Filtrer par genre

Les dessous de l'infox, la chronique

Les dessous de l'infox, la chronique

RFI

Info ou intox ? Chaque semaine, RFI épingle une de ces tentatives de manipulation de l’information, pour en expliquer les ressorts. Vous souhaitez que «Les dessous de l'infox» vérifie la véracité d'une déclaration, d'une photo ou d'une vidéo... qui circule sur les réseaux sociaux, joignez-nous sur notre numéro WhatsApp + 33 6 89 07 61 09.

224 - Nigeria: les fausses Unes de journaux se multiplient avant l'élection
0:00 / 0:00
1x
  • 224 - Nigeria: les fausses Unes de journaux se multiplient avant l'élection

    Au Nigeria, la commission électorale a publié samedi 12 septembre la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle du 16 janvier 2027. Le président sortant Bola Ahmed Tinubu fera notamment face à Atiku Abubakar, ancien vice-président, et Peter Obi arrivé troisième lors de la présidentielle de 2023. Alors que la campagne électorale bat son plein, la désinformation s’intensifie sur les réseaux sociaux. Un mode opératoire revient en boucle : la fabrication de fausses Unes de journaux.

    C’est le cas de cette couverture attribuée au journal anglophone Daily Tribune, en date du 1er septembre 2026. Le titre principal, en lettres majuscules, prétend rapporter une promesse prétendument formulée par Atiku Abubakar. On peut y lire : « Aucun Nigérian ne paiera de loyer quand je deviendrai président ». Certains affirment, à tort, que le candidat du Congrès démocratique africain (ADC) aurait annoncé une « peine de prison de 10 ans pour les propriétaires qui continueraient de percevoir un loyer ».

    Vérification faite, tout est faux. Sur la forme d’abord, cette Une de journal a été inventée de toutes pièces. Le média en question, le Daily Tribune, n’existe pas. La charte graphique imite assez grossièrement celle du quotidien anglophone, Nigerian Tribune. En réalité, leur couverture du 1er septembre ne parle pas d’une telle annonce.

    Sur le fond, Atiku Abubakar n’a jamais promis la gratuité des logements. Un membre de son équipe a dénoncé sur X « une affirmation entièrement fausse ne reflétant pas les opinions » de l’ancien vice-président.

    Un média fantôme

    Atiku Abubakar n’est pas la seule victime de ce type de manipulation. Bola Ahmed Tinubu et son ministre des Finances, Taiwo Oyedele, en ont aussi fait les frais ces dernières semaines. Une couverture, encore attribuée au Daily Tribune, affirme que le président sortant aurait annoncé une hausse exceptionnelle du prix de l’essence, à compter du mois de mai 2027. Là encore, tout est faux.

    On remarque d’ailleurs plusieurs erreurs assez grossières sur cette fausse Une, avec notamment cette date du 27 mai 2027.

    Exploiter la crédibilité des médias

    Si le phénomène existe depuis des années, la propagande pro-russe s’en est emparée depuis l’invasion de l’Ukraine, il n’a jamais été aussi simple de fabriquer une fausse couverture de journal. Les outils d’intelligence artificielle grand public permettent aujourd’hui de générer ou de modifier une Une mensongère en seulement quelques clics.

    À lire aussiDe fausses couvertures de journaux alimentent le narratif des punaises de lit

    Ce mode opératoire répond à deux objectifs principaux : exploiter la crédibilité des médias, mais aussi les disqualifier en jetant le doute sur l’authenticité de tous leurs contenus.

    Comment ne pas se faire avoir ?

    D’abord, il convient de se méfier des couvertures de journaux qui circulent sous forme de captures d’écran. C’est toujours dans ce format que ce type d’infox circule. Enfin, pour vérifier l’authenticité d’un article ou d’un reportage de presse, il faut penser à revenir à la source en allant consulter le site internet ou les réseaux sociaux officiels du média en question.

    Si le sujet en question n’y figure pas, c’est une fausse information. Face à ces usurpations d’identité à répétition, le Nigerian Tribune a aussi publié un guide de vérification sur son site internet.

