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Ici l'Europe

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FRANCE 24

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

352 - Maciej Witucki : "Taxer les superprofits, certains États comme la Pologne le font déjà"
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  • 352 - Maciej Witucki : "Taxer les superprofits, certains États comme la Pologne le font déjà"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d'Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d'amélioration.

    "Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux"

    L'avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. Maciej Witucki tempère : "les patrons européens croient en l'Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux." Face à l'augmentation éclair des prix de l'énergie, due, entre autres, à la situation dans le détroit d'Ormuz, Maciej Witucki rappelle : "la crainte, c'est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n'est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l'inflation". Si certains pays ont décidé, face à l'urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : "il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l'énergie, donc il faut que l'on partage plus nos actifs".

    Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : "il n'y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d'être signée hier soir par le président." Mais pour lui, "les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l'accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale".

    "Personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète"

    BusinessEurope a par ailleurs demandé à la Commission de geler les nouvelles réglementations vertes de l'Union européenne (UE) afin d'éviter aux entreprises des coûts supplémentaires. Cette demande a provoqué des levées de boucliers de la part des organisations environnementales, pour qui un report des législations vertes affaiblirait davantage le Pacte vert européen sans pour autant restaurer la compétitivité.

    Maciej Witucki explique : "personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète, surtout après la canicule (...) mais on doit mieux calculer les objectifs et les coûts associés, l'impact sur les prix et l'impact sur la compétitivité".

    "Avant la guerre, l'Ukraine avait les capacités de fournir de l'énergie pour l'Europe"

    Le représentant du patronat européen s'est aussi rendu plusieurs fois en Ukraine. Si la fin de la guerre pourrait apporter, dans le futur, de grands chantiers de reconstruction, il nuance : "les Ukrainiens reconstruisent tout seuls depuis le premier jour de l'invasion russe ; et ils le font très bien". Pour lui, il y a surtout des raisons de s'inspirer des capacités d'innovation ukrainiennes : "déjà au temps soviétique, l'Ukraine était un pays d'ingénieurs, d'aviation et de technologie spatiale". Ces compétences se sont traduites dans leur capacité à créer de nouveaux modèles de drônes de défense, mais qui pourraient aussi être "à double usage" c'est-à-dire reconvertis dans d'autres domaines comme l'agriculture ou l'industrie. Autre atout selon lui : "aujourd’hui, la capacité énergétique de l'Ukraine a été lourdement frappée. Mais c'est un pays avec une forte expérience nucléaire et comme il y a un mouvement de renaissance nucléaire en Europe, ça pourrait contribuer à mieux équilibrer nos réseaux européens".

    "Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle"

    Les grands défis de l'industrie européenne s'incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l'industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : "on est devenus trop dépendants (...) Cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir, d'un côté, les ambitions de développement de l'Europe, et de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas." Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : "le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré". "Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes."

    "Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre"

    S'il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d'abord polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6 % en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d'euros gelés par l'Union européenne (UE) en raison de manquements à l'État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour Maciej Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : "la leçon, c'est que la Pologne, elle a l'entrepreneuriat, l'ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre." La défense de l'État de droit est, elle aussi, au centre, ce qu'a démontré la Pologne après huit années d'un régime "pas tout à fait libéral". Le président de BusinessEurope explique : "on est définitivement pour la défense de l'État de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques."

    "La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux"

    Le président américain Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, "cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale". Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l'Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : "tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine”.

     

    Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater

    Fri, 02 Oct 2026
  • 351 - Taxe des superprofits, baisse des obligations climatiques ? L'UE veut lutter contre le pétrole cher

    Il ne fait pas bon prendre sa voiture. Pas à cause des embouteillages, mais à cause des prix de l'essence qui n'ont jamais été aussi élevés en Europe. Dans un contexte géopolitique toujours aussi tendu – au Moyen-Orient et en Ukraine – le coût du litre d'essence bat des records, tout comme celui du gazole.

    Dans cette crise, la Commission européenne laisse chaque État membre apporter sa propre réponse à l'envolée des prix à la pompe : baisse des taxes en Espagne et en Allemagne, aides ciblées en France et au Portugal...

    Et au sein de l'Union européenne (UE), six États membres demandent de mettre à l'ordre du jour une taxe européenne sur les superprofits des compagnies pétrolières. Un exemple : le groupe français Total Energies a réalisé un résultat net de onze milliards d'euros sur le premier semestre 2026, une hausse de 70 % par rapport à l'an dernier.

    Par ailleurs, Bruxelles s'apprête à reporter les obligations environnementales des importateurs d'énergies qui devaient déclarer leurs émissions de méthane.

     

    Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater

    Fri, 02 Oct 2026
  • 350 - Aurore Lalucq : "Supprimer les inégalités inacceptables", remède à la montée des populismes

    Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et inquiets de leurs vulnérabilités économiques, Aurore Lalucq, présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe socialiste et co-présidente de "Place publique".

    L'Union européenne est confrontée à une croissance faible (1,1 %) et à une forte augmentation du prix de l'énergie et des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : "On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients." Mais ce qui l’inquiète, "c'est la question de l'inflation importée, sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs". Car, rappelle l’eurodéputée, "l’économie est au service des gens. Donc il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies."

    En réaction à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. "Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger Total Énergie", glisse-t-elle.

