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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Ce podcast incontournable vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus grands artistes de notre temps.
Avec "La Story Nostalgie", plongez dans l'univers des icônes comme les Beatles, les Rolling Stones, Johnny Hallyday, Madonna, Queen, ou encore Michael Jackson. Brice Depasse vous raconte les récits inédits derrière les albums mythiques, les concerts légendaires comme Live Aid, et les moments de gloire des groupes qui ont marqué l’histoire de la musique. Découvrez comment Freddie Mercury a captivé le monde entier, comment ABBA a conquis les charts, ou encore les secrets de studio qui ont façonné des tubes intemporels.
Chaque épisode est une plongée passionnante dans le making-of des carrières de ces artistes exceptionnels, avec des histoires qui vous feront revivre les vibrations du rock des seventies, l'effervescence des eighties, et bien plus encore. Brice Depasse vous fait redécouvrir des albums cultes, des sessions d’enregistrement mémorables, et les concerts qui ont marqué toute une génération. Que vous soyez fan des ballades de Jean-Jacques Goldman, des envolées vocales de Céline Dion, ou des shows spectaculaires de Robbie Williams, "La Story Nostalgie" est votre passeport pour un voyage musical inoubliable.
Laissez-vous emporter par les récits fascinants sur des artistes comme Daniel Balavoine, Serge Gainsbourg, France Gall, Michel Sardou, et Blondie, tout en explorant les liens entre musique et cinéma, des bandes originales aux collaborations légendaires. Ce podcast vous fait revivre l’esprit de Woodstock, les folles tournées, et les sessions d'enregistrement qui ont donné naissance à des albums de légende.
Que vous soyez un nostalgique des seventies ou un amoureux des eighties, "La Story Nostalgie" est le rendez-vous incontournable pour tous les passionnés de musique. Branchez vos écouteurs et laissez Brice Depasse vous raconter ses histoires inédites.
- 1293 - Walk This Way : quand Run DMC et Aerosmith ont changé l'histoire de la musique en 1986
Rentrée 1986. Les enfants, il s’en est passé des choses durant les six premières années de cette décennie. Vous imaginez 1979 avec les Bee Gees ou les Village People ? Sept ans plus tard avec Prince, The Cure, Metallica, c’est plus la même musique et surtout, plus du tout le même univers. La télé et les radios ne ressemblent plus non plus à celles du début du début des années 80. Le rock est roi, le heavy metal cartonne, quant au rap, lui, il est encore considéré comme une curiosité en dehors de NY. C’est vrai, depuis Sugarhill Gang et Grandmaster Flash, il ne s’est plus passé grand-chose et les maisons de disques ne savent pas quoi en faire, les radios ne veulent que du rock et de la pop.
Pourtant, un producteur californien au look improbable nommé Rick Rubin, le patron du jeune label Def Jam, est un fan absolu d'Aerosmith mais aussi des rappers de Run-D.M.C. Pour lui, les deux univers ont plus de points communs qu'on ne le pense : le rythme, l'énergie, la rue.
Alors cet été, il propose aux trois rappeurs de reprendre Walk This Way, un tube d'Aerosmith sorti en 1975. Une autre époque, hein.
Les mecs de Run-D.M.C. refusent, bien sûr, ils ne connaissent même pas Aerosmith. Pour eux, c'est de la musique de Blancs.
Alors, Rick Rubin insiste. Il leur met le disque.
Les trois gars écoutent, sous leur chapeau et derrière leurs lunettes noires, ils gambergent et finissent par accepter. Mais ce sera à leur manière. Pas question de copier. Ils vont garder le riff de guitare, mais vont réécrire la façon de chanter le refrain.
Côté Aerosmith, en 1986, que va-ton en penser ? Ben en fait, ils ont d’autres soucis. Le groupe n’est plus celui qu’il a été. Ses deux derniers albums à la fin des années 70 et début 80 sont loin d’avoir été des chefs-d'œuvre et des succès, ravagés qu’ils étaient par la drogue, l’alcool et les disputes. Ça s’était terminé par une rupture. Mais là, surprise, Steven Tyler et Joe Perry viennent de se réconcilier, et de sortir un nouvel album. Très bon mais qui n’intéresse plus personne. Les grands jours semblent derrière eux.
Alors quand Rick Rubin leur propose de participer à cette drôle d'idée, ils n'ont rien à perdre. Le clip va faire le reste avec les deux studios représentant deux mondes. D'un côté, Run-D.M.C. De l'autre, Aerosmith. Et quand Steven Tyler prend son micro et traverse littéralement le mur, l’image vaut tous les discours. Elle montre le rock et le rap qui cessent de s'ignorer. Les fans de rock découvrent le rap et inversément.
Walk This Way est bien plus qu'un tube de la rentrée 1986, c’est une nouvelle fois dans les années 80, une porte qui s’ouvre pour ne plus jamais se refermer. Une époque de tous les possibles comme il n’y en avait encore jamais eue, malgré les deux extraordinaires précédentes décennies. Et comme il n’y en aura sans doute plus jamais.Fri, 11 Sep 2026 - 1292 - Jamiroquai : le secret du clip le plus fou des années 90, Virtual Insanity
Septembre 1996, impossible d'y échapper. Sur MTV, MCM, qu’est-ce qu’on les as regardées, ces chaînes, vous vous souvenez ?, un garçon à l'allure de félin glisse dans une pièce comme si les lois de la gravité ne le concernaient pas. Sur la tête, il porte un immense chapeau à plumes, devenu sa marque de fabrique. Beaucoup l'appellent Jamiroquai mais en réalité, Jamiroquai, c'est le nom du groupe. Lui, il s'appelle Jason Kay, alias Jay Kay.
À vingt-six ans, ce musicien londonien est déjà une vedette chez nous. Et il a beau être British, il n’a rien à voir avec Oasis, Blur ou Pulp, c’est vrai, ils les laissent se disputer le trône de la britpop, car lui, joue une autre musique. Son univers, en effet, c'est le funk, la black music des années 70 façon Stevie Wonder, Marvin Gaye et Earth, Wind & Fire. Oui, comme Lenny Kravitz, Jamiroquai remet le couvert d’une musique passée. Ce retrofuturisme étonne, bien sûr, en 1996, on est loin d’imaginer qu’il va devenir la règle au siècle suivant.
Le nouvel album de Jamiroquai en cette rentrée 96 s'appelle Travelling Without Moving. Voyager sans bouger. Drôle de titre pour un garçon qui passe son temps au volant de voitures de sport italiennes. Et en parlant de voyager sans bouger, il nous réserve une surprise de taille avec le clip de son nouveau single.
La folie virtuelle, Virtual Insanity, dont il parle dans cette chanson, c’est les ordinateurs qui entrent dans les maisons, Internet, les manipulations génétiques, bref, la technologie qui file plus vite que l'homme.
La chanson est forte, vous l’avez compris mais c'est le clip qui va entrer dans l'histoire. Vous vous êtes sûrement demandé comment Jay Kay faisait pour glisser comme ça sur le sol ? En réalité, il ne glisse quasiment pas car le sol est parfaitement immobile et la caméra aussi. C'est toute la pièce qui bouge.
Le décor est en effet construit sur un gigantesque plateau monté sur des rails. Les murs, les meubles, le canapé, tout est fixé au plancher. Sous les pieds de Jay Kay, plusieurs machinistes poussent l'ensemble à droite, puis à gauche, puis en diagonale, pendant que le chanteur avance, recule ou reste immobile.
Chaque déplacement, vous le devinez, est chronométré. Le moindre retard, le moindre faux pas et il faut tout recommencer. Jay Kay a dû apprendre et répéter au millimètre une chorégraphie mêlant la sienne et celle de toute la pièce : il doit savoir à quel moment le décor vient vers lui, quand il s'éloigne, à quel instant le canapé semble lui fonce dessus avant de s'arrêter à quelques centimètres.
Voilà pourquoi, trente ans plus tard, à l’ère du digital et de l’IA où on voit les choses les plus folles, ce clip continue de nous tromper, comme trente ans auparavant, les plans fous de Stanley Kubrick dans 2001, Odyssée de l’espace nous avaient bluffé. Maintenant que vous connaissez le secret ... Regardez-le encore une fois, même en sachant comment ils ont fait, ça reste dingue.Thu, 10 Sep 2026 - 1291 - Travis : comment "Sing" est né d'une balançoire et a changé la pop britannique
Nous sommes en septembre 2001. Le monde du disque vit ses derniers moments d'insouciance. Travis, quatre Écossais de Glasgow, s'apprête à sortir son troisième album très attendu. Enregistré avec le producteur de Radiohead, il vise la simplicité et l'émotion. Parmi les maquettes, une mélodie de banjo inspirée d'une balançoire. Fran Healy, le chanteur, l'appelle d'abord « Swing ». Mais en travaillant les paroles, un seul mot s'impose : « Sing ». Et ça change tout. Brice Depasse raconte la naissance d'un titre emblématique de la pop britannique dans La Story Nostalgie.
Wed, 09 Sep 2026 - 1290 - Madonna, True Blue et Sean Penn : la déclaration d'amour sincère de la star mondiale en 1986
1986 a été une des très grandes années de l’industrie mondiale de la musique. On commence à vendre beaucoup de CD, c’est vrai, dont pas mal de rééditions d’albums et puis, et puis les nouveautés par palettes grâce aux clips vidéos, aux radios et aux magazines musicaux, on n’a jamais vendu autant de disques.
Et donc après les tubes de l’été, arrivent les grands enjeux de la rentrée avec, au bout, les fêtes de Noël où les gens s’offrent des vinyles et des CD par millions. Ça tombe bien puisque le monde de la création connaît au milieu de ces années 80, une effervescence dans la créativité qui ne sera jamais égalée. On est toujours sous le choc du Thriller de Michael Jackson et de sa suite qu’on attend avec impatience, de la toute puissance de Phil Collins et son groupe Genesis, puis David Bowie, Prince, Kate Bush, Whitney Houston, Lionel Richie, Metallica, U2, allez on arrête là, de toute façon c’est des tonnes de révélations chaque semaine.
Et Madonna, dans tout ça ? C’est vrai que depuis son second album, Like A Virgin, c’est la nouvelle star mondiale. Un peu trop d’ailleurs. Depuis le triomphe de son film Recherche Susan désespérément, et de son mariage tumultueux avec Sean Penn, la surmédiatisation devient pesante.
Car on ne parle plus que des exactions, beuveries et bagarres de son mari, acteur hollywoodien au caractère particulier. Les photographes les traquent jour et nuit, c’est infernal, car plus il en fait, plus les journaux paient chers pour une photo, provoquant les pires intrusions dans leur vie privée, ce qui les énerve encore plus et ainsi de suite. Et donc, Madonna les supporte de moins en moins car elle en finit par être plus un personnage de magazine people qu’une chanteuse.
Pourtant, derrière la porte du studio où elle prépare son prochain album, c'est l’autre Madonna qui apparaît. Une jeune femme de vingt-huit ans amoureuse et heureuse. Et parmi les nouvelles chansons, il y en a une qui lui ressemble plus qu'aucune autre : True Blue.
En anglais, être true blue, ça veut dire être fidèle jusqu'au bout, loyal, quelqu'un sur qui l'on peut compter. Une expression que Sean Penn emploie souvent. Alors Madonna la reprend pour le titre de son album et de cette chanson qu'elle lui dédie. Pour elle, Sean n'est pas le mauvais garçon qui fait les gros titres des médias. C'est l'homme qu'elle vient d'épouser et avec qui elle s'imagine passer toute la vie.
Lorsque True Blue arrive en radio en cette rentrée 1986, et qu’on entend cette chanson d'amour légère et lumineuse, loin de l’esprit provoc de Madonna, on est très touché d’entendre cette déclaration sincère. Et c’est d’autant plus touchant que personne ne peut imaginer la suite de l’histoire.Tue, 08 Sep 2026 - 1289 - ABBA et le tube mondial de la rentrée 1976 : comment "Boogaloo" est devenu un chef-d'oeuvre intemporel
On connaît tous l’expression Tube de l’été, on l’a tous utilisée. Mais bizarrement, on ne parle jamais de tubes de la rentrée. Pourtant y en a ! Chaque année, et depuis des décennies, depuis que les classements existent.
Et en 1976, il y a cinquante ans exactement, les tubes mondiaux sont toujours soit américains et soit britanniques. On n’imagine pas un N°1 mondial belge, espagnol, allemand et encore moins, suédois, à moins d’une exception, et quand ça arrive, toujours sans lendemain. Non, les seules grandes machines à produire des tubes à la chaîne viennent de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
Pourtant, il y a deux ans, un groupe suédois a réussi l’exploit de réaliser l’impossible. Sa victoire au concours eurovision lui a permis non seulement de se hisser au sommet des classements en Europe mais aussi d’entrer dans le Top 10 canadien et américain. Et au lieu de retourner dans l’oubli juste après, comme tous les autres vainqueurs de ce concours, Abba a réussi à aligner cinq autres tubes en Europe. L’Amérique, c’est plus dur. Pourquoi ? Et bien parce que le groupe ne rentre pas vraiment dans les canons du rock. Avec son look scintillant, propret et souriant façon Colgate, Abba est très loin des Rolling Stones, Pink Floyd ou David Bowie, on ne les prend pas au sérieux dans les médias.
Déjà, ils n’ont pas emménagé à Londres mais sont restés à Stockholm. Stockholm, vous imaginez ? Non ! Et ben justement, personne n’imagine un groupe de rock dans une ville pareille. Si déjà, on pouvait l’imaginer, cette ville, mais on ne la connaît pas. Et quand on la connaît, avec ses ilots et ses canaux, ses cafés et restaurants qui ferment tôt et ses rues silencieuses et noires en hiver alors qu’il n’est que 15 heures, ça ne fait pas très “écrin de groupe pop star mondiale”.
D’ailleurs, c’est bien simple, devant l’entrée du Polar Studios où Abba enregistre pour l’instant, il n’y a pas de fans qui font le pied de grue pour les accueillir, on dirait l’entrée d’une étude de notaire. Et c’est là qu’on fabrique des tubes ? Non ! Des plans pour la nouvelle Volvo, oui, mais un tube mondial !
Et pourtant… Derrière cette façade sans histoire, il y a deux hommes, deux musiciens. Benny, au piano avec Björn tournant autour de lui avec un carnet. Depuis deux ans, ils ont un objectif : prouver que Waterloo n'était pas un accident.
Et justement, la tournée australienne terminée, Benny est rentré à Stockholm avec une idée qui ne le lâche plus. Ce n'est pas une mélodie mais un balancement qui lui trotte en tête depuis qu’il y a entendu Rock Your Baby de George McCrae à la radio. Et Benny cherche ce même mouvement, ce groove, au piano. Alors, pendant plusieurs jours, il part à sa recherche sur le clavier et puis un matin, avec Björn, ils sentent qu’ils tiennent enfin quelque chose. Ils se le disent, sans oser s’avouer qu’ils tiennent quelque chose de fort, de très fort. Sur la boîte de la bande magnétique, ils écrivent un titre provisoire : Boogaloo.
Dans quelques semaines, ce morceau portera un autre nom. Ce sera le tube mondial de la rentrée, y compris aux Etats-Unis et cinquante ans plus tard, tout le monde aura encore cette furieuse envie de le chanter.Mon, 07 Sep 2026 - 1288 - La Story Nostalgie fête 25 ans : les coulisses des rencontres avec Eddie Mitchell et Michel Sardou
Pour les 25 ans de La Story Nostalgie, Brice Depasse lève le voile sur les coulisses de ses rencontres les plus marquantes. Un micro en panne face à un Eddie Mitchell intimidant à l'hôtel Lutetia à Paris. Une première visite chez Michel Sardou, attendu comme un homme difficile, et découvert comme un homme affable, rieur et profondément humain. Des anecdotes jamais racontées sur antenne, parce qu'elles relèvent du making-of, parce qu'on redoute de casser la magie... ou simplement parce qu'elles n'appartiennent qu'à ceux qui les ont vécues. 25 ans de stories, de surprises et de rencontres inoubliables avec les plus grands artistes francophones.
Sun, 06 Sep 2026 - 1287 - La Story Nostalgie fête ses 25 ans : Brice Depasse raconte ses plus belles rencontres avec Sardou, Hallyday, Souchon et bien d'autres
Les 25 ans de Story écoulées m’ont valu bien des surprises que j’espère avoir été en mesure de traduire en mots dans mes séquences. Bon il y a aussi des trucs qu’on ne raconte pas sur antenne. Parce que ça relève du making of, qu’on redoute de casser la magie ou plus généralement que cela n’en vaut pas la peine, ça ne concerne que nous.
Ainsi de ma première rencontre avec Eddy Mitchell qui débarque avec son attaché de presse au milieu du bar de l’hôtel Lutetia, Rive gauche, à Paris. Un Eddy Mitchell qui s’apprête à sortir de plusieurs années où il n’a pas parlé à la presse et qui arrive avec le regard noir de ses lunettes de soleil, un grand chapeau de cowboy vissé sur la tête et les mains accrochées à son ceinturon tel John Wayne sorti de Rio Bravo.
Alors vous vous installez à une table face à lui qui commande au garçon une menthe à l’eau mais vous ne réagissez pas car votre micro ne fonctionne pas, que se passe-t-il ?, et, zut, la batterie est presque à plat, vous avez oublié de couper l’alimentation. Alors, pendant que vous vous démenez, Eddy ôte ses lunettes noires, pose les coudes sur la table et le visage entre ses mains tout en vous fixant sans piper un mot. Y a de quoi partir en sucette car vous devez ramener 30 minutes de bon produit à passer sur antenne pour une journée spéciale !
Quel décalage quand quelques années et pas mal d’interviews plus tard, un verre de whisky dans sa loge avant un concert, une chope de bière belge partagée lors d’une avant-première au cinéma, je me trouve dans son bureau à Paris, en riant de cette histoire, du plan qu’il a fait pour me stresser, et dont il dit ne pas se souvenir. Eddy est très attaché au passé, ce n’est un secret pour personne et c’est un grand raconteur d’histoires, il m’a donné du grain à moudre, permis d’écrire des Story étonnantes qui font revivre des quartiers entiers de Paris, une époque où les gens vivaient ensemble.
Et que dire de celui qui m’a réservé la plus grosse surprise de ma carrière : Michel Sardou. Premier rendez-vous, première rencontre, chez lui. Carrément. Son nouvel album est une bombe, on l’a bien senti en l’écoutant, il va d’ailleurs lui valoir 2 ou 3 N°1, donc, il ne faut pas se louper. Mais il est infernal, m’a-t-on dit. Il en a viré plus d’un au bout d’une minute. Je confirme, je vais y assister un jour.
Et c’est vrai que dans le hall d’entrée, l’accueil est poli, mais la poignée de main est virile et ses traits bien fermés, exactement l’image publique d’un homme qu’on a tant vu à la télévision depuis trente ans.
On me fait entrer dans le salon, magnifique demeure dans un quartier privé, où j’attends qu’on vienne me chercher. Et là, quinze minutes plus tard, il surgitd’une porte passe devant moi, s’arrête et me demande si on m’a proposé quelque chose à boire. L’attention a beau être minimale, le ton dans la voix n’est plus celui du Sardou qui répond aux questions du JT, c’est celui auquel je vais avoir droit lors de chaque rencontre. Car à mon grand étonnement, on est très loin du gars cassant, c’est au contraire un homme affable, rieur et blagueur, et je comprends pourquoi il a aussi longtemps été le meilleur ami d’un vrai gentil comme Johnny Hallyday. Je n’ai pas un disque de Sardou chez moi mais c’est l’artiste que j’ai le plus aimé retrouver dans ce métier.Sun, 06 Sep 2026 - 1286 - Freddie Mercury aurait eu 80 ans : la story de l'immigré devenu roi du rock
Si Freddie avait fêté ses 80 ans ce 5 septembre, aurait-il encore porté son manteau d’hermine lors des rappels ? On a tous cette image de lui revenant à la fin du concert habillé en Queen ou en King du Royaume-Uni sous les acclamations d’un public innombrable et conquis.
Quelle revanche pour lui, l’immigré de 18 ans arrivé à Londres, fuyant un ex-territoire de l’Empire britannique, et tombant au bas de l’échelle. Il n’y songe même pas, tout cela est oublié, a été gommé. C’est pour cela qu’autant le manteau que la couronne doivent être crédibles.
L’ensemble lui est livré depuis Londres par la couturière elle-même, lors du concert à Paris, dans sa suite à l'Hôtel Royal Monceau. Ça ne peut pas mieux tomber. A deux pas de l’Arc de Triomphe voulu par l’empereur Napoléon, relancé par Louis XVIII et inauguré par son successeur le roi Louis Philippe, Freddie Mercury voit la costumière sortir une vraie couronne du carton et la lui poser sur la tête. Une fois drapé dans son manteau de traîne de plus de dix kilos qui recouvre élégamment son peignoir jaune entrouvert, Freddie prend une pose grandiloquente provoquant les rires de son entourage qui s’était réuni pour prendre le thé.
Mais le métier reprend vite ses droits, voulant mettre au point une allure royale de rockstar, il saisit une banane dans la corbeille de fruits en guise de micro et se met à marcher dans la pièce. Mais cette suite n’est pas digne d’un roi, trop exiguë, alors d’une main assurée, Freddie ouvre la porte de la chambre et arpente le couloir de l’étage, déambulant royalement sous les regards éberlués de clients de l’hôtel qui regagnent ou quittent leur chambre.
Dix ans après avoir mis au point ce God Save the Queen qui clôturait le disque A Night At The Opera façon Jimi Hendrix, que Freddie avait découvert, par hasard, lors d’un concert d’Eric Clapton dans les années 60, Freddie met enfin la touche finale, manquante au tableau de fin des concerts. Il ne s’agit plus de dire au public, c’est fini, il n’y aura plus de rappel, vous pouvez y aller, mais d’assumer pour le groupe que, oui, la star, c’est Freddie. Même s’il n’est rien sans les autres comme vient encore de prouver son album solo.
Non, ils ne sont rien l’un sans l’autre. Freddie avait d’abord connu Roger dans les années 60, partageant la même coloc à Kensington, puis avait découvert le groupe qu’il formait avec Brian et qu’il avait rejoint, avant que John ne vienne compléter le quatuor. Inséparables. Cette année-là, Freddie dira sur scène au public de Wembley, on ne se séparera jamais, on jouera tant qu’on sera en vie. Et à un journaliste qui lui demande pourquoi il continue encore, il répond avec son tac-au-tac légendaire : Parce que je ne sais rien faire d’autre.Fri, 04 Sep 2026 - 1285 - Freddy Bulsara à Londres : le jour où tout a commencé pour celui qui allait devenir Freddie Mercury
5 septembre 1964, Freddie Bulsara fête ses dix-huit ans, à la maison, avec sa sœur et ses parents. C’est vraiment ici qu’on va vivre ? Tels ont été ses premiers mots quand ils se sont retrouvés quelques mois plus tôt, face à une toute petite maison de briques encastrée dans la longue enfilade monotone d’une cité ouvrière.
C’est ça Londres ? Ça ne ressemble pas du tout à ce qu’il avait imaginé, à ce qu’il en avait vu dans des films, des images de magazines, des livres. A deux pas de l’aéroport d’Heathrow, 3 chambres, un séjour, une cuisine, une sdb minuscule et un jardin prétexte, tout ça sous un ciel triste et froid, il n’aurait jamais imaginé que cela puisse être comme ça. Freddie n’a connu que la plage blanche et la mer turquoise, une grande maison avec des domestiques à Zanzibar. Même l’internat en Inde passe pour un paradis à côté de ce quartier.
Mais ils sont vivants et c’est le principal. Des milliers de personnes ont massacrées lors de la révolution. Son père étant fonctionnaire de l’empire britannique, il était une cible toute désignée. La famille avait pris la fuite pour l’Inde, abandonnant tout derrière elle dans sa précipitation.
Comment Freddie pourrait-il alors imaginer que cette ville où il traîne son désespoir de jeune adulte, va lui offrir tout ce qu’un ex-adolescent a pu rêver : le succès, la gloire, la fortune. Et bien, je vais vous étonner, c’est justement Freddie qui, le premier, alors que son père est proche de baisser les bras, lui qui n’est plus rien qu’un immigré iranien, ou paki selon les gars qui lui parlent mal, dans cette ville de l’autre monde, se voit en terre promise.
Car c’est vrai, leur quartier, le climat, c’est pas ça, mais bon sang, il a été élevé, reçu une éducation de Britannique à l’autre bout du monde, et le voilà à présent au cœur de l’Empire. C’est une chance !
Mais quand même, il exagère, trouve son père, il pousse trop loin l’intégration, là. Mais que croit-il ? Que les Anglais vont le reconnaître comme un des leurs ?
Bomi Bulsara voit son fils s’habiller comme les Beatles, puis les Stones, Pink Floyd, Deep Purple, avec des jeans serrés, des blousons, des foulards et se fondre dans la masse. Ainsi de ce soir où il va avec des potes, voir jouer Cream, le nouveau groupe d’Eric Clapton, celui-ci appelle sur scène, un jeune guitariste noir américain : Jimi Hendrix. Freddie ne rate rien des moments où il joue les mains dans le dos, puis avec les dents, ou fait le grand écart en plein solo. Le désespoir des premiers jours a fait place à une fête permanente car Londres est, en plus de ses musées, galeries d’art, magasins de fringues, devenue la ville qui swingue. Des jeunes arrivent du monde entier en espérant croiser les stars du moment, alors que lui, il y vit toute l’année !
Non, vraiment, il va y arriver, il y est déjà dans sa tête comme ce matin, avant les cours, où il se tient debout sur un banc de son école supérieure à mimer les gestes d’Hendrix pour montrer ce qu’il a vu, à ses camarades de classe. C’est alors qu’un prof entre dans la classe et voyant ce maigre garçon s’agiter avec ses grandes dents, s’écrie “Descends de là, Freddie, et assieds-toi, tu ne seras jamais une rock star.”Thu, 03 Sep 2026 - 1284 - Freddie Mercury fête ses 38 ans : la soirée légendaire du 5 septembre 1984
5 septembre 1984, Freddie fête son 38ème anniversaire avec ses copains de Queen et les 11.000 spectateurs du Wembley Arena. C’est la deuxième des quatre dates londoniennes à guichets fermés, la tournée de l’album Works et le succès phénoménal des singles et des clips de Radio Gaga et I Want To Break Free dont le public a interprété par chœur le premier couplet sans que Freddie ait eu à chanter le premier mot.
Et donc, 38 ans, ça se fête. Freddie en organise une démesurée, folle, dans la boîte à la mode, le Xenon. Située sur Piccadilly, là où dans quelques semaines on fêtera la sortie du deuxième album de Wham! en présence de George et Andrew, évidemment, ce 5 septembre, ce sont 500 invités qui attendent Freddie. Je vous laisse imaginer l’ambiance. Le voilà qui arrive dans ce qui semble être une tenue de scène rouge, laissant apparaître de larges épaules musclées une fois son blouson de cuir ôté.
Le gâteau est bien évidemment à la hauteur de l’événement, en forme d’un modèle vintage de Rolls Royce, mais de la taille d’un cuistax, c’est dingue. Freddie donne le premier coup de couteau et de dent aussi, quelle image, pour un type qui semble croquer la vie à pleine dents, qu’il a bien visibles.
Parmi les invités, on reconnaît beaucoup de stars du rock, bien sûr, mais aussi Mary Austin, qui huit ans après leur séparation n’est jamais loin. Comment peuvent-ils deviner que le portrait d’eux pris ce soir à la sauvette, avec Freddie la tenant dans ses bras, sera le plus diffusé dans les médias trente ans plus tard, qu’on parlera encore de leur histoire.
Oh, il y a aussi tous les amis de bringue de Freddie, les fidèles et ceux d’un soir mais ce n’est pas eux qui attirent le plus l’attention, non, c’est une femme dont il est très proche et avec il partira au milieu de la nuit en la tenant par la main.
