujourd'hui l'économie, le portrait

Aujourd'hui l'économie, le portrait

RFI

Chaque vendredi, le service éco de RFI vous propose de découvrir une personnalité qui fait l'actualité économique de la semaine.

126 - Abigail Disney: la mauvaise conscience du numéro un mondial du divertissement
0:00 / 0:00
1x
  • 126 - Abigail Disney: la mauvaise conscience du numéro un mondial du divertissement

    Dans un rapport paru cette semaine, l’Observatoire européen de la fiscalité prône la mise en place d’une taxe de 2 % sur le patrimoine des milliardaires partout dans le monde. Un combat qu’incarne depuis longtemps Abigail Disney. Petite fille d’un des fondateurs de « l’empire Disney », elle réclame depuis longtemps que les plus riches soient plus taxés. 

    Abigail Disney est la petite fille de Roy O. Disney qui a fondé avec son frère Walt le numéro un mondial du divertissement que l'on connaît aujourd'hui. Elle a hérité à la naissance d’une partie de sa fortune, plus de 100 millions de dollars. À 63 ans, l’héritière devenue productrice et réalisatrice est donc ce qui se rapproche le plus de la définition littérale d’une « princesse Disney ». Si on se contentait de ces informations, on pourrait penser que par réflexe, elle frémirait en lisant les recommandations du dernier rapport de l'Observatoire européen de la fiscalité paru lundi 23 octobre et qui prône une taxe minimale de 2 % sur les milliardaires dans le monde. « Aujourd’hui les milliardaires payent entre 0 et 0,5 % de leur fortune. 2 %, ça resterait modeste par rapport au taux de croissance de la fortune des milliardaires qui a été en moyenne de 7 % par an depuis la fin des années 1990 », rappelait cette semaine l’économiste Gabriel Zucman qui dirige l’observatoire. Une taxe « modeste » mais qui rapporterait tout de même 250 milliards de dollars par an aux États.

    « Je ne peux pas rester là, les bras croisés, à accumuler de la richesse simplement parce que je l'ai héritée »

    Personne n’a eu l’occasion de lui poser la question, mais on peut affirmer qu’Abigail Disney applaudirait des deux mains. Si Abigail était l'une des héroïnes des films Disney, elle serait Rebelle ou Elsa, le personnage principal de La reine des neigescelle qui chante qu’elle refuse de mentir et d’être « une princesse parfaite ».

    « Quand mon grand-père et mon grand-oncle ont fondé Disney, la classe moyenne et la classe ouvrière avaient les moyens d'élever une famille dignement », rappelle-t-elle régulièrement. « Mais regardez les États-Unis aujourd'hui ! J'ai parlé avec des travailleurs de Disneyland : ils n'ont même pas de quoi se payer de l'insuline ! C'est inacceptable. Je ne peux pas rester là, les bras croisés, à accumuler de la richesse simplement parce que je l'ai héritée ! » Alors Abigail est devenue la mauvaise conscience de Disney.

    Le public a d'abord entendu parler d'elle en 2018, quand elle s'en est prise publiquement à Bob Iger, l'actuel patron de Disney qui venait de s'offrir un salaire à 65 millions de dollars, soit 1400 fois le salaire médian au sein de son entreprise. La polémique est venue alimenter les revendications des syndicats de chez Disney. Elle a aussi placé au cœur du débat politique les propositions de deux candidats aux primaires démocrates, Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Abigail Disney est aussi productrice de films engagés défendant des idées progressistes et féministes. Elle a elle-même signé un documentaire sur Disney sorti en 2022 : Le rêve américain et autres contes de fée.

