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Ici l'Europe

- 352 - Maciej Witucki : "Taxer les superprofits, certains États comme la Pologne le font déjà"
Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d'Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d'amélioration.
"Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux"
L'avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. Maciej Witucki tempère : "les patrons européens croient en l'Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux." Face à l'augmentation éclair des prix de l'énergie, due, entre autres, à la situation dans le détroit d'Ormuz, Maciej Witucki rappelle : "la crainte, c'est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n'est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l'inflation". Si certains pays ont décidé, face à l'urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : "il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l'énergie, donc il faut que l'on partage plus nos actifs".
Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : "il n'y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d'être signée hier soir par le président." Mais pour lui, "les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l'accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale".
"Personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète"
BusinessEurope a par ailleurs demandé à la Commission de geler les nouvelles réglementations vertes de l'Union européenne (UE) afin d'éviter aux entreprises des coûts supplémentaires. Cette demande a provoqué des levées de boucliers de la part des organisations environnementales, pour qui un report des législations vertes affaiblirait davantage le Pacte vert européen sans pour autant restaurer la compétitivité.
Maciej Witucki explique : "personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète, surtout après la canicule (...) mais on doit mieux calculer les objectifs et les coûts associés, l'impact sur les prix et l'impact sur la compétitivité".
"Avant la guerre, l'Ukraine avait les capacités de fournir de l'énergie pour l'Europe"
Le représentant du patronat européen s'est aussi rendu plusieurs fois en Ukraine. Si la fin de la guerre pourrait apporter, dans le futur, de grands chantiers de reconstruction, il nuance : "les Ukrainiens reconstruisent tout seuls depuis le premier jour de l'invasion russe ; et ils le font très bien". Pour lui, il y a surtout des raisons de s'inspirer des capacités d'innovation ukrainiennes : "déjà au temps soviétique, l'Ukraine était un pays d'ingénieurs, d'aviation et de technologie spatiale". Ces compétences se sont traduites dans leur capacité à créer de nouveaux modèles de drônes de défense, mais qui pourraient aussi être "à double usage" c'est-à-dire reconvertis dans d'autres domaines comme l'agriculture ou l'industrie. Autre atout selon lui : "aujourd’hui, la capacité énergétique de l'Ukraine a été lourdement frappée. Mais c'est un pays avec une forte expérience nucléaire et comme il y a un mouvement de renaissance nucléaire en Europe, ça pourrait contribuer à mieux équilibrer nos réseaux européens".
"Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle"
Les grands défis de l'industrie européenne s'incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l'industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : "on est devenus trop dépendants (...) Cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir, d'un côté, les ambitions de développement de l'Europe, et de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas." Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : "le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré". "Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes."
"Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre"
S'il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d'abord polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6 % en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d'euros gelés par l'Union européenne (UE) en raison de manquements à l'État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour Maciej Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : "la leçon, c'est que la Pologne, elle a l'entrepreneuriat, l'ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre." La défense de l'État de droit est, elle aussi, au centre, ce qu'a démontré la Pologne après huit années d'un régime "pas tout à fait libéral". Le président de BusinessEurope explique : "on est définitivement pour la défense de l'État de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques."
"La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux"
Le président américain Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, "cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale". Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l'Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : "tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine”.
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater
Fri, 02 Oct 2026 - 351 - Taxe des superprofits, baisse des obligations climatiques ? L'UE veut lutter contre le pétrole cher
Il ne fait pas bon prendre sa voiture. Pas à cause des embouteillages, mais à cause des prix de l'essence qui n'ont jamais été aussi élevés en Europe. Dans un contexte géopolitique toujours aussi tendu – au Moyen-Orient et en Ukraine – le coût du litre d'essence bat des records, tout comme celui du gazole.
Dans cette crise, la Commission européenne laisse chaque État membre apporter sa propre réponse à l'envolée des prix à la pompe : baisse des taxes en Espagne et en Allemagne, aides ciblées en France et au Portugal...
Et au sein de l'Union européenne (UE), six États membres demandent de mettre à l'ordre du jour une taxe européenne sur les superprofits des compagnies pétrolières. Un exemple : le groupe français Total Energies a réalisé un résultat net de onze milliards d'euros sur le premier semestre 2026, une hausse de 70 % par rapport à l'an dernier.
Par ailleurs, Bruxelles s'apprête à reporter les obligations environnementales des importateurs d'énergies qui devaient déclarer leurs émissions de méthane.
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater
Fri, 02 Oct 2026 - 350 - Aurore Lalucq : "Supprimer les inégalités inacceptables", remède à la montée des populismes
Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et inquiets de leurs vulnérabilités économiques, Aurore Lalucq, présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe socialiste et co-présidente de "Place publique".
L'Union européenne est confrontée à une croissance faible (1,1 %) et à une forte augmentation du prix de l'énergie et des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : "On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients." Mais ce qui l’inquiète, "c'est la question de l'inflation importée, sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs". Car, rappelle l’eurodéputée, "l’économie est au service des gens. Donc il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies."
En réaction à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. "Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger Total Énergie", glisse-t-elle.
Un budget français et européen à la peine
Autre dossier difficile, le budget français. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques et de la dette privée, ainsi que l'incertitude créée par Donald Trump. "Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit que la France, là tout de suite, va rentrer en crise financière." En revanche, du fait de la situation internationale, "on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c'est clair. Mais on ne sait pas d'où il va venir."
Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards d'euros sur cinq ans – contre les 54 milliards préconisés par le gouvernement Lecornu pour 2027. Une baisse aussi drastique, "ça n'existera pas, c'est trop brutal", juge-t-elle, proposant à la place une diminution des dépenses "de l'ordre de 18 à 20 milliards" d'euros.
Face au Rassemblement national, qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L’eurodéputée estime que ce poste de dépense ne pèse pas trop sur les finances françaises : "Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que, derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français et la perspective de 2027, à l'issue de l'élection présidentielle !"
En ce qui concerne le budget européen pour la période 2028-2034, la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays "frugaux" comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche, qui demandent de passer sous les 2 000 milliards d'euros sur sept ans. "Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre", affirme-t-elle. L’eurodéputée soutient qu’il faut avancer sur la défense commune, l'indépendance numérique, l’autonomie en matière d'IA, la transition écologique, la réindustrialisation.
Pour cela, il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. "Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur ce qu'on appelle des 'actifs sûrs'. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques."
Turbulences internationales
Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires de l’AfD lors des élections régionales en Allemagne. "C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : ce n'est pas un parti comme un autre."
Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et "le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres."
Après le discours du premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelleson opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada– pour des raisons sanitaires, suivant ainsi un certain nombre d'experts et d'ONG. "Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, de créer des associations. On ne sait pas encore sous quelle forme ce sera, avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent que ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !"
Face aux accords commerciaux– l’UE en a signé plus de 80 – l’eurodéputée affine sa position : "On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. Ca ne peut pas être sans clauses miroirs, etc. Il faut pouvoir se protéger. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole", ironise-t-elle. "Il faut donc accélérer sur la question de l'électrification. On doit protéger notre secteur automobile, par exemple. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, de batteries, etc. être détruite par une concurrence déloyale", comme celle de la Chine.
Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques dues au retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. "Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser.
Enfin, face Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre "Trump contre l’Europe" (Editions Les petits matins), elle affirme :"Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, je le dis depuis le début, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne."
Enfin, elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : "Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respectés, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent", conclut-elle.
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec
Fri, 25 Sep 2026 - 349 - Canicule, incendies, sécheresse : quelles leçons pour l'UE ? L'été européen le plus chaud
L'Europe n’a pas été épargnée par la canicule. Le mois d'août 2026 a été le mois le plus chaud jamais mesuré, et l’Europe dans son ensemble a vécu le pire été de son histoire : 2,7°C de plus que les normales de saison. Il en résulte une sécheresse record qui se prolonge encore en septembre. Au pic de l’été, les deux tiers du territoire de l'Union européenne étaient en état d’alerte, de quoi fragiliser la végétation et l'agriculture, et faciliter la propagation des incendies.
À la rentrée, 660 000 hectares avaient déjà brûlé cette année en Europe – au Sud, mais aussi au Nord –, soit deux fois plus que la moyenne des territoires partis en fumée ces trente dernières années.
L’Union européenne a déployé des moyens inédits en activant son mécanisme européen de protection civile, qui permet la solidarité entre les États, et la Commission européenne veut aller encore plus loin, avec une loi sur la résilience climatique pour parer enfin à l’urgence de l’adaptation au réchauffement.
Émission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero
Fri, 25 Sep 2026 - 348 - Hadja Lahbib : "Nous ne sommes ni en situation de paix, ni en situation de guerre"
Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Hadja Lahbib, commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes.
"C'était l'été de toutes les vérités"
Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. "On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire", alerte-t-elle. Or, avec le changement climatique, "on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc, il va falloir les anticiper".
Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, "parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison". La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. "C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72 h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre", rappelle-t-elle.
La commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. "Imaginez-vous, si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer aux petits États comme aux grands".
"On n'a pas perdu de vue les objectifs de Paris"
La Commission européenne a été accusée de rétropédalage sur les objectifs du Pacte Vert – cette feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Hadja Lahbib réfute ces critiques. "Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, on maintient la barre, mais il faut vraiment prendre tout le monde à bord et être sûr que nos industries continuent à être compétitives", affirme-t-elle. "L'Union européenne (UE) représente 6 % des émissions de gaz à effet de serre, la Chine représente 30 %, les États-Unis, 11 %, 10 % pour l'Inde", souligne-t-elle. Mais ces concurrents commerciaux de l'UE, qui polluent plus, "tirent les bénéfices de ces objectifs" européens et "inondent, par ailleurs, nos marchés de ces nouvelles technologies".
"Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen"
Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig, aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. "Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol", alerte la commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. "Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives". Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, "qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères".