En Allemagne, il ne se trouve personne pour ignorer son nom, Barbara Valentin est une enfant star, une comédienne. Autrefois le profil type de la petite bavaroise blonde, aujourd’hui les traits fatigués de quelqu’un qui a trop bu pour accompagner sa solitude de vedette, dépassée par un nouveau cinéma qui ne la reconnaît plus.
Barbara a plu à Freddie dès leur première rencontre à Munich. Lors d’une soirée dans un bistrot, elle avait brûlé son manager avec sa cigarette sans le faire exprès. Il était monté dans une rage folle mais cela n’avait pas eu l’heur d’impressionner la comédienne. Freddie l’avait invitée à boire un verre, ils avaient parlé jusqu’au bout de la nuit, il l’avait raccompagnée chez elle, et était sorti de son appartement marqué par sa présence.
Ils emménagent rapidement ensemble à Munich, leur vie commune est atypique mais c’est un nouvel ancrage pour Freddie. Mary s’est montrée très froide ce soir du 5 septembre face à Barbara, qui, même si elle modère Freddie lorsd e leurs virées, le fait rentrer quand il va trop loin, est aussi une habituée des lieux de débauche.Wed, 02 Sep 2026 - 1283 - Freddie Mercury aurait 80 ans : retour sur l'été 1978, de New York à la Côte d'Azur
Ce 5 septembre 2026, Freddie Mercury aurait fêté ses 80 ans. Incroyable, hein ? On ne l’imagine pas à 80 ans. Son image, ses images sont figées avant la cinquantaine pour l’éternité. Alors on va y retourner dans ce passé légendaire, nous sommes le 5 septembre 1978, Freddie fête son 32ème anniversaire.
Nous nous trouvons dans une région familière pour un grand nombre d’entre nous, la Côte d’Azur, précisément, à Saint-Paul-de-Vence, dans la maison de Bill Wyman, le bassiste des Rolling Stones. Une fête à laquelle se joignent pas mal d’amis de Freddie, venus de Londres et de New York.
Car figurez-vous qu’il vient de s’enticher de New York. En effet, début décembre 77, lors du second concert de Queen à Madison Square Garden, il reçoit la visite d’une fan de marque : Liza Minnelli. Imaginez le choc pour Freddie qui juste après avoir reçu l’aval de Groucho des Marx Brothers, il reçoit après concert les félicitations de la fille de Judy Garland, LA dorothée du Magicien d’Oz et, du grand réalisateur Vincente Minnelli. Tous les gars de sa génération ont vu les films des parents de Liza. Il est si impressionné qu’il décide de rester à New York pour se rendre à une représentation sur Broadway d’un Musical dans lequel elle tient le premier rôle.
Pour Freddie, Liza, c’est la star de Cabaret, un film qui l’a terriblement marqué cinq ans plus tôt, et pas seulement parce qu’elle y est prodigieusement sexy et émouvante, mais aussi parce qu’il montre le Berlin Gay des années 30 face à l’intolérance nazie. Cette nuit-là, Freddie découvre une communauté new yorkaise libérée, dans des bars qui ne sont désormais plus considérés comme “louches”. C’est pour lui, une révélation.
Il décidera bientôt de poser ses valises dans cette ville où on peut y sortir toute la nuit pour briser sa solitude sans être importuné parce qu’on est une star de la musique. Mais pour le moment, la tournée continue, en Europe, et après avoir notamment donné les mythiques premiers concerts à Forest National, les membres de Queen s’entendent dire par leur manager qu’ils gagnent désormais trop d’argent pour le fisc anglais. Ils doivent, pour les mêmes raisons que les Rolling Stones, quelques années plus tôt, expatrier leurs sources de revenus.
Et donc ? Et donc, il y a un studio d’enregistrement à vendre à Montreux. Un studio avec de sacrées références de Deep Purple à Led Zeppelin en passant par David Bowie.
Montreux est une ville pour enfants riches de 20.000 habitants, il n’y a rien à faire la nuit, à part un casino et un bar dont le groupe va se faire virer d’ailleurs, un soir, par conséquent, vous y serez d’autant plus concentrés quand vous enregistrerez. De plus vous aurez tout le temps, il sera à vous.
Et donc, Montreux, Saint-Paul-de-Vence c’est à un saut de puce qui permet à Freddie d’assister au passage du Tour de France, certains disent à Montreux, d’autres à Nice, alors qu’il loge à l’hôtel Negresco.
.Tue, 01 Sep 2026 - 1282 - Freddie Mercury aurait eu 80 ans : retour sur le destin d'une icône intemporelle
Ainsi donc, ce 5 septembre 2026, Freddie Mercury aurait dû fêter ses 80 ans. On imagine les quatre membres de Queen se retrouver pour l’occasion, Freddie étant plus âgé que ses comparses, le passage de ce cap n’en aurait été que plus important.
Peut-être ne résiderait-il plus aujourd’hui dans sa maison de Kensington où viennent encore chaque jour se recueillir de nombreux fans. Ni à Montreux dans la maison au bord du lac, avec le fameux hangar à bateau. Mais peu importe, le miracle est là, 35 ans après sa disparition, Freddie n’a jamais été aussi populaire, comme en atteste le succès du biopic Bohemian Rhapsody, tellement prodigieux qu’il en a lancé une mode dont on ne voit pas la fin.
Freddie Mercury est une icône, un superhéros des années rock’n’roll star, un personnage historique pour des milliards d’humains du XXI° siècle. Une destinée d’autant plus improbable qu’il a durant toute sa carrière dû subir les attaques d’un milieu rock alors tout puissant qui ne le reconnaissait pas comme un des siens. Moqué par les critiques parce qu’il ne s’embarrassait pas des codes et du cloisonnement des genres musicaux, poursuivi par les tabloïds à cause de son immense popularité, Freddie est un héros tragique qui a dû ajouter un destin brisé à son parcours atypique.
Aujourd’hui sa maison natale, dans son paradis perdu de Zanzibar est devenu un hôtel de caractère, avec ses chambres de charme au bord d’un océan de carte postale. Le monde de nos années 2020 oscille entre son émerveillement pour ses créations, ses performances vocales, sa présence sur scène toujours inégalée et l’admiration pour l’ostracisme qu’il a subi dans son existence pour le Paki Homo qu’il était.
Le monde d’alors était ainsi fait que Freddie a dû se cacher au prix de se perdre avant d’enfin se trouver, s’assumer dans une décennie de libération qu’il a fini par incarner visuellement dans des clips, aujourd’hui du patrimoine.
Pour les plus anciens, le Queen de Freddie Mercury, c’est un 45 Tours entendu à la radio, une vidéo à la télé qui a fait s’arrêter les aiguilles du temps l’espace de quelques minutes. Un concert à Forest National qui leur a donné l’impression d’être dans un autre monde, électrisé par un charisme qui n’a jamais connu d’équivalent, porté par une musique dont on ignorait qu’elle pouvait être poussée à une telle puissance. Queen, ce sont des 33, des 45 Tours, des CD, des cassettes échangés dans la cour de l’école pour découvrir des enregistrements qu’on n’avait pas les moyens de se procurer avec notre argent de poche.
Alors, on ne va pas se lamenter sur toutes les chansons de Queen qu’on n’entendra jamais car Freddie n’a pas eu le temps de les enregistrer, de les laisser pousser dans nos vies. En vingt ans de carrière, il a eu l’occasion de nous en offrir assez pour éclairer une existence, pas vrai ? Et tenez celle-ci, l’a-t-il écrite pour quelqu’un en particulier ou pour nous tous ?Mon, 31 Aug 2026 - 1281 - La Story Nostalgie fête ses 25 ans : Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux, la naissance d'un âge d'or du cinéma
Quand je vous ai raconté les premières Story à la rentrée 2001, il a surtout été question des années 70 et 80. Et oui, c’était déjà tendance il y a 25 ans, les enfants, c’est plus une mode, ça. Mais bon, 2001, au présent, c'était aussi une sacrée époque. On parlait de nouveautés sans imaginer qu'elles allaient nous accompagner pendant un quart de siècle, et le reste.
Ainsi, souvenez-vous, en novembre 2001, un petit sorcier anglais débarquait au cinéma. Et quelques semaines plus tard, un hobbit quittait la Comté pour détruire un anneau maléfique. Oui, Harry Potter et Frodon Sacquet, petits par la taille, ont été les grands héros de deux films très attendus du début du XXI° siècle. Vingt-cinq ans plus tard, ce sont devenus des personnages aussi célèbres que Tintin ou Luke Skywalker, si pas Ulysse et le Roi Arthur.
Et pourtant, à l’automne 2001, ce n’est pas gagné.
Si les livres pour enfants de Harry Potter cartonnent déjà, rien ne dit que Hollywood ne va pas décevoir des millions de lecteurs. C’est pour cela que l'auteure, J.K. Rowling refuse que son univers soit américanisé. Elle exige des acteurs britanniques, des décors fidèles, et garde un droit de regard inhabituel dans une adaptation. Quant au choix du petit Daniel Radcliffe, il fait débat : beaucoup le trouvent trop fragile, pas assez ressemblant au héros des romans. Et pourtant, quelques semaines après sa sortie, les critiques sont unanimes : la magie fonctionne, c’est le cas de le dire.
Mais c’est en décembre qu’arrive un autre pari, encore plus fou. Adapter Le Seigneur des Anneaux, le roman le plus vendu de l’Histoire, considéré depuis toujours comme impossible à porter à l'écran. Peter Jackson a dû convaincre le studio de tourner les trois films d'un seul coup, en Nouvelle-Zélande. Une décision complètement folle pour l'époque, vu la somme investie avant même de savoir si le premier film marchera.
Alors, malgré la merveilleuse surprise de ces deux réussites, personne ne peut deviner fin 2001 que la saga Harry Potter va nous passionner de plus en plus durant huit films, que l’univers du Seigneur des Anneaux va nous fasciner durant six très longs métrages de plus de 3 heures 30 et remporter dix-sept Oscars. Depuis, on sait que les mêmes studios ont échoué recréer un nouvel Harry Potter ou un nouveau Seigneur des Anneaux".
Oui, cet automne 2001 a marqué la naissance d'un nouvel âge d'or du cinéma populaire. Si on y ajoute le Star Wars II qui raconte la jeunesse d’Anakin Skywalker, ces personnages créés au siècle dernier vont devenir des héros universels. Les enfants qui découvraient Harry Potter à onze ans ont aujourd'hui des enfants qui découvrent Harry à leur tour. Quant à Frodon, Gandalf ou Aragorn, ils sont entrés dans notre imaginaire collectif.
Qui aurait dit que cette première saison de La Story, consacrée à des histoires du passé, allait être aussi le témoin de l'Histoire d’une Pop Culture alors en train de naître.Sun, 30 Aug 2026 - 1280 - George Harrison : le Beatle discret devenu légende, 25 ans après sa mort
Vingt-cinq ans que je vous raconte La Story sur Nostalgie, 25 ans où j’ai pu laisser parler cette passion qui m’a ouvert les portes d’un autre monde quand j’étais môme. Mais malheureusement, il n’y pas eu que des événements heureux qui m’ont valu de revenir en radio sur des carrières légendaires. Et dès la saison 1 de cette série d’ailleurs. Je me rappelle arriver un matin de novembre 2001 chez Nosta et m’écrier quand on m’annonce la nouvelle : oh non pas lui.
Oui, George Harrison est mort, à l’âge de 58 ans. Un second Beatles de parti, c’est terrible !
Pauvre George. Il venait de sortir un nouvel album qui ne passionnait pas grand monde, il faut bien le dire. C’est vrai qu’il était le plus discret des quatre Beatles mais il avait pourtant signé quelques classiques du plus grand groupe de l’histoire comme Taxman, While my guitar gently weeps ou encore Something, sa seule chanson à avoir eu droit à une sortie en single en face A.
Et c’est vrai aussi que George a souffert d’être le plus jeune. Pour Lennon et McCartney c’est le p’tit car il n’a que quatorze ans quand il les rejoint alors que les deux autres en ont quinze et dix-sept. Il faut dire que, un ou deux ans de plus, à cet âge-là, c’est énorme. Et donc George a dû se battre pour placer une chanson de lui par album car Lennon & McCartney ne le prenaient pas au sérieux. Je vous l’ai dit, c’est le petit, tellement qu’en 1971, il y a 55 ans, il sortait un triple album, All Things Must Pass, N°1 des ventes, avec toutes les chansons dont les autres n’ont pas voulu et qui auraient pu être des chansons des Beatles s’ils avaient continué leur route ensemble.
George était revenu au premier plan en 1987 avec un énorme hit et un album à succès. A cette époque, il n’y avait plus personne pour y croire. Sauf ses amis Bob Dylan, Tom Petty, Roy Orbison et Jeff Lynne d’Electric Light Orchestra avec qui il enregistre une chanson pour une face B d’un single de cet album sous le nom des Travelling Wilburys. Sa firme de disques lui dit de voir plus loin car c’est vrai qu’on n’a jamais vu dans l’histoire, un super groupe d’un niveau pareil. Et voilà George encore N°1.
Puis c’est le succès des séries Beatles Anthology en 1995 et 96 où ils enregistrent deux nouveaux titres à trois, mais en 1997 tombe la terrible nouvelle : George souffre du cancer du fumeur qui dans quatre ans, finira par avoir raison de lui.
Entretemps, il survivra au terrible homejacking perpétré par un fan fou furieux. Souffrant des 40 coups de couteau reçus, George Harrison n’en a pour autant pas perdu son légendaire sens de l’humour avec lequel il avait brillé au sein des Beatles. Dans le communiqué qu’il publie le lendemain depuis son lit d’hôpital, il déclare que son agresseur n’était ni un voleur, ni un gars refusé à une audition pour les Travelling Wilburys.
Alors pour se souvenir de lui, on va revenir à cette époque des Beatles où George devait batailler pour placer un titre sur un disque ; et bien, juste retour des choses, figurez-vous que l’une de ses compositions est aujourd’hui la plus écoutée des Beatles en streaming, et elle commence comme ceci ...Sun, 30 Aug 2026 - 1279 - La Story Nostalgie fête ses 25 ans : le show des Jackson au Madison Square Garden, éclipsé par le 11 septembre 2001You
J’ai du mal à le croire et pourtant, il y a 25 ans, je vous présentais ma toute première Story sur Nostalgie. Et comme j’archive tout, me disant “on ne sait jamais ça peut servir”, le texte manuscrit se trouve toujours dans un classeur de mon armoire. Je ne pouvais pas trouver meilleur sujet en cette rentrée 2001 que de vous raconter l’incroyable histoire d’Electric Light Orchestra qui publiait son premier studio depuis 15 ans. Et quel album !
Et vous savez ce qui est fou ? C’est que cette période soit à présent devenue du patrimoine également. C’est vrai que 2001 n’a pas été celle de l’odyssée de l’espace, je disais déjà que l’avenir n’est plus ce qui l’était, mais n’empêche, j’ai pu vous parler avec beaucoup de passion de ce nouvel ELO, et bien sûr du nouvel album de Michael Jackson dont on ignorait qu’il serait le dernier.
Et puis, en parlant de Michael Jackson, il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, on n’utilisait pas internet comme aujourd’hui : on n’a pas entendu parler ici d’un événement incroyable qui s’est déroulé le 10 septembre 2001, à savoir l’improbable réunion des six frères Jackson qui fêtent les 30 ans de leur premier succès.
Destinée à la promotion du nouvel album de Michael, cette réunion a lieu à New York sur la scène de Madison Square Garden. Un événement capté par la télévision, évidemment, le but n’est pas uniquement de fêter un jubilé mais aussi le nouvel album de Michael.
Oui, 30 ans de succès discographique et pourtant, il fête ses 43 ans, le Michael. Avec ses cinq frères tout d’abord pour une série de hits des Jackson Five et des Jacksons, avant de continuer seul, avec ou en présence d’une pléiade de géants de la pop, de Whitney Houston à Ray Charles en passant par Usher, Britney Spears, ou les Destiny’s Child.
Ce 10 septembre, est en fait la seconde représentation de ce show anniversaire. Non pas parce qu’il y avait trop de demandes, ils auraient pu remplir cette salle de 20.000 sièges dix fois mais plutôt parce qu’en télévision, il faut doubler pour choisir la meilleure prise.
Et c’est tant mieux, je vais vous dire, car l’après-midi de la Première, le 7 septembre, Michael souffrant terriblement du dos, a pris du Demorol et se trouve aux abonnés absents quand tout le monde cherche après lui. Alors que le public entre déjà dans la salle, un assistant se précipite jusqu’à son hôtel, le réveille péniblement et ramène un Michael les yeux hagards devant un parterre d’invités et de caméras.
A l’entr’acte, juste avant qu’il ne doive monter sur scène, c’est la panique à bord en coulisses, il dort debout. Mais Michael n’avait pas six ans quand il est monté sur scène pour la première fois, alors il assure, sauve les meubles. Et donc, cette seconde version du show est cent fois meilleure, tout est resserré, c’est vraiment l’événement de l’automne, le show qui va pousser l’album.
Alors pourquoi en avons-nous si peu entendu parler de ce show du 10 septembre à Madison Square Garden ? Parce que le lendemain matin …Sun, 30 Aug 2026 - 1278 - La fête comme art de vivre : les tubes de l'année de la rentrée 1986
Rentrée 1986. Les enfants, il s’en est passé des choses durant les six premières années de cette décennie. Vous imaginez 1979 avec les Bee Gees ou les Village People ? Sept ans plus tard avec Prince, The Cure, Metallica, c’est plus la même musique et surtout, plus du tout le même univers. La télé et les radios ne ressemblent plus non plus à celles du début du début des années 80. Le rock est roi, le heavy metal cartonne, quant au rap, lui, il est encore considéré comme une curiosité en dehors de NY. C’est vrai, depuis Sugarhill Gang et Grandmaster Flash, il ne s’est plus passé grand-chose et les maisons de disques ne savent pas quoi en faire, les radios ne veulent que du rock et de la pop.
Pourtant, un producteur californien au look improbable nommé Rick Rubin, le patron du jeune label Def Jam, est un fan absolu d'Aerosmith mais aussi des rappers de Run-D.M.C. Pour lui, les deux univers ont plus de points communs qu'on ne le pense : le rythme, l'énergie, la rue.
Alors cet été, il propose aux trois rappeurs de reprendre Walk This Way, un tube d'Aerosmith sorti en 1975. Une autre époque, hein.
Les mecs de Run-D.M.C. refusent, bien sûr, ils ne connaissent même pas Aerosmith. Pour eux, c'est de la musique de Blancs.
Alors, Rick Rubin insiste. Il leur met le disque.
Les trois gars écoutent, sous leur chapeau et derrière leurs lunettes noires, ils gambergent et finissent par accepter. Mais ce sera à leur manière. Pas question de copier. Ils vont garder le riff de guitare, mais vont réécrire la façon de chanter le refrain.
Côté Aerosmith, en 1986, que va-ton en penser ? Ben en fait, ils ont d’autres soucis. Le groupe n’est plus celui qu’il a été. Ses deux derniers albums à la fin des années 70 et début 80 sont loin d’avoir été des chefs-d'œuvre et des succès, ravagés qu’ils étaient par la drogue, l’alcool et les disputes. Ça s’était terminé par une rupture. Mais là, surprise, Steven Tyler et Joe Perry viennent de se réconcilier, et de sortir un nouvel album. Très bon mais qui n’intéresse plus personne. Les grands jours semblent derrière eux.
Alors quand Rick Rubin leur propose de participer à cette drôle d'idée, ils n'ont rien à perdre. Le clip va faire le reste avec les deux studios représentant deux mondes. D'un côté, Run-D.M.C. De l'autre, Aerosmith. Et quand Steven Tyler prend son micro et traverse littéralement le mur, l’image vaut tous les discours. Elle montre le rock et le rap qui cessent de s'ignorer. Les fans de rock découvrent le rap et inversément.
Walk This Way est bien plus qu'un tube de la rentrée 1986, c’est une nouvelle fois dans les années 80, une porte qui s’ouvre pour ne plus jamais se refermer. Une époque de tous les possibles comme il n’y en avait encore jamais eue, malgré les deux extraordinaires précédentes décennies. Et comme il n’y en aura sans doute plus jamais.Fri, 28 Aug 2026 - 1277 - Renaud : Brice Depasse raconte son interview mémorable avec le chanteur à Paris en 2003
Pour les 25 ans de La Story Nostalgie, Brice Depasse replonge dans ses archives personnelles et raconte sa rencontre avec Renaud en 2003, dans un café de Montparnasse à Paris.
Avant d'évoquer l'interview elle-même, Brice retrace sa relation avec l'univers de Renaud : la découverte à la fin des années 1970 chez sa grand-mère à Binche, les soirées en tant que DJ où les blousons noirs réclamaient du Trust et du Renaud, et cette façon unique qu'avait le chanteur de raconter des histoires comme personne d'autre.
En 2003, Renaud fait son grand retour. Brice le retrouve calme, posé, accompagné de sa compagne Romane. Entre les deux hommes, une connexion immédiate, celle d'une génération pop-rock qui a brûlé à la même flamme. Une Story sincère, intime et mémorable.
La Story Nostalgie est présentée par Brice Depasse, sur Nostalgie Belgique.Thu, 27 Aug 2026 - 1276 - La Story Nostalgie fête ses 25 ans : Brice Depasse raconte ses plus belles rencontres avec Sardou, Souchon et les stars de la pop
La Story Nostalgie fête ses 25 ans ! Pour célébrer cet anniversaire, Brice Depasse vous ouvre ses carnets de souvenirs et revient sur 25 années de rencontres avec les plus grandes stars de la pop culture.
Chanteurs, musiciens, comédiens, réalisateurs, écrivains, photographes... Autant de personnalités croisées au fil des années, dans des chambres d'hôtel, au restaurant, au bistrot, parfois à la maison, loin des attachées de presse et des agents.
Brice partage sa philosophie du journalisme musical : refuser d'être « le numéro suivant », transformer l'interview en vraie conversation, et être suffisamment préparé pour décrocher l'anecdote rare. Comme ce jour où Michel Sardou lui a confié une histoire incroyable sur Johnny Hallyday.
Il évoque aussi ses rencontres marquantes avec Eddy Mitchell, Michel Fugain, François Valéry, Michel Polnareff, Jane Birkin et Alain Souchon, qu'il considère comme le plus cool des chanteurs français.
25 ans d'histoires, de surprises, de découvertes et de passion. La Story Nostalgie, c'est tout ça.Thu, 27 Aug 2026 - 1275 - Frank Sinatra, inventeur du glamour moderne : quand la fête est devenue un spectacle pour le monde entier
On connaît tous la silhouette de Frank Sinatra : le chapeau, le smoking impeccable, le verre à la main et ce sourire en coin inimitable. Mais dans ce nouvel épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse nous invite à regarder Sinatra autrement, non plus comme un simple interprète, mais comme le premier architecte du glamour médiatique moderne.
Car avant les réseaux sociaux, avant Instagram et ses cocktails mis en scène, il y avait Life, Paris Match et les actualités du cinéma. C'est par ces fenêtres que le monde entier a découvert les suites des grands hôtels de Las Vegas, les restaurants où l'on dîne après minuit, les soirées interminables du Rat Pack aux côtés de Dean Martin, Sammy Davis Jr. et de la splendide Ava Gardner.
Sinatra n'a rien inventé, certes. Néron, Oscar Wilde ou Lord Byron étaient déjà de fameux fêtards. Mais lui a transformé la fête en spectacle permanent, accessible à tous les regards. Il a vendu un imaginaire puissant : celui d'une vie où chaque dîner ressemble à un film et où l'élégance consiste à commander un bon whisky au bar d'un palace.
Alors, quand on filme aujourd'hui ses cocktails et ses chambres d'hôtel en croyant avoir inventé une nouvelle façon de raconter sa vie, on ne fait en réalité que courir après un rêve bien plus ancien. Et Brice Depasse de conclure avec une pique aussi élégante que définitive : le vrai glamour, c'est ce qu'on ne montre jamais.Thu, 27 Aug 2026 - 1274 - CBGB, Warhol, Basquiat : quand New York inventait le rock dans les années 70
On a tous fait la fête. De tous les genres. Les familiales, les guindailles monstres, les dîners fastueux, bref celles destinées à nous divertir tous ensemble et rien d’autre.
Mais il existe un autre type de fête, celui où l'on invente le monde de demain. Ça vous étonne, hein ? Bienvenue à New York, nous sommes au milieu des années 70.
Quand je dis New York, Manhattan, bien sûr, mais à cette époque, on l’a oublié, la ville est en plein naufrage. L’insécurité règne partout dans les rues, on connaît tous quelqu’un qui s’est fait agresser. Les New Yorkais ont fui Manhattan pour l’extérieur, les immeubles sont délabrés, les loyers dérisoires et, au 315 Bowery, un des quartiers qui fait le plus peur, un club bizarre a ouvert ses portes : le CBGB. Une salle minuscule installée dans un ancien magasin avec une scène bricolée et une sono qui grésille. Franchement, rien de glamour. Et pourtant...
Tous les soirs, on y croise des jeunes qui n'ont pas un sou, vivent de rien mais débordent d'idées. Des groupes encore inconnus comme Blondie, les Ramones, Talking Heads, ou Patti Smith y jouent, regardent les autres jouer, boivent une bière et discutent jusqu'au bout de la nuit.
La fête est partout. Sur scène, devant la scène, au comptoir, dans la rue quand le club ferme. Car on n’est pas venus uniquement pour écouter de la musique, mais aussi pour rencontrer ceux qui la font et en qui on croit.
Et ça ne traîne pas car à quelques rues de là, Andy Warhol accueille ces artistes dans son entourage. Il a déjà fait le coup avec Lou Reed dix ans plus tôt, alors il remet le couvert d’autant plus volontiers qu’il sent l’odeur de la poudre, cette fois : ces jeunes fous, c’est de la bombe. Des photographes, des stylistes, des peintres, des musiciens se retrouvent. Chacun apporte une idée, un dessin, une chanson.
Il y a des gars qui louent une heure d’une chaîne de télé pour faire une émission déjantée, un photographe qui immortalise tous les concerts, un styliste qui imagine une pochette de disque, un technicien qui veut décorer un mur de studio mais on lui dit non : pas de chance, il s’appelle Basquiat. Dans ce New York en déroute, on manque d'argent, c’est vrai mais pas d'imagination.
Debbie Harry, la voix de Blondie, dira souvent que cette époque était incroyablement libre. On n’avait pas une thune mais tout le monde avait le sentiment d'être libre et surtout, à sa place.
Vrai, les plus belles fêtes ne sont pas toujours celles où l'on sert le meilleur champagne mais celles où on vient sans le savoir trouver la personne qui va vous aider ou vous donner l’envie folle d’écrire des chansons.Wed, 26 Aug 2026 - 1273 - Les années 60, quand l'adolescence a tout changé : Beatles, Rolling Stones et mini-jupes
Imaginez que vous ayez dix-huit ans en 1955. Et bien, ce samedi soir, vous avez enfin le droit d’aller au bal, vous vous rendez compte, avec un orchestre qui joue les succès du moment. Les parents sont avec vous, bien sûr, à la même table. Et ils portent, comme vous, leurs habits du dimanche. La seule chose qui change c’est que vous avez le droit de quitter la table pour inviter une jeune fille à danser. Et à minuit, tout le monde rentre.
A présent, avancez le compteur de la Delorean de dix ans.
1965 ! Vous avez toujours dix-huit ans mais cette fois, vous prenez le train pour aller voir les Beatles au Palais des Congrès à Paris. (Help!) Paris ! Le concert est chaotique, quelle foire ! On entend à peine la musique tellement les cris sont assourdissants. Mais peu importe, vous avez l’impression d'appartenir à quelque chose de nouveau, une immense vague qui emporte toute votre génération.
Vous l’avez compris, dans les années soixante, vous ne faites plus la fête avec vos parents, vous la faites sans eux. Tout a changé.