    « Avoir Disney pour nom de famille, c'est comme avoir un super pouvoir qu'on n'a pas demandé »

    « Avoir Disney pour nom de famille, c'est comme avoir un super pouvoir qu'on n'a pas demandé », dit-elle dans la bande-annonce du documentaire. Dans ce film, elle raconte comment un employé d’un parc Disneyland lui a écrit un jour et comment elle en est venue à s’intéresser aux conditions de travail chez Disney. On la voit demander à une assemblée de travailleurs du parc assis autour d’elle : « Qui parmi vous connait quelqu'un qui travaille à Disneyland et dormait dans sa voiture ces deux dernières années ? » Toutes les mains se lèvent... « Ce n'est pas seulement l'histoire de Disney. C'est l'histoire de la moitié des travailleurs américains qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts », dit-elle encore dans ce documentaire.

    Elle ne se contente pas de mener ce combat dans ses films, elle a aussi rejoint une association qui s'appelle Les millionnaires patriotes - Patriotic Millionaires - et qui mène un lobbying intense pour exiger de payer plus d'impôts. En avril dernier, ils ont donné une conférence de pressedevant le Capitole à Washington où elle a pris la parole : « Il faut changer notre système fiscal pour que l'impôt soit réellement progressif : ça veut dire que les gens qui gagnent à peine de quoi vivre ne doivent quasiment rien payer, et à l'inverse, il faut largement augmenter les impôts sur les très gros revenus. Mon grand-père avait un taux d'imposition de 90 %, et ça ne l'a pas empêché de faire fortune ! »

    À lire aussiÀ Davos, rencontre avec ce millionnaire qui veut payer plus de taxes

    Fri, 27 Oct 2023
  • 125 - Beyoncé et Taylor Swift, portraits croisés de véritables businesswomen

    L'une vient de battre le record de la tournée de concerts la plus rentable de l'histoire pour une artiste féminine avec 596 millions de dollars de recette. L'autre pourrait bien la dépasser dès la fin de The Eras Tour l'an prochain. Beyoncé et Taylor Swift, deux chanteuses américaines devenues des businesswomen.

    Beyoncé Knowles, 42 ans, vient de boucler sa neuvième tournée baptisée Renaissance World Tour. Selon le magazine Forbes, « Queen B», comme certains la surnomment, pèse 540 millions de dollars. Autrement dit, 200 millions de moins que sa benjamine Taylor Swift. La fortune de la chanteuse de 33 ans est actuellement estimée à 740 millions de dollars. Et elle ne va faire que s'amplifier grâce à sa tournée The Eras Tour. Elle doit s'achever en août prochain et devrait dégager près d'1,5 milliard de dollars, selon les experts.

    Aujourd'hui considéré comme une popstar d'envergure mondiale, Taylor Swift a commencé sa carrière dans la musique country. Rien à voir avec la pop aux fortes influences soul et RnB de Beyoncé. L'interprète de Crazy in Love est afro-américaine, engagée dans la lutte anti-raciste : elle a chanté à la cérémonie d'investiture du président américain Barack Obama en 2013. De son côté, Taylor Swift habite à Nashville dans le Tennessee. Elle arbore des boucles blondes dignes d'une princesse Disney.

    « Gagner de l'argent, c'est aussi une forme de prise de pouvoir féministe » - Morgane Giuliani journaliste et autrice

    Malgré leurs styles différents, les deux stars s'entendent très bien. Elles ont d'ailleurs posé ensemble sur le tapis rouge de la première du film de Taylor Swift le 11 octobre dernier.

    Selon Morgane Giuliani, journaliste culture et autrice du livre « Féminismes et musiques », ce qui réunit les deux artistes, c'est aussi leur féminisme. « Gagner de l'argent, c'est aussi pour elle une forme de prise de pouvoir. D'autant que l'industrie musicale est très cruelle, basée sur des lois qui souvent spolient les artistes.»

    Selon le directeur de la Réserve fédérale des États-Unis (FED), partout où Taylor Swift s'est produite, la star a provoqué un boom des réservations dans les hôtels et restaurants. La même chose est à prévoir pour ses concerts - déjà complets - à Paris et Lyon l'an prochain.