"Les autres pays aussi, pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie"
Interrogée sur la montée de l'extrême droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales, et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, "le repli sur soi, la peur de l'autre", est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, "le respect, la liberté, la paix". Elle met en garde contre ces "discours populistes, malheureusement, simplistes, et qui sont en plus manipulés par des puissances malveillantes comme la Russie. Et, on le voit aussi, les États-Unis, qui soutiennent des groupes d'extrême droite".
Emission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero
Fri, 18 Sep 2026 - 347 - Discours sur l'État de l'Union : des annonces convaincantes ?
Tous les yeux et les oreilles étaient tournés vers le Parlement européen de Strasbourg ce mercredi 16 septembre à l'occasion du traditionnel discours sur l'État de l'Union de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Un discours fleuve – le sixième du genre – sur les grandes orientations de sa politique européenne pour l'année à venir.
Devant les élus européens, et en la présence du Premier ministre canadien Mark Carney, Ursula von der Leyen a fait une proposition inédite : que le Canada devienne un membre associé de l'Union européenne (UE). Du jamais vu pour un pays du continent américain.
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Elle a également réaffirmé le soutien de l'UE à l'Ukraine et le besoin d'une solidarité entre les 27 pour gérer les flux migratoires, dans un contexte de montée de l'extrême droite en Europe.
La présidente de la Commission européenne a enfin annoncé une loi de protection de l'enfance face aux réseaux sociaux et l'interdiction de ces plateformes aux moins de 13 ans.
Emission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero
Fri, 18 Sep 2026 - 346 - Luc Frieden : "Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres"
Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Luc Frieden, Premier ministre luxembourgeois et président du Parti populaire chrétien-social, membre du Parti populaire européen (PPE). Présent à Paris pour le premier Sommet international sur l'espace organisé par le président français Emmanuel Macron, il évoque l'importance d'une autonomie stratégique de l'Europe, la nécessité de s'unir face à un monde de plus en plus menaçant, mais aussi certains chantiers à venir au sein de l'Union.
"L'Europe doit jouer son propre rôle"
Les 9 et 10 septembre se tenait, à Paris, le premier Sommet international sur l'espace à l'initiative du président français Emmanuel Macron. Si les grandes entreprises américaines comme Blue Origin ou SpaceX ont boycotté le Sommet à la demande du président américain Donald Trump, 120 pays y ont participé, dont le Luxembourg. Luc Frieden approuve "l'idée du président Emmanuel Macron de réunir tous ceux qui veulent que l'Europe soit autonome et forte", mais rappelle : "nous restons des amis des États-Unis". Pour lui, ce besoin d'autonomie "ne signifie pas qu'il faut exclure les autres (...) nous travaillons évidemment bien avec les Américains et d'autres sur ces sujets, mais l'Europe a besoin, en matière de défense, en matière d'énergie, en matière d'intelligence artificielle, en matière d'espace, de jouer aussi son propre rôle". Il cite par exemple les satellites commerciaux, dont le Luxembourg est le premier opérateur en Europe. Face à une situation géopolitique de plus en plus complexe, "les satellites jouent un rôle en matière de défense, en matière de communication quantique, de sécurité". Il faut donc "que l'Europe soit un peu plus autonome car nous ne l'avons pas été suffisamment, peut-être, par le passé".
"Il faut protéger les jeunes dans leur développement"
La publication, le 8 septembre dernier, du rapport PISA 2025 sur le niveau des élèves a révélé une tendance à la baisse des compétences des élèves dans de nombreux pays européens, notamment en lecture. L'un des facteurs de cet affaiblissement est l'utilisation des réseaux sociaux. Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron a demandé à la présidente de la Commission un texte européen pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans, proposition retoquée en France par le Conseil constitutionnel. Le Premier ministre luxembourgeois, lui, appuie cette proposition, tout en soulignant que "l'interdiction n'est jamais quelque chose qui, dans le monde libéral dans lequel nous sommes, est la première solution. Mais quand on voit qu'il y a de tels problèmes, je crois qu'il faut protéger les jeunes dans leur développement". Plutôt que des mesures nationales, il dit "préférer une solution européenne, puisque nous vivons dans un espace européen (...) ce serait dommage de le faire seulement à l'intérieur de nos frontières". Si, cependant, la Commission ne propose rien d'ici la fin de l’année, il agira sur le territoire luxembourgeois, tout en "tenant compte des réflexions du Conseil constitutionnel français quant aux limites de cette restriction à la liberté".
"Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres"
L'Union européenne encadre l'utilisation des réseaux sociaux sous le Digital Services Act, adopté en 2024, et a récemment inclus certaines intelligences artificielles dans ses prérogatives. Si des avertissements ont été émis, aucune sanction directe n'a encore été prononcée au niveau européen. Pour Luc Frieden, "un Européen ne doit jamais avoir peur des autres. C'est un grand continent, 400 millions d'habitants. Donc nous pouvons être fiers de ce que nous sommes, avec nos valeurs, nos principes." Il faut, selon lui, "une intelligence artificielle humaine", qui respecte ces valeurs européennes. Le Luxembourg est ainsi le premier pays d'Europe à avoir signé un partenariat stratégique avec la société française Mistral AI, pour intégrer l'intelligence artificielle aux services de l'Etat et collaborer avec les institutions de recherches publiques. Le Premier ministre insiste sur la nécessité d'encadrer ces pratiques car "les valeurs de l'Europe, ce ne sont pas les mêmes qu'en Chine et aux États-Unis", mais rappelle que "les sanctions, c'est toujours la dernière, dernière étape".
"Nous avons besoin de nouvelles ressources qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité"
Alors que le projet de budget pluriannuel de l'Union européenne pour la période 2028-2034 suscite de vifs débats parmi les États membres, Luc Frieden déclare : "mon pays n'est ni du côté des 'frugaux', ni du côté des 'pays de la cohésion'". Il explique : "on a besoin d'un budget qui soit plus grand que le budget actuel. Mais il ne faut pas qu'il soit trop grand parce qu'il doit aussi être financé". Ainsi, bien qu'il se soit opposé à une taxe européenne sur le tabac ou à la taxation des superprofits des multinationales lors de la crise énergétique, il prône le développement d'autres ressources propres à l'UE : "il faut des ressources propres qui fassent du sens, qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité, qui soient en même temps réparties de façon équitable entre les États membres". Pour lui, la recherche de ces ressources, via la taxation notamment, ne doit pas impacter la compétitivité des entreprises, au risque que celles-ci "soient poussées vers d'autres continents". Une augmentation du budget reste nécessaire, afin de "soutenir, au niveau européen, les nouvelles politiques : l'innovation, l'espace, la technologie, les satellites" sans pour autant ponctionner dans la politique de cohésion ou la politique agricole commune.
"L'Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés"
Le dimanche 6 septembre, le parti d'extrême droite allemand AfD a remporté 44 % des voix aux élections parlementaires régionales en Saxe-Anhalt, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Luc Frieden réagit : "pour un voisin de l'Allemagne dont le pays a été envahi en 1940 par les nazis, c'est évidemment extrêmement choquant et inquiétant". Pour lui, ce retour en force du nationalisme d'extrême droite est "un énorme défi pour les partis du centre politique". Il enjoint ainsi à "analyser cela en commun au niveau européen" et appelle "les électeurs de tous les pays européens à regarder l'histoire : le nationalisme, la discrimination des minorités, cela conduit à la Deuxième Guerre mondiale". Alors que l'extrême droite européenne sympathise avec une Russie de plus en plus menaçante, Luc Frieden rappelle "il y a déjà aujourd'hui des attaques hybrides (...) Nous sommes attaqués tous les jours ; nos systèmes informatiques, les drones, ce n'est pas de la science-fiction, c'est déjà une réalité".
Il en appelle ainsi à l'union : "l'Europe a tout intérêt à être unie, à être soutenue, car c'est la seule réponse pour survivre dans ce monde très compliqué (...) c'est pour cela qu'il faut l'Europe, parce que chaque pays seul est faible, même s'il est grand."
Emission préparée par Perrine Desplats, Florine Hausfater, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec
Fri, 11 Sep 2026 - 345 - François-Xavier Bellamy : "La Commission européenne reconnaît enfin notre combat contre le Mercosur"
En cette rentrée morose pour l'Union européenne, nous recevons François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, député européen au Parti populaire européen (PPE) et ancien professeur agrégé de philosophie. Il a mené la liste Les Républicains aux élections européennes où il a été réélu en 2024, avec 7,2 % des voix (soit six députés en tout). En cette rentrée, il revient sur les grandes crises de l'été, notamment les menaces russes, les enjeux écologiques ou encore l'arrivée de dizaines de milliers de migrants dans l'enclave de Ceuta.
"La Russie cherche à tester l'Europe"
Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone chargé d'explosifs a été découvert à l'aéroport de Leipzig, en Allemagne. Les autorités allemandes ont rapidement attribué cet incident à la Russie, tandis que la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dénoncé ce mercredi 2 septembre un "un acte de terrorisme soutenu par un État". Pour François-Xavier Bellamy, "il y a aujourd'hui confirmation (...) que la Russie cherche à tester l'Europe, à tester l'Otan". Il appelle à "renforcer nos forces armées nationales et le faire aussi ensemble sur le plan européen", convaincu que l'on "n'empêche pas la guerre, la menace et le conflit dans la faiblesse et la vulnérabilité". Concernant les relations diplomatiques avec la Russie – que les États-Unis ont invité par surprise au G20 Finances le 31 août – l'eurodéputé est formel : "on ne peut pas faire comme si de rien n'était". Bien qu'il espère à terme "renouer l'amitié avec le peuple russe à moyen ou long terme", il estime que reprendre des relations normales serait "une forme de trahison de ce qui constitue l'âme, l'esprit, l'intérêt, la sécurité de l'Europe et aussi les engagements qu'elle doit tenir pour pouvoir se faire respecter".