Car oui, pour la première fois depuis l’Antiquité, excusez-moi cette grandiloquence mais c’est vrai, pour la première fois de l’Histoire, les Jeunes ont leur fête, leur musique, leur lieu de rendez-vous, un café, un parvis d’église, un square, où ils se retrouvent. Pourquoi ? Pour parler de trucs de jeunes, de problèmes, de projets, d’envies qu’ils partagent entre eux et que les adultes, les vieux, les croulants, comme ils disent, ne comprennent pas car ils n’ont pas vécu ça. Les adultes, les pauvres, ils sont complètement dépassés.
C'est vrai, les pères ne comprennent pas pourquoi leurs fils veulent les mêmes bottines que les Beatles, vous savez les types avec les cheveux longs qui font de la musique de singe et disent tout le temps yeah yeah yeah, on leur a rien appris à l’école ? Et les mères ne comprennent pas pourquoi leurs filles rêvent de la même coupe de cheveux que Françoise Hardy ou de la même mini-jupe que Sylvie Vartan, cette horreur qu’elle a ramenée de Londres.
Et pourquoi passent-ils tous leurs mercredis après-midi chez le disquaire ? Ils ne peuvent pas lire un livre comme tout le monde ? Non Salut les Copains, ce n’est pas de la lecture. Il n’y a que des bêtises là-dedans. Tu as vu ces photos de filles se trémousser comme des sauvages sur cette chanson obscène des Rolling Stones ? Les pierres qui roulent, mais quel nom idiot. Vous vous esbaudissez devant eux, mais dans deux ans, plus personne ne saura qui c’était.
Ah c’est vrai, à la décharge de nos parents, à quatorze ou quinze ans, ils quittaient l'école, entraient à l'usine, au bureau ou à l'atelier. Un jour ils étaient encore des enfants, le lendemain il fallait être adulte. Nous, on reste à l’école jusqu’à 18 ans au moins, on a de l’argent de poche et du temps libre.
Ainsi est née une nouvelle génération, bizarre autant pour ceux qui n’ont pas connu que pour ceux qui l’ont vécu, ça s’appelle l’adolescence et ça se vit sur un transistor ou un électrophone qui joue Johnny Hallyday ou les Rolling Stones. C’est pour cela et quelques autres raisons que même Mick Jagger a le spleen de ces golden sixties, ces années où notre nouveau siècle a vraiment commencé et que la fête a changé.Tue, 25 Aug 2026 - 1272 - Pourquoi a-t-on autant besoin de faire la fête ? La Story Nostalgie avec Brice Depasse
Début juillet, mes collègues de Nostalgie m'ont fait une sacrée surprise. Un après-midi, j'entre dans la grande salle de réunion étonné qu’on l’utilise, nous ne sommes que trois à nous réunir, et je découvre la pièce remplie de collègues qui m'applaudissent. Ils fêtent mes vingt-cinq ans dans la maison, c’est aujourd’hui.
J'en suis resté baba. Et en les regardant tous sourire, je me suis posé une question : pourquoi a-t-on autant besoin de fêter, de faire la fête ?
C’est vrai, ça, pourquoi éprouve-t-on cette nécessité de se réunir pour célébrer un anniversaire ? On vous le dit à chaque anniversaire, combien de fois on vous l’avez entendu, le fameux fête ça bien !
Naissance, mariage, diplôme, promotion, victoire, vrai, les grands moments de la vie ne prennent vraiment leur sens que lorsqu'ils sont vécus avec les autres.
Et bien, je vais vous dire, ce besoin de fête est beaucoup plus ancien qu'on ne l'imagine.
Car pendant longtemps, on a cru que nos ancêtres ont commencé à célébrer des moments une fois qu'ils ont eu appris à cultiver la terre, à construire des maisons, bref, à vivre dans des villages. La fête est venue après le reste.
Mais aujourd’hui, les archéologues racontent une tout autre histoire. En effet en Turquie, sur un site vieux de plus de onze mille ans, ils ont retrouvé les traces d'immenses repas, les restes de véritables banquets. Mais aucun village, juste un édifice de pierre où ils se retrouvaient, déjà, pour manger ensemble et nombreux.
La question qui se pose est donc : si on avait tout compris à l'envers ? Si ce n'était pas les villages qui avaient inventé la fête mais la fête qui avait donné naissance aux villages ? Imaginez le truc ! Les gars ont eu envie de se rapprocher pour faire la fête plus souvent.
Le décor de nos villes a changé, mais pas l'idée. Les Romains avaient leurs fêtes fastueuses et longues, nos villages ont inventé durant le Moyen-Âge les ducasses et les carnavals. Les villes leurs bals populaires, allez au Jeu de balle dans les Marolles le 20 juillet. Puis sont arrivés les festivals, les concerts géants, et les grands rendez-vous de l'été.
On ne célèbre plus les mêmes choses, aujourd’hui, on ne danse plus de la même façon, surtout à Tomorrowland, mais on répond toujours à ce même besoin de partager un moment qui sort de l'ordinaire avec une masse de gens, comme on dit en Wallonie.
Rien d’étonnant que cette chanson de Michel Fugain avec son Big Bazar, ce n’est pas un hasard, nous ait fait l’effet d’une décharge électrique quand on l’a entendue pour la première fois. Une chanson qui, plus de cinquante ans après, envoie toujours des tonnes d’adrénaline venues du plus profond de nous, de ce que nous sommes.Mon, 24 Aug 2026 - 1271 - Comment Bonnie Tyler a continué de briller par sa ténacité et ses collaborations
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.
Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.
Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.
Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.
Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.Thu, 09 Jul 2026 - 1270 - Bonnie Tyler : de l'image country à la star du rock dans les années 80
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.
Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.
Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.
Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.
Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.Thu, 09 Jul 2026 - 1269 - Bonnie Tyler : son accident vocal et le succès foudroyant de "It's a Heartache"
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.
Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.
Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.
Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.
Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a treize ans.Thu, 09 Jul 2026 - 1268 - Les débuts de Bonnie Tyler : l'ascension fulgurante de cette voix inoubliable
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.
Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.
Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.
Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.
Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire, en cinq épisodes, enregistrée il y a treize ans.Thu, 09 Jul 2026 - 1267 - Bonnie Tyler, des mines du Pays de Galles aux sommets des charts
Le 9 juillet 2026, la disparition de Bonnie Tyler a bouleversé des millions de mélomanes à travers le monde. Avec sa voix rocailleuse, immédiatement identifiable entre toutes, la chanteuse galloise laisse derrière elle un répertoire qui a marqué plusieurs générations et quelques-uns des plus grands succès de la pop-rock des années 1970 et 1980.
Pour lui rendre hommage, La Story Nostalgie vous propose de redécouvrir cette archive enregistrée en 2013. À l'époque, Bonnie Tyler venait de représenter le Royaume-Uni au Concours Eurovision de la chanson, preuve qu'après plus de trente-cinq ans de carrière, elle continuait de défendre sa musique avec la même énergie et la même sincérité.
Née Gaynor Hopkins au Pays de Galles, Bonnie Tyler n'était pas destinée à devenir l'une des voix les plus célèbres de la planète. C'est pourtant ce timbre si particulier, né à la suite d'une opération des cordes vocales à la fin des années 1970, qui fera d'elle une artiste unique. Des titres comme It's a Heartache, Total Eclipse of the Heart, Holding Out for a Hero ou encore Lost in France sont devenus des classiques, traversant les décennies sans jamais perdre leur pouvoir d'émotion.
Cette Story Nostalgie retrace son parcours, ses succès, les rencontres décisives qui ont jalonné sa carrière, notamment avec le compositeur Jim Steinman, ainsi que les coulisses d'une trajectoire exceptionnelle.
Aujourd'hui, cette archive prend une résonance toute particulière. Elle nous rappelle qu'au-delà des disques vendus, des récompenses et des classements, Bonnie Tyler aura offert au monde une voix inimitable et des chansons qui continuent d'accompagner nos vies. Parce que les grandes artistes ne disparaissent jamais tout à fait, elles continuent de vivre à travers leurs œuvres. Nous lui rendons hommage en vous invitant à réécouter cette histoire en cinq épisodes enregistrée il y a 13 ans.Thu, 09 Jul 2026 - 1266 - Coluche : 40 ans après sa mort, la voix qui ne s'est jamais éteinte
Le 19 juin 1986, la mort de Coluche plonge une génération dans le deuil. Quarante ans plus tard, La Story Nostalgie lui rend hommage.
Michel Colucci, dit Coluche, c'est un style unique : salopette, langage populaire décomplexé et personnages de bistrot qui font rire et réfléchir à la fois. Clochard, beatnik, épicier d'extrême droite ou blouson noir, il invente le stand-up à la française et donne une voix à ceux qui n'en ont pas.
Vendeur de disques et de places de théâtre au-delà de Johnny Hallyday, il va jusqu'à lancer sa candidature à l'Élysée, d'abord en blague, avant que toute la France n'y croie vraiment. Ce même élan populaire donnera naissance aux Restos du Cœur.
Quarante ans après sa disparition, ses sketches sont toujours aussi vivants. Une histoire drôle, touchante et universelle, à écouter sur Nostalgie.Thu, 18 Jun 2026 - 1265 - Coluche : l'enfance difficile et les débuts oubliés du plus grand humoriste français
Le 19 juin 1986, des millions de Français perdaient Coluche. Mais avant de devenir l'humoriste le plus populaire de sa génération, Michel Colucci a grandi dans la misère en banlieue parisienne, perdu son père à 3 ans et enchaîné une quinzaine de petits boulots : barman, livreur, vendeur de journaux, préparateur en pharmacie ou encore fabricant de guitares électriques. Adolescent, il frôle la délinquance avant de se ressaisir à 15 ans. Après un service militaire chaotique, il tente sa chance comme chanteur dans les cafés du Quartier Latin, puis rencontre Romain Bouteille, pape du café-théâtre, qui lui ouvre les portes du Café de la Gare. C'est là que tout commence vraiment. La Story Nostalgie vous raconte les origines méconnues de Michel Colucci, dit Coluche.
Thu, 18 Jun 2026 - 1264 - Coluche : du Café de la Gare aux grands écrans, la naissance d'un génie du rire
Dans ce nouvel épisode de La Story Nostalgie, retour sur une période charnière dans la vie de Michel Coluche. Après avoir rejoint l'aventure du Café de la Gare, ce lieu mythique fondé par Romain Bouteille en 1969 avec le soutien de Georges Moustaki et Jacques Brel, Coluche se retrouve face à un choix décisif.
Le réalisateur Claude Berri le repère et veut lui confier le rôle principal de son premier film. Mais les producteurs refusent de miser sur un inconnu : c'est Guy Bedos qui décroche la tête d'affiche du Pistonné. Coluche comprend alors qu'il doit se faire un nom, coûte que coûte.
Cette ambition entre en collision avec la philosophie collective de Romain Bouteille. Les tensions culminent en 1970 avec un affrontement physique. Patrick Dewaere intervient, Bouteille pose son ultimatum, et Coluche est évincé du Café de la Gare. Une rupture douloureuse, mais fondatrice, sur la route d'un génie de l'humour.
La Story Nostalgie, le podcast qui raconte les grandes histoires de la musique, du cinéma et de la culture populaire, sur Nostalgie.Thu, 18 Jun 2026 - 1263 - Coluche, 40 ans après : de ses débuts au cinéma au César du meilleur acteur, une carrière hors du commun
40 ans après sa disparition en juin 1986, La Story Nostalgie retrace la carrière cinématographique de Coluche, bien au-delà de l'image du simple humoriste. Des petits rôles discrets dans les films de Georges Lautner et Claude Zidi, jusqu'au César du meilleur acteur décroché en 1984 pour Ciao Pantin de Claude Berri, en passant par L'Aile ou la cuisse avec Louis de Funès et Inspecteur la Bavure avec Gérard Depardieu, Coluche aura marqué le cinéma français d'une empreinte indélébile. Un hommage à un artiste rare, attachant et définitivement inoubliable.
Thu, 18 Jun 2026 - 1262 - 1986 : l'été d'une génération qui croyait être reine du monde, avec Tom Cruise, Queen et Highlander
Et si les albums photo étaient les meilleures machines à remonter le temps ? Brice Depasse vous plonge dans l'été 1986, il y a tout juste 40 ans, pour raconter une génération qui a grandi sans smartphone, sans réseaux sociaux, libre de vivre sans se mettre en scène.
Sur ces pages jaunies, on retrouve des visages jeunes et insouciants qui ignoraient tout de ce qui allait venir : la chute du mur de Berlin, Internet, la mondialisation. Cette génération avait pour bande-son George Michael, Jeanne Mas et Queen. Elle découvrait Tom Cruise dans Top Gun et Christophe Lambert dans Highlander, deux films qui célébraient la jeunesse, l'ambition et l'idée d'être les rois du monde.
Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse rappelle que s'arrêter aux Rubik's Cube et aux baladeurs cassette pour résumer les années 80, c'est passer à côté de l'essentiel : une époque où l'avenir semblait immense et où l'on y croyait vraiment.
Un podcast Nostalgie présenté par Brice Depasse.Wed, 17 Jun 2026 - 1261 - Top Gun, l'été 1986 où le cinéma et la musique ont changé les règles du jeu
Nous sommes en 1986, dans un magasin de disques de Louvain-la-Neuve. Un étudiant commande toute une caisse d'un album de musique de film encore inconnu : la bande originale de Top Gun.
Dans cette Story Nostalgie, Brice Depasse raconte comment ce blockbuster de Tony Scott a changé pour toujours le rapport entre cinéma et musique. Avec Danger Zone de Kenny Loggins en ouverture, les synthétiseurs et les ballades radio-friendly calibrées au millimètre, Top Gun inaugure une ère nouvelle : celle où un film est construit avec sa musique, et non plus simplement illustré par elle.
Pour la première fois, les industries du cinéma et du disque avancent main dans la main, de façon volontaire et systématique. Une formule qui deviendra la signature de la fin des années 80, déclinée ensuite dans Dirty Dancing, Cocktail, Pretty Woman ou Robin des Bois, Prince des voleurs.
La bande originale n'est plus le souvenir d'un film aimé. Elle est désormais un produit à part entière.Tue, 16 Jun 2026 - 1260 - Top Gun et Tom Cruise : comment Maverick a conquis toute une génération en 1986
L'été 1986 réserve une surprise totale : ce n'est ni un chanteur, ni un sportif, ni un personnage de la vraie vie qui s'impose comme nouveau modèle d'une génération, mais un pilote de chasse hollywoodien nommé Maverick, interprété par Tom Cruise dans Top Gun.
Dans cet épisode de La Story Nostalgie, Brice Depasse raconte comment le film a envahi les cours de récréation, les bureaux et les cafétérias dès le lundi matin suivant sa sortie. Lunettes Ray-Ban, blouson d'aviateur, allure conquérante : ce que les adolescents achètent, c'est avant tout une façon de se tenir, une assurance nouvelle face aux autres.
L'impact dépasse largement la mode : la marine américaine elle-même constate une hausse spectaculaire des demandes de renseignements après la sortie du film. Et Brice Depasse rappelle que ce pouvoir immense du cinéma de transformer un personnage de fiction en modèle générationnel n'est pas nouveau, de Marlon Brando à Tom Cruise dans Risky Business en 1983, porté par la musique de Phil Collins.
Une époque où, en sortant de la salle, on avait le sentiment de pouvoir conquérir le monde.Tue, 16 Jun 2026 - 1259 - La Story Nostalgie : l'été 1986, Top Gun et la génération qui a grandi avec le monde
Juin 1986. Tom Cruise devient une star mondiale avec Top Gun. Mais pendant que les réacteurs rugissent sur grand écran, une génération de jeunes Belges vit un été ordinaire, entre la digue de La Panne, un camping dans le sud de la France et les radios francophones. Brice Depasse raconte cette génération particulière, l'une des premières à grandir dans le même univers que le reste du monde occidental : mêmes films, mêmes clips, mêmes chansons qu'à Londres, Paris ou Los Angeles. Freddie Mercury, David Bowie, Madonna, Caroline Loeb... Un été de 1986 qui ne se savait pas encore mythique. Et pourtant, 40 ans après, les souvenirs sont là, intacts. La Story Nostalgie, avec Brice Depasse.
Tue, 16 Jun 2026 - 1258 - Tom Cruise et Top Gun : l'histoire de la naissance d'une superstar mondiale en 1986
En juin 1986, l'Amérique fait rêver la planète entière. Madonna, Prince, Michael Jackson et Bruce Springsteen dominent les ondes, et Hollywood enchaîne les succès. C'est dans cet été électrique que sort Top Gun, le film qui va propulser Tom Cruise au rang de superstar mondiale.
Mais avant d'incarner le beau pilote de chasse Maverick, Tom Cruise a eu un parcours pour le moins chaotique. Enfant dyslexique élevé dans une famille modeste, il a déménagé des dizaines de fois, fréquenté de nombreuses écoles et même envisagé de devenir prêtre avant de découvrir le théâtre.
Dans La Story Nostalgie, Brice Depasse retrace les étapes clés qui ont mené Tom Cruise vers la gloire : son rôle secondaire dans The Outsiders de Francis Ford Coppola, aux côtés de Matt Dillon, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Ralph Macchio et Rob Lowe, puis le succès de Risky Business et l'échec de Legend signé Ridley Scott.
À 23 ans, il ne lui manquait plus qu'un avion de chasse. Top Gun allait lui offrir bien plus que ça.Mon, 15 Jun 2026 - 1257 - Coluche : la nuit du 19 mai 1974 où la France entière a découvert le génie du clown à salopette
19 mai 1974. La France suit en direct le second tour de l'élection présidentielle opposant François Mitterrand à Valéry Giscard d'Estaing. Mais Mitterrand est en retard. Pour retenir les téléspectateurs, le présentateur Guy Luxpropulse sur le petit écran un inconnu du grand public : Coluche. Salopette bleue à rayures, nez rouge, plusieurs kilos de plus et une gouaille incomparable. Ce soir-là, devant des millions de Français et de Belges, Coluche vit une véritable naissance télévisuelle. La Story Nostalgie vous raconte comment un homme en retard a offert à un clown son ticket pour l'immortalité.
Thu, 18 Jun 2026 - 1256 - Pop Corn : Le tube au Minimoog qui a révolutionné la musique électronique
En cet été 1972, Eddy Merckx gagne le Tour de France pour la quatrième fois, les hommes vont toujours sur la Lune régulièrement, Michel Polnareff et Michel Fugain chantent les vacances comme personne et pourtant c’est un titre instrumental pas banal qui nous trotte dans la tête. Ou plutôt un son, un son marrant qui va devenir un tube. Et il porte un nom bizarre qu’on n’a jamais entendu : Pop Corn.
C’est quoi un Pop corn ? Ben on ne va pas tarder à découvrir cette friandise dont les Américains s’empifrent depuis longtemps, spécialement au cinéma. Vous vous rendez compte ! Manger pendant qu’on regarde un film, ces Amerloques quand même, ils ne savent rien faire comme les autres. Des chocolats glacés, c’est bon pour les gosses, et encore pendant l’entr’acte. Mais pas pendant un film !
Et donc voilà que ce Pop Corn est le titre d’un morceau de musique qui nous fascine parce que c’est vrai qu’on n’a jamais entendu un son pareil. Il vient en fait d’un instrument dont on parle encore très peu : le synthétiseur, un appareil électronique qui produit des sons artificiels. Et ce synthétiseur particulier a été construit par un monsieur qui s’appelle Robert Moog et qu’il a miniaturisé, voilà pourquoi on l’appelle Minimoog.
Derrière le nom de groupe bizarre Hot Butter se cache un jazzman de cinquante ans nommé Stan Free, qui fait des reprises au Minimoog. Et parmi ces reprises il y a un titre composé et enregistré trois ans plus tôt par un certain Gershon Kingsley, le tout premier à enregistrer un disque avec le Minimoog. Mais voilà, ce Kingsley n’est pas le King des arrangements, c’est de la musique pour grands magasins ; il manque au morceau du peps, que va lui donner Stan Free.
Et donc un tas d’autres types qui ont un Mini Moog dans leur studio vont y aller de leur reprise tant et si bien qu’on va finir par ne plus s’y retrouver chez le disquaire. Il en est sorti de toutes les sortes des Pop Corn, croyez-moi, c’est comme dans les rayons des grands magasins aujourd’hui.
Et donc vous savez désormais, au cas où vous voudriez vous rendre au paradis des tubes oubliés, que la meilleure sauce pour assaisonner vos Pop Corn, c’est le beurre fondu, le Hot Butter de Stan Free et que c’est du 50 ans d’âge, 54 déjà, le premier tube mondial de musique électronique. Et je vous prie de croire qu’en 1972, il n’y avait que des auteurs de science-fiction pour affirmer qu’un jour on n’écouterait plus que de la musique électronique.Fri, 12 Jun 2026 - 1255 - 40 ans après Mexico 86, Brice Depasse vous raconte la création de l'hymne éternel du Grand Jojo
En juin 1986, la Belgique a vécu l'une des aventures sportives et musicales les plus marquantes de son histoire lors de la Coupe du Monde au Mexique. Ce podcast raconté par Brice Depasse retrace les coulisses de cette "belle et terrible aventure" où, pour la première fois, les Diables Rouges atteignaient la petite finale du mondial.
La genèse d'un tube : d'Anderlecht au Mexique Tout commence un an plus tôt avec une collaboration entre le producteur hollandais Hans Custers et le Grand Jojo, supporter emblématique d'Anderlecht. Custers propose au chanteur de créer un hymne pour le club bruxellois, inspiré des chants de supporters néerlandais. Le résultat est "Anderlecht Champion", un succès immédiat dont le refrain scandé fait vibrer les tribunes du stade Constant Vanden Stock.
Lorsque la Belgique se qualifie "par un trou de souris" pour le Mondial 86 après un match de barrage épique contre la Hollande, l'idée germe d'adapter ce succès pour l'équipe nationale. Le célèbre "Allez, allez, allez" devient "Olé, olé, olé" pour coller à l'ambiance mexicaine. Anecdote savoureuse : le rythme entraînant de la chanson aurait été inspiré par celui d'une machine à laver en marche, écouté par les deux amis dans une buanderie.
Un tournoi héroïque et des ventes records Le début de la compétition au Mexique est laborieux. Après une défaite contre le pays hôte et des résultats mitigés, la Belgique se qualifie de justesse pour le second tour en tant que "meilleur troisième". C'est alors que l'incroyable se produit. Le 15 juin 1986, lors d'un huitième de finale d'anthologie contre l'URSS, les Diables s'imposent 4-3 après prolongations dans un suspense insoutenable.
Ce miracle sportif déclenche une véritable hystérie en Belgique. Dès le lendemain, les disquaires sont pris d'assaut pour acheter le single du Grand Jojo ; les usines de pressage doivent travailler jour et nuit pour répondre à la demande sans précédent. La ferveur s'accentue après le quart de finale contre l'Espagne. Dans la chaleur de Puebla, après un match fermé, la Belgique l'emporte aux tirs au but grâce à un arrêt décisif de Jean-Marie Pfaff et au tir final de Leo Van der Elst.
Une apothéose historique Bien que stoppés en demi-finale par l'Argentine de Maradona (2-0), les Diables rentrent au pays la tête haute. Le 30 juin, plus de 100 000 personnes accueillent l'équipe entre Zaventem et la Grand-Place de Bruxelles. Le Grand Jojo, présent au balcon aux côtés des joueurs et reçu par le roi Baudouin, reçoit une ovation historique.
Le succès de "E Viva Mexico" dépasse alors largement les frontières belges. Le refrain "Olé, olé, olé" entre dans le domaine public, repris par des supporters du monde entier et même par les Rolling Stones lors de leurs tournées.
L'héritage d'une année dorée L'année 1986 restera comme celle où la Belgique a changé de dimension, portée par cette épopée sportive, mais aussi par sa victoire à l'Eurovision. Le Grand Jojo, avec son don pour croquer des personnages populaires en quelques lignes, est célébré comme un auteur dont la plume, souvent sous-estimée, a su capturer l'âme d'un pays qui, pour la première fois, se regardait avec fierté.Thu, 11 Jun 2026 - 1254 - Soft Cell : Les rois de la New Wave cachés derrière l'ombre de « Tainted Love »
Bienvenue au paradis des tubes oubliés. Ils sont tous là, à attendre une petite prière sous la forme d’une écoute en streaming et pourtant vous ne les écoutez pas, ou plus, ou mieux, vous n’en avez jamais entendu parler, alors qu’iriez-vous faire sur la page de ces artistes qui n’ont connu qu’un seul hit !
Et parmi tous ces artistes censés n’avoir connu qu’une unique heure de gloire, le groupe Soft Cell est sûrement celui compte le plus de tubes oubliés.
Soft Cell, c’est bien sûr, Tainted Love.
L’histoire de ce duo électro new wave du nord de l’Angleterre est bien connue. La reprise d’une chanson anglaise façon Motown qui n’avait pas marché dans les années 60 et qui devient le plus grand hit de l’année 1981 à l’échelle de la planète, empochant un record de durée dans le Billboard américain et du nombre de 45 Tours vendus en Grande-Bretagne.
Et le suivant ? Ben six mois plus tard N°4 … Bedsitter, et puis le suivant ? N°4 … Say hello wave goodbye, le suivant N°2 … Torch, et le suivant ? N°3 What !
Ça vous étonne, hein ? Et pourtant, Soft Cell, c’est alors LE groupe de New Wave ! Oui mais c’est bizarre ! Ah ben justement, être bizarre, c’est la clé pour se faire entendre, passer à la radio et à la télé en Angleterre, en 1981 et 82. Le label qui les a sous contrat s’appelle d’ailleurs Some Bizarre. Le succès de Soft Cell est tel, alors, que le patron du label refile un autre groupe qui les sollicite à un pote fan d’électro car il n’a pas le temps de s’en occuper, le groupe s’appelle Depeche Mode.
Alors pourquoi les autres chansons de Soft Cell ne sont-elles pas restées dans nos têtes, ne se sont pas installées avec les années dans le grand inconscient collectif de notre Pop Culture ? Et bien parce que justement Some Bizarre est un label indépendant et que beaucoup de firmes de disques étrangères comme en Belgique, en France, n’ont pas joué le jeu. Si cela avait été une multinationale, la chose aurait sans doute été différente mais Soft Cell, comme les Korgis d’ailleurs, ne joue pas, ou très peu, en public. Nous ne serons pas très nombreux à voir leur unique concert belge au Manhattan à Leuven début 1983.
Alors oui, quatre tubes énormes et consécutifs mais uniquement en Grande Bretagne et en Irlande, ce qui est déjà pas mal, si vous les comparez à des artistes français. Mais voilà, c’est Depeche Mode et Simple Minds qui ont pris toute la place et trusté les ventes de disques à partir de là. Alors on est passé à côté de quoi, allez-vous me dire ? Des chansons formidables, qui attendent votre curiosité, comme celle-ci, c’était en 1982, c’était bizarre mais qu’est-ce qu’on a aimé ça.Thu, 11 Jun 2026 - 1253 - Plastic Bertrand : Plus qu'un éclair punk, une machine à tubes
A chaque fois que j’entends des gars ranger Plastic Bertrand dans la catégorie des artistes qui ont fait un tube et puis plus rien, ça m’énerve. C’est vrai, comment ignorer qu’après le phénomène planétaire de Ca plane pour moi qui a détrôné les Sex Pistols dans l’imaginaire que le grand public avait du punk, il y a eux cinq autres tubes, en France et en Belgique, en moins de trois ans.
Vous connaissez sans doute l’histoire racontée par le créateur de la chanson, feu Lou Deprijck, alors la voix du Two Man Sound, qui connaissait aussi un succès considérable dans le monde. Et ben oui, la firme de disques veut un successeur à Ca plane pour moi. Et un album.