    Les fans viennent de toute l'Europe et sont prêts à payer jusqu'à 250 euros. En mai dernier, les places les plus chères pour voir Beyoncé au Stade de France étaient à 200 euros.

    Des places de concerts jusqu'à 250 euros en France

    Mais les revenus des deux stars ne viennent pas uniquement de leurs tournées. Beyoncé et Taylor Swift tentent toutes les deux d'enrailler la chute des ventes en sortant régulièrement des éditions limitées de leurs albums. De vrais petits bijoux qui donnent aux fans l'envie de les collectionner. Ce phénomène va de pair avec le merchandising.

    Et puis, il y a le placement de produits et les partenariats commerciaux. Les deux idoles américaines vendent leur image. Selon Paul Muller, professeur d'économie à l'université de Lorraine spécialiste de la créativité dans l'industrie musicale, c'est ici que se situe la principale différence avec d'autres stars de la chanson. «Avant, l'industrie musicale était organisée selon une approche de marché. D'abord la production musicale, puis la tournée et enfin le merchandising. Alors que ce qui distingue Taylor Swift et Beyoncé, c'est qu'elles ont une approche basée sur la constitution d'une communauté fidèle grâce aux réseaux sociaux. »

    Pour dégager des millions, Beyoncé et Taylor Swift investissent aussi les salles de cinéma. L'interprète du titre Cuff it va sortir le film de sa tournée le 1ᵉʳ décembre prochain. Taylor Swift l'a sorti le 13 octobre dernier. Elle a réalisé le plus gros démarrage pour un film de concerts, dégageant 96 millions de dollars en un seul week-end. À titre de comparaison, le record était jusqu'ici détenu par Justin Bieber avec un total de 73 millions de dollars pour le film de sa tournée en 2011.

    Fri, 20 Oct 2023
  • 124 - Claudia Goldin, prix Nobel d'économie et détective

    Le prix Nobel d’économie 2023 a été décerné à Claudia Goldin Cette économiste de 77 ans, professeure d’économie à Harvard est récompensée pour ses études sur les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Elle devient la première femme à être - seule - lauréate du Prix.

    Claudia Goldin ne se considère pas que comme économiste : « J’ai toujours voulu être détective,répond-elle au téléphone du jury du prix Nobel qui l’appelle peu après sa récompense. Je mène ce travail de détective dans des documents d’archives. Il fut un temps où nous n'avions pas cette énorme quantité de données à notre disposition : il fallait donc les exhumer. »

    Claudia Goldin va donc passer sa vie à éplucher les données et les statistiques dans les bibliothèques, dans les registres des banques et des entreprises et compile deux-cents ans d’histoire économique. Cette fouille minutieuse lui permet de dessiner une courbe de l’évolution de la participation des femmes au marché du travail sur deux siècles.

    L’économiste montre que la participation des Américaines au marché du travail n’évolue pas comme on pourrait le croire, de façon linéaire et continue dans le temps, mais plutôt selon les époques et les bouleversements économiques.

    Au début des années 1800, les femmes travaillaient par exemple massivement dans le secteur agricole. Ce n’est que plus tard, au moment de la révolution industrielle au XIXe siècle, qu’elles se retirent peu à peu de la vie active pour ensuite y revenir à partir des années 1960.

    Inégalités de salaires, discrimination à l’embauche

    Ses travaux permettent en lumière les inégalités en fonction des genres. Bien qu’une partie des écarts de rémunération entre les hommes et les femmes s’expliquent par des différences d’éducation ou de choix professionnels, Claudia Goldin démontre que l’arrivée du premier enfant est un facteur déterminant d’accroissement des disparités salariales entre les hommes et les femmes.