"La Commission finit par reconnaître la légitimité de notre combat sur le Mercosur"
La Commission européenne a suspendu temporairement les importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel depuis le Brésil, à partir du 3 septembre. Cette décision est liée à l'usage d'antibiotiques. Pour François-Xavier Bellamy, "la Commission européenne a fini par reconnaître la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur." Il rappelle qu'il "n'est pas contre le commerce international", mais pense "ne pas avoir le droit, après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous, d'accepter d'importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles... En montrant si rapidement après l'application provisoire de l'accord, que le plus grand pays du Mercosur, le Brésil, n'est pas capable de garantir des normes sanitaires, la Commission reconnait que nous avions raison". La suspension pourrait être levée lorsque le Brésil aura présenté des garanties suffisantes.
Cet été, l'enjeu écologique est aussi revenu au cœur du débat public avec les catastrophes climatiques auxquelles les Européens ont dû faire face. Dans un rapport publié en juillet 2026 par le Réseau Action Climat, qui regroupe plusieurs ONG environnementales, l'eurodéputé est considéré comme l'un des députés français s'étant le plus opposé aux différents textes de régulation climatique. En 2025, il avait par exemple voté pour un paquet Omnibus visant à alléger l'obligation de plans de transition énergétique pour les entreprises. Pour François-Xavier Bellamy, ce vote n'est pas contradictoire avec la défense de l'enjeu écologique, car "ce qui représente l'essentiel des émissions de CO2 dans le monde, ça n'est pas l'Europe, qui représente moins de 10 % des émissions, ça n'est pas la France, qui représente moins de 2 % des émissions (...) ce qui représente l'essentiel des émissions de CO2, c'est la production qui se fait dans d'autres pays qu'en Europe." Il cite notamment la Chine, l'Inde ou encore les États-Unis. Pour lui, "notre grande responsabilité comme Européens, d'abord, elle n'est pas dans ce que nous produisons, elle est dans ce que nous importons. Notre premier devoir, si nous voulons protéger la planète, c'est d'importer moins et de produire chez nous", ce qui passe, selon lui, par le fait de "rendre à nos entreprises la liberté de produire". Même si un géant comme TotalEnergies vient d'être épinglé par la justice française pour non-respect de son devoir de vigilance sur les émissions de CO2 de lui et ses clients.
"Pedro Sanchez est responsable de Ceuta"
Fin juillet, environ 80 000 migrants arrivent en quelques jours à Ceuta, petite enclave espagnole en Afrique du Nord, causant une crise à la fois politique et humanitaire. L'enquête sur les causes de ce mouvement massif de population continue, alors que de forts soupçons perdurent sur une possible responsabilité marocaine, couplée à une vague de désinformation sur les réseaux sociaux ayant encouragé les individus au départ.
Mais pour l'eurodéputé, la charge incombe avant tout à Pedro Sanchez, "qui a décidé en avril dernier de régulariser largement le million d'étrangers vivant et travaillant sur le territoire espagnol sans statut légal". François-Xavier Bellamy dénonce "un gouvernement qui décide en réalité de récompenser l'illégalité" mais qu'il estime très différent de celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a délivré un million de titres de séjour pour favoriser l'immigration de travail, à rebours de son programme : "il y a une différence majeure entre délivrer des titres de séjour, c'est à dire permettre à des gens de rentrer légalement dans votre pays et légaliser des gens qui sont rentrés illégalement."
L'eurodéputé défend à ce titre le "règlement retour" adopté par le Parlement européen le 17 juin dernier, et pour lequel il avait fortement milité. L'objectif du règlement retour, "c'est d'expulser en dehors des frontières de l'Europe des gens qui, par exemple, ont été déboutés du droit d'asile, qui en tous les cas sont illégalement présents sur le sol européen". Si ce nouveau règlement prévoit de renvoyer les migrants dans des pays avec lesquels ils n'ont aucun lien, comme l'Ouganda ou le Rwanda par exemple, l'eurodéputé n'y voit pas d'inconvénient : "est-ce qu'ils ont un lien avec la France s'ils y sont présents de manière illégale ? (...) Ce n'est pas un emprisonnement, c'est simplement une manière de reconduire hors de nos frontières des personnes qui s'y sont introduites de manière illégale. Il n'y a que l'Europe qui est dans cette situation d'impuissance. Vous ne rentrez pas illégalement en Chine, au Japon, aux États-Unis, vous ne rentrez pas illégalement dans un pays africain."
"Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes"
Le "règlement retour", vivement critiqué par une partie des eurodéputés, avait d'ailleurs dû être adopté grâce à une alliance entre le PPE et toutes les droites radicales du Parlement européen comme les Patriotes, où siège le Rassemblement national. Si cette alliance se démarque de la grande majorité au centre du Parlement, l'ancien professeur de philosophie insiste : "Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes". Quant à savoir si ce partenariat pourrait se refléter dans la politique nationale, François-Xavier Bellamy réaffirme son soutien à Bruno Retailleau pour la présidentielle et explique : "aujourd'hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. (...) Quand elle lance sa campagne en disant qu'elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français. (...) Et bien, cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l'avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l'Europe dans son ensemble".
Emission préparée par Isabelle Romero, Florine Hausfater et Perrine Desplats
Fri, 04 Sep 2026 - 344 - La voix de l'UE peine toujours à se faire entendre : une diplomatie européenne à réformer ?
Branle-bas de combat dans la diplomatie européenne. Une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, dès la semaine de rentrée, entend mettre les 27 en ordre de bataille sur les grands dossiers internationaux. Mais la diplomatie européenne se pose des questions existentielles : à quoi sert-elle vraiment ? Pourquoi semble-t-elle si inaudible ? L'autorité de l'Estonienne Kaja Kallas – la Haute représentante de l'Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères – est contestée. Le couple franco-allemand et d'autres acteurs réclament une réforme radicale au nom de l'efficacité.
Le Service d'action extérieur de l'Union européenne (SEAE) a été créé en 2011 pour déployer des ambassadeurs européens dans tous les pays du monde. Il était censé donner une voix à l'Europe, mais il est pris en étau entre la Commission, où la présidente Ursula von der Leyen veut rayonner à l'international, et le Conseil, composé de 27 chefs d'État jaloux de leurs prérogatives diplomatiques.
Ces derniers mois ont encore illustré ses difficultés à s'imposer sur certains dossiers : s'il a été à la manœuvre pour faire passer les paquets de sanctions contre la Russie, il est inaudible sur l'Iran, les États-Unis de Donald Trump ou encore le conflit entre Israël et ses voisins. Mais est-ce réellement de sa faute ou celle des leaders européens qui rivalisent d'injonctions contradictoires ?
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Florine Hausfater
Fri, 04 Sep 2026 - 343 - Lois et majorités au Parlement européen : qui a voté quoi ?
Nous vous proposons une "opération vérité" sur les grands textes adoptés et les positionnements politiques, à méditer pendant les congés d'été ! L’année 2026 est particulièrement chargée en grands textes législatifs - près de 300 ont été votés - et, phénomène nouveau, les majorités sont très fluctuantes au Parlement de Strasbourg, en fonction des sujets.
Avant une élection présidentielle française où il sera beaucoup question, comme à l’accoutumé, d'Europe : qui vote quoi ? C’est la question à laquelle nous tenterons de répondre avec nos invités sur les grands sujets du moment : soutien à l'Ukraine, guerre au Proche-Orient, lutte contre le changement climatique ou immigration, la traditionnelle majorité au centre avec les PPE et les sociaux démocrates est parfois concurrencée par une alliance droite / extrême droite.
Emission préparée par Perrine Desplats et Isabelle Romero
Fri, 17 Jul 2026 - 342 - Odile Renaud-Basso : "Les perspectives de croissance ont été revues à la baisse"
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Alors que l'économie européenne est fragilisée par la guerre en Ukraine et les conflits au Proche-Orient, elle revient sur des investissements risqués en Afrique et sur les importants financements américains dans la BERD.
Les prévisions de la Commission européenne ont fait tomber la croissance économique de ses pays à 0,9% et constate une hausse de l'inflation à 3% en 2026. A cause des conflits dans la région du Proche-Orient, l'augmentation des prix du pétrole et leur volatilité ont fragilisé l'économie européenne. Odile Renaud-Basso avertit que "les perspectives de croissance ont globalement été revues à la baisse (...) On a revu à la baisse de 0,5% en moyenne sur l'ensemble des pays".
Si la banque n’intervient pas en France, sa directrice met en garde sur le contrôle des dépenses publiques et le danger de la dette après le choc de la guerre au Proche-Orient : "Beaucoup de pays ont pris des mesures de soutien à la demande pour réduire l'augmentation des prix de l'énergie, par exemple des prix à la pompe… Il faut que ces mesures soient temporaires et très ciblées". Elle alerte également sur la situation d'endettement en France qui "a fortement augmenté après le Covid" et sur le risque de ralentissement économique, tout aussi grand.
"Nous sommes actifs en situation de crise"
Odile Renaud-Basso rappelle la vocation de sa banque d’investissement : "Notre rôle est vraiment d'aider les pays à faire face aux situations les plus difficiles : quand le secteur privé, les investisseurs privés, vont avoir tendance à se retirer, à être moins capables de prendre du risque".
La BERD a investi 46 milliards d'euros en Cisjordanie depuis 2024 et prévoit de déployer 5 milliards d'euros dans les pays touchés par les répercussions de la guerre en Iran. Sa présidente assure que la BERD "a adapté nos instruments pour pouvoir apporter des soutiens en liquidités, des financements d'urgence à nos clients pour les aider face, par exemple, à l'augmentation des prix de l'énergie, l'augmentation des prix des importations qu'ils peuvent subir quand il y a une dépréciation de la monnaie. Donc voilà, on est actifs en situation de crise", se félicite Odile Renaud-Basso.