Et comme il est du sérail, du monde des producteurs, et que c’est le pactole, ben, Lou ne va pas dire non. C’est donc la raison pour laquelle si vous avez connu l’époque, vous connaissez inévitablement cette chanson Super Cool, et celle-là, Sentimentale-moi, et puis … Houla Hop, et encore Téléphone mon bijou, et puis aussi cette improbable collaboration avec un membre de Telex … Tout petit la planète …
Ah on est bien loin du punk, là. Il est vrai que le punk, en tant que musique et mouvement, et surtout le son, tout le monde s’en est vite éloigné, il suffit d’écouter la discographie des Clash ou Police pour s’en convaincre.
Pourtant, le duo pygmalion Deprijck Plastic Bertrand remet le couvert devant toutes les caméras de télévision et sur les radios. Car si Ca plane pour moi a été le grand N°1 de l’année, son successeur a été N°4 et a aussi traversé les frontières de la Belgique et de la France, et pas seulement grâce aux longues ondes.
Pour ceux qui s’en souviennent, quand on l’a entendu, on ne l’a pas cru, puisque c’est une reprise électrique et speedée d’une chanson de Dalida. Dalida ! En 1978, alors que Téléphone secoue la chanson française, Dalida et le punk, c’est l’eau et le feu. On crie d’autant plus au casse-cou que le successeur d’un immense tube est celui qui, en cas de réussite, lance définitivement la carrière d’un artiste, celui qu’il ne faut pas manquer car sinon, c’est les oubliettes.
Mais ça marche ! Qui y a vu une référence à Johnny Hallyday qui faisait d’une chanson de Dalida son premier tube au premier single ? … T’aimer follement … il avait d’ailleurs remis ça avec un Petit Bikini … Alors pas sérieux le Plastic Bertrand, si le taulier l’avait déjà fait ? Et quand on sait que quelques mois plus tard, le bassiste des Sex Pistols reprendra My Way de Frank Sinatra … En tout cas, c’est un carton, et Plastic Bertrand devient une vedette, un copain d’une nouvelle époque. Et si Bambino figure aujourd’hui au Paradis des tubes oubliés, qu’est-ce qu’on l’a entendu à la radio et vu à la télé.Wed, 10 Jun 2026 - 1252 - The Korgis : Bien plus qu’un slow mythique au pays de la New Wave
Pour tous ceux qui se posent la question de savoir où vont tous les hits qu’on n’entend plus jamais, je leur dis : ben, au paradis des tubes oubliés. Car oui, ça s’oublie, des tubes. Tellement que je retrouve très souvent dans des listes de One Hit Wonders, ceux qui n’ont connu qu’un seul hit, des gens qui n’ont rien à y faire.
Allez au hasard, début des années 80, on a tous été babas du même groupe anglais qui nous faisait le coup du slow façon La Boum mais à la puissance dix, version New Wave …
Et aujourd’hui, un tas de gars qui devraient se renseigner s’ils n’ont pas vécu l’époque, disent qu’ils n’ont fait qu’un seul hit et puis ont disparu, après ce premier succès.
Déjà, pour le groupe The Korgis, ce n’était pas leur premier succès en Grande-Bretagne. Et non. Cela faisait des années que le duo moteur, voix, guitariste et clavier, du groupe existait. Depuis la fin des années 60, pour tout vous dire. Le groupe s’appelle alors Stackridge, un de leurs albums produit par George Martin, le 5ème Beatles, a même connu un joli succès en Grande-Bretagne, en 1973.
Mais voilà, séparation en 1976, deux années passent, et revoici notre duo qui recrute deux autres musiciens pour relancer la machine, cette fois sous le nom de Korgis. Et là, bingo ! Nouveau hit avec ce titre que tous les British des 70’s connaissent … If I Had You… C’est plutôt pas mal, non ?
Si la chanson n’arrive pas jusque dans la partie francophone de la Belgique, et la France, probablement trop occupée à écouter ce que Paris nous envoie, l’arrivée en force de la New Wave avec Orchestral Manoeuvres et Gary Numan change complètement le son des Korgis sur l’album suivant, qui submerge d’émotion tous ceux qui ont une âme romantique…
Il est question un temps que les Korgis fassent la première partie de la tournée de Peter Gabriel, cette année-là, il faut dire qu’ils utilisent sur leurs chansons ses synthés dont son précieux Fairlight, et que son batteur joue aussi souvent avec eux.
En tout cas, avec les Buggles, Ph.D, New Musik, M, Jona Lewie, les Korgis font partie de cette vague d’artistes britanniques actifs depuis longtemps à surfer sur le son de la New Wave. Et s’il est vrai que le single suivant n’a pas connu le même succès que l’immortel Everybody’s Got To Learn, le 45 Tours doit encore se trouver dans pas mal de maisons en France et en Belgique francophone. On en a perdu le souvenir, probablement parce qu’il y avait trop de choses géniales dans le Top à ce moment. Un embouteillage de trouvailles à la hauteur de la créativité foisonnante des artistes d’une époque où on créait la musique qu’on avait dans la tête. Et non pas en se préoccupant de répondre aux attentes d’un grand public imaginaire, sorti de données statistiques ou de playlistes radios qui n’existaient pas.Tue, 09 Jun 2026 - 1251 - Michael Jackson : Le numéro 1 fantôme qui a défié les lois du temps
Depuis le temps déjà lointain où le mot hit a pris une signification, depuis cette époque où, il y a plusieurs générations, on s’est mis à vendre beaucoup de disques, il y a eu tant de succès que certains, on ignore pourquoi, ont disparu. Soit parce que leur son ou leur style est devenu complètement désuet … soit parce que … ben, pour des raisons de pur bizness, de visibilité. C’est pourquoi cette semaine, je vous propose une promenade pas banale, au paradis des tubes oubliés.
Et tenez, quoi de plus explicite que de commencer avec l’artiste qui détient tous les records, Michael Jackson. Chez lui, on est bien d’accord, tout s’est transformé en or. Et ben, non.
Ainsi, au milieu des années 70, c’en est déjà fini pour lui et ses frères. Cinq ans plus tôt, les Jackson 5 ont fait l’histoire en débutant leur carrière par quatre N°1 consécutifs. Michael, le petit prodige qui chante avec le talent d’un adulte et danse aussi bien que James Brown, n’a alors que douze ans et on dit déjà que ça ne va pas durer. C’est vrai, le public se lasse vite des adolescents, tout d’abord parce qu’ils changent ensemble, leurs intérêts en premier, et puis ensuite, parce qu’avec l’âge, le charme étonnant de la précocité disparaît.
Et de fait, en 1975, quand le nouvel album de solo de Michael Jackson paraît à la Motown, la firme qui les a révélés, a cru en eux, et ben le single ne rentre même pas dans le Top américain. Et donc, la fidèle Grande-Bretagne, plus grand marché du disque au monde par tête d’habitant, ne le sort même pas.
Quatre ans plus tard, après une traversée du désert pour les frères Jackson, un changement de maison de disques et un arrêt de sa carrière solo, Michael revient à l’âge de 19 ans avec un son révolutionnaire et des chansons à tomber à la renverse qui explosent le Billboard américain.
Alors, à la Motown, on se dit qu’il faut profiter de cette aubaine en resortant de vieux disques de Michael. C’est d’autant plus évident qu’au début des années 80, à part le retour miraculeux de Diana Ross, les affaires ne se portent pas très bien pour le label soul historique.
Evidemment, la voix de Michael a changé, et puis surtout, la musique. Alors, logiquement, le 45 Tours poussé en radio ne passe pas aux Etats-Unis. Mais en Angleterre, est-ce les quelques rééditions de vieux hits qui ont marché, ou le succès de la vague ska rétro, ou encore le Stars on 45, le 45 Tours de Michael Jackson est N°1. Et on a beau trouver un peu étrange la voix de Michael sur ce nouveau single, car on n’a pas d’info, rien à faire, on le trouve irrésistible surtout sur la piste de danse pendant les séries de slows.
Et puis vous savez, l’année suivante ce sera l’album Thriller, et comme ce hit de 1981, enregistré en 1974, n’est pas dans le catalogue de la maison Sony Sonic ni dans les préoccupations de l’artiste lui-même, il ne figurera sur aucune compile par après et on n’entretiendra pas son souvenir. Pourtant, il reste dans la tête de nombre d’entre ceux qui ont vécu cette époque, un jour dans leur vie … et croyez-moi, il plaît toujours autant. Il suffit de le faire tourner …Mon, 08 Jun 2026 - 1250 - Céline Dion : Le pari colossal qui a réinventé le désert de Las Vegas
Au début des années 2000, Las Vegas est cette ville où l’on vient jouer, évidemment, et applaudir des légendes un peu has been. Dans les casinos planent l’ombre de Sinatra, Liberace, et plus récemment de Tom Jones. Le Vegas de Tom Jones, c’est des smokings ouverts jusqu’au torse, des femmes qui lancent leur lingerie sur la scène et des serveuses qui traversent la salle avec des plateaux de cocktails aussi grands qu’elles. À Vegas, les stars sont des mecs du genre alpha John Wayne. Des types qui boivent, séduisent et chantent jusqu’au milieu de la nuit sous les néons et dans le chahut des machines à sous.
Alors, lorsque le Caesars Palace annonce qu’il va construire une salle gigantesque spécialement pour Céline Dion, aussi célèbre soit-elle devenue, nombreux sont ceux qui crient au casse-cou. Car à Vegas, les chanteurs viennent quelques semaines, des mois au mieux, comme cela a été le cas avec Elvis. Mais une résidence permanente pendant trois ans !
Mais les travaux commencent au Caesars Palace, on détruit un ancien théâtre, et peu à peu apparaît ce Colosseum inspiré de la Rome antique, avec ses colonnes, ses dorures et sa salle pensée autour d’une seule voix. Les techniciens eux-mêmes n’en reviennent pas.
Et la ville continue à Vegas. Des joueurs perdent leur retraite aux machines à sous, les mariages express se succèdent dans les petites chapelles climatisées avec des Elvis partout, tandis que des vieux habitués parlent encore des soirées folles du Rat Pack comme des anciens combattants.
Quelques semaines après les débuts du spectacle de Céline Dion, les premiers à comprendre qu’il se passe quelque chose ne sont ni les journalistes, ni les producteurs. Ce sont les chauffeurs de taxi. Parce que, eux, ils voient arriver les gens avant tout le monde. À l’aéroport de Las Vegas débarquent en effet des couples du Midwest, des groupes de femmes quinquas, des familles entières, des Québécois surexcités, des Européens émerveillés du voyage, tous avec la même idée en tête : “Ils sont là pour Céline !”
Puis ce sont les serveurs du Caesars, les restaurants qui se remplissent après le spectacle, ça fait quand même 4000 personnes dans les rues d’un coup, les boutiques ouvrent plus tard et les casinos découvrent qu’une chanteuse capable d’émouvoir une salle entière rapporte davantage qu’un championnat du monde de boxe. Car Céline Dion attire des gens qui jusque-là ne venaient pas à Vegas. Des couples ordinaires. Des touristes qui économisent pendant un an pour se payer le voyage. Des gens qui ne jouent même pas au casino mais qui veulent simplement vivre “leur soirée avec Céline”.
Vrai, Céline Dion a transformé Vegas au point que tout le bizness veut y avoir sa résidence : Elton John, Cher, Britney Spears, Kiss, Adele et même U2 y poseront leurs valises.
Oui, le véritable tournant de l’histoire de Las Vegas n’a pas été l’annonce de la résidence de Céline par les patrons des casinos. Il a commencé un soir où un chauffeur de taxi a vu monter dans sa voiture un couple venu uniquement pour écouter Céline Dion chanter en plein désert du Nevada.Fri, 05 Jun 2026 - 1249 - Céline Dion : Le duel de Dublin qui a ouvert les portes de l'Amérique
Quand on parle de l’Eurovision, on évoque toujours la victoire de Abba en 1974 et la révélation d’un groupe qui deviendra une gloire mondiale. Céline Dion n’arrive qu’après, bien après, alors que, excusez-moi, Abba, c’est énorme, c’est évident, mais Céline Dion c’est tout autre chose, une carrière plus haute, plus forte, plus longue.
Oui, l’arrivée d’artistes suédois sur la scène internationale était quelque chose d’improbable au milieu des années 70 mais moins que la suprématie totale et durable d’une chanteuse francophone sur un monde anglicisé en ce compris, jusqu’au plus profond d’une Amérique et une Angleterre qui n’imaginent même pas que quelqu’un puisse parler sans leur accent.
Et pourtant c’est ce qui s’est passé. Et plus fort encore, le fait que le premier prix de ce concours ne soit pas le fruit du hasard. Alors bien sûr, ce samedi soir d’avril 1988, au terme d’un suspense insoutenable, quand Céline remporte le titre d’un seul point face au Britannique Scott Fitzgerald, on comprend que Céline éclate en sanglots. Et que la joie de René ne soit pas motivée uniquement par le fait qu’il avait parié, joueur invétéré qu’il est, 400 livres sur sa victoire.
Ah je peux vous dire qu’il les retient, ses larmes, sous les projecteurs et dans la fureur de l’annonce. Des dizaines, des centaines, peut-être, de millions de téléspectateurs l’ont vue en même temps, et se sont pris le final colossal de sa chanson, à deux reprises. Et même si c’est le soir, de retour à l’hôtel, où il va se passer autre chose dans leur vie à tous les deux, c’est celui de la reconnaissance internationale pour quelqu’un qui sait là où il veut aller, celui qui ouvre les portes de Sony Music, alias l’ancienne Columbia, à New York, pour un album en anglais.
Mais attention, il ne faut pas imaginer qu’au lendemain de l’Eurovision, les Américains se ruent sur leurs téléphones en demandant : “Faites venir cette canadienne immédiatement, on la veut”, L’Eurovision, aux Etats-Unis, personne ne connaît. Mais ce trophée européen, c’est quand même un sacré signal.
D’autant que ce qui a impressionné ce soir-là n’est pas la chanson, qui est loin d’être la meilleure qu’on y ait entendue, mais la manière dont Céline fait monter l’émotion avant d’envoyer un final qui emporte tout sur son passage.
Or, le rêve d’Amérique de René s’est compliqué car à la fin des années 80, les radios américaines ne font aucun cadeau aux artistes étrangers. Alors Céline retourne aux cours de langue et deux ans plus tard, … Where does my heart beat now, … vous connaissez la suite. Et cette histoire a commencé un samedi 30 avril 1988, à Dublin, quand une jeune Québécoise remporte l’Eurovision avant de convaincre l’industrie mondiale qu’elle peut devenir bien plus qu’une chanteuse francophone.
Et là où on n’en est pas revenu, nous, c’est qu’au moment même où l’Amérique lui ouvre les bras, Céline Dion revient vers la chanson française, avec un auteur qui connaît aussi bien le monde de l'Hexagone que la musique américaine, il est vrai, Jean-Jacques Goldman.Thu, 04 Jun 2026 - 1248 - René Angélil : L'école du show-business, des Baronnets au "modèle" Céline
Vous le savez, plus les artistes sont célèbres, plus on a raconté leur histoire. Et il y a même fort à parier que ce soit plutôt l’inverse : qu’une bonne histoire fait qu’on parle d’autant plus d’un artiste.
Tenez par exemple Céline Dion, la femme au sommet du show business mondial, en train de signer un retour retentissant en passant par la case Midnight in Paris. Vous avez en tête immédiatement son mari et manager René Angélil et puis aussi toutes les anecdotes de la famille nombreuse de Céline et du rapport organique qu’elle entretient avec la musique.
C’est comme les filles qui hurlent après les Beatles, Johnny Hallyday qui se roule par terre sur scène horrifiant le monde des adultes, les fesses de Michel Polnareff sur une affiche.
Mais qu’y a-t-il derrière ces scènes qui appartiennent aujourd’hui à la légende de notre temps ? Ah sur le moment même, c’est juste le cours de la vie, d’une vie, celle de René Angélil, un impresario canadien old school au début des années 80. Vingt ans plus tôt, il faisait partie d’un trio très populaire qui avait repris des chansons des Beatles et en avait fait un tube au Canada (C'est fou, mais c'est tout). Le premier label américain qui avait édité les Beatles, sans succès, il est vrai, avait alors signé le groupe de René, Les baronnets, c’était leur nom, mais peu après la sortie du disque, avait mis la clé sous le paillasson. Un coup du sort comme il en arrive souvent aux artistes de la chanson et qui avait valu au trio de se séparer.
Et là, les hasards chanceux de la vie, un impresario influent et fortuné avec qui il travaillait, lui demande un coup de main. Je voudrais lancer mon poulain aux Etats-Unis, c’est un jeune gamin tellement prometteur mais il ne parle pas anglais. Toi, oui. C’est un sacré boulot mais je suis convaincu qu’on peut y arriver, tu marches ?
L’affaire est inespérée. René accepte et y croit d’autant plus que les voilà partis au Japon pour un concours que le jeune René Simard, treize ans, remporte haut la main, le Prix Frank Sinatra, remis par Sinatra en personne. Le voilà avec son poulain partout dans les médias, à Tokyo, à New York mais aussi à Paris où le jeune adolescent assure la première partie de Daniel Guichard à l’Olympia.
L’avance d’un million de dollars qu’il demande à la firme CBS pour un contrat, jugée farfelue, n’aboutit pas, mais n’empêche, vous avez compris que ce que René est en train de vivre au milieu des années 70 est le schéma qu’on va retrouver la décennie suivante avec Céline.
Car oui, après avoir géré la carrière de Ginette Reno, pas la même affaire, et qu’elle l’ait quitté, René va rencontrer la synthèse des deux artistes dont il s’est occupé : une voix féminine forte et un adolescent surdoué. Dommage pour l’impresario qui a refusé à René de le prendre comme associé. Mais tant mieux aussi, car avec Céline, René fera tout le contraire de son ancien employeur, à savoir ne pas isoler l’artiste adolescent de sa famille et surtout ne pas afficher des conditions exorbitantes d’une multinationale quand elle frappe à la porte d’un débutant.Wed, 03 Jun 2026 - 1247 - René Angélil & Céline : Le pari fou d'un impresario au bord du gouffre
L’image la plus forte des J.O. de Paris, c’est Céline Dion. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il n’y a et il n’y aura jamais qu’une Céline Dion. Et s’il y a eu un Colonel Parker derrière Elvis Presley, un Brian Epstein derrière les Beatles, le nom de René Angelil est encore bien plus célèbre. L’histoire de ce triomphe unique dans l’histoire du showbiz est tellement folle qu’elle commence même avant la naissance de Céline, quand René, ex-chanteur d’un groupe pop canadien s’était retrouvé sans rien et avait bifurqué vers le métier d’impresario.
Le voilà en effet, tenant les rênes d’un jeune prodige de 13 ans pour le compte d’un autre agent. Il vit sa réussite mais comprend également tout ce qu’il ne faut pas faire dans un cas aussi particulier que celui d’un artiste pré adolescent.
Les années passent, mais au début des années 80, René a perdu ses poulains et, à part des espoirs de tapis vert au casino, il ne lui reste pas grand-chose comme perspective quand dans son bureau, à Montréal, nous le retrouvons au téléphone avec à l’autre bout du fil, un dénommé Michel qui lui dit : je sais que vous n’avez pas écouté la cassette de ma sœur car si vous l’aviez fait, vous m’auriez déjà appelé.
Ce n’est pas tous les jours qu’on entend ça, même si la ville de Montréal est remplie de mecs qui disent s’occuper du nouveau Johnny Hallyday, ou de la nouvelle Kate Bush.
C’est vrai que des cassettes, on en reçoit des centaines au bureau, dit René. Celle de ma sœur n’est pas comme les autres, Monsieur Angélil, écoutez-la, c’est une chanson originale interprétée par une voix comme vous n’en n’avez jamais entendue. Et elle n’a que douze ans.
Douze ans ! Voilà qui lui rappelle quelque chose. Les débuts de sa carrière d’agent avec René Simard, jeune chanteur de 11 ans à peine, Prix Frank Sinatra à Tokyo qui lui vaut de faire toutes les émissions de télé américaines et même de mener la grande vie à Paris alors que quelques temps auparavant, il ramait encore avec son groupe.
Mais bon, on n’est ni dans un conte ni dans un film hollywoodien, c’est sans enthousiasme particulier que René cherche dans son courrier la fameuse cassette, se préparant à entendre une voix criarde de gamine pour laquelle des parents aimants n’ont pas assez de recul de jugement.
Et ben dis donc, ils l’ont bien emballée ! René met de longues secondes à détacher les nombreuses couches, comme une précieuse découverte envoyée par des archéologues au British Museum pour y être exposée. C’est le moment de se souvenir ou de visualiser les lecteurs cassettes de ces années-là, l’ampli et les baffles en bois, un peu classe, pour le bureau d’un professionnel de la musique.
Mais la voix qu’il entend n’est pas celle d’une enfant, ni d’une ado. Si ce n’est pas un canular, et cela n’en avait pas l’air au téléphone, quelques minutes plus tôt, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? René cherche le mot d’accompagnement à la cassette, perdu dans les enveloppes, pour y trouver le numéro de téléphone de la famille de cette fameuse Céline Dion qui n’aurait que douze ans. Ainsi commence une histoire improbable de star enfant qui deviendra méga-star adulte.Tue, 02 Jun 2026 - 1246 - Céline Dion : La métamorphose secrète d'une enfant prodige à la conquête du monde
Quand on évoque Céline Dion, tout est devenu depuis longtemps une évidence : de sa voix à son histoire d’amour, en passant par la conquête de l’Amérique et du monde. Pourtant, au milieu des années 80, quand le Québec découvre cette adolescente à la voix pas banale, dans l’entourage de son manager, René Angélil, on ne manque pas de lui dire que ça ne durera pas. Tu le sais, le problème des enfants artistes, c’est qu’ils brûlent et se brûlent, plus vite que les autres. On en a vu de ces gosses perdre leur belle voix cristalline ou simplement leur envie du métier avant même d’atteindre la vingtaine. Et puis René, il a déjà connu cela avec René Simard, propulsé dans les shows télévisés américains, les concours internationaux et les hôtels de luxe alors qu’il était encore à l’âge de collectionner des autocollants Panini.
Alors avec Céline, il ne va pas reproduire les mêmes erreurs. D’autant qu’il s’agit d’une voix exceptionnelle, capable de transpercer un orchestre entier sans perdre une once d’émotion.
Aussi, pendant que le public découvre cette jeune fille chanter avec une facilité insolente, en coulisses, on travaille déjà à un entretien de compétition. Des spécialistes apprennent à Céline à respirer autrement, éviter de pousser certaines notes comme elle le fait instinctivement depuis l’enfance. Car, comme beaucoup de jeunes chanteuses, Céline a grandi en imitant les grandes voix qu’elle admire, comme Barbra Streisand ou Ginette Reno.
Et ce n’est pas simple de demander à une adolescente d’en faire moins alors que tout le monde l’applaudit parce qu’elle en fait plus que les autres.
Et puis une autre bataille s’engage déjà. Le Québec, la France, la Belgique, c’est magnifique, mais l’Amérique ! Le marché est gigantesque. Sauf qu’on ne pardonne rien aux artistes étrangers, surtout pas leur accent.
Et donc pendant que Céline apprend à protéger sa voix, elle transforme sa manière de parler. Elle écoute des cassettes audios dans sa chambre d’hôtel, répète des phrases en anglais des dizaines de fois, on lui corrige les voyelles, les respirations et les ponctuations. Le soir, elle chante devant des salles pleines, le jour, elle suit des cours de langue. Et même si ce n’est pas exactement ça, c’est rudement bien imité, on n’obtient rien sans rien.
Et quand sort enfin Where Does My Heart Beat Now, la première chanson qui va réellement ouvrir à Céline les portes des Etats-Unis, le public américain la trouve naturelle, ne se pose aucune question et porte son attention sur l’essentiel : une voix exceptionnelle.
Oui, derrière ces quelques minutes de chanson, il y a des années de travail invisible. La discipline d’une étudiante ou d’une sportive de haut niveau, et surtout, l’idée fixe de René Angélil : faire de cette adolescente québécoise francophone, une artiste capable de rivaliser avec les plus grandes chanteuses américaines sur leur propre terrain. Mission accomplie.Mon, 01 Jun 2026 - 1245 - Robin Scott (M) : L'énigme derrière « Pop Muzik », le tube planétaire de 1979
Au printemps 1979, on découvre à la télé chez André Torrent, le clip, oui le clip, d’un gars bien barge avec des lunettes noires d’aviateur. Il chante un titre qu’on a découvert à la radio, ou dans un juke box, et dont le 45 Tours, à la pochette bien barge aussi, est tombé sur nos platines comme un météore.
Le nom du groupe est pas mal, non plus, ou du chanteur, on ne sait pas, on ne sait rien, il s’appelle M. Oui, il y avait déjà Boney M, maintenant il a M, tout court.
Quant au single, Pop Muzik, c’en est, justement, en plein, un petit bijou au rythme disco mais pourtant éloigné avec ses synthés, son chant syncopé et sa guitare rockabilly. Un tour de magie que seul un vieux de la vieille qui a déjà tout vécu peut se permettre. En effet, derrière ce M se cache Robin Scott, un Anglais de la génération des Beatles et des Pink Floyd qui roule sa bosse depuis la fin des années 60.
C’est à cette époque qu’il rencontre à Londres Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, les futurs fringueurs du monde branché punk, et joue de la musique dans des boîtes où il partage parfois l’affiche avec un David Bowie qui, lui aussi, se cherche encore.
Au début des années 70, on le retrouve dans divers projets tantôt sur la BBC pour un show, sur scène pour une comédie musicale ou à la télé où il remporte l’émission « A la recherche d’une star » (oui, ça existe déjà).
Au milieu de la décennie, il lance son propre label sur lequel sont publiés les premiers singles de nombreuses futures stars de la new wave comme Adam and the Ants. Le voilà producteur chez Barclay, il vit désormais à Paris avec sa compagne Brigitte Vinchon qui sera la voix féminine de son nouveau groupe « M », lequel comprendra à un certain moment pas moins de 4 membres du futur Level 42.
Voilà qui est Robin Scott, l’artiste dont on ne sait rien et qui se cache sans se cacher derrière le nom de M, avec son hit N°1 dans dix pays dont les Etats-Unis et dans le top dix de dix autres. C’est rien moins qu’un des plus grands hits de l’année 1979 qui a pourtant été bien chargée en tubes gigantesques et immortels.
L’album qui sort en novembre, suite au triomphe du single est une sorte de grande récréation débridée de types qui ont tout vu, tout su, tout lu sur la pop music. Enregistré dans le studio de Queen à Montreux, on y retrouve même David Bowie pour une contribution discrète. En clair, il clappe des mains sur plusieurs titres, mais c’est David Bowie quand même.
Le choix du single suivant, l’excellent Moonlight and Muzak est trop différent du précédent et premier hit, au grand désespoir de sa maison de disques : et de fait, il ne fonctionne qu’en Angleterre, ainsi qu’un autre titre de l’album, … Ainsi va l’argent. Les disques suivants ne feront guère mieux, au début des années 80, mais n’empêche, le M de Robin Scott est encore aujourd’hui dans toutes les têtes. On s’est bien éclatés, et lui aussi. Et on en sait un peu plus sur lui.Fri, 29 May 2026 - 1244 - Bobby Kimball : La voix incandescente de Toto restée dans l'ombre du succès
On connaît tous le nom du chanteur des Rolling Stones, Queen, Indochine. Et parfois, de tous les membres, jusqu’au batteur.
Et puis, il y en a dont on connaît un tas de chansons, qui nous ont accompagné de leurs hits pendant une, voire deux, trois décennies, et pourtant on ignore tout de leurs membres, jusqu’à leur nom.
Ah si ! Tenez, il y en a même dont on ne connaît pas le visage. Si je vous dis Toto, Hold the line, Rosanna, Africa, etc. Mis à part les fans, bien sûr.
Qui pourrait reconnaître leur chanteur, Bobby Kimball, … ben personne. Je m’en suis rendu compte, le soir où il y a bien longtemps, j’allais dîner avec lui dans un restaurant connu de Bruxelles, et ben ils n’ont pas voulu croire que c’était lui. Dans le doute, on vous apporte quand même le livre d’or, a dit le chef de salle, ça l’a bien fait marrer, Bobby.