    À la fin des années 1960, Claudia Goldin décrit aussi l’avènement d’une « révolution silencieuse » avec l’arrivée de la pilule aux États-Unis. Dès lors, explique la chercheuse, les Américaines n’hésitent plus à se lancer dans de longues études comme dans le droit ou la médecine. « Pour elle, la contraception donne aux femmes le moment de choisir quand elles vont avoir des enfants et donc des carrières qui nécessitent un certain investissement,note Cecilia Garcia-Peñalosa, directrice de recherche au CNRS et membre de l’École d’économie Aix-Marseille (AMSE).Claudia Goldin considère que c’est une liberté médicale mais qui donne aussi une liberté énorme aux femmes. »

    Pionnière

    Née à Brooklyn en 1946, Claudia Goldin se rêvait d’abord biologiste. Mais c’est à l’université qu’elle découvre l’économie. En 1990, elle deviendra d’ailleurs la première femme à la tête du département d’économie de l’université de Harvard.

    Ce lundi 9 octobre, Claudia Goldin est devenue la première femme, récompensée seule, depuis la création du Prix Nobel d’économie en 1968. Les deux précédentes lauréates, la Française Esther Duflo (2019) et l’Américaine Elinor Olstrom (2009) l’avaient partagé avec des hommes (Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour la première, et Oliver Williamson pour la seconde).

    Pionnière, Claudia Goldin l’est aussi à travers ses recherches. Personne comme elle n’avait auparavant combiné histoire et théorie économique sous l’angle de l’étude de la place des femmes sur le marché du travail, ce qui fait d’elle un pilier de « l’économie de genre ».

    « Pour combattre les inégalités, mieux faut-il les comprendre, les mesurer et voir les dynamiques à l’œuvre, analyse Hélène Périvier, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et l’une des héritières de Claudia Goldin. La participation des femmes au marché du travail dans les pays riches et démocratiques, c'est le phénomène socio-économique majeur du XXe siècle. Donc travailler sur cette question-là, récompenser les travaux qui sont venus éclairer ces dynamiques, ça me semble être quelque chose de tout à fait positif. »

    Seuls 16% des économistes sont des femmes

    Lundi, à l’annonce de son prix Nobel, Claudia Goldin a salué une récompense « très importante » mais rappelé qu’il « reste de grandes inégalités ». Exemple, au sein même de sa discipline, l’économie où les Américaines ne représentaient, d’après une étude de 2017, que 16% des effectifs. C’est ainsi pour tenter d’inverser la tendance qu’elle a créé un programme pour inciter les jeunes filles à se diriger vers un cursus économique.

    « Claudia Goldin, explique Hélène Perivier,a permis d’éclairer la situation des femmes sur le marché du travail aux États-Unis. C’est une façon de voir quelle partie du chemin nous avons parcouru et quelle partie il reste à parcourir pour atteindre l’égalité. »

    Fri, 13 Oct 2023
  • 123 - Xavier Niel à la conquête de l'intelligence artificielle

    Avec un investissement de 200 millions d'euros, Xavier Niel, le patron de Free entend s'insérer dans un marché jusqu'ici dominé par les grandes entreprises américaines. Portrait d'un milliardaire autodidacte aux ambitions marquées.

    Xavier Niel se lance à la conquête de l'intelligence artificielle. Huitième fortune française selon le magazine économique Forbes, le patron de Free a investi 200 millions d'euros. Il veut devenir le champion européen de l'intelligence artificielle. Il vient effectuer le plus gros investissement jamais réalisé en Europe dans le domaine.

    Avec ces 200 millions d'euros, le patron d'Iliad - la maison mère de Free - ne peut pas espérer rivaliser avec les acteurs américains du secteur. Microsoft a déjà investi plusieurs milliards de dollars tout comme Meta et Google.

    Un homme d'affaires philanthrope

    Mais, il va se doter d'un supercalculateur, miser sur des start-up et monter un laboratoire de recherche à Paris. Passionné de nouvelles technologies, Xavier Niel met donc les moyens pour faire une belle entrée dans la course à l'intelligence artificielle, selon Mehdi Triki responsable des relations publiques et institutionnelles chez France IA.