Le soutien à l'Ukraine est également une des priorités de la BERD, avec 10 milliards d'euros déployés. "C’est très important de reconstruire pendant la guerre et notamment sur ces grandes infrastructures, qui sont fondamentales à la vie quotidienne des habitants de l'Ukraine et aussi au fonctionnement de l'économie". Elle évoque l’accès à l'électricité, au chauffage, à l'énergie et aux transports. La présidente de la BERD explique : "J'ai beaucoup été en Ukraine, j’ai été frappée par la résilience, c'est à dire la détermination des Ukrainiens à continuer et à défendre leur pays, leur indépendance, leur autonomie et à poursuivre les efforts malgré les difficultés".
Les pays baltes "ont connu une transformation extraordinaire"
Elle observe que, malgré toutes ces difficultés dans la vie quotidienne, et même s’il y a eu des défections au début de la guerre, aujourd’hui, malgré des hivers très rudes avec des infrastructures détruites, la plupart des Ukrainiens sont restés dans le pays pour le défendre. Et la BERD est présente dans le pays pour soutenir cette résilience. "Je pense que c'est important et que l'économie ukrainienne a besoin d'investissements étrangers pour se développer. Et donc, avoir des investissements étrangers, c'est un afflux de financement, un signe de confiance mais aussi une possibilité de développement".
Début juin, l'assemblée annuelle de la BERD a eu lieu à Riga, en Lettonie qui, avec l'Estonie et la Lituanie sont des exemples de réussite de l’entrée dans l'Union européenne. La présidente de la BERD défend l'importance de l'appartenance de ces pays dans l'UE, avec des décisions anti-corruption et "des mesures assez strictes de renforcement des contrôles dans les systèmes bancaires qui ont été prises et ont permis de vraiment remettre à niveau le système". Elle réaffirme l'importance de la BERD, qui a aidé "ces pays parce qu'ils étaient historiquement très dépendants de la Russie" et explique l'intégration de ces pays baltes au "système européen avec beaucoup d'investissement dans les renouvelables en particulier".
Les États-Unis ont envoyé un "signe de soutien à l'institution"
Les principaux investisseurs de la BERD sont les États-Unis (11%) suivi du Royaume-Uni (9%), puis de l'Union européenne et de la Banque européenne d'investissement (6,2%). Alors que Donald Trump a gelé les paiements d'aide étrangère et le soutien aux banques multilatérales de développement, Odile Renaud-Basso se montre confiante au regard de leur relation. Ils ont envoyé un signe de soutien à l'institution en souscrivant à une augmentation de capital en 2023, pour financer et soutenir les investissements en Ukraine, avec des orientations qui "font écho à une vision des priorités américaines".
Odile Renaud-Basso reconnait que l’Amérique de Trump est moins friande d’investissements dans les énergies renouvelables ou l’égalité des genres. Mais cela n’est pas pénalisant : "On a une majorité d'actionnaires européens, comme l’UE, le Royaume-Uni, ou encore le Canada ou le Japon, qui considèrent que pour une banque multilatérale de développement, soutenir la transition énergétique et la décarbonisation de l'économie est une priorité, tout comme l'égalité hommes-femmes, ou le fait de faciliter l'accès au marché du travail et à la formation pour les femmes".
Ces priorités peuvent alors être réaffirmées par l’institution : "On voit l'intérêt aujourd'hui de nos pays d'opération pour investir plus dans les renouvelables, investir plus dans le solaire ou l'éolien et les batteries, parce qu'ils voient ça comme une façon de garantir leur sécurité énergétique".
"Pour le continent africain, des défis majeurs et un important potentiel"
Enfin la BERD s'intéresse beaucoup à l'Afrique grâce à ses nombreux atouts : sa forte croissance démographique, sa flexibilité et une capacité d'innovation importante. Le continent a effectivement une croissance économique moyenne de 4,7%. Odile Renaud-Basso souligne l’existence de "défis majeurs pour le continent africain, mais aussi un potentiel extrêmement important, d'où l'intérêt, pour une banque comme la nôtre, de voir comment on peut soutenir le secteur privé, les investissements dans les PME via le secteur bancaire, par exemple".
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Iris Pichon
Fri, 17 Jul 2026 - 341 - Antonio Tajani : "Nous ne sommes pas contre les immigrés, nous voulons la migration régulière"
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères et vice-président du gouvernement de Giorgia Meloni – une coalition tripartite allant de son parti, Forza Italia, à la droite radicale (Frères d'Italie, La Ligue). Il fait un tour d'horizon de l'actualité internationale vue de l'Italie meloniste et revient sur les réformes migratoires et institutionnelles controversées.
"Poutine n'a pas gagné en quatre ans la guerre contre la petite Ukraine"
En avril 2026 – après le retrait du véto hongrois – le prêt de 90 milliards d'euros de l'Union européenne (UE) à l'Ukraine a finalement été débloqué. Le chef de la diplomatie italienne affirme le soutien italien à l'Ukraine : "On va aider dans toutes les façons l'Ukraine, parce que je pense qu'il faut gagner la guerre avec la Russie". "Poutine n'a pas gagné la guerre en quatre ans contre la petite Ukraine", relève-t-il. Antonio Tajani souligne que "l'Italie n'est pas en guerre avec la Russie" et "qu'après la guerre, on parlera avec la Russie". Il précise que dans le cadre de la paix, "il faudra que l'Europe décide de lever ses sanctions [contre la Russie]". Et donc qu'elle soit protagoniste et à la table des négociations de paix.
Dans la coalition de Giorgia Meloni, la Ligue de Matteo Salvini a une voix divergente sur l'adhésion de l'Ukraine au club européen ou l'engagement de son pays dans une future coalition des volontaires au sol. Mais pour le Secrétaire du parti Forza Italia : "Il y a une position officielle du gouvernement, et elle est en faveur de l'adhésion à l'Union européenne." Bien sûr, il faudra "résoudre les problèmes de corruption (…) Et puis, il faudra aller de l'avant, d'abord en intégrant les Balkans (Monténégro et Albanie) et après avec l'Ukraine".
"Nous ne sommes pas impliqués dans la guerre en Iran"
En juin, le président américain Donald Trump avait affirmé que Giorgia Meloni l'avait "supplié" de poser avec lui pour une photo du G7. La dirigeante italienne avait démenti sèchement. Antonio Tajani assure que l'Italie est "alliée des États-Unis depuis longtemps (…) Il faut toujours réfléchir sur la politesse". Sur la guerre en Iran, "nous ne sommes pas impliqués dans cette guerre", répond-il, alors que le Secrétaire général de l'Otan a parlé de 500 avions au départ des bases militaires américaines en Italie, propos qu'il qualifie de "grande faute, pas la vérité", réduisant ces vols à des étapes techniques, "jamais pour aller bombarder l'Iran."
Alors que l'Italie s'est vu reprocher par Donald Trump sa contribution trop faible à l'Otan, le vice-président du gouvernement se défend : "On ne peut pas dire que l'Italie n'utilise pas son armée dans le monde pour défendre l'Occident". Il insiste sur la nécessité de bonnes relations économiques : "Nous avons besoin des États-Unis, mais aussi, les États-Unis ont besoin de l'Italie et de l'Europe".
Au sommet bilatéral France-Italie du 25 juin 2026, les deux pays ont notamment discuté de la mise en œuvre d'une coalition multinationale au Liban à la fin du mandat de la Finul (la Force intérimaire des Nations unies au Liban) : "l'Italie, comme la France, sont des amis du Liban, et prêts à faire tout ce qu'il faut". L'armée de terre italienne est déjà dans l'édifice de la Finul en train de préparer l'armée libanaise. "Je pense que l'Italie, avec la France, peuvent être protagonistes d'une nouvelle saison après la Finul", estime Antonio Tajani.
Au niveau national, l'économie italienne a été impactée par la crise énergétique : croissance faible prévue à 0,7 %, inflation de 1,7 % et déficit au-dessus des 3 % du PIB autorisé par les traités européens. Cependant, Antonio Tajani assure que "l'économie n'est pas mal" et que l'Italie est "devenue la quatrième puissance mondiale en matière d’exportations".
"Nous voulons la migration régulière"
Le gouvernement Meloni a incité l'Union européenne (UE) à adopter une "directive retour" pour renvoyer les migrants dans un pays tiers hors de l'UE, indépendamment de leur pays d'origine. L'Italie a signé des accords, par le passé, avec la Lybie, pays qui a été accusé de violations des droits de l'homme et de tortures sur migrants. Alors que son gouvernement a procédé à une régularisation massive de 500 000 personnes, le vice-président se défend de toute contradiction : "nous ne sommes pas contre les immigrés, nous voulons la migration régulière, c'est-à-dire choisie pour l'éducation et le travail". Il décrit cette mesure comme "une bonne façon de se battre contre ceux qui utilisent les problèmes des Africains ou d'autres, ceux qui viennent d'autres pays pour gagner, mais en faisant des dommages en Italie et en Europe."
Le gouvernement Meloni est-il affaibli ? En mars 2026, il a proposé par référendum une grande réforme de séparation des carrières entre juges et procureurs. Une réforme perçue comme une censure de la magistrature par 54 % des Italiens qui l'ont rejeté par referendum, bien que "13 millions d'Italiens ont voté en faveur de la réforme", se console-t-il. Prochaine étape : la loi électorale, qu'Antonio Tajani – insiste-t-il – entend changer "avec des lois" et pas à travers des "réformes constitutionnelles". Elle ferait passer les élections législatives italiennes à un système proportionnel, avec une prime dans les deux chambres pour la coalition qui obtiendrait plus de 40 % des voix. Une façon de faire gagner à coup sûr la coalition des droites en 2027 face à une opposition plus désunie ? Le vice-président du Conseil des ministres estime que "la stabilité est cruciale pour un pays industriel" et faisant l'éloge de son gouvernement Meloni tripartite : "les gouvernements les plus stables sont des gouvernements du centre droit à la droite (...) celle de gauche sont des simples alliances électorales. Nous, on est toujours unis, même si nous avons des idées différentes, même si ce sont des partis différents," se félicite Antonio Tajani.