    Un budget français et européen à la peine

    Autre dossier difficile, le budget français. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques et de la dette privée, ainsi que l'incertitude créée par Donald Trump. "Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit que la France, là tout de suite, va rentrer en crise financière." En revanche, du fait de la situation internationale, "on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c'est clair. Mais on ne sait pas d'où il va venir."

    Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards d'euros sur cinq ans – contre les 54 milliards préconisés par le gouvernement Lecornu pour 2027. Une baisse aussi drastique, "ça n'existera pas, c'est trop brutal", juge-t-elle, proposant à la place une diminution des dépenses "de l'ordre de 18 à 20 milliards" d'euros.

    Face au Rassemblement national, qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L’eurodéputée estime que ce poste de dépense ne pèse pas trop sur les finances françaises : "Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que, derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français et la perspective de 2027, à l'issue de l'élection présidentielle !"

    En ce qui concerne le budget européen pour la période 2028-2034, la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays "frugaux" comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche, qui demandent de passer sous les 2 000 milliards d'euros sur sept ans. "Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre", affirme-t-elle. L’eurodéputée soutient qu’il faut avancer sur la défense commune, l'indépendance numérique, l’autonomie en matière d'IA, la transition écologique, la réindustrialisation.

    Pour cela, il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. "Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur ce qu'on appelle des 'actifs sûrs'. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques."

    Turbulences internationales

    Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires de l’AfD lors des élections régionales en Allemagne. "C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : ce n'est pas un parti comme un autre."

    Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et "le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres."

    Après le discours du premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelleson opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada– pour des raisons sanitaires, suivant ainsi un certain nombre d'experts et d'ONG. "Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, de créer des associations. On ne sait pas encore sous quelle forme ce sera, avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent que ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !" 

    Face aux accords commerciaux– l’UE en a signé plus de 80 – l’eurodéputée affine sa position : "On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. Ca ne peut pas être sans clauses miroirs, etc. Il faut pouvoir se protéger. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole", ironise-t-elle. "Il faut donc accélérer sur la question de l'électrification. On doit protéger notre secteur automobile, par exemple. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, de batteries, etc. être détruite par une concurrence déloyale", comme celle de la Chine.

    Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques dues au retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. "Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser.

    Enfin, face Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre "Trump contre l’Europe" (Editions Les petits matins), elle affirme :"Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, je le dis depuis le début, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne."

    Enfin, elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : "Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respectés, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent", conclut-elle.

    Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec

    Fri, 25 Sep 2026
  • 349 - Canicule, incendies, sécheresse : quelles leçons pour l'UE ? L'été européen le plus chaud

    L'Europe n’a pas été épargnée par la canicule. Le mois d'août 2026 a été le mois le plus chaud jamais mesuré, et l’Europe dans son ensemble a vécu le pire été de son histoire : 2,7°C de plus que les normales de saison. Il en résulte une sécheresse record qui se prolonge encore en septembre. Au pic de l’été, les deux tiers du territoire de l'Union européenne étaient en état d’alerte, de quoi fragiliser la végétation et l'agriculture, et faciliter la propagation des incendies.

    À la rentrée, 660 000 hectares avaient déjà brûlé cette année en Europe – au Sud, mais aussi au Nord –, soit deux fois plus que la moyenne des territoires partis en fumée ces trente dernières années.

    L’Union européenne a déployé des moyens inédits en activant son mécanisme européen de protection civile, qui permet la solidarité entre les États, et la Commission européenne veut aller encore plus loin, avec une loi sur la résilience climatique pour parer enfin à l’urgence de l’adaptation au réchauffement.

    Émission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero

    Fri, 25 Sep 2026
  • 348 - Hadja Lahbib : "Nous ne sommes ni en situation de paix, ni en situation de guerre"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Hadja Lahbib, commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes.

    "C'était l'été de toutes les vérités"

    Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. "On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire", alerte-t-elle. Or, avec le changement climatique, "on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc, il va falloir les anticiper".

    Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, "parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison". La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. "C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72 h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre", rappelle-t-elle.

    La commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. "Imaginez-vous, si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer aux petits États comme aux grands".

    "On n'a pas perdu de vue les objectifs de Paris"

    La Commission européenne a été accusée de rétropédalage sur les objectifs du Pacte Vert – cette feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Hadja Lahbib réfute ces critiques. "Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, on maintient la barre, mais il faut vraiment prendre tout le monde à bord et être sûr que nos industries continuent à être compétitives", affirme-t-elle. "L'Union européenne (UE) représente 6 % des émissions de gaz à effet de serre, la Chine représente 30 %, les États-Unis, 11 %, 10 % pour l'Inde", souligne-t-elle. Mais ces concurrents commerciaux de l'UE, qui polluent plus, "tirent les bénéfices de ces objectifs" européens et "inondent, par ailleurs, nos marchés de ces nouvelles technologies".

    "Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen"

    Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig, aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. "Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol", alerte la commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. "Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives". Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, "qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères".

    "Les autres pays aussi, pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie"

    Interrogée sur la montée de l'extrême droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales, et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, "le repli sur soi, la peur de l'autre", est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, "le respect, la liberté, la paix". Elle met en garde contre ces "discours populistes, malheureusement, simplistes, et qui sont en plus manipulés par des puissances malveillantes comme la Russie. Et, on le voit aussi, les États-Unis, qui soutiennent des groupes d'extrême droite". 

     

    Emission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero

    Fri, 18 Sep 2026
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