    L'objectif de Xavier Niel est donc de proposer des services aux entreprises qui souhaitent développer leurs applications dans le domaine de l'intelligence artificielle.

    Le milliardaire veut mettre en place une alternative à des services aujourd'hui majoritairement proposés par des entreprises américaines. Plus qu'un grand patron français, son ambition c'est de devenir un patron de stature internationale.

    Co-auteur de la biographie Xavier Niel, la voie du pirate sortie en 2016 aux éditions First, Emmanuel Paquette, journaliste pour le site d'investigation économique l'Informé, l'affirme : « Xavier Niel considère qu'aujourd'hui, pour faire bouger le monde, il vaut mieux être journaliste qu'homme politique. » Une conviction qui l'a notamment poussé à fonder l'Ecole 42 en 2013.

    Il s'agit d'une école orientée sur l'apprentissage du code informatique, gratuite et sans condition de diplôme. Elle compte 49 campus à travers 28 pays, en Europe, Asie, Amérique du Sud et en Afrique. L'école 42 est présente au Maroc, en Angola et à Madagascar. Le recrutement des futurs élèves du campus d'Antananarivo est en cours pour une ouverture de l'école prévue en début d'année prochaine.

    Actionnaire du groupe Le Monde

    Il a récemment racheté les parts du Tchèque Daniel Kretinsky pour près de 50 millions d'euros, selon le Financial Times.Des parts que le milliardaire s'est empressé de reverser au Fonds pour l'indépendance de la presse. Une manière d'investir intelligemment dans son image. Xavier Niel, c'est aussi l'homme qui a rendu internet accessible à tous les Français en forçant ses concurrents à baisser leurs prix pour se caler sur les offres de Free.

    Solveig Godeluck a cosigné la biographie de Xavier Niel avec Emmanuel Paquette, elle est à présent correspondante du journal Les Échosaux États-Unis. « Il s'est forgé une image de Robin des Bois, à raison. Ensuite, il est entré dans l'establishment et aujourd'hui, il peut s'acheter des beaux costumes, des œuvres d'art et il a ses entrées à l'Élysée. »

    Des débuts dans le Minitel rose et les sex-shops

    Aujourd'hui, Free est le quatrième opérateur de téléphonie mobile français et le deuxième dans l'Internet via la fibre avec un chiffre d'affaires de plus de sept milliards et demi d'euros l'an dernier.

    Mais Xavier Niel n'a pas commencé en 2003 avec la première Freebox. Dans les années 1980, il se lance dans le Minitel Rose et investit dans des sex-shops. Des débuts qui lui ont valu deux ans de prison avec sursis et 250 000 euros d'amende pour recel d'abus de biens sociaux. Un passé dont il n'aime pas parler, pas plus que de sa vie privée et notamment de son mariage avec Delphine Arnault, la fille du PDG de LVMH.

    Après la sortie de leur livre, les journalistes Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette ont reçu des pressions de la part de Xavier Niel. « Il était mécontent et a menacé de nous faire un procès », avoue Emmanuel Paquette. Une procédure finalement abandonnée.

    À lire aussiIntelligence artificielle: la concurrence entre les géants du web s'intensifie

    Fri, 06 Oct 2023
  • 122 - Shawn Fain, président du puissant syndicat UAW

    Le portrait de l’économie nous emmène aux États-Unis. Depuis deux semaines, une partie des travailleurs syndiqués de l’industrie automobile sont en grève pour des augmentations salariales et d’autres avantages contre les trois constructeurs américains : General Motors, Ford et Stellantis. À la tête du syndicat des travailleurs unis de l’automobile, l’UAW selon l’acronyme américain, il y a Shawn Fain, une personnalité au style offensif. Décryptage avec Guillaume Naudin à Washington.