Son histoire commence au Texas. Bobby a grandi dans une famille très religieuse. Il galère pas mal dans des petits groupes, petits concerts locaux. Puis comme des milliers d’autres musiciens à l’époque, il débarque à Los Angeles avec une seule idée : réussir avant d’être obligé de rentrer dans son Texas natal.
Et c’est là qu’il rencontre un groupe de musiciens de studios. Des types capables d’enregistrer avec Steely Dan ou Michael Jackson pendant la journée, pour faire bouillir la marmite, puis en rentrant, brûlés par leur passion pour la musique, ils travaillent sur leurs propres morceaux.
Ces mecs ont tout : les musiques, les arrangements, les idées mais il leur manque une voix capable de faire passer la vitesse supérieure à leur belle mécanique. Et voilà que Bobby Kimball arrive avec ce qui leur manque encore : le feu. Le désordre, l’énergie, la chaleur humaine qui donne à leur musique, une âme.
Mais comme souvent avec les groupes immenses de ces années bénies, l’histoire se complique avec le succès, les tournées gigantesques et la pression incessante. Drogue, alcool, fatigue, bagarres, Bobby Kimball quitte Toto une première fois au milieu des années 1980.
Et si le groupe continue à avoir du succès, quelque chose manque. Sa voix. Alors il revient. Puis repart encore. Puis revient de nouveau. Une histoire de séparations impossibles, comme certains vieux couples du rock qui passent leur temps à divorcer avant de se retrouver.
Le plus étonnant, finalement, c’est que malgré les millions de disques vendus, Bobby Kimball soit resté un visage discret dans l’histoire de la pop. Juste un chanteur. Un type dont des millions de gens reconnaissent immédiatement la voix sans rien savoir de lui.Thu, 28 May 2026 - 1243 - Martin Circus : L'épopée rock et déjantée du premier groupe pop français
Eté 1987, le tube de l’été est français et il est énorme… Son interprète, Gérard Blanc, porte un nom de nouveau venu. C’est vrai, Gérard Rinaldi, on connaît, Michel Blanc aussi, mais Gérard Blanc, non. Ce n’est que quand on l’aperçoit à la télé ou sur la pochette de son single, qu’on se dit : mais oui, c’est bien sûr ! Gérard Blanc, c’est le chanteur des Martin Circus.
Le Martin Circus, c’était un truc énorme au début des années 70, un groupe qui a rencontré un succès prodigieux et qu’on a, à tort, comparé au Big Bazar de Michel Fugain.
Pourquoi ? Parce qu’ils vendaient des tonnes de disques, que leurs tenues vestimentaires étaient bigarrées et leur musique bien métissée. Mais à la différence de Michel Fugain, les racines musicales du Martin Circus, c’est le rock’n’roll.
Au départ, ce sont de sacrés bons musiciens rock, une chose relativement rare en France à la fin des années 60. Et ces gars sont en phase avec ce qui est en train de se passer en Angleterre et aux Etats-Unis. En pleine mode hippie, des surdoués nommés Jimi Hendrix, Santana, Chicago, Eric Clapton proposent une nouvelle musique en marge des Beatles et des Stones. La guitare en avant, ils n’hésitent pas à fusionner leur rock avec le jazz comme Miles Davis, mais aussi des musiques traditionnelles sud-américaines ou africaines.
Vous ajoutez un peu de psychédélique là-dessus et vous obtenez des noms à rallonge comme Chicago Transit Authority, Jefferson Airplane, ou encore Blood Sweat and Tears.
Cette musique popularisée par des comédies musicales comme Hair et Jesus Christ Superstar, le Martin Circus en propose une version à la française c’est-à-dire chantée en français mais aussi sans se prendre au sérieux. Ils sont pas loin, à ce moment, de l’esprit d’un Michel Polnareff. Un titre comme Je m’éclate au Sénégal, avec des jeux de mots à tomber mort mais servis façon vocalement Beach Boys, c’était vraiment, en effet, une dinguerie …
800.000 singles vendus plus tard, les Martin Circus sont les nouvelles vedettes du showbiz qui leur vaut de faire la première partie de Johnny Hallyday et de Claude François. Reconnus comme le premier groupe pop français à remplir l’Olympia, ils sont à l’affiche et chez les disquaires en 1973, du premier opéra rock français, La Révolution française composée par un certain Claude-Michel Schönberg. Gérard Blanc y joue Danton et chante avec ses musiciens aux côtés de Bashung en Robespierre, Antoine alias Bonaparte, Gérard Rinaldi des Charlots en Talleyrand ou encore Jean Schulteiss en Fouquier-Tinville sans oublier Daniel Balavoine qui, lui, est dans les chœurs.
L’année suivante, c’est le triomphe avec un album de covers américains des années 60 et une reprise des Beach Boys qui leur permet de vendre 1.500.000 de singles. De la folie. Et puis, en pleine époque disco, à la surprise générale, les Martin Circus se jettent dans la marmite pour faire un gros carton. Ils y perdent au passage leur public rock et disparaissent avec le genre fin de la décennie. On les a oubliés et à part Gérard Blanc, on n’a jamais vraiment su qui ils étaient.Wed, 27 May 2026 - 1242 - Lene Marlin : La voix fragile du Grand Nord qui a défié les codes de la Pop
A une époque où tout le monde raconte tout : ses vacances, son petit-déjeuner, ses chagrins amoureux, ses séances de sport ou son chat, intituler une série de Story, On ne sait rien d’eux, c’est une blague ou de la provoc. Car ne rien dire de soi, aujourd’hui, est devenu le luxe ultime dans le monde de la pop.
Et bien c’est oublier le temps où on bâtissait des carrières énormes sur le mystère : Led Zeppelin, le plus grand groupe des années 70, ne donnait quasiment aucune interview. Le mystère autour d’eux était tellement entier et l’attente si gigantesque, que des journalistes se déguisaient en femmes de charge pour gratter des ionformations, entendre quelque chose dans le studio d’enregistrement où ils réalisaient leurs albums. Et oui, il fut un temps où certaines stars arrivaient avec des chansons et presque rien d’autre.
Ainsi le nom de Lene Marlin vous dit peut-être quelque chose. Et si pas, vous connaissez cette voix et cette chanson … Lene, c’est vrai qu’à la fin des années 90, on ne sait rien d’elle, pas plus qu’aujourd’hui d’ailleurs. C’est l’anti pop star par excellence.
Tenez, si je vous dis qu’elle est Norvégienne, ça vous étonne, hein ? Vous l’aviez crue Américaine, à l’entendre. Anglo saxonne en tout cas. Il faut dire que ses singles et son album débarquent en pleine déferlante voix de filles, avec Céline Dion, Natalie Imbruglia, Alanis Morissette, toutes ces femmes qui vendent des dizaines de millions de CD.
Et oui, Lene, c’est une fille qui vient du nord de la Norvège. Elle est née en 1980 à Tromsø, la grande ville la plus septentrionale au monde. Tromso, c’est le nord du nord, au-dessus du cercle polaire. Alors, Lene a appris seule la guitare dans sa chambre d’adolescente. Ah elle a eu le temps d’occuper ces nuits de plusieurs mois qui dépriment les plus optimistes. Et puis elle s’est mise à écrire des chansons très personnelles, pleines de doutes, d’amours compliquées et de solitude. Oui, sa fragilité nous émeut instantanément.
Mais quand elle se retrouve N°1 durant des semaines en Norvège, Lene reste discrète, timide, comme si son succès l’étonnait au point qu’elle en est sûre, ça ne va pas durer. Et puis elle s’est retrouvée numéro un un peu partout en Europe.
Et contrairement à beaucoup de jeunes stars de l’époque, elle n’a jamais vraiment cherché à devenir une bête des médias. Pas d’apparitions tapageuses, pas de scandales, pas de surexposition. Elle a même disparu plusieurs années entre certains albums, ce qui a entretenu autour d’elle une espèce d’aura mystérieuse. Lene Marlin ne chante pas fort. Elle chante vrai. Voilà sans doute pourquoi on l’a autant écoutée et qu’elle est aujourd’hui, si pas imitée, en tout cas reconnue par la jeune génération d’artistes féminines scandinaves comme Anna of the north, qui est loin d’être aussi nordique que Lene, là-bas, tout là-haut.Tue, 26 May 2026 - 1241 - Chris Isaak : L'élégance du spleen et le mystère du "Rockmantique" américain
Ah vous aimez cette chanson, hein, ça vous rappelle un film, Sailor et Lula, et si pas, vous y êtes instantanément, dans l’Amérique profonde, celle de la Route 66 et des grands espaces. C’est vrai, hein, on la voit, la grosse cylindrée décapotable et la route rectiligne, les restoroutes plantés au milieu de nulle part, écrasés par une chaleur sèche, avec trois pelés et deux tondus attablés à l’intérieur. Ça fout un spleen pas possible mais c’est beau.
Comme la musique de Chris Isaak. Ah c’est vrai qu’il est beau ! Avec sa belle gueule bien coiffée style années 50 et ses pochettes qui font autant penser à Elvis Presley qu’à James Dean, il incarne une certaine Amérique, en total décalage avec les années 80 au milieu desquelles il débarque dans nos vies. Et qui lui vaut à la fin de la décennie d’être élu parmi les gars les plus sexys au monde.
Chris Isaak, c’est le musicien qui tombe au mauvais moment. En pleine époque synthés et batteries électroniques, lui, il débarque avec des chansons qui sentent les motels perdus, les néons, les Cadillac qui ont trop roulé et les amours qui tournent mal au milieu de la nuit. Ça doit être ça qui a tant plus à un David Lynch qui vient de fasciner le monde avec son film Blue Velvet.
La musique de Chris Isaak, c’est du rock avec une pincée de country, de surf, et de rockabilly ralenti façon Roy Orbison. Alors pourquoi il a tant marché à la fin des années 80 et dans les années 90 : probablement à cause de l’immense solitude élégante qu’il dégage. On dirait qu’il a tiré toute son inspiration dans le Heartbreak Hotel d’Elvis Presley, et qu’il s’est arrêté là, avec sa guitare, sur un parking vide.
Et puis il y a sa voix, qui passe du murmure au grand vertige romantique dans la même phrase. Une voix de cinéma. Exactement. Une voix qui éveille en nous l’image d’un type très bien sapé en train de se faire lourder sous un panneau “Vacancy”. Alors il remonte dans sa grosse V6 et disparaît vers l’horizon.
C’est vrai qu’on connaît tous plusieurs de ses chansons. Qu’elles soient restées collées à un bout de notre vie ou pas, la guitare qui s’accorde à sa voix lancinante a le goût d’une bande son, d’une compile Rockmantique, voilà sans doute pourquoi il était unique. Le plus fou est qu’à l’époque, on ne l’a pas étiqueté rétro, il s’est inscrit naturellement dans le paysage, le Chris Isaak.
Et plus fou encore, on n’a jamais vraiment su qui il était. On n’a pas creusé le sujet. Ce n’était ni Prince, ni Madonna, question vie privée/publique et marketing. Et même si la nouvelle génération le connaît plus à cause de la vidéo du baiser forcé devant les caméras de télé à Cameron Diaz, Chris Isaak reste aussi mystérieux que les personnages qu’il incarne dans ses chansons, et toutes ses associations au cinéma dans des films marquants comme True Romance, le chef d’oeuvre de Tony Scott, et bien sûr, les films de David Lynch.Mon, 25 May 2026 - 1240 - Eurovision 1969 : Quatre gagnants, un dictateur et le chaos total à Madrid
En 70 années de programme, imaginez les centaines de participants, les milliers qui ont tenté de s’y rendre, dans plus de cinquante pays différents. Il y en a des histoires à raconter. C’est d’ailleurs ce que je fais dans un podcast de Nostalgie qui se nomme Belgium 12 points et que vous pouvez écouter sur notre site, ainsi que sur toutes les plateformes, car il ne passera jamais à la radio. Et croyez-moi, deux heures de podcast, ce n’est pas de trop pour évoquer une aussi longue histoire entre le monde de la chanson, la télé et le public.
Tenez en 1969 ! On nous parle toujours des hommes sur la Lune et d’Eddy Merckx qui gagne le Tour de France pour la première fois, mais on ne nous parle jamais de cette édition très particulière de l’Eurovision.
On se plaint des tensions aujourd’hui autour du concours mais là, en 1969, l’édition doit avoir lieu à Madrid car c’est l’Espagnole Massiel qui a gagné l’année précédente. SAUF que l’Espagne est depuis trente ans dirigée d’une main de fer par un dictateur, le Général Franco qui a beaucoup de sang sur les mains. Mais voilà, le tourisme explose, alors il a donné la consigne que tout soit nickel, moderne, glamour pour la promotion du pays, et bien sûr, de son image à lui.
Et c’est le cas ! Grand orchestre, grand décor, grosse production télé, on a même dû faire venir des moyens techniques d’Allemagne car la télé couleurs n’existe pas encore en Espagne. Alors on a tout répété cent fois, même le vote qui la veille a produit deux gagnants ex-aequo. Et là, on aurait dû se méfier.
Mais bon, la Grande Bretagne a envoyé une arme secrète, la petite bombe écossaise Lulu, vedette mondiale depuis cinq ans avec un tube explosif … et numéro 1 aux Etats-Unis deux ans plus tôt avec une chanson de film … (To Sir with love). Et au vu de la chanson avec laquelle elle arrive, c’est du tout cuit pour la BBC. Le titre ? Boom Bang A Bang. Oui, ça a l’air débile comme ça mais la chanson espagnole qui a gagné l’an dernier, c’est La La La et la même année les Beatles ont sorti Ob-La-Di Ob-La-Da, donc poupouille les mauvaises langues, ça va tomber dans l’escarcelle du Royaume-Uni.
Sauf que, en 1969, les dix membres de chaque jury peuvent attribuer un point à leur chanson préférée, ce qui donne, malgré la course en tête de Lulu, un score de plus en plus serré. Tellement qu’au terme du dernier vote, on se retrouve avec 4 ex-aequo. Mais comment est-ce possible ? Que fait-on ? La présentatrice se retourne vers le président du jury qui répond que non, le règlement ne prévoit pas ce cas de figure. Alors tous les quatre ont gagné dit l’animatrice !
Les quatre chanteurs britannique, français, espagnol et hollandais y vont de leur titre, on n’a évidemment pas assez de trophées ni de médailles, on vous les enverra par la poste. Cinq chaînes dont trois scandinaves sont furieuses, elles boycotteront l’édition 1970 dont le pays organisateur est sélectionné par tirage au sort. Alors, ne me dites pas que c’était mieux avant, même si, il faut l’avouer, 4 gagnants en 1969, c’était cocasse. Cela ne pourrait plus arriver aujourd’hui, vous le savez, les écarts sont énormes grâce au vote du public, comme ce fut le cas avec Loreen, il y a peu.Fri, 22 May 2026 - 1239 - Eurovision : Le jour où ABBA fut recalé et les secrets des stars qui ont dit non
70 ans ! J’le crois pas ! 70 ans que dans un petit théâtre de Lugano, sur les rives d’un lac suisse, un public tiré à quatre épingles assis sur des fauteuils d’un autre âge, assiste ce 24 mai 1956, à une compétition entre sept chanteurs sélectionnés par la chaîne de télévision de leur pays.
Ils sont trente de plus aujourd’hui, représentant autant de pays d’une Europe et même au-delà, qui ne ressemble plus du tout à celle qu’elle était sept décennies plus tôt. 52 pays différents y ont participé au moins une fois. Ça fait un sacré un va-et-vient et pourtant cette émission est toujours là. Un truc de fou car quelle émission peut avoir derrière elle, 70 années d’archives et, comme si cela ne suffisait pas, rencontrer malgré tout encore un tel succès, constituer un tel événement dans la ville qui l’accueille, à chaque édition ?
Quand vous les voyez défiler, ces archives, c’est carrément un pan d’histoire, avec les swinging golden sixties, la conquête de la Lune, le disco des années 70, les explosives années 80 mais aussi les changements de frontières en Europe la décennie suivante et l’arrivée des pays de l’Est. Et puis combien de dirigeants politiques ultra populaires, aujourd’hui oubliés alors que, lui, le Concours Eurovision est toujours là, à passionner non seulement les audiences mais surtout les jeunes.
Écoutent-ils tous ce que les commentateurs de chaque pays racontent, à savoir les fameuses statistiques tirées de huit décennies de concours ? Y en a des infos qui circulent : sur ceux qui ont gagné le plus souvent, ou jamais, le plus grand nombre de lanternes rouges, ceux qui ont été éliminés le plus grand nombre de fois d’affilée, …
Et puis, tiens c’est intéressant, ceux qui ont failli y aller … mais non.
Car savez-vous que Abba a été recalé une première fois, en 1973 ? Comme dans beaucoup de pays, la sélection se fait lors d’une soirée télé spéciale, le quatuor déjà célèbre dans son pays, mais séparément, propose une chanson dans le même esprit que le futur Waterloo mais voilà, elle finit troisième des suffrages. Et donc pas d’Eurovision pour abba qui pourtant, y croyait, et avait bien raison quand on voit le succès public. Un miracle qu’ils soient revenus l’année suivante !
Et puis il y a ceux qui ont été envisagé, à qui on a demandé mais qui ont répondu non car c’était à une époque où c’était la honte d’y aller. On ne saura jamais si cela est vrai mais il paraît que les noms de Kate Bush, Pet Shop Boys, Joe Cocker, Indochine, Dalida, Robbie Williams et même Adèle ont circulé.
Et puis il y a ceux qui y sont allé sans briller, et dont on a oublié, un peu, beaucoup, la participation, comme Julio Iglesias, Olivia Newton-John, Cliff Richard, les Shadows, Lara Fabian ou Bonnie Tyler. Et enfin, il y a ceux qui, bien qu’ayant marqué le concours de leur empreinte, n’ont jamais pu se débarrasser de l’étiquette Eurovision …Thu, 21 May 2026 - 1238 - Eurovision : L'hymne de guerre de Louis XIV devenu le générique culte du continent
Imaginez le truc. Une émission de télé qui fête son 70ème anniversaire en cette semaine de mai 2026. Vous n’aimez pas ou vous la regardez chaque année, n’empêche, vous aimez bien le suspense du décompte final, la même émission que vos parents, grands-parents, arrière-grands parents ont regardé durant des dizaines d’années.
Car je ne dois pas vous faire un dessin, 18 ans le 24 mai 1956, l’âge qu’il faut avoir pour être debout devant la télé en soirée, à cette époque, ça vous fait 88 ans en 2026, pour regarder les demi-finales et la grande finale à Vienne.
Avec le côté rassurant que c’est toujours le même thème au générique depuis 70 ans. Et quelle histoire derrière ce thème ultracourt ! Vous êtes peut-être de ceux qui en connaissent le compositeur, un certain Marc-Antoine Charpentier qui vivait à l’époque de Louis XIV, tu te rends compte !
Vous avez tiqué quand on vous a dit que c’était une œuvre religieuse, que certains musicologues pas bien renseignés qualifiaient de requiem joyeux.
Il n’en est rien, si la partition date bien du XVII° siècle, Charpentier l’a composée à la gloire de Louis XIV pour célébrer une victoire militaire française, à Braine-le-Comte. Authentique ! Mais je n’en ai pas fini avec mon cocorico belgo-belge. Car comment et où a-t-on été chercher cette musique pour en faire le thème le plus populaire à l’échelle du continent ?
Charpentier, comme la plupart des compositeurs baroques, est totalement oublié depuis longtemps quand un prêtre belge originaire d’Eupen, Carl De Nys, découvre les partitions de ses Te Deum. Oh, pas par hasard, hein, il est au début des années 50 un musicologue passionné qui sillonne les bibliothèques d’Europe à la recherche de partitions dont on a perdu jusqu’au souvenir de l’existence. C’est vrai, une partition, ça se range dans des tiroirs, on les oublie, et un jour, avec le temps qui dévore tout, elles finissent par devenir uniques, derniers exemplaires survivants d’une époque. Ainsi a-t-il découvert de nombreuses œuvres de JS Bach mais aussi mis en lumière celles de ses fils.
Alors quand il retrouve cette œuvre très enlevée, en 1953, il la fait jouer à la radio et à la télévision françaises où il anime des émissions de musique classique. Le public enthousiaste pousse un éditeur à le sortir en disque et c’est ainsi qu’il tombe dans les mains de ceux qui doivent décider du thème musical qui précédera la retransmission télévisée du couronnement d'Elizabeth II la même année, en direct dans toute l’Europe. L’audience record de l’événement suscite une question dans des dizaines de milliers de chaumières : mais c’est quoi ? C’est génial. Bonne chance ! Pas internet, encore moins Shazam, les disquaires ont dû avoir beaucoup de visites la semaine suivante.
Tout comme lors de l’édition 1995 du Concours, presque 40 ans plus tard, avec cette chanson dont on n’a pas su chanter les paroles du refrain quand on est allé demander le petit disque, et pour cause, …Wed, 20 May 2026 - 1237 - Eurovision 1956 : Bulletins brûlés et secrets de polichinelle pour une première historique
Quand on y pense, mai 1956 a été un mois exceptionnel dans l’histoire de la musique populaire : en effet, aux Etats-Unis, Elvis Presley atteint pour la première fois le sommet des ventes, faisant du rock’n’roll un genre majeur alors qu’en Europe se tient pour la première fois le Concours Eurovision de la Chanson.
70 ans. Vous imaginez ça ? Vous qui m’écoutez, et qui aviez 18 ans, car il y a peu de chance que vous ayez pu avoir, plus jeune, la permission d’être devant la télé en soirée, à cette époque, vous mesurez mieux que quiconque le temps parcouru devant ce souvenir d’une émission dont personne alors n’aurait misé sur la longévité.
En 1956, combien de postes de télévision, de téléviseurs comme on dit alors, dans les foyers en Belgique ? C’est un truc de privilégié ou de passionné. Nombreux sont encore ceux qui vont voir le programme du soir chez des parents ou des amis. Ça peut paraître bizarre mais, oui, en 1956, la télé rapproche les gens, crée du lien.
Et qu’ont-ils vu ces braves gens, le 24 mai 1956 ? Et bien une scène, en noir et blanc, fermée par des pendillons. Pas de décor, de rares montages de fleurs, avec un chanteur ou une chanteuse d’un côté et l’orchestre de l’autre. On ne s’est pas battu pour en être, parmi les pays de l’UER ; plusieurs dont des grands comme le Royaume-Uni n’ont en effet pas rentré leur candidat à temps. Résultat, ils ne sont que sept à participer : l'Allemagne, la Belgique (et oui, déjà, pays fondateur), la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Et pour éviter que l’émission ne soit trop courte, chacun envoie deux candidats ou un seul mais qui interprète deux chansons différentes.
Le jury n’a droit qu’à une seule voix mais son vote est secret, autrement dit, il peut choisir le candidat de la chaîne qui l’envoie. Je devrais dire ILS au pluriel car ils sont deux par pays. M’enfin, il paraît que certains sont absents ce soir, on doit faire appel à des remplaçants au pied levé. C’est joyeux, non ? Léger, on pourrait dire, en tout cas pas sérieux. Ah il n’y a pas d’enjeu national, il est vrai, on est là avant tout pour créer un esprit européen, une culture européenne, le ton du commentateur télé, très martial, en dit long sur les consignes qu’il a reçues, l’esprit de ce moment, qui se veut aussi un exploit technique. Car l’Eurovision, c’est ça que ça désigne : les moyens pour diffuser le même programme sur toutes les chaînes de télés publiques.
Et donc, si le vote est secret, il n’y a pas de décompte, vous l’avez compris. L’affaire est vite expédiée, on annonce le vainqueur, point. On ignore qui est deuxième, troisième, on ne s’y est même pas intéressé et de toute façon, on ne le saura jamais car les bulletins ont été jetés à la fin de la retransmission.
C’était il y a 70 ans exactement, personne ne se doutait au terme de cet exploit technique, avoir été partie prenante d’un moment d’histoire, de quelque chose qui allait durer incroyablement longtemps car, même si on n’aime pas ou plus, il y a inévitablement, quelque chose de l'Eurovision en nous. La preuve …Tue, 19 May 2026 - 1236 - Eurovision : De Lys Assia à Céline Dion, la naissance d'un géant de la musique
Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le Concours Eurovision de la Chanson, on est 1 million de Belges à l’avoir regardé en direct l’an dernier, cette émission fête cette semaine ses 70 années d’existence.
Qui plus est dans une forme olympique puisqu’il s’agit du programme musical télé le plus regardé au monde avec 166 millions de téléspectateurs. C’est d’autant plus impressionnant que l’audience est constituée à 60% de jeunes, autrement dit, au lieu de de s’éteindre avec les générations, il est actuellement en pleine croissance comme en témoigne l’engagement incroyable sur les vidéos et le nombre astronomique de réactions sur les plateformes et les réseaux.
Et ça dure depuis 70 ans ! Cette année les demi-finales et la grande finale ont lieu en Autriche, est-ce un hasard, Vienne n’est pas très loin de Lugano, en Suisse, là où, dans un théâtre au bord du lac, a eu lieu ce singulier et premier concours européen qui se voulait être un écho, un prolongement au succès du sacre télévisé d’Elizabeth II trois ans plus tôt.
Car tout a démarré comme ça, le croirez-vous ? L’union des télévisions publiques européennes, ravie de ce plébiscite pour ce tout jeune média encore fragile, avait en effet décidé de remettre le couvert. Mais avec quoi ? On ne peut pas couronner quelqu’un tous les ans, qui plus est d’une des plus grandes puissances mondiales. Alors un gars, un Italien a parlé du Festival de Sanremo, une émission de variétés où les gens votent pour les chanteurs mais aussi les auteurs compositeurs, c’est une des plus grandes audiences de la RAI.
Tout le monde dit banco, parce que la musique n’a pas de frontières et qu’elle permet de passer, comme le sport, au-dessus des barrières linguistiques.
Et vous devinez bien sûr, allez voir sur internet, qu’à l’image des postes de télévision de l’époque, ce tout premier Concours de l’histoire ne ressemble en rien au tourbillon de sons, de décors et de ballet qu’il est aujourd’hui. Et ce n’est pas seulement à cause du noir et blanc et de l’image pas nette du tout, pour les 4 à 10 millions de téléspectateurs de cette soirée bouclée en 1 heure 40, non : c’est plutôt les sept concurrents qui interprètent deux chansons, le jury qui expédie son choix en attribuant une unique voix, mais aussi le présentateur qui arrive en fin d’émission, annonce le nom de la gagnante, une Suissesse, et puis Mesdames et messieurs, bonsoir. Ah ben oui, la télévision ferme tôt à cette époque, la télé qui émet 24h/24 ce sera dans plus de trente ans, pour la plupart des chaînes.
Une pensée pour cette première lauréate, Lys Assia, … avec sa chanson d’une autre époque, vous avez raison. Le pays, comme elle, ne réalise pas encore l’importance de ce prix car il faudra attendre 1988 pour que la Suisse en reçoive à nouveau les honneurs. Il faut dire que cela n’avait déjà plus rien à voir, que ce soit le spectacle, et le type d’interprète.Mon, 18 May 2026 - 1235 - Roman Polanski : Le galion Neptune et le coup d'éclat pirate de Cannes 86
En ce jour de mai 1986, la star du jour au Festival de Cannes, celle pour laquelle un public nombreux et franchement disparate vient s’écraser sur les barrières Nadar ou saturer la croisette, et ben cette star mesure soixante mètres de long.
On attend comme tous les jours des acteurs américains, des lunettes noires, des robes du soir, des arrivées en voiture sombre, et ben non, c’est un bateau pirate qui entre dans la baie au ralenti, toutes voiles dehors. Immense coque sombre, trois mâts dressés qui dominent les yachts modernes, avec ses cordages tendus de partout, et surtout, sa rangée de bouches à feu à bâbord comme à tribord. Les gens sur les terrasses n’en croient pas leurs yeux. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? On le dirait sorti tout droit du XVII° siècle !