Emission préparée par Renaud Lefort, Perrine Desplats, Iris Pichon et Isabelle Romero
Fri, 10 Jul 2026 - 340 - Droits des passagers aériens renforcés : le ciel européen s'éclaircit
Malgré les émissions de CO2, l'avion a toujours la cote : un milliard de passagers par an volent dans le ciel européen, et l'Union européenne (UE) défend les droits de ces passagers face aux compagnies aériennes. Un accord a été trouvé le 15 juin au sein de l'Union pour réformer le règlement européen sur les droits des passagers aériens, après treize ans de négociation.
Concrètement, si vous prenez l'avion dans l'UE et qu'il a plus de 3 h de retard, vous pourrez toujours réclamer une indemnisation, comprise entre 250 et 600 euros en fonction de la distance du vol. Si vous voyagez avec votre enfant, vous ne serez plus obligé de payer en plus pour qu'il soit assis à côté de vous. Lors de votre réservation, le prix du bagage cabine sera inclus clairement dans le prix de votre billet. Plus de supplément caché.
Les associations de consommateurs se réjouissent des avancées qui obligent les compagnies aériennes aussi à plus de transparence et d'information, mais celles-ci dénoncent le coût de cet accord pour leur compétitivité.
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Fri, 10 Jul 2026 - 339 - Maia Sandu : "Il est crucial pour la Moldavie de rester dans le camp du monde libre"
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, pays de 2,8 millions d'habitants et voisin de l'Ukraine, qui a ouvert les négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE). Le 22 juin, un sommet UE-Moldavie s'est tenu à Bruxelles dans le cadre du premier groupe de chapitre de la procédure d'adhésion, ouvert le 15 juin 2026. Maia Sandu souhaite "une adhésion à part entière" mais se dit prête "à discuter de toute autre formule qui ne se substituerait pas à cette adhésion et ne retarderait pas le processus d'intégration à l'UE." Cette émission inclut également un reportage d'Isabelle Romero sur le développement économique de la Moldavie.
"Ils ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix."
Malgré une campagne de désinformation massive venant de la Russie, Maia Sandu a été réélue présidente de la République de Moldavie en 2024 pour un deuxième mandat consécutif, et un an après, en 2025, son parti Action et Solidarité a gagné les élections législatives face au Bloc électoral patriotique, parti pro-Kremlin. "Les Moldaves ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix" nous dit Maia Sandu. Selon elle, ses concitoyens souhaitent "rester dans le camp du monde libre", c'est-à-dire celui de l'Union européenne, "reconnue comme le projet de paix le plus abouti." Car ce petit pays de l'ex-bloc soviétique "perçoit plus clairement l'agressivité russe" depuis le début de la guerre en Ukraine. "Il est crucial pour nous de rester dans le camp du monde libre", nous confie la présidente.
"Nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter."
La Transnistrie a fait sécession avec la République de Moldavie en 1992 pour se rallier à Moscou. Dans cette région, qui représente 10 % du territoire moldave, "il n'y a que 200 officiers russes". Sur cette militarisation russe, Maia Sandu explique que : "certes, cette présence comporte des risques, mais pas aussi importants pour la sécurité qu'on peut le penser." Elle affirme même que "la Russie a abandonné la population de Transnistrie sans chauffage ni électricité. (...) Cela prouve bien que l'on ne peut pas compter sur elle."
En mai dernier, Moscou a signé un décret facilitant l'obtention du passeport russe pour les habitants de Transnistrie. Maia Sandu ne s'inquiète pas de l'impact de ce décret, affirmant que "les jeunes craignent qu'une fois en possession d'un passeport russe, ils ne soient envoyés combattre en Ukraine pour le compte de la Russie." Ainsi, la présidente ne rejette pas l'idée d'une réunification avec cette région : "nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter."
"D'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes."
Alors que le premier bloc de négociations s'est ouvert entre l'Union européenne et la Moldavie, la présidente espère "que les États membres reconnaîtront nos efforts et que le processus fondé sur le mérite nous mènera à l'adhésion." Elle affirme notamment que son pays a "éliminé totalement [sa] dépendance au gaz russe."
Le plan de croissance de 1,9 milliards d'euros sur la période 2025-2027 alloué par l'Union européenne "nous offre de réelles opportunités" se réjouit Maia Sandu. La situation économique du pays pourrait ainsi s'améliorer et serait bénéfique pour "consolider [la] démocratie" dans le pays : "je suis convaincue que les mesures que nous prenons actuellement s'inscriront dans la durée et nous permettront d'instaurer l'État de droit attendu tant par l'UE que par les citoyens moldaves."
Néanmoins, le problème de corruption reste un frein à l'adhésion à l'UE. En réponse, Maia Sandu assure que "d'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes de la justice."
"J'estime que l'UE devrait être associée aux négociations de paix, dont l'Ukraine reste l'élément central."
La Moldavie, aux portes de l'Ukraine, "jouera un rôle de centre névralgique, aidant les entreprises étrangères à participer à la reconstruction de l'Ukraine" une fois la guerre terminée, affirme la présidente. Pour cela, il faut tout de même que les combats cessent entre les deux pays. Bien que Maia Sandu se dise "sûre que la guerre en Ukraine prendra fin prochainement", elle insiste sur l'importance des efforts de la communauté internationale à apporter son soutien à l'Ukraine et à exercer une pression économique sur la Russie : "c'est en effet le seul moyen d'amener Moscou à négocier et d'engager de véritables pourparlers de paix", conclut-elle.
Notre reportage : la Moldavie accélère sur le chemin de l'Union européenne
Alors que la Moldavie vient d'ouvrir le premier chapitre des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne, le gouvernement, les représentants européens et les entreprises se rassemblaient à Chisinau pour la première conférence d'investissement UE-Moldavie. L'objectif : lever des fonds pour aider ce pays fragile à décoller économiquement et atteindre les standards de l'UE. Des fonds conditionnés à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption. Mais l'influence de la Russie et sa guerre hybride dans le pays compliquent ce destin européen souhaité par la présidente moldave Maia Sandu.
Par Isabelle Romero
Emission préparée par Isabelle Romero, Alix Le Bourdon, Perrine Desplats et Iris Pichon
Fri, 03 Jul 2026 - 338 - Climat : l'Union européenne en fait-elle assez ?
Au Parlement européen de Bruxelles, comme partout dans l'Union européenne (UE), les températures ont atteint des niveaux historiques et font bien sentir aux Européens la réalité du réchauffement climatique. D'autant que, selon les experts, l'Europe se réchauffe deux fois plus vite que les autres continents.
Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient : canicules, inondations, incendies, tempêtes... et font de plus en plus de victimes. En 2024, la chaleur a provoqué la mort de 62 000 personnes au sein de l'UE. Le réchauffement climatique a aussi des conséquences économiques et financières pour l'Union européenne, avec des dommages chiffrés à 45 milliards d'euros par an. Sans oublier les investissements nécessaires pour s'adapter au réchauffement climatique qui sont évalués à 70 milliards d'euros par an. L'UE s'est fixée pour objectif d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais se donne-t-elle les moyens d'atteindre ses objectifs ?
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Fri, 03 Jul 2026 - 337 - Michel Barnier : "Il est temps de créer un Conseil européen de sécurité et de défense"
Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne et ancien Premier ministre français. Au programme également : le reportage d'Alix Le Bourdon sur la réponse de l'Union européenne à la crise énergétique.
Alors que l'Union européenne aborde l'été dans une situation de tension internationale et de crise énergétique bien installée, Michel Barnier rappelle que "le rôle des gouvernements, des ministres des Affaires étrangères et des chefs d'État n'est pas forcément le même que celui de la présidente de la Commission."
L'ancien Commissaire européen au marché intérieur a "souvent souhaité que Madame von der Leyen se concentre davantage sur le renforcement du marché intérieur" plutôt que sur la politique étrangère : "Le moment est peut être venu de créer un Conseil européen de sécurité et de défense, pour que les grands pays engagés dans les efforts de défense puissent être plus flexibles, plus opérationnels". Un cadre nouveau qui pourrait être ouvert à des pays qui ne sont pas dans l'Union Européenne, comme le Royaume-Uni ou la Norvège par exemple.
S'agissant de l'adhésion possible de l'Ukraine et de la Moldavie, mais aussi de certains pays des Balkans occidentaux, Michel Barnier affirme qu'ils ont vocation à intégrer la "famille européenne". Sans pour autant brûler les étapes : "Est-ce qu'il faut prendre des raccourcis ? Je crois que cela ne serait ni dans l'intérêt de ces deux pays, ni dans l'intérêt de l'Union européenne (...) Nous avons déjà un accord d'association avec l'Ukraine extrêmement ambitieux qui a été négocié dans les années 2012-2013. Appliquons cet accord, qui est déjà une grande marche en avant dans l'intégration au marché unique. Il faut aussi que ces adhésions soient acceptées par nos peuples."
"Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien"
Concernant la guerre au Moyen Orient, Michel Barnier estime qu'il ne faut pas dénoncer l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël : "Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien, qui a beaucoup souffert et en particulier depuis la tragédie terroriste du 7-Octobre. Je ne crois pas que dénoncer un accord d'association, qui permet à des entreprises, à des agriculteurs et des commerçants israéliens de se développer, soit une bonne formule (...) Il faut mettre en garde et demander au gouvernement actuel d'Israël de faire attention".
Pour l'ancien Premier ministre français, c'est moins le conflit en Iran que la guerre en Ukraine qui a démontré nos dépendances agricoles et énergétiques : "Oui, nous avons pris du retard. Cette idée que l'Europe doit être indépendante (...) est assez récente. Et donc il faut mettre les bouchées doubles."
"Je préfère être impopulaire qu'irresponsable"
La Commission européenne a accordé le 3 juin dernier plus de flexibilité aux 27 Etats membres pour faire face aux conséquences de la crise énergétique. Ils pourront dorénavant utiliser jusqu'à 0,3 % de leur PIB par an pendant 2 ans, pour des mesures d'accompagnement et de soutien aux entreprises et aux ménages.