    C’est valable pour ses relations avec les patrons de l’industrie automobile, mais aussi au sein même de son propre syndicat. Il le dirige depuis le mois de mars dernier. Il a réussi à évincer la direction sortante, un peu à la surprise générale, même s’il est membre du syndicat depuis 30 ans et que deux de ses grands-parents étaient déjà dans le métier. Et ce que vous allez entendre, ce sont ses premiers mots à la tribune après son élection :

    «Let’s get ready to rumble ! (Préparons-nous à la bagarre !) »

    Les amateurs de boxe auront peut-être reconnu la formule consacrée de l’animateur de combats Michael Buffer, très connu ici. Il a même joué son propre rôle dans un film de Rocky. Voilà donc la première image que Shawn Fain, natif de Kokomo, dans l’Indiana, a voulu donner de lui. C’est dire son état d’esprit dans cette grève qui pour la première fois touche les trois constructeurs en même temps.

    En effet, c’est donc un style sans concession et c’est nouveau.

    Oui, les précédents dirigeants du syndicat des travailleurs de l’automobile étaient davantage dans la négociation. Mais ça, c’était avant. C’est une question de personnalité et c’est aussi une question d’opportunité et d’environnement, selon le chercheur principal des études économiques de la Brookings Institution, Harry Holzer.

    « Il est plus agressif dans sa recherche d’un bon accord que ce que nous avons vu de la part d’anciens présidents. Mais est-ce que c’est lié à lui ou aux circonstances ? Les travailleurs ont abandonné beaucoup de choses pour sauver ces entreprises pendant la crise financière, il y a environ quinze ans. Et les salaires restent plus bas que ce qu’ils étaient à l’époque. Les entreprises se sont rétablies et font des bénéfices très importants. Donc, toutes ces circonstances créent un environnement dans lequel Shawn Fain peut être plus agressif et plus exigeant. Et au passage, c’est aussi peut-être qu’il y a beaucoup de grèves en ce moment aux États-Unis, beaucoup de groupes syndicaux. C’est dans l’air du temps depuis la pandémie que les syndicats soient plus agressifs, pour différentes raisons. Et peut-être que ça l’encourage aussi. »

    Et, en effet, Shawn Fain n’hésite pas à tenir un discours assez inhabituel aux États-Unis.

    En début de semaine, Joe Biden s’est rendu sur un piquet de grève à Detroit, pour apporter son soutien aux grévistes. C’était la première fois qu’un président faisait ça de mémoire d’historien. Il a parlé au total moins d’une minute trente. Shawn Fain, lui, a parlé plus longtemps. Pour dire que son syndicat était en guerre contre la cupidité des entreprises ; la classe des milliardaires, les élites et les PDG, sous le regard un peu circonspect du président, qui s’est bien gardé d’apporter son soutien à cette partie du discours. C’est un fait, Shawn Fain n’aime pas les milliardaires. Il refuse d’ailleurs de voir l’ancien président Donald Trump, lui-même venu courtiser le vote ouvrier à Detroit.

    « Je ne vois pas l’intérêt de le rencontrer parce que je ne pense pas que ce type ait le moindre intérêt pur ce pourquoi nos travailleurs se battent et ce pourquoi la classe ouvrière se bat. Il sert la classe des milliardaires et c’est ce qui ne va pas dans ce pays. »

     Et Shawn Fain est très direct avec ses interlocuteurs.

    Oui, difficile de dire si c’est une technique de négociation qui consiste à demander beaucoup pour obtenir un bon résultat, mais il demande près de 40% d’augmentation sur quatre ans, ainsi que la semaine de 4 jours payés 5 jours. Il l’exige, même. C’est parce qu’il pense qu’il en a les moyens. Son syndicat a une caisse de grève estimée à plus de 800 millions de dollars. Et toute historique qu’elle soit, cette grève ne concerne pour l’instant que 18 000 syndiqués sur 150 000. Bref, Shawn Fain en a encore sous la pédale et ne se prive pas de poser des ultimatums aux constructeurs en les menaçant d’aller plus loin. 

    Fri, 29 Sep 2023
Weitere Folgen anzeigen