Ce navire qui n’a rien de mystérieux se nomme en fait, le Neptune. Il a été construit pour Pirates, le nouveau film de Roman Polanski. Et on le constate, là, ce n’est pas un décor de studio, c’est un vrai bateau, qui est fait pour naviguer, avec ses ponts, ses cales, ses trois mâts, ses canons et ses passerelles. Une folie !
Quand le bruit court que c’est pour la promotion d’un film, on croit bien évidemment à un coup digne d’Hollywood, et c’est du jamais vu entre parenthèses, pour la promo d’un film américain. Et bien pas du tout, c’est une production française et italienne, il a coûté, on le devine, une fortune, c’est tout bonnement une première à l’échelle européenne.
Un projet qui est sur les rails depuis des années. Le budget a été cyclopéen et le tournage compliqué. Polanski veut en effet retrouver l’esprit des grands films d’aventures d’autrefois, ceux où l’on voyait vraiment la mer, la tempête et les abordages.
Par contre, pour interpréter le rôle principal, celui du pirate à la barbe noire, Polanski a choisi un acteur américain, une vieille gloire d’Hollywood en fin de carrière. Et pourquoi a-t-il choisi Walter Matthau ? Parce que son film est aussi un pastiche et qu’il lui fallait non seulement un vieux pirate mais aussi une nature comique. Polanski veut en effet refaire le coup de son Bal des vampires, le premier film d’horreur burlesque de l’histoire qui lui avait valu de se faire remarquer dans les années 60. Bref, le même genre de tête fatiguée avec un air filou que son gâteux chasseur de vampires, sauf qu’ici il s’agit d’un capitaine pirate donc, avec un sens de l’autorité quand même !
Dois-je vous dire qu’à Cannes, tout le monde parle de cet incroyable bateau. Il fait plus d’effet que le casting : le meilleur acteur du film flotte dans le port, peut-on lire dans un article. C’est méchant car il faut bien le dire : Walter Matthau est extraordinaire.
Mais lorsque Pirates est enfin projeté en ouverture du Festival, l’accueil est assez froid. Cela dit, on ne s’en étonne pas plus que ça : à Cannes, il arrive souvent que la promotion réussisse mieux que l’œuvre. Car aujourd’hui encore, quand on reparle de ce Cannes 86 dont beaucoup ont oublié le vainqueur, Mission, très beau film d’ailleurs : l’image qui reste est celle du bateau pirate.
Un matin de mai 1986, sur la Croisette, Roman Polanski a amené un galion espagnol pour vendre son film en dolby stéréo et pendant quelques heures, ça a marché. Il faut dire que pour l’heure, le public et Hollywood ont plus la tête dans les nuages que sur l’océan. La preuve : à la rentrée 1986, on ira tous voir Tom Cruise …Fri, 15 May 2026 - 1234 - Queen & Highlander : Le souffle épique de Freddie Mercury au sommet du box-office
Mai 1986, quand Cannes revient dans le poste de télévision, le cinéma est alors partout. J’ai presque envie de dire, comme la musique avec les radios musicales, les clips vidéos, les émissions musicales à la télé. Dans le rayon des librairies où nous rentrons chaque jour, il y a désormais plusieurs magazines entièrement consacrés au septième art et il y en a pour tous les goûts. Prince et Madonna font un malheur au box office, lançant non seulement les chansons du générique dans le Top 50 mais aussi, involontairement ou pas, une mode vestimentaire et même une coiffure.
Combien de jeunes gars sortent-ils brushés comme le héros de Purple Rain, ou de jeunes filles frisées, avec la dentelle au-dessus du pantalon et de la blouse, les poignets lourdement équipés et les colliers multiples parmi pend une croix bien lourde comme dans Recherche Susan désespérément.
Et puis il y a toutes ces bandes originales de films remplies de chansons vendues en 33 Tours comme Pretty in Pink. Et pourtant ce ne sont pas des comédies musicales, hein, mais c’est à celui qui ira chercher le plus de locomotives : adieu les musiques de films instrumentales, aujourd’hui on veut chanter les scènes qu’on a vues sur grand écran.
Évidemment, si un tel marché est possible, c’est parce que tout le monde voit les mêmes films au cinéma. On n’imagine pas en 1986, une époque future où chacun ne regarde plus que des films, et encore plus des séries, des conneries de séries, mon dieu, quelle horreur !, hyper calibrées pour correspondre à ce que vous aimez. Non, il y a une véritable communion quand on parle d’un film dans la cour de récré, ou au bureau, ou sur un chantier.
En 1986, le cinéma rassemble. Les films restent tellement longtemps à l’affiche qu’on finit toujours par aller en voir un qui ne nous tentait pas au départ, sur le papier, ou quand Drucker en a parlé le dimanche après-midi sur Antenne 2. Oui, on paye sa place pour voir un film avec Alain Souchon parce qu’une fille qu’on aime secrètement en est folle. On va voir La couleur pourpre, un vendredi soir, avec une bande de copains qui sont fans de Spielberg car après on ira boire un coup, en bande. Et en sortant, on est étonné, on a découvert un univers qu’on ne soupçonnait pas. Tenez comme Hannah et ses sœurs, qui nous font aimer New York et surtout, ses habitants. Et Woody Allen aussi, on va être des millions.
Alors en ce mois de mai 1986, on est aussi allé rêver d’Ecosse, pour la première fois probablement, c’est vrai que le cinéma nous y avait peu emmené jusque-là, du moins pas encore avec une telle passion. C’est vrai que si on y est par moment confronté à une violence orchestrée, inédite depuis Orange Mécanique, ce film est tellement habité par un souffle romantique, qu’il fait du bien à notre jeunesse des années 80.
Et puis la bande originale est signée par le groupe Queen, ce qui n’est pas pour nous déplaire d’autant plus que la première expérience, six ans plus tôt, avec Flash Gordon, n’avait guère été concluante à la vision du film. Plusieurs chansons font d’ailleurs partie aujourd’hui de leurs classiques, on ne peut s’empêcher rétrospectivement de faire le lien entre ce titre, le thème du film et le triste destin qui attend son interprète Freddie Mercury, émouvant comme rarement.Thu, 14 May 2026 - 1233 - Christophe Lambert et le son Dolby : Quand le cinéma de mai 86 défiait la VHS
Ceux qui sont en âge d’avoir connu l’année 1986 ont toutes les chances d’être allés au cinéma en ce mois de mai. Tout d’abord parce que ces dernières semaines sont sortis des films dont tout le monde parle quel que soit le genre auquel on est attaché : les salles ne désemplissent pas.
On est allé chercher une irrésistible envie de safari africain avec Out of Africa pour Robert Redford et Meryl Streep, 7 Oscars au mois de mars, quelle récolte ! Oh on en a beaucoup parlé, hein, parce que c’était mérité tout d’abord, et puis aussi parce que La couleur pourpre de Steven Spielberg, nommé 11 fois, n’en a reçu aucun. Chacun a sa théorie sur le sujet.
Donc à voir ! Comme Highlander. Je me rappelle encore la grande salle de l’Eldorado à Namur pleine à craquer pour ce film britannique présenté comme un blockbuster américain.
Déjà le héros est incarné par Christophe Lambert. Ah on ne voit que lui ! Récemment, il a été un Tarzan tout-à-fait inattendu et novateur dans Greystoke et aussi un marginal flamboyant errant dans le métro parisien. Qui n’est pas allé voir le déroutant et enthousiasmant Subway.
Et puis il y a Pretty in pink, le nouveau film du gars qui a fait Breakfast Club. De celui-là aussi, on va en parler après l’avoir vu car ce n’est pas du tout le teen movie auquel on s’attendait.
Le thème est plutôt plombant, l’atmosphère aussi, et pour cause. Et pourtant immense succès et surtout une bande originale qui va enfin lancer aux Etats-Unis le son de la new wave britannique avec les Psychedelic Furs, New Order et Orchestral Manoeuvres.
Oui, même si 1986 est l’année où les vidéoclubs commencent à s’installer dans toutes les villes y compris les petites communes, le cinéma attire toujours autant de monde qui aime ces films projetés en dolby stéréo. Oh on ne sait pas exactement ce que c’est sauf que ça sonne super bien dans la salle comme si le son nous enveloppait. Loin le temps où il était diffusé par deux gros baffles placés derrière l’écran.
C’est vrai que le monde du cinéma redoute cette cassette VHS à louer, il craint qu’elle ne détourne les gens des salles obscures au profit du divan du salon. Alors pour le moment, vous n’y trouverez que des films du genre Atomic Cyborg, sous produit nanar italien, et non les films d’action à gros biceps et gros budgets qui commencent à s’imposer avec deux figures majeures : Sylvester Stallone qui aligne les Rocky et les Rambo, et Arnold Schwarzenegger qui est sorti de sa première époque barbare avec tout d’abord Terminator, puis ce printemps incarne un tueur à gages pas comme les autres dans Commando. C’est pas fute fute comme film même si on voit que le réalisateur a cherché à faire quelque chose de plus ambitieux.
Et quelle meilleure vitrine que Cannes pour le souligner avec, à la surprise générale, un film d’action présenté en compétition. Pas le genre, ça ! Et pourtant Runaway Train, cette histoire de train fou lancé sur les rails à travers l’Alaska avec à son bord comme seul espoir, un détenu réputé dangereux, a tout du film de genre, sur le papier. Il est pourtant signé Kontchalovski, réalisateur russe, déjà primé à Cannes et récemment réfugié aux Etats-Unis. Mais là où l’histoire devient folle, c‘est que le scénario est signé Akira Kurosawa, Palme d’Or à Cannes et réalisateur emblématique des Sept Samuraïs. On est allé le voir, bien sûr, loin de nous douter qu’il inspirera un gars pour signer dans les années 90 un énorme blockbuster nommé Speed, avec Keanu Reeves. Non, vraiment, en 1986, le cinéma est partout, même dans les clips vidéos.Wed, 13 May 2026 - 1232 - Sydney Pollack et l'Âge d'Or : Quand Cannes 86 s'offrait à Hollywood
Comme Roland Garros, le Festival de Cannes est chaque année pour les écoliers et les étudiants, attaché à la période des examens qui approchent et d’un blocus qui ne laisse que peu de temps aux loisirs. Alors on regarde le midi et le soir, ces images à la télé, au JT ou dans des émissions spéciales.
En 1986, tenez, on aime ça hein, les années 80, c’est le visage sympathique de Sydney Pollack qu’on voit partout puisqu’il préside le jury à qui incombe de désigner le meilleur parmi les vingt films en compétition. Il est Américain, tout auréolé des sept Oscars que son dernier film, Out of Africa, vient de recevoir. Oui, Meilleur film et Meilleur réalisateur, il a d’autant plus sa place à la tête des jurés, le Sydney, que quatre ans plus tôt, il nous a offert la comédie la plus drôle et intelligente qu’on ait vue alors. Dans Tootsie, il y met en scène un Dustin Hoffman, acteur de théâtre new yorkais élitiste et exigeant, qui par défi, se déguise en actrice et berne tout le monde en se faisant engager dans un soap télévisé.
Énorme succès, celui qu’on présentait déjà comme un vieux de la vieille dans ce monde des années 80 où le cinéma change et se renouvelle tellement, est désormais au premier plan, alors on y croit au palmarès qu’il présentera en fin de festival.
Mais on n’y est pas encore. Durant ces premiers jours, tout Hollywood est déjà là puisque Woody Allen y projette, hors compétition, Hannah et ses sœurs, probablement le meilleur film de sa carrière, le plus drôle et le plus émouvant. Steven Spielberg est de la partie aussi. Après E.T. et un second Indiana Jones, il vient promouvoir La Couleur Pourpre, le film qui va changer l’image qu’on a de lui, de machine à fabriquer des blockbusters.
Mais celui qui passe le moins inaperçu question marketing est certainement le Pirates de Roman Polanski. Il faut dire que la production a amené avec elle le bateau trois mâts d’époque de ce vieux pirate de Walter Mathau, ancré dans la baie de Cannes. C’est impressionnant de l’y voir, aucun photographe, aucune télé ne va le manquer. Quant au film lui-même, il se veut un pastiche comique du film de pirates, cher à toute une génération, dans la veine de ce qu’il avait fait avec Le Bal des vampires près de vingt ans auparavant. On y va donc pour le grand spectacle, et pour rire aussi. Si le film n’est pas un chef d’oeuvre, il nous fait passer un très bon moment et surtout, il y a fort à parier qu’il ait fortement inspiré ceux qui se mettront un jour autour d’une table pour créer Le Pirate des Caraïbes.
Enfin, en compétition en cette année 1986, dix ans après le Taxi Driver qui l’a révélé, revoici Martin Scorsese, un des vieux amis de Spielberg, et puis aussi Robert Altman, monsieur M.A.S.H., qu’on retrouve toujours avec plaisir comme Amélie Nothomb, à chaque rentrée.
Oui, il se dégage du monde du cinéma, une sensation de vivacité, de créativité rare en cette année 1986. Les films de genre sont de plus en plus ambitieux, les films d’auteur ont un public plus nombreux que jamais, bref de quoi alimenter bien des conversations passionnées et de longues queues devant le guichet des salles dont on a cru un temps que la télévision allait provoquer leur fermeture.Tue, 12 May 2026 - 1231 - Mai 86 : Le Festival de Cannes et l'explosion du cinéma en Dolby Stéréo
La semaine prochaine, c’est déjà le retour du glamour sur notre petit écran, les Journaux Télévisés seront en direct du plus grand Festival du Cinéma, inutile de vous préciser qu’il a lieu à Cannes, vous le savez. Extraordinaire réussite, n’est-ce pas ? Qui autour de la planète ignore le nom de cette ville de la Côte d’Azur qui doit sa notoriété, non pas au cinéma français qui fut un temps la terre de la création du 7ème art et le leader de cette industrie, avant que l’Amérique ne prenne le dessus.
Et c’est justement Hollywood avec ses stars et son armada promotionnelle qui fait qu’à chaque printemps, le monde entier se retrouve sur une Croisette bordée par la plage et les palmiers, avec ses hôtels de luxe assiégés, et surtout une montée des iconiques marches rouges menant à un palais, qui ressemble plus à un bunker du mur de l’Atlantique qu’à un temple du cinéma.
Mais bon, il faut y entrer pour s’imprégner de l’ambiance des deux grandes salles lors des projections et surtout, plonger dans l’immense hall du sous-sol où fourmille toute l’industrie mondiale du cinéma, d’un stand à l’autre. Et là, vous prenez la mesure des enjeux économiques de ce secteur de création pas comme les autres.
Car tout le monde aime le cinéma. Tout le monde a au moins un film qui le suit depuis l’enfance, l’adolescence. Une histoire, des acteurs qui vous ont retourné comme une crêpe, vous empêchant de décoller les yeux de l’écran durant au moins 100 minutes. C’était dans un cinéma de Bruxelles, Charleroi ou Verviers que vous avez pris conscience que jamais vous n’oublierez ce moment, que vous y penseriez encore des décennies plus tard à chaque fois que ce fameux film repasserait à la télé.
Car si aujourd’hui le monde foisonnant des séries a pris le pas sur le film, les jours et les soirs sont souvent tristes dans les multiplex désertés, il fût un temps qui a duré très longtemps, où la salle de cinéma était un lieu magique. Oh il ne faut pas remonter si loin, tenez, par exemple en mai 1986, année d’un Festival de Cannes mémorable.
Les multiplex ne sont pas encore nés mais les salles en ville se sont démultipliées, ou plutôt divisées en plusieurs plus petites pour offrir à chacun la possibilité de voir le type de film qu’il aime. Un cinéma qui n’arrête pas de progresser au niveau technologique avec son dolby stéréo et son logo sonore en début de projection qui envoie des décibels à vous tirer des larmes d’émotion avant que s’ouvre vraiment le théâtre du rêve qu’est le long métrage. En mai 1986, on va voir Highlander, Hannah et ses sœurs ou Out of Africa qui vient de triompher aux Oscars. On s’est bien sûr arrêté devant les vitrines dans l’entrée de la salle pour regarder les photos et affichettes de films à venir : Tom Cruise en pilote de chasseur, David Bowie en inquiétant personnage dans son labyrinthe, le retour du Karaté Kid, des Aliens en pagaille avec le nom du réalisateur de Terminator.
Et puis en sortant, on est entré au café d’à côté pour parler du film avec les copains qui ont partagé le même moment. Mais comme souvent, ils ne sont pas du même avis que vous. Alors on a parlé avec passion, de ce film qu’on venait de voir mais aussi d’un tas d’autres.
C’est vrai qu’on n’a pas passé nos années 80 uniquement à écouter des disques et regarder des clips, il y a aussi eu le cinéma qui a fait preuve d’une incroyable créativité, inventé des personnages, de nouvelles stars et créé des mythes. C’était en 1986 et on n’a pas fini d’en parler.Mon, 11 May 2026 - 1230 - Trevor Horn : L'alchimiste de Notting Hill qui a sculpté le son des années 80
Il arrive un moment dans la vie d’un artiste où il ne doit plus courir après le monde, c’est lui qui vient désormais frapper à sa porte. Jour et nuit.
Alors oui, dans les années 80, tout le monde sait dans le métier de la musique qu’un single prometteur, passé dans les mains de Trevor Horn, prend soudain l’allure d’un classique. Il est devenu pour les maisons de disques celui qui sait transformer l’or en platine.
Son quartier général de Notting Hill tourne presque sans arrêt. Horn adore cet endroit parce qu’il peut y faire ce qu’il aime le plus : recommencer vingt fois un détail que personne d’autre n’aurait remarqué.
Et à force de produire les autres, il finit par vouloir aller encore plus loin. Avec Paul Morley, Anne Dudley et quelques complices, il lance The Art of Noise. Le principe est simple et révolutionnaire : chaque son, n’importe lequel, peut devenir de la musique. Un bruit de porte, un cri, une caisse claire, une phrase volée. On découpe, on colle, on déforme, c’est l’Art du bruit. (Close to the edit)
Puis arrive de Liverpool une bande de mecs décidés à faire du bruit qui porte le nom très bizarre de Frankie Goes to Hollywood. Trevor Horn comprend tout de suite qu’ils ont des refrains énormes et une indécence parfaite pour l’époque. Il reprend leur titre Relax, booste les basses et change la rythmique, soigne chaque montée et transforme le morceau en machine irrésistible.
La suite, elle, ressemble à un défilé triomphal : trois numéros un consécutifs, trois climats différents, mais une seule signature derrière le triple vitrage de la cabine du studio. En 1984, c’est Trevor Horn qui donne le tempo de la décennie. Pas étonnant qu’on vienne enregistrer chez lui l’hymne du Band Aid.
À la fin des années 80, c’est au tour de deux Londoniens de la banlieue qui cherchent un nouveau souffle pour leur pop électronique. Ah on les connaît déjà, et pas un peu, les Pet Shop Boys ont leur style et leurs tubes. Mais Trevor Horn va leur offrir de l’ampleur.
Il ouvre les fenêtres, fait entrer les cordes, et par la porte de la cave, fait remonter une majesté typiquement british trop longtemps enfouie. Et alors que les années 80 s’étirent vers leur fin, quand Simple Minds fait aussi appel à lui, tout un symbole, Trevor Horn leur donne un souffle insoupçonné.
Et donc, quand le Mandela Day des Minds et le It’s Alright des Pet Shop Boys passent à la radio en 1989, ces années bénies sont presque derrière nous. D’autres modes s’annoncent, d’autres sons arrivent. Mais avant de quitter la scène, elles ont encore le temps de tirer leur révérence avec panache, écoutez !
Et si vous vous dites qu’on n’a pas fait mieux depuis ces années 80, en écoutant toutes ces chansons, ces titres produits par Trevor Horn, vous n’êtes pas loin d’avoir raison.Fri, 08 May 2026 - 1229 - Trevor Horn & Grace Jones : L'esclave du rythme au cœur d'une église de Notting Hill
Au milieu des années 80, Trevor Horn n’est désormais plus le chanteur des Buggles. Oublié, les Buggles ! C’est l’homme de génie au centre d’un studio, entouré de boutons, de curseurs, machines et musiciens qu’il pousse jusqu’à leurs dernières limites. Après ABC, Yes, Propaganda, Frankie Goes To Hollywood, tout Londres sait qu’avec lui une chanson peut devenir un événement.
Son quartier général est un ancien studio installé dans une église de Notting Hill où les plus grands classiques rock des années 70 ont été forgés. Horn rachète l’endroit, y fait entrer des machines de pointe, il y a des synthés partout, et surtout des enregistreurs qui tournent sans arrêt. Chez lui, les nuits finissent souvent au petit matin.
Et c’est là qu’entre en scène, Grace Jones.
C’est pas une débutante, hein, ancienne mannequin, figure du disco new yorkais, muse des photographes, silhouette sculptée à la hache par son compagnon Jean-Paul Goude, elle dégage une aura pas possible et est venue chercher le son qui va tuer pour son prochain disque.
Dans les tiroirs de ZTT, une chanson traîne, un morceau pensé pour un autre artiste du label, sans doute Frankie Goes to Hollywood. Horn la reprend mais il la démonte, change le tempo, rallonge les breaks, ajoute des percussions, retire des couplets. Et plus il avance, plus il se dit que cette chanson n’ira à personne d’autre que Grace Jones.
Le titre s’appelle “Slave to the Rhythm”. Il le lui fait écouter, elle accepte.
Et là, il s’emballe. Horn veut tout essayer. Il fait venir des percussionnistes, des choristes, des cuivres, multiplie les prises. Il demande une voix parlée, puis chantée, puis glaciale, puis ironique. Grace Jones soupire, lève les yeux au ciel, mais elle recommence. Horn coupe des bandes au rasoir, recolle, change encore l’ordre des sections. On dit qu’il peut passer des heures sur quelques secondes de transition.
Et le morceau devient immense. C’est une chanson pour danser, oui, mais aussi une pièce de théâtre. Quand le disque sort en 1985, impossible de le rater : on s’arrête devant la télé quand le clip passe, les radios diffusent mais surtout, l’album entier est construit autour du même titre, décliné, remodelé, repris sous plusieurs formes, on entend même une interview. Typiquement Trevor Horn, ça : quand il tient une idée, il la pousse jusqu’au bout.
Alors si un jour vous êtes à Notting Hill, après avoir été phiotographier le magasin de livres de voyage à la façade bleue, pensez à traîner du côté de l’ancien Sarm Studios, vous reconnaîtrez le corps de bâtiment de l’ancienne église, et imaginez, ces quelques semaines où derrière ces murs, au milieu des années 80, deux caractères faits pour dominer leur monde se sont retrouvés dans la même pièce. Vous ne vous étonnerez plus que ça s’entende encore aujourd’hui, chaque fois que ça passe à la radio. Et écoutez l’album, c’est vraiment une trouvaille …Thu, 07 May 2026 - 1228 - Trevor Horn : Duel, l’alliance magnétique entre rigueur allemande et pop futuriste
Au début des années 80, la new wave anglaise s’inspire beaucoup moins des groupes punks qu’ils ont été au départ, que des boîtes à rythme et synthés des artistes Allemands des années 70. Kraftwerk, évidemment, la référence absolue pour Human League, Depeche Mode, Orchestral Manoeuvres in the Dark ou encore Soft Cell.
Mais il n’y a pas que Kraftwerk en Allemagne, on ne tarde pas en effet à découvrir des Deutsch Amerikanische Freundschaft, Grauzone, Einstürzende Neubauten… des noms aussi impossibles à prononcer que leur musique l’est, à écouter. Quoique certains sont plus accessibles comme Trio, Rheingold ou Propaganda.
Ceux-ci sont de Düsseldorf, une région de bassins industriels qui fait furieusement penser aux Midlands britanniques, ce n’est pas un hasard. Leur idée est claire : allier la rigueur et la froideur mécanique allemande aux mélodies de la pop internationale. Les gars, ils veulent conquérir l’Europe.
À Londres, un journaliste musical du nom de Paul Morley, un agitateur d’idées, travaille avec un nouveau label au nom étrange : ZTT Records, Zang Tumb Tuum. Un label lancé par Trevor Horn et sa compagne, Jill Sinclair.
Ils viennent justement de triompher avec ABC et la métamorphose de Yes. Trevor Horn des Buggles est devenu le producteur dont tout le monde parle, l’homme capable de transformer une bonne partition en événement mondial. Il vient de racheter un studio construit dans une église, où ont été enregistrés des petits trucs comme We will rock you ou Stairway to heaven et qu’il transforme en QG sonore pour ZTT. C’est son laboratoire personnel, avec ses machines dernier cri, consoles immenses, ingénieurs du son pointus, un endroit où il peut inventer l’avenir car dans les années 80, il n’y a que ça qui marche.
Alors on les imagine dans un pub de Notting Hill, juste à côté du studio : Paul Morley lui parle de Propaganda, Horn écoute car ce qu’il entend lui plaît immédiatement, la discipline allemande, des voix singulières, une esthétique forte et donc, un potentiel immense. Propaganda signe chez ZTT et déménage à Londres pour travailler au plus près de cette nouvelle usine à rêves.
Les séances sont longues, exigeantes, il leur arrive même d’être un peu tendues car Horn pousse tout au plus loin : les arrangements, les textures de son, la dramaturgie. Le premier essai, Dr. Mabuse, est déjà une réussite : une musique cinématographique, menaçante, spectaculaire. Et puis vient le single Duel, plus mélodique, plus accessible, mais tout aussi travaillé : c’est le carton.
Ce qui se joue alors dépasse largement un nouveau succès du label de Trevor Horn : la New Wave n’a plus de frontières. Les idées circulent désormais dans les deux sens entre Düsseldorf, Sheffield, Londres, et même Bruxelles. Avec Paul Morley et deux musiciens de génie, Horn va même créer son propre groupe, atypique, The Art of Noise, ils sont d’ailleurs tous très présents, sur ce titre de Propaganda qu’on entend toujours aussi souvent à la radio, plus de quarante ans après.Wed, 06 May 2026 - 1227 - Trevor Horn & ABC : L'architecte de l'ombre et la naissance de la Pop sophistiquée
Le succès de Video Killed the Radio Star aurait pu rester un heureux accident, une parenthèse fulgurante dans la carrière d’un musicien de studio, comme c’est arrivé à tant d’autres. Et c’est d’autant plus évident que Trevor Horn n’aime pas sa voix, il ne se voit pas en chanteur, et supporte mal l’exposition de son image. Et logiquement, l’aventure des Buggles ne dure pas.
C’est vrai ! Notre tête quand on apprend en 1980 que Trevor Horn et Geoff Downes des Buggles rejoignent le groupe Yes en tant que chanteur et claviériste ! Un épisode aussi improbable que bref. Car très vite, Downes part rejoindre un nouveau groupe, Asia, en plein enregistrement du second album des Buggles. C’est la fin, dommage, il y a des moments d’une intensité et beauté immense dans ce disque ...
Et c’est justement en se retrouvant seul aux commandes de ce disque que Trevor Horn découvre le plaisir de ne plus être au premier plan. Il a trouvé mieux : contrôler le son, le modeler, le pousser là où personne n’est encore allé. Et c’est précisément à ce moment-là qu’il croise la route de ABC.
Des gars qui viennent des Midlands, comme lui, Sheffield précisément, une Angleterre industrielle en plein marasme. Deux musiciens qui jouent une musique électronique sombre et expérimentale, genre David Bowie et Kraftwerk. Et qui bien sûr reste underground jusqu’au jour où un jeune journaliste de fanzine, Martin Fry, vient les interviewer. Passionné, curieux, et surtout parfaitement en phase avec leurs références, de Roxy Music à Bowie. Il lui ressemble étrangement d’ailleurs, vous ne trouvez pas ? Le courant passe immédiatement. Singleton et White lui proposent de les rejoindre. Martin Fry accepte, et en 1981, Vice Versa devient ABC.