    Fri, 18 Sep 2026
  • 223 - Yémen: la guerre des récits se renforce après l’intensification des combats

    Les combats s’intensifient au Yémen. Cette guerre, longtemps gelée, oppose les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, au gouvernement yéménite internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite. Les Houthis, ciblés par des frappes aériennes de Riyad, ont pris le contrôle de la ville portuaire stratégique de Mokha jeudi 10 septembre. Sur fond d’embrasement régional, cette nouvelle crise s’accompagne d’une intensification de la désinformation sur les réseaux sociaux.

    Images détournées, contenus générés par intelligence artificielle... Au Yémen, tous les moyens sont bons pour gagner la guerre des récits. C’est le cas de cette vidéo censée documenter les conséquences d’une frappe des rebelles Houthis sur un aéroport saoudien. On y voit des passagers évacuant en urgence un avion en feu, sur une piste de décollage. Les commentaires parlent d’une scène de panique filmée à l’aéroport international du roi Khaled, au nord de Riyad.

    Vérification faite, ces images sont sorties de leur contexte. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver l’origine précise de cette vidéo. Elle a été filmée aux États-Unis, à l’aéroport de Denver, en juillet 2025. Un Boeing de la compagnie American Airlines avait pris feu durant le décollage.

    Des frappes et des infox

    Des comptes pro-rebelles Houthis cherchent ainsi à faire croire à une panique générale dans les aéroports saoudiens visés par des frappes. Autre exemple avec cette vidéo d’un terminal en feu où des passagers courent sur les décombres. La légende évoque une scène de « chaos résultant de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d’Abha ».

    En réalité, elle montre l’aéroport international du Koweït touché par des drones iraniens en juin 2026.

    Des rebelles déposent les armes ?

    Sur l'évolution des combats en cours aussi, tout et son contraire circule sur les réseaux sociaux. Alors que les rebelles Houthis gagnent du terrain sur la côte ouest du pays, une vidéo prétend que certains de ses membres auraient déposé les armes, capturés par les forces gouvernementales. On y voit des hommes, jeunes pour la plupart, filmés un par un, en gros plan, quelque part dans le désert.

    Dans les faits, ces images ont été publiées sur YouTube par un journaliste yéménite, le 27 février 2021.

    Désinformation régionale

    Cette désinformation cible aussi les autres pays de la région, à l’image de la Syrie, où une photo diffusée en ligne prétend montrer, à tort, le recrutement par l’Arabie saoudite de mercenaires syriens pour se battre au Yémen. On y voit un combattant en habits traditionnels yéménites, prendre la pose devant plusieurs soldats. En réalité, cette photo a été manipulée via l’intelligence artificielle.

    Sur le cliché original, en ligne depuis 2025, l’homme ne porte pas la tenue traditionnelle yéménite. Nous l’avons retrouvé, c’est un instructeur militaire ouzbek pris en photo en Syrie, il y a plus d’un an. Rien n’indique qu’il soit parti au Yémen.

    Compliquer le travail des analystes

    Derrière ce flot de fausses informations, on retrouve un mélange de faux comptes, de médias peu fiables et d’influenceurs habitués à diffuser de la propagande. Toutes ces images mensongères rendent très difficile le travail en sources ouvertes et le suivi de l’évolution de la situation sur place.

    À lire aussiYémen: l’offensive des Houthis se joue aussi sur les réseaux sociaux

    Fri, 11 Sep 2026
  • 222 - Moyen-Orient: la guerre des images autour des frappes américaines et iraniennes

    Après un mois d'accalmie, les frappes américaines sur l’Iran ont repris cette semaine. Les États-Unis affirment avoir détruit des sites de défense aérienne, des systèmes radar et des dispositifs permettant d’installer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, les Gardiens de la Révolution ont ciblé des bases américaines aux Émirats arabes unis, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Sur les réseaux sociaux, une guerre des images se joue autour de ce nouvel épisode de tensions.

    Les vidéos mensongères censées documenter ces bombardements iraniens et américains se multiplient ces derniers jours. L’un des exemples marquants est un clip de dix-neuf secondes filmé de nuit. On y voit une zone industrielle ravagée par les flammes. Les commentaires parlent d’un « bombardement américain sur le port de Bandar Abbas », une ville iranienne stratégique, donnant sur le détroit d’Ormuz.