Michel Barnier salue le pragmatisme de la Commission mais tempère la bonne nouvelle : "Il s'agit de permettre aux États de verser de l'argent ou de diminuer les impôts, à condition d'avoir de l'argent, si je puis me permettre. (...) Ce n'est pas possible qu'on continue en France à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Et donc voilà pourquoi il faut dire la vérité aux gens. Je préfère être impopulaire qu'irresponsable." L'ancien Commissaire européen plaide pour recréer une capacité de production industrielle et agricole sur le continent européen, ainsi que pour une meilleure coordination en matière de fiscalité à l'échelle de l'Union.
"Ce serait un drame pour la France que d'être toute seule"
10 ans après, 56 % des Britanniques disent regretter le Brexit. D'octobre 2016 à mars 2021, Michel Barnier a été négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne. S'il estime que "ce ne serait pas juste de dire que tous les problèmes actuels des Britanniques ont été provoqués par le Brexit", il affirme qu'ils ont été aggravés et rendus plus difficiles "à cause du Brexit". Pour lui, cette décision "insensée" est due à une "campagne de mensonges, de démagogie menée par Monsieur Farage et Monsieur Johnson (...), soutenus par des réseaux russes ou des réseaux américains qui cherchaient à faire exploser l'Union européenne de l'intérieur".
En vue de la présidentielle de 2027, l'actuel député de la 2e circonscription de Paris reste "loyal aux Républicains", notamment à l'égard du candidat que les militants ont choisi : "Il faut respecter les militants. Et donc Bruno Retailleau porte nos couleurs". Il n'envisage pas que le Rassemblement national accède au pouvoir : "Non, je n'envisage pas ce scénario. Je vais tout faire pour qu'il ne se produise pas. Il n'y a pas de fatalité, sauf si on est fataliste. Madame Le Pen l'a très bien dit le soir même du Brexit, il y a 10 ans 'Bravo aux Britanniques, ils se sont libérés de la servitude européenne'. Je n'ai jamais entendu ni madame Le Pen, ni monsieur Bardella reconnaître qu'ils se sont trompés ce jour-là (...), donc je pense qu'ils sont toujours dans cette idée qu'il faut faire exploser l'Union européenne (...) Si on se recroqueville comme le propose madame Le Pen ou monsieur Bardella, mais aussi pratiquement mot pour mot de la même manière, monsieur Mélenchon, ce serait un drame pour la France que d'être toute seule."
Notre reportage : les investissement européens dans les renouvelables, un enjeu stratégique
Après la crise énergétique provoquée par l'invasion de l'Ukraine, le conflit au Moyen-Orient rappelle le coût économique de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la facture énergétique de l'Union a bondi de 27 milliards d'euros. Les perspectives de croissance ont dû être revues à la baisse autour de 1 % pour 2026, alors que l'inflation augmente. Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables ne répondent plus seulement à des objectifs climatiques : ils sont aussi devenus un enjeu de résilience économique, de compétitivité et d'indépendance stratégique pour l'Europe. Un reportage de notre correspondante Alix Le Bourdon.
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Loïc Chalavon et Oihana Almandoz
Fri, 19 Jun 2026 - 336 - Les Britanniques se rapprochent à nouveau de l'UE : 10 ans de Brexit, l'heure des regrets
En 2020, le Royaume-Uni quittait l'Union européenne, à la suite du Brexit, qui lui avait été voté il y a dix ans, en 2016, par référendum. Le Brexit a-t-il été une réussite de l'autre côté de la Manche ?
Économiquement, l'affaiblissement est patent alors que le Royaume-Uni va voir sa richesse nationale chuter de 5 % d'ici à 2030 en raison de cette sortie de l'Union. Il a également produit des tensions entre l'Angleterre et la périphérie, comme en Irlande du Nord et en Ecosse, qui ont voté en faveur d'un maintien dans l'UE.
Dix ans plus tard, une majorité de Britanniques souhaite retourner dans le giron de l'Union. Le gouvernement travailliste a opéré un rapprochement avec les Vingt-Sept en termes de diplomatie, défense ou encore d'enseignement supérieur. Ce rapprochement annonce-t-il un retour des Britanniques dans le marché unique, et pourquoi pas à moyen-terme dans l'UE ?
Emission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Oihana Almandoz
Fri, 19 Jun 2026 - 335 - Edi Rama parle "d'ingérence iranienne" contre le projet immobilier des Trump
Cette semaine, nous recevons Edi Rama, Premier ministre albanais. Il commente les manifestations qui secouent son pays contre la construction d'un complexe hôtelier de luxe lié à la famille Trump.
L'Albanie, pays de 2,7 millions d'habitants situé dans les Balkans, a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne (UE) en 2009. Son statut de candidat lui a été accordé en juin 2014 et les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2022. Selon Edi Rama, Premier ministre socialiste albanais, "le club des Vingt-Sept a besoin de se réformer pour être à la hauteur des défis de ce nouveau monde" mais "l'Europe unie reste le plus beau et grand projet politique jamais conçu".
"La Russie n'est pas présente du tout en Albanie"
Lors du 8e sommet UE-Balkans occidentaux qui s'est tenu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, les États membres ont discuté de l'avancement des négociations pour l'intégration de l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L'objectif principal pour l'UE est de tenir ces pays éloignés des influences russe et chinoise. S'il reconnaît une influence de ces pays dans les Balkans occidentaux, il estime que cela ne "regarde pas vraiment l'Albanie" : "L'Albanie est un pays très européen. La Russie n'y est pas présente du tout [...] Pour nos voisins, c'est plus complexe."
L'Albanie est considérée par l'Union comme le deuxième pays le plus avancé, juste derrière le Monténégro, dans son processus d'adhésion. Elle a ouvert les 33 chapitres de la négociation. Alors que le chancelier allemand Friedrich Merz estime que l'Ukraine devrait devenir "membre associé" de l'UE avant d'en devenir un État membre à part entière, Edi Rama s'oppose à ce type d'adhésion : "Il nous faut un nouveau moment Helmut Kohl. À la chute du mur de Berlin, l'UE n'a pas dit à l'Allemagne, il faut compléter tous les chapitres, et seulement alors vous rentrerez". Helmut Kohl a réunifié, puis remis l'Est à niveau. "C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir tous les pays qui négocient autour de la table et après, chacun des pays doit faire son propre travail."
Edi Rama est prêt à concéder que les nouveaux entrants dans le club européen ne puissent pas exercer leur droit de véto : "Je pense qu'une grande puissance globale ne peut pas fonctionner avec le vote à l'unanimité et donc les veto. [...] Ce mécanisme ne fonctionne pas, même pas en ce moment entre les Vingt-Sept."
"Il s'agit d'un investissement très important"
Depuis début juin, des manifestations quotidiennes ont lieu à Tirana contre un projet immobilier porté par Ivanka Trump, fille du président américain Donald Trump, et son époux, Jared Kushner. Les détracteurs affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars et qui devrait être construit dans une zone protégée de la côte adriatique du pays, représente un risque pour l'environnement.
Le Premier ministre Edi Rama défend ce projet : "Il s'agit d'un investissement très important, pas seulement de la part de Jared Kushner mais aussi d'investisseurs du Qatar. C'est un investissement qui va nous aider à ne plus avoir seulement un tourisme low cost, qui implique beaucoup de pression sur l'environnement. Ce projet va également amener beaucoup plus d'argent dans le pays. [...] Nous avons été élus pour tenir nos promesses. Ce projet en fait partie. C'est très intéressant parce qu'à Tirana, il y a des manifestations mais à Vlora, où le projet doit se faire, les gens sont pour le projet."
"Il s'agit de manifestants contre le gouvernement"
Il défend le droit des Albanais à manifester mais remet en question les motifs liés à ces protestations : "Ces manifestations montrent que l'Albanie est un pays démocratique. [...] Mais les manifestants ne représentent pas tous les Albanais. Nous avons la preuve, grâce à des enquêtes, que la majorité des Albanais sont en faveur de ce projet. Ce projet n'est plus la raison des manifestations. On ne parle même plus de ce projet. Il s'agit de manifestants contre le gouvernement, qui veulent la fin de ce gouvernement."
Selon lui, ce projet lié à la famille Trump est un moyen pour les manifestants "d'attirer l'attention du monde entier" : "Tous ceux qui n'aiment pas Donald Trump soutiennent ces manifestations. Cela leur donne une raison pour critiquer Donald Trump."
La zone dans laquelle le complexe immobilier doit voir le jour est une aire protégée, abritant de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, devenus symbole de la protestation. Les opposants au projet accusent le gouvernement d'avoir modifié la loi pour permettre la réalisation de ce projet. Ce que réfute le Premier ministre : "Il ne s'agit pas d'un changement de loi pour rendre le projet faisable. Il s'agit d'un territoire protégé où nous pouvons construire sous certaines conditions."
Selon lui, les ingérences extérieures contre ce projet sont multiples : "Il y a une ingérence de l'Iran avec qui nous sommes en guerre cyber depuis trois ans. Puis, il y a des concurrents dans la région qui ne veulent pas voir ce développement en Albanie. Enfin, comme je le disais, une partie de la population veut des choses différentes pour le pays."
"La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille"
Le parquet anticorruption a ouvert une enquête sur les modalités d'achat des terrains. Le Premier ministre ne reconnaît qu'une affaire en cours : "Cela fait partie de toutes ces demi-vérités qui, avec les réseaux sociaux, deviennent un grand mensonge. Il n'y a jamais eu de problèmes avec les fonds. Ils proviennent de la Banque d'investissement du Qatar. [...] Le parquet anticorruption fait une enquête sur l'un des propriétaires qui a vendu le terrain. L'investigation continue."
Beaucoup de manifestants expriment leur frustration face à la corruption qui sévit dans le pays : "La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille. [...] Nous avons fait une montagne de choses pour lutter contre."