Le projet change alors de nature. Là où Vice Versa cultivait le minimalisme robotique, ABC cherche le style, l’élégance, une forme de pop sophistiquée qui emprunte autant au funk qu’à la new wave, comme les Spandau Ballet et les Duran Duran. ABC sort un premier single sur son propre label, qui entre dans le Top 20 britannique et attire l’attention de Trevor Horn.
C’est un déclic pour lui car il entend dans ce son non abouti comment s’en emparer pour en faire une redoutable chanson.
Et de fait, il ne se contente pas de les produire : il organise leurs chansons comme un architecte, joue avec les ruptures, les contrastes, les effets, introduit des gimmicks sonores qui surgissent et disparaissent, ou une conversation en voix off. Leur musique devient quelque chose de singulier, qu’on ne peut que remarquer : on dirait un décor en mouvement.
Et c’est vrai que le premier titre de ABC produit par Trevor Horn ne ressemble à aucune autre chanson de l’époque. Non seulement elle va servir de modèle, ce qui est déjà énorme, mais surtout, la question est : qui aujourd’hui est capable de nous servir trois minutes de chanson avec autant de folie et de précision ?
Avec ABC, Trevor Horn a trouvé sa place. Lui qui ne voulait plus être devant un micro est devenu celui qui décide de tout ce qu’on va entendre. Oui, c’est fou, après avoir annoncé les années 80 à la fin de la décennie précédente dans une chanson, Trevor Horn va cette fois leur ouvrir la voie.Tue, 05 May 2026 - 1226 - Trevor Horn : L'architecte du son qui a tué la radio pour réinventer la Pop
Plus on avance dans ce siècle, plus les années 80 s’y installent. Pour un tas de raisons, mais la principale, c’est quand même la musique pop qui, c’est incroyable, reste actuelle malgré quatre décennies écoulées. C’est comme si à cette époque, tout le monde avait écouté des 78 tours des années 30 et 40 et avait trouvé ça très branché.
Et ce « son », il a été créé par quelques pionniers dont les disques, les chansons n’ont pas leur place dans les musées mais à la radio, dans les magasins, les bistros, les restos, les soirées. Combien de nos gosses ne nous étonnent pas en citant le nom des artistes, des vidéos, qui en ont souvent un autre en commun, celui de leur producteur : Trevor Horn.
Pourtant au départ, dans les années 70, quelque part dans le nord de l’Angleterre, Trevor Horn est un homme de l’ombre, un gars qu’on appelle pour jouer de la basse, arranger un morceau ou fabriquer des jingles pour la radio. Il accompagne des artistes comme Tina Charles, qui a commis un hit disco, mais vit sa vie surtout dans des studios, où il développe une passion limite obsessionnelle : le son.
Cette obsession, il la partage bientôt avec deux autres musiciens, le claviériste Geoff Downes et le guitariste Bruce Woolley, avec qui il forme en 1978 un groupe au nom étrange, The Buggles. Et ils ont à leur répertoire une chanson dans laquelle ils croient énormément, elle est à la fois mélancolique et visionnaire, puisqu’elle parle de ces deux mondes qui sont en train d’apparaître et de disparaître : la vidéo et la radio. Oui dans ce monde du futur que seront les années 80, on n’écoutera plus la radio, on regardera les chansons à la télé. Malheureusement ce titre ne ressemblant à rien de ce qui existe alors, il est refusé par toutes les maisons de disques.
Et Bruce Woolley finit par quitter les Buggles pour enregistrer sa propre version du morceau avec un jeune musicien nommé Thomas Dolby…
Pendant ce temps, Trevor Horn, lui, continue à travailler : il veut créer un univers qui n’existe pas encore, un souvenir du futur.
C’est là que Chris Blackwell, patron de Island Records, éditeur de Bob Marley et bientôt de U2, entend la cassette des Buggles que ses employés ont pourtant déjà refusé. Trevor Horn obtient de lui alors les moyens d’aller au bout de son idée, et il s’y plonge, multiplie les prises, empilant les couches de synthétiseurs mais pas que, cherche sans relâche ce qu’il considère comme le mix parfait.
Le disque sort à la fin de l’année 1979, il ne ressemble à rien de connu, et devient un succès mondial, atteignant la première place dans onze pays. Et là, tout le monde va vouloir habiller ses chansons avec son savoir-faire, un producteur pas ordinaire est né.
Alors oui, c’est drôle que ce type qui s’est fait connaître en annonçant que la vidéo allait tuer la radio, a passé le reste de son existence à fabriquer des chansons qui ont donné une furieuse envie de chanter avec la radio. Et ce, dès les premières notes …Mon, 04 May 2026 - 1225 - Zucchero & Miles Davis : Quand le Blues italien s’offre une légende
À la fin des années 80, quand Zucchero commence à faire voyager sa musique hors d’Italie, il est encore un artiste périphérique sur la scène internationale. S’il a déjà travaillé avec un des frères Jackson, il est toujours dans l’émerveillement de ce qui lui arrive, il est à nouveau le gamin qu’il a été, celui qui passait des heures à écouter des disques américains, et qui s’était construit une voix en reproduisant des sons avant d’en saisir le sens.
Parmi les musiciens qu’il écoute depuis toujours, il y a Miles Davis, une figure qui dépasse largement le jazz et qui incarne cette manière de faire évoluer la musique sans jamais se répéter. L’idée de travailler avec lui semble hors de portée, mais Zucchero tente sa chance malgré tout, en envoyant une cassette via des intermédiaires jusqu’à l’entourage du musicien américain.
Contre toute attente, la réponse arrive, et elle est positive. Miles Davis accepte de participer à un enregistrement. La rencontre a lieu en studio, dans un cadre très simple, sans mise en scène particulière, avec cette manière qu’a Davis d’imposer immédiatement un son, une couleur. Zucchero vit un rêve : enregistrer avec le pape de la trompette, qu’il a appris à connaître uniquement à travers des disques.
Le titre ne sera pas un succès mais il lui donne une légitimité nouvelle, dans le métier. À partir de là, les collaborations se multiplient, les scènes s’élargissent, et Zucchero passe progressivement du statut de l’artiste italien qui s’exporte à artiste international tout court.
Quand il entre en studio quelques années plus tard pour enregistrer l’album Spirito DiVino, en 1995, il n’est plus dans une logique de conquête ni de reconnaissance, mais dans la maîtrise. Il sait désormais comment une chanson se comporte en dehors de son pays, comment elle est reçue, ce qui la rend accessible sans la transformer. Cette expérience accumulée, des studios aux grandes scènes, se retrouve dans un titre qui va s’imposer très rapidement.
Une chanson construite sur une énergie immédiate, une structure claire, et une voix identifiable, même quand on ne comprend pas tous les mots dans les phrases.
Et lorsque le titre sort dans le commerce, il s’installe aussitôt dans plusieurs pays européens. Cette fois, la boucle est bouclée car parmi les chansons qui circulent partout dans le monde, il y en a ne viennent pas d’Angleterre ni d’Amérique, ce sont les siennes.Fri, 01 May 2026 - 1224 - Zucchero : Le chef d’orchestre des mondes entre Pavarotti et le Rock
Au début des années 90, Zucchero n’est plus seulement un de ces chanteurs italiens qui a réussi percer à l’étranger, mais simplement, un musicien qui a pris sa place à l’international et qui croise d’autres artistes.
À Modène, un homme suit cela de près, il s’appelle Luciano Pavarotti. Une star mondiale, une voix, une silhouette, un visage que tout le monde connaît, mais aussi quelqu’un qui cherche à élargir son univers. L’opéra, il le maîtrise parfaitement, mais il a envie d’autre chose, de rencontres, de mélanges.
Les deux musiciens italiens échangent sur leurs mondes respectifs qui semblent très éloignés, et pourtant très vite une idée s’installe : faire venir sur une même scène des artistes qui, en temps normal, ne joueraient jamais ensemble. Ce projet, ce sera Pavarotti & Friends.
À Modène, sur une grande scène montée en plein air, le public ne vient pas seulement écouter le ténor car dans les coulisses, ce soir-là, les silhouettes ne sont pas celles d’un gala classique. Il y a Bono qui discute, lunettes noires sur le nez. Plus loin, Eric Clapton accorde sa guitare, un peu en retrait, comme s’il était dans un studio et non bientôt devant des milliers de personnes. Et au milieu de tout ça, Zucchero passe de l’un à l’autre, parle, traduit parfois, met les gens en relation.
Ce n’est pas un hasard. Il connaît ces deux langues musicales. Il a grandi avec le blues américain, il a construit sa carrière en Italie, et il sait comment faire se rencontrer ces univers sans les dénaturer. Quand le concert commence, le public voit quelque chose d’inhabituel et pourtant, ça fonctionne.
Et dans cette mécanique, Zucchero est celui qui a rendu la rencontre possible. Celui qui connaît les chansons, les codes, les habitudes des uns et des autres, et qui permet que tout se passe sans friction.
Ce soir-là, et dans les éditions suivantes, il devient évident que quelque chose a changé. Les frontières entre les genres sont moins étanches. Le public accepte d’entendre autre chose, autrement. Et pour Zucchero, c’est une nouvelle étape.
Lui qui, quelques années plus tôt, chantait dans des salles où l’on parlait plus qu’on ne l’écoutait, se retrouve au centre d’un dispositif où les plus grandes voix du monde acceptent de se rencontrer non pas autour d’un style, mais autour d’une idée simple : la musique circule mieux quand quelqu’un sait comment faire le lien.
Et ce quelqu’un, ce soir-là, c’est Zucchero.Thu, 30 Apr 2026 - 1223 - Zucchero : L'Anglais inventé et la forge brute du Blues italien
Au début des années 70, dans le nord de l’Italie, nous retrouvons Zucchero, de son vrai nom, Adelmo Fornaciari, qui grandit dans une maison où l’on se lève tôt pour aller se tuer au boulot jusque tard, et où l’on parle peu.
Son père comme sa mère travaillent la terre. Les journées sont physiques, et la musique n’est pas vraiment une priorité. Pourtant, dans sa chambre, le gamin joue à l’infini sur un petit tourne-disque quelques 45 Tours d’Otis Redding, Wilson Pickett et surtout Joe Cocker.
Le problème, c’est qu’il ne comprend pas un mot d’anglais. Alors il invente une méthode. Il écoute et répète à voix basse, note sur un carnet des sons approximatifs, des phrases écrites comme il les voit dans sa tête. Il apprend par imitation pure, sans dictionnaire, et chante des histoires dont il ignore le sens, mais dont il ressent déjà l’impact.
Très vite, il monte un groupe. Ça change souvent de nom et de musiciens. Il joue avec des formations locales qui tournent dans toute la région. Le week-end, ils chargent le matériel dans une voiture, parfois deux, amplis, câbles, batterie démontée, et ils vont jouer là où on veut d’eux. Des salles communales éclairées au néon, des fêtes de village où l’on aligne des tables avec des nappes qui collent un peu. Les gens boivent, parlent fort, mangent, se lèvent pour danser sans vraiment regarder le groupe.
On leur demande des reprises américaines et anglaises, celles qu’on entend à la radio, hein : du rhythm and blues, du rock, de la soul. Zucchero commence à chanter du Joe Cocker avec un anglais bricolé et une voix qu’il pousse pour coller au modèle.
Mais à force de répéter, quelque chose se met en place. Une manière d’attaquer les mots sans les glisser, de rester accroché à la note. Et cette rugosité, elle vient autant de ce qu’il entend et imite, que de ce qu’il est.
Car Zucchero, c’est une vie simple, du travail dur, et des disques usés. Et à force de chanter des chansons qu’il ne traduit pas, il apprend comment faire passer une émotion sans s’appuyer sur le sens exact des mots.
Quelques années plus tard, quand il écrira ses propres chansons, cette manière restera. A savoir une voix qui cherche juste à être crue. Et ça, il ne l’a pas appris à l’école, ni au conservatoire, Zucchero, non, il l’a appris le soir, dans des salles où personne ne l’écoutait vraiment, en tout cas, pas comme lui, écoutait ses disques.Wed, 29 Apr 2026 - 1222 - Zucchero & Paul Young : Le duo qui a fait voyager le rhythm and blues italien
À la fin des années 80, Zucchero n’est plus le type qu’on ne remarquait pas, au début, lors du Festival de Sanremo. En Italie, il a trouvé son public, ses disques se vendent, et surtout, il a imposé quelque chose de nouveau : du rhythm and blues chanté en italien.
En 1987, il a ainsi sorti un album déterminant dans sa carrière : Blue’s. L’album marche très fort dans la péninsule, et parmi les titres, une ballade passe particulièrement bien à la radio : “Senza una donna”.
Mais comme souvent à l’époque, la chanson n’est pas arrêtée à la frontière que par les Alpes. Elle tourne en Italie, elle accompagne les soirées, elle passe dans les voitures, mais elle ne sort pas vraiment du pays.
Pourtant, Zucchero commence à fréquenter les circuits internationaux, les studios, les musiciens de passage. C’est dans ce contexte qu’il croise Paul Young, une des voix immédiatement reconnaissables en Angleterre, un chanteur qui a déjà installé des succès dans toute l’Europe, il était déjà à l’affiche du Live Aid, en 1985.
Zucchero lui fait entendre “Senza una donna”. La mélodie, la structure, l’émotion, tout est déjà là. Il ne lui manque qu’une porte d’entrée pour le public qui ne comprend pas l’italien.
Tout va très vite : la chanson est réenregistrée en anglais, et surtout, en duo. Le texte est adapté, sans trahir l’idée originale, chacun gardant sa manière de chanter.
La chanson entre dans les playlists des radios anglaises, puis européennes. Et très vite, c’est le tube.
Ce qui frappe, c’est que rien n’a été recalibré pour “faire plus international”. La progression est la même, l’atmosphère aussi, et la voix de Zucchero reste intacte, avec ses aspérités. Simplement, cette fois, elle dialogue avec celle de Paul Young, et c’est ça qui donne à la chanson son ticket d’entrée dans les radios et les télés.
Pour Zucchero, c’est un basculement plus que professionnel. C’est toute sa vie qui s’en trouve bouleversée. Lui qui, adolescent, chantait des titres américains en phonétique dans des salles des fêtes de Reggio Émilie, se retrouve avec une chanson que des publics étrangers reprennent, comprennent, s’approprient. Le trajet s’est inversé.
Pour la première fois, une de ses chansons ne reste pas en Italie : elle circule comme celles qu’il écoutait, seul, des années plus tôt, sur le tourne-disque fatigué, dans sa chambre d’adolescent. C’est vrai qu’il n’y a de vent favorable pour ceux qui savent où ils vont.Tue, 28 Apr 2026 - 1221 - Zucchero : Le piano désaccordé et la revanche du « Petit Sucre » de Sanremo
Février 1982, tous les Italiens sont devant leur poste de télévision pour regarder, comme chaque année, le festival de la chanson de Sanremo. Alors ils sont tous là ou presque, les Albano et Romina Power avec leur sourire ultra brite et leurs gestes répétés au millimètre, et puis aussi Bobby Solo qui est une immense star. Comment vous le situer, il plairait autant aux admiratrices de Cloclo que Julien Clerc et Michel Polnareff.
Et, pendant que ces grosses machines soulèvent une fois de plus l’admiration du pays, un inconnu attend son tour nerveusement derrière le rideau. Il se nomme Adelmo Fornaciari mais tout le monde l’appelle depuis qu’il est gamin, Zucchero. Qui veut dire “sucre”, vous le savez, un diminutif affectueux que son institutrice utilisait pour désigner le gros nounours en sucre qu’il était déjà.
Et ça lui est resté, même quand il a quitté sa belle région de Reggio Emilia, entre Milan et Bologne. Ah c’est à lui, on l’annonce ! Zucchero entre sans ovation, car qui pour connaître son nom parmi les 2000 spectateurs dans la salle. L’artiste de 26 ans se lance avec tout son cœur, porté par l’orchestre qui a immédiatement attaqué l’intro. Mais trois minutes plus tard, il quitte la scène comme il y est entré : sans laisser de traces. Le lendemain, il achète les journaux dont il parcourt les pages avec une attente injustifiée : rien sur lui. Même pas une photo floue, ni de dos, il faut dire que la chanson d’Alabano et Romina Power est promise à une certaine postérité… et puis il y avait Kiss, les Stray Cats, Marianne Faithfull et Johnny Hallyday aussi …
Et pourtant l’année suivante, en 1983, Zucchero est de retour à Sanremo. Même couloirs étroits en coulisses. Même odeur de laque et de projecteurs chauds. Et encore une fois, il disparaît dans le programme.
Entre ces passages, il écrit pour des refrains pour d’autres interprètes qui, eux, passent à la radio. Petite consolation d’entendre ses mots sur les ondes pendant que lui, il roule sur l’autostrada, seul, entre deux petits concerts.
Et puis, vient 1984. Sa femme le quitte. Zucchero reste quelques jours dans l’appartement, puis il ferme tout après avoir plié quelques vêtements dans une valise. Il remonte vers la maison de ses parents, près de Reggio Emilia. Là-bas, pas de scène, pas de plancher en bois, plutôt le carrelage froid de la cuisine et de la salle à manger où se trouve, quand même, un piano droit.
Ooh le bois a travaillé, et les cordes aussi. Certaines touches n’ont plus vu l’accordeur depuis longtemps mais, à force de traîner son cafard, Zucchero finit par s’asseoir et jouer. Puis avec les jours, il se remet à composer, non pas pour s’occuper l’esprit, penser à autre chose, mais pour comprendre ce qui lui est arrivé et ce qu’il a, peut-être, encore à dire : … “Donne”.
Ah, on est loin de la variété, là. Alors, quand il l’enregistre en 1985, Zucchero n’essaie plus de faire comme les autres qu’il a trop longtemps regardés depuis les coulisses. Sa voix n’est plus lisse comme un chanteur de Sanremo mais cette fois, quand le titre passe à la radio, les gens se demandent : “qui c’est, celui-là ?”
Ben le même type que tu as déjà vu à la télé deux fois mais dont tu n’as pas retenu le nom. C’était juste une question de bon timing. Pas de quoi décourager ceux qui savent qu’on apprend quelque chose tous les jours.Mon, 27 Apr 2026 - 1220 - Prince : Comment le Kid de Minneapolis est devenu l’icône absolue des années 80
Une silhouette immédiatement reconnaissable, un look à nul autre pareil : Prince, dans les années 80, c’est ça. Mieux : Prince est les années 80. Parce qu’au fond, qui mieux que lui incarne cette décennie de folie vestimentaire, capillaire et musicale ?
C’est vrai que cette décennie est fascinante à vivre au quotidien. De New York à Bruxelles, on a tous cette impression enthousiasmante de vivre une modernité que la génération précédente n’avait vue que dans des romans ou des séries de science-fiction. Depuis 1980, le futur entre dans les maisons : les consoles de jeux vidéo, le câble et ses vingt chaînes de télé, le CD, le baladeur, les cassettes vidéo, vous vous rendez compte ? Des films à la maison, qu’on peut regarder quand on veut. C’est gigantesque.
Et puis il y a le look. Ça aussi, ça change tout. Pour les grands frères ou les grandes sœurs, s’habiller en hippie ou en punk à Bastogne ou à Morlanwelz quelques années plus tôt, il fallait du courage. Dans les années 80, tout à coup, on peut se fringuer comme Madonna, ou se coiffer comme Sarah Connor dans Terminator, sans que tout le piétonnier de la rue de la Montagne, à Charleroi, se retourne sur vous, le samedi après-midi.
Et ça, on le doit à un artiste comme Prince.
Et oui, car il a commencé à la fin des années 70. À l’époque, dans la musique noire américaine, on s’habille en cosmonaute doré façon Jacksons ou Earth, Wind & Fire. Prince, lui, c’est autre chose. Un mélange inédit. Ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, ni funk, ni rock, ni homme, ni femme, ni sage, ni correct. On dirait que ce garçon a trouvé son centre de gravité entre l’Amérique et l’Europe, donc quelque part au milieu de l’Atlantique. Et il y a plus de 4.000 mètres d’eau, là-dessous. De quoi fabriquer du vraiment pas banal dans la plus totale solitude.
Et en plus, self made man, et self tout court pout puisque Prince enregistre ses disques seul. Oui, c’est écrit dessus : écrit, composé, produit et interprété par Prince. Et la musique ? Pareil. On n’a jamais entendu ça. Un mélange de musique noire et blanche. Si Jimi Hendrix avait eu dix ans de moins, il se serait peut-être appelé Prince.
Et il y a encore un plus, car Prince danse comme personne, mieux que James Brown, et il provoque sans forcer, pulvérisant le politiquement correct avec un naturel confondant.
Évidemment, avec un tel pedigree, on ne touche pas le grand public immédiatement. Ça balance du seau d’eau froide. En 1980, Prince vend encore surtout aux branchés, même s’ils sont nombreux. Pourtant, quand on réécoute ses premiers albums aujourd’hui, on se dit que tout y était déjà. Comme un pétard qui n’attend plus qu’une allumette, comme le dit la chanson de Bashung sortie à la même époque. Une allumette qui va être quatre ans plus tard allumée par de la pluie, il n’y avait que lui pour imaginer ça. La preuve ; elle est pourpre.Mon, 20 Apr 2026 - 1219 - Prince : Le jour où la star mondiale est devenue un simple symbole imprononçable
Ah 1994, c’était une belle année. On était en pleine explosion du monde du CD, des compiles, de la techno, toute jeune, du grunge, qui envoyait grave des décibels et des chemises à carreaux, et donc du monde indépendant où subitement, ça se mettait à thuner grave. Je connaissais justement le patron d’une d’entre elles. Je le vois encore un jour de mai m’accueillir plein d’enthousiasme. Tu ne vas pas le croire, c’est moi qui récupère le nouvel album de Prince. Enfin, un album de Prince, c’est vite dit, puisque justement, il n’a pas le droit de dire “Prince”.
Bonne chance, hein. Parce qu’avoir Prince à son catalogue, même par un trou de souris, c’est comme récupérer un morceau de la couronne d’Angleterre. Mais comment vendre ce disque ? Impossible d’écrire “Prince” en grand sur l’affiche, impossible de l’annoncer normalement, impossible même, au fond, d’expliquer clairement aux gens ce qu’ils sont censés acheter.
Vu de l’extérieur, il faut bien reconnaître, la situation a quelque chose de franchement comique. L’un des plus grands artistes de la planète vient de décider qu’il n’a plus de nom. À la place : un symbole, un signe. Un machin entre Mars, Vénus et un pictogramme de salle de bains, totalement imprononçable, ce qui est quand même une drôle d’idée quand on vit de la radio, des journaux, des affiches, des interviews, bref de tout ce qui oblige normalement à appeler les gens par leur nom.
À la radio, on se débrouille comme on peut. Dans les journaux, on lit cette formule interminable : l’artiste connu précédemment sous le nom de Prince. En clair, ça prend déjà toute la place dans l’article, imaginez le titre, avant même qu’on ait commencé à raconter l’histoire. Dans les magasins de disques, les clients, eux, font preuve de beaucoup plus de bon sens que toute l’industrie réunie : ils entrent simplement en demandant “le nouveau Prince”.
Mais bon, c’est pas juste un caprice d’artiste, même s’il est réputé pour ne jamais en manquer. Car ici, il est en guerre, le gars, contre la Warner, sa maison de disques, qu’il accuse de ralentir ses sorties, de garder ses bandes sous clé, de gérer sa musique comme un stock de marchandises. Et ça, pour un garçon qui enregistre comme d’autres respirent, c’est insupportable. Alors, au lieu de discuter calmement comme un adulte bien coiffé, Prince a choisi la méthode Prince : disparaître sous son propre symbole.
Évidemment, tout cela est extravagant, déroutant, limite ridicule. Mais c’est avant tout une manière de rappeler qu’il refuse d’appartenir à qui que ce soit. Même à son propre nom. C’est ça, je pense, qui rend cet épisode tragi-comique aussi fascinant, encore aujourd’hui, dix ans après sa disparition : pour ne pas céder, Prince est allé jusqu’à devenir imprononçable.
Et pendant qu’au début des années 90, tout le monde se débattait avec ses contrats, ses logos, l’annulation de la sortie de son Black Album alors que 500.000 copies étaient déjà pressées, Prince, lui, continuait à faire ce qu’il faisait le mieux : écrire des chansons. Ainsi de celle-ci qui résume tout cela : Money Don’t Matter 2 Night. Parce qu’au fond, derrière le showbiz dont il a bien vécu, quand même, Prince disait peut-être simplement ceci : l’argent ne compte pas autant que la liberté, et puis l'amour aussi. Surtout ?Mon, 20 Apr 2026 - 1218 - Prince en 1995 : L’énigme du « Symbole » et ses nuits fauves à Paris
Rentrée 1995. Prince sort son 17e album en 17 ans. À ce stade, il fait déjà partie des artistes les plus productifs de sa génération ; à l’échelle de sa notoriété, il est même le seul à publier autant de disques. Il faut dire que jusque-là, il n’a rien fait comme les autres. Inutile de dresser la liste de ses singularités : disons pour faire simple que Prince est, et restera, une star unique dans l’histoire de la musique. Nouvelle originalité cette année-là : il ne porte même plus de nom. Sur la pochette de ce nouveau CD, on ne trouve qu’un symbole. Heureusement, l’album, lui, en a un : The Gold Experience.
Et les avis sont presque unanimes : c’est l’un de ses meilleurs. Ce qui reste sidérant après une telle carrière. La source du génie n’est donc pas tarie. Chez lui, une règle semble s’imposer : ne jamais s’arrêter. Prince recrute toujours de nouveaux fans. Il suffit de voir les jeunes Parisiens qui font le pied de grue avenue Foch. Car oui, en 1995, cela fait déjà quelques années qu’il possède son appartement à Paris : 600 mètres carrés, rive droite, à deux pas de l’Arc de Triomphe. Avec un copain, on passe parfois en voiture la nuit pour s’arrêter sous ses fenêtres, juste pour voir s’il y avait de la lumière. Rien que le fait de savoir qu’il est là, ça nous fait notre soirée.
Mais ça ne suffit pas à ses fans, qui attendent surtout le moment où Prince va sortir pour se précipiter sur lui. Ce n’est pas vraiment ce qu’il préfère. Il finira d’ailleurs par se lasser et abandonner cet appartement, qui fut pourtant la base arrière de quelques-unes des nuits les plus folles qu’il ait offertes à Paris.
Car quand l’envie lui prend, Prince est capable de jouer n’importe où, et surtout n’importe quand. Aux Bains-Douches, par exemple, où on annonce un concert à deux heures du matin… et où il ne monte sur scène qu’à cinq heures. Le croirez-vous ? Le public est toujours là. Et il a bien fait : Prince jouera jusqu’à sept heures.
À Bruxelles aussi, il a fait le coup : Botanique, Mirano, Viagge… Mais à Paris, où il ne rate aucune Fashion Week, ces apparitions nocturnes font presque partie du décor. Et pendant que tout cela se passe, pendant que Paris dort ou veille pour lui, Prince continue d’écrire, d’enregistrer, d’empiler les chansons. Au milieu de tout ça, il en signe une qui, elle, va toucher tout le monde, sans détour. Une chanson simple, directe, évidente, qui rappelle que derrière la machine, le symbole et les nuits sans fin, il y a aussi chez Prince, la capacité à écrire, encore et toujours, des chansons qui parlent à tout le monde.
Et c’est ça, le plus rare et le plus fort qu’il y a avec lui. Même quand on pense l’avoir suffisamment suivi pour le connaître, Prince trouve encore le moyen de nous surprendre, avec la plus simple des évidences.Mon, 20 Apr 2026 - 1217 - Prince : L'insatiable qui a sacrifié le succès facile pour sa liberté
Dix ans après sa disparition brutale et inattendue, vous vous souvenez à quel point elle nous a cueillis ? On en est restés comme deux ronds de flan avec nos souvenirs. Parce qu’avec Prince, il n’y avait pas seulement les chansons, il y avait aussi tout ce qu’il représentait dans nos vies : une époque où les artistes publiaient un album par an, parfois davantage, et où cela nous semblait parfaitement normal.