    Vérification faite, ces images n’ont rien à voir avec la situation en cours au Moyen-Orient. Cette vidéo a été filmée en Russie, en janvier 2025. Elle montre une raffinerie de pétrole en feu à la suite d’une attaque de drone ukrainienne, dans la région de Nijni Novgorod. Une recherche par image inversée (voir ici comment faire) nous a permis de retrouver la trace de ce clip, diffusé dans plusieurs articles de presse.

    Des explosions ont été signalées à Bandar Abbas ces derniers jours mais sans confirmation visuelle à ce stade.

    L’IA au service de la propagande

    Au-delà des vidéos sorties de leur contexte, nous avons également repéré des images générées par intelligence artificielle. C’est le cas de cet extrait prétendument lié à la riposte iranienne. On y voit cinq lanceurs de missiles fixes, alignés quelque part dans le désert. À proximité du pas de tir, plusieurs soldats observent la mise à feu et le décollage des engins.

    La légende avance que « l'Iran serait capable de répondre aux frappes américaines en moins de 10 minutes grâce à ces lanceurs de missiles ». En réalité, ces images ont été générées par intelligence artificielle.

    Au début de la vidéo, on compte précisément cinq lanceurs sur le pas de tir. Mais lors de la mise à feu, six missiles montent dans le ciel. En regardant au ralenti, on se rend compte que l’un d’eux apparaît comme par magie.

    Les détecteurs d’IA que nous avons utilisés confirment que ces images sont synthétiques.

    Comptes anonymes et président américain

    Derrière ces vidéos artificielles, on retrouve souvent des comptes anonymes, habitués à diffuser de la désinformation autour de la situation au Moyen-Orient. Ces contenus mensongers ultra-réalistes leur permettent de générer facilement des millions de vues sur les réseaux.

    Le compte le plus influent qui utilise l’intelligence artificielle pour communiquer sur les frappes en Iran n’est autre que celui du président américain en personne. Donald Trump a notamment diffusé une vidéo artificielle de l’île iranienne de Kharg, en feu, sans préciser l’utilisation de l’IA.

    Ces images mensongères sèment le trouble et rendent encore plus difficile la distinction entre le vrai et le faux.

    À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: les images artificielles saturent l’espace informationnel

    Fri, 04 Sep 2026
  • 221 - Syrie: les tensions entre Israël et la Turquie ciblées par les infox

    Après des frappes israéliennes sur une base militaire syrienne, près de la frontière turque, les relations se sont encore dégradées ces derniers jours entre Tel-Aviv et Ankara. Dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza, la Turquie a émis un mandat d’arrêt international contre Benyamin Netanyahu, qui a lui qualifié Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Cette situation inflammable n’échappe pas à la désinformation.

    Les fausses informations que nous avons repérées laissent croire à un déploiement militaire massif de la Turquie en Syrie. C’est le cas de cette vidéo censée montrer l’arrivée de 250 véhicules et d’une vingtaine de chars turcs dans le sud-ouest de la Syrie. On y voit des engins de transport de troupes, modèle Kirpi, et des blindés légers, Otokar Cobra, alignés sur une route bitumée. Les commentaires parlent d’un « renforcement militaire récent et massif ».

    Vérification faite, cette vidéo n'est pas récente. Grâce à une recherche par image inversée (voir ici comment faire), nous avons retrouvé sa trace il y a près de neuf ans. Elle a été publiée sur YouTube par la chaîne de télévision turque, TRT, le 1ᵉʳ octobre 2017. La légende évoque un rassemblement de troupes, à la frontière syrienne.

     

    Ce déploiement était intervenu quelques jours seulement avant le lancement par Ankara d’une opération militaire contre les jihadistes d'al-Qaïda, dans la région d'Idleb.

    L’intelligence artificielle s’en mêle

    Cette fausse information n’est pas un cas isolé, loin de là. Nous en avons repéré plus d’une dizaine ces derniers jours. La dernière en date est une photo du palais présidentiel de Damas. Elle prétend montrer le déploiement sur place d’un système de défense anti-aérien, de fabrication turque.

    On y voit un radar et des modules d’interception, reconnaissables par leurs tubes de lancement de missiles. La description affirme que « la Turquie aurait déployé son dôme de fer en prévision d'une frappe israélienne ».

    Dans les faits, cette image n’est pas réelle. Les proportions du radar et des lanceurs de missiles ne sont pas correctes. Les modules font la même taille que des bâtiments hauts de plusieurs étages. D’un point de vue militaire, leur placement, à seulement quelques mètres du palais présidentiel, n’a aucun sens.