Les États membres viennent de voter la possibilité de créer des centres de rétention dans des pays à l'extérieur de l'UE qui auront vocation à accueillir les migrants en situation irrégulière expulsés d'Europe. Il y a quelques années, l'Albanie avait déjà signé un accord avec l'Italie de droite radicale de Giorgia Meloni. Il prévoyait l'ouverture de centres de rétention gérés par Rome en Albanie. Ces centres ont à plusieurs reprises été bloqués par la justice.
À la question de savoir si ces centres pourront à présent fonctionner, Edi Rama rappelle que ce "projet est géré par l'État italien" : "Nous avons mis à disposition un terrain, de l'espace. Pour le reste, c'est l'Italie". Selon lui, ces centres ne posent "pas de problèmes" à la population albanaise.
Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Renaud Lefort, Charlotte Prudhomme et Isabelle Romero
Fri, 12 Jun 2026 - 334 - Des centres de retour pour migrants hors de l'UE : un pacte anti-migration ?
La politique migratoire de l'Union européenne (UE) mise en œuvre en ce mois de juin se durcit. Après des années de débats, le Pacte asile et migration va s'appliquer. Cet ensemble législatif est censé instaurer une solidarité entre les Vingt-Sept pour répartir les demandeurs d'asile et aussi accélérer l'examen des dossiers en prévoyant un filtrage aux frontières extérieures de l'Union européenne dans des zones de transit.
Ce pacte est surtout complété par un nouveau règlement sur les retours encore plus restrictif. Voté à l'initiative de la droite et de l'extrême droite dans l'hémicycle de Strasbourg, il prévoit des centres de retour situés dans des pays hors de l'Union européenne, vers lesquels pourront être envoyés des migrants en séjour irrégulier dans l'un des pays membres, notamment les déboutés du droit d'asile. Ces hubs de retour doivent se situer dans des pays que l'UE considère comme "sûrs", mais sans lien avec le pays d'origine des migrants. Une réforme qui provoque l'indignation des ONG de soutien aux migrants, inquiets aussi du bon respect des droits de l'homme par ces pays tiers.
Emission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
Retrouvez ici les travaux de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen.
Fri, 12 Jun 2026 - 333 - José Manuel Albares : "Nous soutenons l'Ukraine pour qu'elle gagne la guerre et surtout la paix"
Cette semaine, nous recevons José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères. Immigration, conflit au Moyen-Orient, montée de l'extrême droite : il détaille les politiques de l'Espagne, parfois à contre-courant du reste de l'Union.
L'Espagne, pays de 50 millions d'habitants, est l'un des États de l'Union européenne (UE) à s'opposer le plus fortement à l'action d'Israël au Moyen-Orient. L'UE intensifie cependant sa pression sur Israël en préparant des sanctions à l'encontre des ministres accusés d'encourager les violations de droits de l'homme, notamment le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Pour José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, ces sanctions sont "nécessaires" : "Nous devons envoyer un message fort à Israël en leur disant que nous soutenons évidemment l'existence de leur État. Israël doit avoir le droit à la paix et la sécurité mais c'est également le cas pour les peuples palestiniens et libanais. [...] La démocratie respecte les droits de l'homme et le droit international. Tant que cette violence perpétuelle continuera, l'Europe ne peut pas avoir la même relation avec Israël."
"Une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde"
Certains États membres comme l'Irlande, la Slovénie ou encore l'Espagne demandent la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël, un texte qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs. L'Allemagne, par exemple, s'oppose à cette suspension. José Manuel Albares dénonce le fait que l'article 2 du texte garantissant "le respect des droits de l'Homme et des principes démocratiques" n'est pas appliqué par Israël : "Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous devons dire à Israël que nous n'accepterons pas que la guerre soit le seul type de relation entre eux et les autres peuples du Moyen-Orient. Il doit y avoir une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde." Selon lui, il faut également "donner une réponse à l'opinion publique qui demande de faire tout ce qui est en notre pouvoir" pour régler ces conflits. "Une partie de l'accord doit être suspendue par vote à l'unanimité mais une autre par la majorité qualifiée. Je dis qu'il faut voter et voir le résultat à la majorité qualifiée, pour la partie commerciale de l'accord par exemple," poursuit-il.
"La Russie est en train de perdre cette guerre"
La guerre s'enlise en Ukraine alors que les Russes poursuivent quotidiennement leurs frappes : "Vladimir Poutine disait que cette guerre durerait 72 heures tout au plus. Nous sommes dans la cinquième année de conflit. Nous pouvons dire que la Russie est en train de perdre cette guerre." Le chef de la diplomatie espagnole rappelle le soutien inconditionnel de l'UE à l'Ukraine : "Peu importe la situation militaire, nous ne pouvons pas accepter cela en Europe. [...] Nous devons défendre l'indépendance, la démocratie et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Par conséquent, nous sommes décidés à soutenir l'Ukraine pour qu'elle gagne non seulement la guerre, mais surtout qu'elle gagne la paix."
La France a notamment évoqué l'idée d'ouvrir à nouveau un canal de discussion avec la Russie afin d'avancer dans les négociations. Une idée à laquelle ne s'oppose pas le ministre espagnol mais qui le pousse à s'interroger : "La vraie question, c'est pour parler de quoi exactement ? J'aimerais bien qu'il y ait une table de négociation et un cessez-le-feu mais la Russie ne veut pas en entendre parler. [...] À plusieurs reprises, des médiateurs ont essayé de ramener les Russes à la table, d'obtenir un cessez-le-feu mais cela n'a pas abouti. Si ces nouvelles discussions entraînent un vrai changement autour de pourparlers de paix, bien sûr, pourquoi pas." Et de rappeler : "Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les institutions européennes n'ont voulu cette guerre. C'est la guerre d'un seul homme."
"J'appelle à une armée européenne"
José Manuel Albares appelle en outre à renforcer la défense européenne sans pour autant couper les ponts avec les États-Unis : "Je crois fermement à la relation transatlantique d'un point de vue commercial et sécuritaire. Elle est fondamentale. Mais en même temps, je suis complètement en faveur du fait que les Européens augmentent leur propre sécurité. J'appelle à une armée européenne qui ne remplacera pas les armées nationales mais qui pourrait garantir les menaces contre l'Europe."
Pour ce faire, il explique que l'Espagne est "favorable à la préférence européenne graduelle", c'est-à-dire à une augmentation des achats d'équipements de défense produits dans l'UE. "Cela ne veut pas dire que nous serons isolés ou renfermés. L'Espagne est favorable à la préférence européenne mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'a pas de relations au niveau de l'industrie de défense avec le Royaume-Uni, la Norvège ou même avec les États-Unis."
"Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme"
En Espagne, l'ancien ministre des Transports, proche du Premier ministre Pedro Sanchez est jugé pour corruption sur les marchés publics pendant la pandémie de Covid-19. Puis, le prédécesseur socialiste de l'actuel Premier ministre, José Luis Rodriguez Zapatero, est inculpé pour trafic d'influence. Selon José Manuel Albares, ces affaires ne fragilisent pas Pedro Sanchez ou sa coalition : "Nous avons un mécanisme de motion de censure dans notre Constitution, qui est la motion de censure. [...] Il n'y a pas de majorité pour parvenir à cette motion. Il n'y a pas un seul membre du gouvernement qui est impliqué. Pedro Sanchez agit vite, il ne tolère pas la corruption et laisse tranquillement travailler la justice."
Les États membres durcissent leur politique migratoire et mettent en place des centres de retour situés hors du territoire européen, qui devraient recevoir des étrangers devant quitter l'UE, notamment après un refus d'une demande d'asile. Une mesure qui inquiète les ONG d'un risque de violation des droits humains. L'Espagne s'oppose à ces centres : "Nous y sommes fermement opposés car nous considérons que cela ne respecte pas la dignité des migrants. Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme."
Selon lui, les pays qui accueilleraient ces centres se retrouveraient dans une position "très gênante" : "Nous devons avoir un dialogue à très haut niveau avec nos partenaires au lieu de les obliger à avoir des centres de rétention comme cela." Enfin, ces centres ne sont "pas efficaces", selon le ministre espagnol : "Qu'est-ce qui est efficace ? C'est ce que fait l'Espagne. Les chiffres officiels de l'UE montrent que la route migratoire par laquelle il y a eu la plus grosse chute du nombre d'arrivées de migrants irréguliers est celle qui passe par l'Espagne. Soit par l'Andalousie, la Méditerranée ou les Îles Canaries."
Il rappelle les principes de la politique d'accueil espagnole : "Nous avons une coopération policière pour lutter avec acharnement contre les mafias qui trafiquent avec les humains. Puis, nous augmentons notre aide au développement à l'Afrique occidentale pour offrir des voies à la jeunesse africaine."
Le ministre des Affaires étrangères vante les bienfaits de cette politique migratoire : "Nous avons la croissance économique la plus forte de l'Europe, le double de celle de la France par exemple. Cela nous permet d'augmenter nos salaires, d'avoir un niveau d'emploi record de plus de 22 millions de personnes et d'avoir réduit de 40 % les dernières années notre taux de chômage. Il est possible d'avoir une politique migratoire qui concilie droits de l'homme, dignité de chacun, réduit les chiffres d'entrées des migrations illégales, qui permet d'avoir la plus forte croissance d'Europe et qui fait croître notre population."
Alors que neuf pays sont officiellement candidats à une adhésion à l'UE, l'Espagne est "favorable" à l'entrée de nouveaux États au sein de l'Union : "Nous pensons que le destin de ces pays est de faire partie un jour de l'UE. Cela doit continuer à être basé sur le mérite mais nous pouvons les aider en termes d'infrastructures par exemple. Nous avons appris des élargissements précédents. Nous passons beaucoup de temps à discuter des aspects techniques d'une adhésion comme l'impact sur la politique agricole commune ou le déficit budgétaire. Nous devons en faire autant sur les questions de valeurs et de respect de la démocratie."