    Ces incohérences montrent que ce cliché a été généré ou modifié par une intelligence artificielle. Les outils de détection que nous avons utilisés le confirment.

    Marché numérique de la peur

    Derrière ces infox, on retrouve un mélange de comptes de propagande et de profils bien ancrés sur le marché numérique de la peur. Les premiers cherchent à vanter la puissance militaire turque. Les autres exploitent de façon opportuniste les différentes tensions internationales, ici entre la Turquie et Israël.

    En agitant le spectre d’une confrontation militaire imminente, ils parviennent à générer de l'audience et à gagner de l’argent. Souvent sensationnalistes, ces contenus sont mis en avant par les algorithmes de recommandation. Cette désinformation pollue l’espace numérique et participe à éclipser les informations fiables et vérifiées.

    Fri, 28 Aug 2026
  • 220 - Mali: la désinformation s'active autour de la libération des 82 militaires

    Au Mali, 82 militaires détenus par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et le Front de libération de l'Azawad (FLA) ont été libérés jeudi 13 août, capturés après des affrontements avec l'armée malienne. Sur les réseaux sociaux, cette libération n’échappe pas à la désinformation, notamment aux fausses déclarations attribuées à des chefs d’État étrangers.

    À en croire une vidéo diffusée sur TikTok, Vladimir Poutine aurait réagi en personne à cette libération des 82 militaires maliens. À l’image, l’extrait d’une prise de parole officielle du président russe défile. Côté son, une voix de mauvaise qualité, générée par intelligence artificielle, prétend traduire ses propos. On pense alors l’entendre féliciter longuement Assimi Goïta.

    Le reste de ce prétendu discours fait l’éloge du président de la transition malienne.

    Faux discours et intelligence artificielle

    Vérification faite, tout est faux. Sur le fond d’abord, Vladimir Poutine n’a jamais prononcé ces mots. Ni son cabinet, ni les médias russes ou maliens n’ont évoqué une telle déclaration. Le Kremlin et les autorités maliennes ont rapporté mercredi une conversation téléphonique, à l'initiative du Mali, entre le président russe et Assimi Goïta. Aucun des communiqués ne mentionne la libération de ces 82 soldats.

    Quelqu'un a donc simplement recyclé une vieille vidéo de Vladimir Poutine en y ajoutant un faux discours, lu par une intelligence artificielle.

    Kim Jong-un ciblé

    Le président russe n’est pas le seul chef d’État ciblé par ce genre de rumeur. Un discours similaire est aussi attribué au leader nord-coréen Kim Jong-un. Une voix artificielle prétend là encore que le dirigeant nord-coréen aurait longuement félicité Assimi Goïta.

    Une nouvelle fois, tout est faux. Cette déclaration a été inventée de toutes pièces. Malgré cela, les commentaires montrent que certains se font avoir.

    Un mode opératoire à la mode

    Ce n’est pas la première fois que de fausses déclarations de Vladimir Poutine et Kim Jong-un circulent sur les réseaux sociaux. Il s'agit d’un mode opératoire à la mode depuis plusieurs années, particulièrement en Afrique de l’Ouest. De nouveaux cas circulent tous les jours sur TikTok.

    Nous en avions déjà parlé dans cette chronique, en septembre 2023, avec une fausse vidéo du leader nord-coréen, menaçant de détruire les pays hostiles au Niger.

    Symboles d’autorité et assez populaires, Kim Jong-un et Vladimir Poutine ne sont pas choisis au hasard. Les mentionner dans un contexte politique local permet de maximiser ses chances de faire de l’audience sur les réseaux sociaux.

    Occuper l’espace informationnel

    Derrière ces infox, on retrouve souvent des comptes TikTok anonymes, se présentant, à tort, comme des médias. Certains cumulent des dizaines de milliers d’abonnés et enregistrent des millions de vues. Leur activité se résume à la diffusion d’infox souvent sensationnalistes, en lien avec l’actualité internationale. La majorité de ces contenus sont ouvertement pro-russes.

    Comme un bruit de fond permanent, cette désinformation sème le trouble et brouille l’espace informationnel.

    Fri, 21 Aug 2026
Afficher plus d'épisodes