"Nous voulons avoir une relation commerciale équilibrée"
Alors que la Commission européenne cherche à renforcer ses défenses commerciales contre la Chine, l'Espagne est fortement dépendante des investissements chinois notamment dans les secteurs de l'automobile et de l'énergie solaire : "Nous avons ce dialogue avec la Chine car elle représente un pourcentage immense de notre déficit commercial. Il faut régler ces problèmes. Puis, nous avons une politique étrangère globale. Pour lutter contre le changement climatique, pour obtenir la paix au Moyen-Orient ou en Iran, nous devons parler avec les grandes puissances, y compris la Chine."
Il rappelle tout de même l'importance d'avoir une relation "équilibrée" : "La Chine doit s'ouvrir si elle ne veut pas que l'Europe se referme. Nous voulons avoir une relation commerciale mais que les mêmes règles s'appliquent d'un côté et de l'autre. Nous essayons d'amener la Chine vers une paix mondiale, vers la lutte contre le changement climatique et les grands accords multilatéraux."
Face aux multiples attaques auxquelles l'UE est confrontée, José Manuel Albares s'inquiète de l'affaiblissement de la démocratie : "Des pays extérieurs à l'UE voudraient voir un projet européen affaibli et divisé. Mais la menace est aussi interne : les forces d'extrême droite menacent directement nos démocraties. Chaque citoyen a son mot à dire pour être sûr que l'Europe reste un projet de démocratie, de paix et de prospérité", conclut-il.
Emission préparée par Renaud Lefort, Oihana Almandoz, Aline Bottin, Charlotte Prud'homme, Isabelle Romero et Perrine Desplats
Fri, 05 Jun 2026 - 332 - La Russie de Poutine recule sur le front ukrainien : l'UE peut-elle forcer Moscou à la paix ?
La guerre en Ukraine connait actuellement beaucoup de mouvements : les Russes ont perdu 280 kilomètres carrés de territoire depuis le début de l'année alors qu'ils progressaient en 2025. De leur côté, les Ukrainiens sont parvenus à frapper le cœur de Saint-Pétersbourg, où se tenait un forum économique. Dos au mur, la Russie fait pleuvoir les drones et les missiles balistiques sur l'Ukraine.
Sur le front diplomatique, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a invité son homologue russe, Vladimir Poutine, à négocier un plan de paix en tête-à-tête. Il propose un cessez-le-feu durant ces discussions. Comment les Européens peuvent-ils aider au mieux leur allié ?
Emission préparée par Oihana Almandoz, Aline Bottin, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Fri, 05 Jun 2026 - 331 - Mariya Gabriel : "Pour ne pas répéter l’erreur des réseaux sociaux, il faut une IA éthique"
Cette semaine, émission spéciale sur l'Intelligence Artificielle, avec le reportage de Luke Brown à travers toute l'Europe, commenté par Mariya Gabriel, sous-directrice générale de la communication et de l’information à l’UNESCO et ancienne Commissaire européenne au Numérique.
Mariya Gabriel, également ancienne vice-première ministre de Bulgarie, commence par rappeler que la liberté d'expression a baissé de 10 % depuis 2012, selon le dernier rapport de l'UNESCO : "Cela correspond à des moments très sombres de l'Histoire que nous avons connu. 63 % des journalistes exercent une forme d'autocensure afin d'éviter encore plus de problèmes et de représailles" (…) et 310 journalistes ont été tués entre 2022 et 2025, dont 163 dans des zones de guerre". Mariya Gabriel insiste également sur les violences en ligne subis par les femmes journalistes, qui "a doublé en trois ans".
"La désinformation paralyse les sociétés"
Mariya Gabriel veut renforcer la lutte contre la désinformation en ligne. "La désinformation érode la confiance et paralyse les sociétés. Elle peut être un vrai danger pour la santé publique. Aujourd'hui, avec l'Intelligence Artificielle, tous ces phénomènes sont amplifiés. L'approche de l'UNESCO est une approche équilibrée".
Selon l'ancienne Commissaire Européenne à l'Innovation et à la Recherche, il faut doter l'ensemble des acteurs de l'écosystème numérique des outils et compétences nécessaires pour "ne pas perdre la capacité de communiquer et de créer". Mariya Gabriel veut approfondir le travail avec les créateurs de contenus et prêter plus attention aux familles et aux parents : "Nous avons beaucoup parlé des jeunes, nous avons beaucoup parlé des enseignants. Aujourd'hui, ce sont les parents qui se sentent dépourvus. Ils ne savent pas ce qui se passe, ni comment les algorithmes influencent leurs enfants".
Améliorer la compréhension de l'IA au sein des familles, mais aussi rendre plus efficace les services publics et le système judiciaire. "Parce qu'aujourd'hui, 44 % des juges et des procureurs disent qu'ils utilisent l'IA dans leur travail, mais seulement 9 % ont eu accès à une formation. Et c'est pour cela que l'UNESCO, ensemble avec l'Université d'Oxford, a publié un cours gratuit accessible pour tous en ligne sur l'intelligence artificielle, la justice et l'État de droit".
"La souveraineté technologique est un élément clé"
Sous la pression américaine, la Commission Européenne a repoussé à juin l'annonce de son "paquet technologique" sur l'Intelligence Artificielle. Des textes qui encouragent le développement de solutions souveraines pour permettre aux Européens de reprendre le contrôle de leurs données, alors que les entreprises technologiques de la Silicon Valley entendent bien garder leur mainmise sur les infrastructures numériques européennes.
"Si la souveraineté est comprise comme la maîtrise des choix, oui, c'est un élément clé", indique l'ancienne Commissaire européenne à l'Economie et à la Société Numérique, qui rappelle que l'UNESCO a adopté en 2021 à l'unanimité le premier et seul cadre normatif sur l'éthique de l'IA. "Maintenant, il va falloir continuer la discussion parce que nous allons devoir parler des centres de données et de l'énergie qu'ils consomment (…) Nous devons parler aussi de la gouvernance des données (…) : on doit savoir quels sont les risques et comment protéger les données privées". Pour elle, les compétences techniques ne suffisent plus, il faut "développer un esprit critique".
"9 enfants sur 10 utilisent l'IA pour avoir une conversation du quotidien"
Mariya Gabriel rappelle que "9 enfants sur 10 utilisent l'intelligence artificielle pour avoir une conversation 'de tous les jours', et 1 enfant sur 2 donne des informations personnelles : si on ne veut pas reproduire l'erreur que nous avons fait avec les réseaux sociaux il y a 20 ans, nous devons tous nous unir pour que l'IA corresponde à des principes éthiques qui soient fondés sur les droits humains et qui soient durables". Elle insiste sur la maitrise des données numériques, qui influencent le développement des algorithmes et doivent promouvoir des valeurs telles que "l'inclusivité, la non-discrimination, la responsabilité et la transparence".
Notre reportage : la révolution technologique du siècle
L'intelligence artificielle (IA) est la révolution technologique la plus importante du siècle, elle risque d'impacter tous les aspects de la vie des Européens : des petites entreprises aux géants industriels, la course est lancée pour tirer parti de l'IA, tout en veillant à ce qu'elle ne nuise pas à nos sociétés.
Notre reporter s'est rendu dans une demi-douzaine de pays de l'UE pour découvrir les actions mises en place, depuis les initiatives d'éducation et de montée en compétences dans les zones rurales d'Irlande, jusqu'au secteur manufacturier, qui voit dans l'IA et les robots un moyen d'améliorer la productivité et de compenser la diminution de la main-d'œuvre.
Mais comment l'Europe compte-t-elle rattraper les leaders que sont les États-Unis et la Chine en matière d'infrastructure IA ? Nous visitons l'une des premières "Usines à IA" de l'UE au Luxembourg, ainsi que le supercalculateur Meluxina, qui fournit aux startups européennes la puissance de traitement nécessaire des données pour leurs modèles d'IA. En effet, la question de la souveraineté numérique européenne et de l'IA est devenue centrale, d'autant qu'une grande partie des infrastructures IA sont basées aux États-Unis. Cela pousse de nombreuses organisations européennes à repenser leur dépendance à l'égard de la Silicon Valley.
Le secteur de la création est aussi aux abois. Les artistes européens pèsent sur la scène internationale. Pour de nombreux musiciens, par exemple, l'IA peut être à la fois un outil au service de leur créativité et une menace, car elle permet à la musique générée par IA de capter des revenus sur les plateformes de streaming. Une vision partagée par le pionnier de la musique électronique Jean-Michel Jarre : "Ce qui différencie le chaos de la démocratie, c'est évidemment les règles. Nous les gens du monde de la création, on a droit à une part du gâteau, et donc il faut qu'on soit, considéré une fois pour toutes comme des vrais partenaires autour de la table des négociations."
Deux tiers des Européens estiment que l'IA peut améliorer la productivité au travail, mais 84 % pensent qu'elle nécessite une gestion rigoureuse. Trouver le juste équilibre entre innovation et régulation sera crucial pour l'UE.
Emission préparée par Georgina Robertson, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Loïc Chalavon.
Fri, 29 May 2026 - 330 - Quelles solutions à la crise démographique de l'UE : les Européens font moins d'enfants
Le vieillissement de la population dans les pays européens ne cesse de s'accélérer alors que la natalité est en chute libre. Le taux de fécondité moyen au sein de l'UE est d'1,3 enfant par femme, très loin du taux de 2,1 enfant par femme nécessaire à un renouvellement naturel des générations.
Nous discutons les causes de cette chute de la natalité en Europe mais aussi les solutions pour résoudre cette crise démographique. Faut-il concentrer ses efforts sur la politique familiale comme l'ont fait certains pays, sans cependant obtenir des résultats probants ou bien miser sur l'immigration afin de maintenir à niveau la population active et ne pas remettre en cause les modèles sociaux en Europe ?
Une émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Aline Bottin et Oihana Almandoz.
Fri, 29 May 2026
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