Vos préférés alimentaient sans arrêt la pompe à nouveautés ! Aujourd’hui, quand un artiste vous annonce son nouvel album après quatre ans de silence comme s’il revenait du front. On se demande comment ils ont pu tenir ce rythme-là dans les années 80, et avant.
Et encore, chez Prince, un album par an, ce n’était déjà pas assez. En 1987, alors que son précédent hit tourne encore dans les juke-boxes, il a déjà enregistré de quoi sortir un triple album : deux avec The Revolution, un en solo. Prince travaille comme s’il y avait le feu à la boutique. Comme s’il savait qu’il n’aurait pas le temps. Et nous, on n’a même pas encore fini d’user le vinyle ou la bande de la cassette qu’il est déjà ailleurs.
Mais à la Warner, sa firme de disques, on commence à s'inquiéter. Après les succès très inégaux de ses derniers et multiples projets, elle freine des deux pieds. Et puis il y a de l’eau dans le gaz avec The Revolution. Il faut les comprendre aussi, ces musiciens qui jouent sur scène comme des dieux n’ont parfois même pas le droit d’enregistrer avec lui en studio. Car Prince veut tout faire, tout seul. Wendy et Lisa ont davantage de place, certes, mais cela ne suffit pas à éviter les tensions.
Et c’est fou quand on y pense, parce qu’en 1987, on n’est que deux ans après Purple Rain. Deux années après son triomphe absolu qui l’a, dit-on, hissé au niveau de Michael Jackson. Deux ans après l’Oscar pour la BO du film. Deux ans après le moment où Prince semblait avoir conquis la planète. On aurait pu croire que les jeux étaient faits. Qu’il allait faire tourner la machine à tubes le reste de la décennie. Et ben non.
Au moment même où le monde entier croit enfin avoir compris cet artiste bizarre, Prince brouille aussitôt les pistes avec les albums Around the World in a Day et Parade. Y a pas à dire, pour ceux qui croyaient reprendre là où il avait laissé l’histoire, à peine un an avant, il déroute complètement le grand public. Comme s’il nous lançait : “vous m’avez élu numéro un, d’accord, mais ne comptez pas sur moi pour changer quelque chose dans ma vie.”
Alors, ce 22 avril 2016, il y a dix ans, repensant à tout cela, j’ai ressorti le double album 1999, celui que j’avais acheté en 1982, et je me suis repassé ce titre que j’avais tant écouté, alors que tous ou presque ignoraient jusqu’à son nom. Et vous savez quoi ? Ça reste plutôt pas mal, comme on dit en 2026, et même plus.Mon, 20 Apr 2026 - 1216 - Prince : Le génie insaisissable qui a défié l'industrie pour rester libre
Dix ans aujourd’hui que Prince nous a quittés. Dix ans, et pourtant il suffit d’un riff de guitare, un cri, un falsetto, pour que tout revienne d’un coup : les années 80, les clips, les vestes pourpres à clous et épaulettes, les slows à rallonge, et ce type minuscule en haut talons et barbichette à la Don Diego De laVega qui semblait débarquer d’une autre planète.
Car au début, Prince, ce n’est pas la musique de tout le monde, avec un son nerveux, une rythmique lascive, déroutante, qu’on se passe sous le manteau, oui, je sais, j’exagère mais c’est pour vous situer. C’est vrai, pour savoir qu’il existe, il faut veiller tard devant Les Enfants du Rock, le samedi : Philippe Manœuvre en est marteau. Pour lui, Prince, c’est le nouveau James Brown. Enfin c’est bien plus que ça puisqu’il écrit, compose, arrange, produit, joue de tous les instruments, et sonne comme un groupe entier à lui tout seul.
À l’époque, on doit encore convaincre nos amis, camarades de cours, qu’ils passent à côté de quelque chose. Alors, on leur fait écouter Dirty Mind, Controversy, 1999. Chez nous, sur notre chaîne HiFi ou sur une cassette qu’on leur a enregistrée. Et non, il est pas chelou, il est juste en avance, mon vieux, c’est la musique de demain.
Et puis arrive 1984. Et là, c'est terminé. Avec Purple Rain, Prince cesse d’être une affaire de connaisseurs. Il entre chez tout le monde. Et même que ça vous fait tout drôle que l’épicier du coin ne jure plus que par lui. C’est limite comme s’il parlait d’un nouvel artiste alors que vous avez déjà cinq albums de Prince, dont un double, à la maison.
Et donc, au milieu des années 80 pourquoi plus personne ne trouve-t-il Prince, étrange ? Déjà il y a son look qui est passé du stade “extraterrestre avant-gardiste” à celui de “normal, j’ai un cousin qui s’habille et se coiffe pareil”. Car chez Prince depuis le début, on n’écoute pas seulement le disque, on le regarde. Lui, bien sûr, mais aussi The Revolution, le groupe spectaculaire attifé comme l’as de pique qu’il traîne derrière lui comme une cour baroque, avec notamment Wendy et Lisa. Car oui, la mode brushing de l’époque, genre, j’ai avalé un mortier de feux d’artifice, il n’y avait pas que Madonna, à l’arborrer.
Oui, Prince, c’est un pan entier de nos années 80, avec sa manière à lui, souvent crue, de mettre le désir en vitrine, de parler du corps, du plaisir, de liberté, et de critiquer le pouvoir aussi, dans l’Amérique de Reagan. Ce n’est pas un hasard si Michael Jackson sera reçu à la Maison Blanche, mais pas Prince. Lui restera toujours à côté du centre, là où c’est plus intéressant.
Et c’est sans doute pour ça qu’il nous fascine encore, 40 ans plus tard et dix ans, déjà, après sa brutale disparition : au moment même où Purple Rain le transforme en superstar, Prince refuse de devenir confortable. Il brouille les pistes, déroute son public, change de direction, quitte à perdre du monde en route, avant de le retrouver, quelques années plus tard, bien sûr. Mais imaginons que nous n’en sommes qu’au début de l’histoire, c’est tellement plus réjouissant, rassurant. Moi, j’ai un truc, je n’oublierai jamais la voix d’un certain Marc Moulin, sur l’unique radio jeunes, annonçant un artiste au nom totalement improbable, après Queen : Prince.Mon, 20 Apr 2026 - 1215 - 1987 : L’année où Vanessa Paradis a cassé les codes d'une pop devenue trop parfaite
Je me suis souvent demandé si les années 80 ne s’étaient pas terminées en 1987. Pas sur le calendrier, évidemment, il reste encore deux ans. Mais dans la sensation, l’air qu’on respire, la manière dont la musique sonne. C’est vra&i quand on regarde les gens, la manière dont ils se tiennent, on voit qu’il se passe quelque chose. Comme si la décennie avait déjà donné tout ce qu’elle pouvait.
C’est vrai qu’en 1987, tout est installé. Les clips tournent à la télé, la formule est éprouvée, les looks sont parfaitement maîtrisés, les synthés sont partout, les radios FM ont trouvé leur rythme, certaines sont passées du titre de libre, dont elles étaient fières, à “privées”.
La pop, elle, est devenue une mécanique très efficace. Comme à l’époque du disco, dix ans plus tôt, on sait comment fabriquer un tube pour toucher le public et comment le lancer. Il y a presque une routine du succès.
Et du coup, ben tout commence à se lisser un peu.
Les chansons sont propres, très produites, très calibrées. Les artistes arrivent déjà avec une image prête à l’emploi. Même la rébellion a l’air organisée, comme chez Metallica. Il ne reste d’ailleurs plus un seul groupe punk debout, de Police aux Clash en passant par les Sex Pistols. Bref, on sent que la surprise devient plus rare, que les choses rentrent dans des cases. La machine tourne bien, un peu trop bien, même.
Alors on retourne devant notre télé le week-end. Et si c’est vrai que Canal Plus a méchamment changé le ton du paysage audiovisuel, Michel Drucker est toujours là, à recevoir Johnny Hallyday, Guy Bedos ou Alain Souchon.
Mais au milieu de tous ces artistes, arrive une chanson française qui ne ressemble pas vraiment au reste. Celle d’une toute jeune fille, Vanessa Paradis, quatorze ans à peine. Pas vraiment dans la puissance, ni la démonstration mais une voix fragile, un peu flottante.
Et puis le texte. c’est pas une histoire d’amour classique, non, celle d’un chauffeur de taxi, qui connaît les nuits, les clubs, les coins un peu à part. Ça parle de Paris, mais façon Taxi Driver avec De Niro. Un Paris nocturne, métissé, avec des noms, des musiques, des allusions dont on n’a pas ref.
Derrière cette chanson, il y a des gens qui savent exactement ce qu’ils font. Des gars d’une autre génération, qui ont déjà écrit, déjà composé : Étienne Roda-Gil pour les paroles, Franck Langolff pour la musique. Il y a du rythme, des synthés, quelque chose de très 80. Mais il y a aussi autre chose : une certainenonchalance qui fait du bien. Le morceau passe partout. Radio, télé, boîtes, cours de récré. Au milieu de cette mécanique bien huilée du Top 50, s’immisce une jeune fille de quatorze ans, avec un titre qui parle d’un taxi de nuit. Et le monde s’arrête un instant.Fri, 17 Apr 2026 - 1214 - 1985 : Le pari fou derrière "One Night in Bangkok", le tube que personne n'attendait
1985, tout le monde descend ! Nous voilà déjà au milieu de la décennie. On n’a rien vu passer, et franchement, comment aurait-on pu à cette vitesse ? En cinq ans, on est passé de la variété, du rock et du disco, à la new wave, au funk, aux sons plus secs, plus nerveux, plus urbains, qu’on emporte partout grâce à ces fameux radio-cassettes qu’on fait tourner sur piles.
La musique pop, on ne l’écoute plus seulement dans sa chambre sur la chaîne hi-fi. Elle nous suit dehors à présent, elle est dans la rue, elle rythme les trajets, les week-ends, les vacances, les après-midis sur un muret. C’est sans doute pour ça que le rythme devient de plus en plus important. Et puis il y a la télé. On ne se contente plus d’écouter les chanteurs, on les regarde. Ils chantent, ils posent, ils jouent même un peu la comédie dans ces clips qui, en 1985, commencent d’ailleurs à tous se ressembler : coiffures étudiées, de préférence brushées, et les synthés bien propres, sans doute est-ce pour cela qu’on parle de nappes …
Et donc, en 1985, il faut imaginer la tête de l’animateur de radio libre qui reçoit un 45 Tours intitulé One Night in Bangkok, dont la musique est signée par Benny et Björn, autrement dit les deux mecs d’ABBA. A ce moment-là, ABBA, c’est une époque révolue. La preuve, ils avaient beau avoir dominé la planète dans les années 70 avec des chansons redoutables aux refrains en acier suédois, ils n’avaient pas survécu au début des années 80.
Et puis il y a la voix du chanteur, Murray Head.
Murray Head, c’est le mec qui a joué et chanté dans Jesus Christ Superstar, l’opéra rock du début des années 70. Avec sa chanson Say It Ain’t So, Joe, c’est le mec qui incarne un monde très sérieux, aux longs cheveux, l’époque où l’on écoute encore les chansons assis ou couché sur le plumard de sa chambre. Et il a joué avec Brigitte Bardot, Jean Rochefort et Annie Girardot, ce qui n’arrange rien.
Et donc, les deux mentors de Abba, et Tim Rice, LE parolier des plus grands Musicals, l’engagent pour interpréter une comédie musicale dont le thème est : les tournois internationaux d’échecs, les affrontements entre l’Est et l’Ouest durant la guerre froide. Oui, sur le papier, c’est pas avec ça qu’on va remplir la salle.
Sauf qu’avant même que le spectacle existe vraiment dans la tête du grand public, un morceau se détache. Elle nous projette à Bangkok, pendant un tournoi avec un joueur d’échecs, snob et blasé, qui débarque dans cette ville connue pour ses nuits, sa chaleur, ses pièges, et qui regarde tout ça avec l’ironie du type persuadé d’être plus intelligent que l’endroit où il met les pieds.
Et là, heureusement, Benny et Björn ne refont pas ABBA. Ils savent qu’on est en 1985. Ils utilisent leur science du refrain, bien sûr, mais la mettent au service de quelque chose de plus moderne. Murray Head ne chante pas tout de suite : il raconte. Et puis le refrain arrive, et là, on a le tube. Comme quoi, avec la pop music, il ne faut jamais se moquer d’une idée de départ absurde parce que c’est précisément là où le tube peut se cacher. Quand on pense que ce truc est sorti l’année du Live Aid …Thu, 16 Apr 2026 - 1213 - 1984 : L’année où la chanson française (Rita Mitsouko, Indochine) a enfin fait sa révolution
Je me souviens, au début des années 80, quand débutait le générique de l’émission Champs Elysées, on avait l’impression que Paris n’avait pas capté ce qui se passait en Angleterre et aux Etats-Unis. Que la variété française avait loupé le train de la New Wave, du funk, du rock FM, toutes ces musiques qui nous enthousiasmaient en Belgique.
Et puis soudain, en 1984, pour reprendre une expression de l’époque, on dirait que le franc (français bien sûr) est enfin tombé. Est-ce grâce aux nouvelles radios libres et privées, allez savoir mais ça y est, un vent nouveau souffle sur la chanson française. Oh le feu couve depuis deux-trois ans, comme toujours dans ce cas-là, mais il faut que l’eau boue pour que le couvercle tombe.
1984, c’est bien sûr la confirmation des stars montantes Jean-Jacques Goldman … et Etienne Daho … mais surtout de l’ascension d’Indochine qui tourne partout, surfant sur son premier tube …
Du rythme hypnotique et des images appelant au grand large d’Axel Bauer, ou de Charlélie Couture qui nous a bien fasciné quelques mois plus tôt en signant la musique de ce film fascinant qu’est Tchao Pantin.
Là, c’est clair, plus de doute, la chanson française commence à comprendre qu’on peut être populaire sans s’excuser. Est-ce l’influence de Michel Polnareff, l’ancien entre guillemets qui a le mieux compris ce que sont les années 80 et pour cause, il habite Los Angeles ? Ou encore de Serge Gainsbourg qui va aussi trouver ses rythmes ailleurs qu’en France ? Allez savoir.
En tout cas, la chanson française sort de la salle à manger où trône la télévision avec ses émissions de Guy Lux et des Carpentier pour passer dans la rue. Oui, à Paris aussi, quelque chose a bougé. Ce n’est plus seulement le Paris des chanteurs à texte, qui se pointent bien coiffés et dégagés autour des oreilles sur les plateaux télé. C’est le Paris des Bains-Douches, du Palace, du Gibus, du Rose Bonbon, des nuits où se croisent la mode, la danse, le théâtre, les garçons trop maquillés, les filles très libres, les gens qui veulent faire de la musique mais aussi du style, du bruit, de l’image, de la vie, quoi ! Un Paris qui sent autant la laque que la moquette, la fumée et la sueur.
Pas étonnant qu’on ait finalement eu droit à ça … Car les Rita Mitsouko, quel nom étrange, mais qui pour s’en étonner en 1984, ne sortent pas du tout du même vivier que les vedettes de variétés. Catherine Ringer a fait du théâtre musical, de la danse, des spectacles expérimentaux ; Fred Chichin vient d’un univers plus rock, plus contre-culture. Ils se sont rencontrés à la fin des années 70, et se sont reconnus tout de suite dans les squats parisiens : un même goût pour ce qui déborde, ce qui ne rentre pas dans les cases. Ils commencent à jouer ensemble au tournant de 1980, notamment au Gibus, qu’on voit dans tchao pantin, tiens, et ils ne ressemblent à personne.Wed, 15 Apr 2026 - 1212 - 1983 : Le secret de l’année miracle qui domine encore nos playlists
On a tous une année de notre jeunesse qui reste ancrée en nous. Et qui est bercée, bien évidemment, par de nombreuses chansons. Tellement qu’on a du mal à discerner si ce sont des événements de notre vie qui sont marqués par des musiques ou bien le contraire. Vous voyez de quoi je parle ?
Tenez, si on me posait la question, c’est sans hésitation : 1983. L’année de mes 20 ans, c’est bien plus tard que le classique été de nos 15 ans mais sans doute est-ce la production musicale hors norme qui en est la cause.
Car oui, 1983, c’est au moins une centaine de hits sur les 200, 250 qui ont circulé cette année-là, qui sont encore, plus de 40 ans après, connus de tous y compris de ceux nés la décennie suivante, voire dans les années 2000.
C’est l’année du Thriller de Michael Jackson avec son train de 45 Tours hallucinants, le triomphe fulgurant de nouveaux groupes comme Culture Club, Eurythmics, Tears for Fears, Spandau Ballet, et celui plus inattendu d’anciens comme David Bowie, Mike Oldfield, ZZ Top, Yes et Lionel Richie.
C’est vrai que sous une telle averse, on ne se rendait pas compte que ces nouveaux titres qu’on découvrait à la télé ou sur la bande FM, on allait les écouter à une cadence toujours aussi soutenue 40 ans après. Comment aurait-on pu imaginer ça ? Qui écoutait des chansons des 40 en 1983 ? Et puis, cela serait revenu à dire que ce qui allait sortir par après ne serait plus aussi fort, du moins en de telles quantités. Vraiment, ce n’est pas pour rien que, où qu’on aille en Europe, la musique des années 80 soit toujours aussi présente partout.
Oui, 1983 est une année miraculeuse. Tenez, par exemple, le Greg Kihn Band, ça vous dit quelque chose ? C’est typiquement le groupe dont plus personne ne sait rien alors qu’en 1983, tout le monde a entendu ceci : …
Et ben, je vais vous dire, ce n’est pas du tout un groupe sorti de nulle part. Greg Kihn, c’est un garçon de Baltimore qui s’installe à San Francisco au milieu des années 70 et monte un groupe qui va faire ce que font des centaines de groupes américains sérieux : tourner, enregistrer, sortir des albums, passer sur les radios FM locales, construire petit à petit un public fidèle.
Et pendant des années, le Greg Kihn Band, c’est ça : un bon groupe. Ils sortent disque sur disque sur un label indépendant californien, et finissent même par décrocher un premier succès local en 1981 (The breakup song).
Et deux ans plus tard, ils tombent enfin sur la bonne chanson au bon moment. C’est du rock qu’on appelle FM, mais surtout, il arrive avec MTV. Le clip, ce mariage bizarre et un peu absurde, aide en effet énormément.
Résultat : Jeopardy monte jusqu’à la 2e place aux États-Unis, son accès à la première place du podium, le tant convoité N°1 du Billboard est en effet bloqué par le légendaire Beat It de Michael Jackson. Pas mal pour un groupe qu’on n’avait jamais vraiment invité à la table des grands.
Mais on était en 1983, personne pour s’étonner d’un tube tardif, le jackpot d’un groupe de musiciens qui avaient jusque-là bien appris toutes leurs leçons et fait tous leurs devoirs. La preuve : il résonne encore en 2026 avec une fraîcheur étonnanteTue, 14 Apr 2026 - 1211 - Joan Jett : La revanche d’une rebelle et le secret de «I Love Rock ’n’ Roll»
On a tous une image qui nous vient en tête quand on parle des années 80. C’est vrai. Il faut dire que cette décennie n’a manqué ni d’excès, ni de clichés. Le brushing de Bonnie Tyler et des Duran Duran, les fringues de Prince et de Madonna, les biceps de Stallone et Schwarzie, et les synthés de Human League et Soft Cell.
Ainsi en avril 1982, le premier et énorme tube de ces derniers vaut à la New Wave d’occuper toute la place au point de résumer ce très large mouvement à cet unique instrument qu’est le synthétiseur. Et le nouveau média qu’est le vidéoclip impose leur image proprette avec jolies filles et mecs sexy à la pose bien étudiée.
Alors qui est cette fille qui débarque de nulle part avec un morceau dont le riff de guitare coupe comme une tronçonneuse de bûcheron canadien ? C’est vrai, Joan Jett, avec son look de rockeuse, sa voix râpeuse et son accent sale, n’a rien du stéréotype féminin du moment. En regardant son vidéoclip, le message est clair : elle ne cherche pas à plaire, ni tout simplement, à paraître.
Ainsi dans le métier, personne n’a voulu d’elle. Car, et ça va étonner tout le monde, elle ne déboule pas de nulle part avec son hymne. Et oui, à 23 ans, cette New Yorkaise a déjà bien roulé sa bosse de rockeuse : au cours des années 70, elle faisait en effet partie d’un groupe hard rock 100% fille nommé les Runaways.
Les Runaways, c’est plus des pochettes de 33 Tours, qui traînaient dans les bacs des disquaires que des disques qu’on a écouté. Il est vrai que le visuel laissait présager le produit préfabriqué, si vous voyez ce que je veux dire. Joan n’avait que 17 ans quand le premier album des Runaways est sorti, le groupe n’a pas fait long feu, on ne les a pas vraiment prises au sérieux. Un groupe rock 100% féminin, ça ne pouvait pas exister, c’est un truc de mecs.
Un groupe masculin avec une chanteuse, comme Blondie, avec une Debbie Harry, belle à hurler, et quelques tubes par album, oui, ça, les firmes de disques en veulent bien.
Alors, quand les Runaways disparaissent en 1979 et que Joan Jett, la guitariste chanteuse, trouve un gars qui croit en elle pour la produire, et ben, ils restent tous les deux avec leurs bandes de studio sur les bras. 23 refus, vous le croyez, ça. Nous sommes alors en 1981, Kenny Laguna, c’est son nom, même si vous ne le retenez pas, qu’il soit cité, il le mérite, car sans lui, vous n’auriez jamais entendu I love rock’n’roll, et ben, il ne se démonte pas, le gars. Puisqu’ils ne veulent pas de notre disque, on va créer notre label et le vendre nous-mêmes après les concerts. Car il y a quand même des gars pour embaucher l’ancienne Runaways, heureusement.
Alors, à force de jouer et convaincre, une maison de distribution offre de placer le disque partout et d’aller frapper à la porte de la toute jeune chaîne de télé MTV avec un clip en noir et blanc. Le public, c’est-à-dire nous, allons découvrir cette fille de cuir traversant une rue américaine qui n’a rien de glamour, et on va la suivre dans un bar à vieux néons qui appartient encore à la décennie précédente. C’est sale, brut, punk, on les avait presque déjà oubliés. Joan Jett a les traits durs d’une fille qui a déjà dormi dans un van et cassé des cordes de guitare. Elle n’a pas attendu qu’on lui ouvre la porte, elle a apporté la sienne et on la suit toujours aussi volontiers quatre décennies plus tard à chaque fois que la chanson démarre, comme ceci.Mon, 13 Apr 2026 - 1210 - Kate Bush: La voix des fantômes et le secret de « Babooshka »
Dès ses premières compositions d'adolescente, Kate Bush se distingue par une maturité et une approche artistique singulières : elle ne se contente pas de tenir un journal intime en musique, mais écrit ses chansons comme si elle se glissait littéralement dans la peau de personnages. Son univers est peuplé de voix, de silhouettes et d'êtres qui semblent parler à travers elle, une caractéristique qui puise ses racines dans la maison familiale où les livres et la poésie comptaient autant que la musique. Imprégnée d'une vieille culture britannique faite de fantômes et de récits gothiques, et peut-être influencée par le goût de sa mère irlandaise pour les histoires et le mystère, elle ne se contente pas d'être une lectrice d'Emily Brontë. Pour son premier succès mondial, elle choisit de chanter depuis l'intérieur des pages des Hauts de Hurlevent, incarnant totalement l'héroïne.
Cette capacité à créer des fictions sonores théâtrales et incarnées explique pourquoi Kate Bush continue de toucher les adolescents de toutes les générations : elle sait donner une forme aux émotions qui les dépassent. Son audace l'amène à traiter des thèmes d'une grande complexité, bien loin des préoccupations habituelles de la jeunesse. C'est le cas du titre « Babooshka », où elle se met dans la peau d'une femme mûre testant la fidélité de son mari par une lettre anonyme. Par son interprétation fulgurante et son sens du jeu, elle apporte à ces récits de vie intenses une jeunesse insolente qui a définitivement marqué l'histoire de la pop.Fri, 10 Apr 2026 - 1209 - Kate Bush: Son incroyable métamorphose dans l'ombre avant l'éruption pop
À 16 ans, Kate Bush possède déjà une voix et un univers singulier, peuplé d'ombres et d'émotions, mais il lui manque encore la méthode pour faire entrer ses créations dans la vie du public. Contrairement aux pratiques habituelles de l'industrie musicale des années 70, qui cherche à vendre rapidement des visages et des silhouettes, la maison de disques EMI prend une décision déterminante pour sa carrière : comprendre la rareté de son talent et refuser de se précipiter. Au lieu de l'envoyer immédiatement en studio ou devant un objectif au risque de "l'abîmer", le label choisit de financer son attente.
Cette période de retrait, loin d'être une frustration, devient pour la jeune fille un véritable chantier de création monacal. Entre son piano familial et sa grange dans le Kent, elle continue d'accumuler des chansons, mais elle réalise surtout qu'une œuvre ne doit pas seulement être chantée, elle doit être habitée. C'est là qu'intervient une rencontre fondamentale avec Lindsay Kemp, danseur et chorégraphe de renom ayant notamment travaillé avec David Bowie.
Sous la direction de ce maître du mouvement et du théâtre, Kate Bush apprend que le corps raconte autant que les mots. Elle consacre alors ses journées à un entraînement rigoureux — la danse le matin, le mouvement l'après-midi et le piano le soir — pour se fabriquer un langage complet. Grâce à ce travail intensif dans l'ombre, elle ne surgira pas sur la scène pop comme une simple chanteuse prometteuse, mais comme une artiste totale, possédant une grâce et une manière d'apparaître absolument inédites.Thu, 09 Apr 2026 - 1208 - Kate Bush: Le pari fou de David Gilmour pour lancer une icône
Dans les années 70, la famille Bush utilise un enregistreur deux pistes pour capturer les créations de la jeune Cathy, qui possède déjà un répertoire impressionnant de 50 chansons originales à seulement 13 ans. Convaincu de son talent, un ami de la famille, Ricky Hopper, tente de faire écouter ces bandes aux professionnels, mais se heurte à l'incompréhension des labels. À l'époque, l'univers de l'adolescente est jugé trop singulier par rapport aux standards de David Bowie ou des Jackson 5, et le fait qu'une jeune fille écrive ses propres textes est perçu comme une totale nouveauté par l'industrie.
Le destin de l'artiste bascule lorsque Ricky Hopper sollicite son ami David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd. En plein enregistrement de The Dark Side of the Moon, Gilmour prend le temps d'écouter la jeune fille et comprend immédiatement que le problème réside dans la qualité technique des micros familiaux et non dans la composition. Sur ses propres deniers, il organise une session professionnelle au Air Studio pour permettre à Kate, alors âgée de 15 ans, d'enregistrer une bande de qualité.
Malgré cette première tentative, le succès n'est pas immédiat. Persévérant, David Gilmour « remet le couvert » deux ans plus tard, après sa tournée mondiale, en entourant Kate des meilleurs ingénieurs du son, venus de l'école des Beatles et d'Alan Parsons. Cette fois, à 17 ans, la maturité de l'artiste est telle que le patron d'EMI finit par la signer. Les titres enregistrés lors de cette session se retrouveront sur son premier album trois ans plus tard, dont un morceau qui se vendra à un million d'exemplaires rien qu'en Grande-Bretagne, confirmant l'intuition géniale du guitariste de Pink Floyd.Wed, 08 Apr 2026 - 1207 - Kate Bush: La prodige de 13 ans qui a subjugué le guitariste de Pink Floyd
Contrairement à la plupart des grands créateurs qui passent leur adolescence à imiter leurs influences, Kate Bush a fait de sa jeunesse un véritable « atelier intérieur ». Dès l’âge de 11 ans, elle commence à chanter et à s’approprier le piano, mais ce qui frappe le plus, c’est la maturité immédiate de ses écrits. À seulement 13 ans, elle compose déjà des chansons qui ne sont en rien des brouillons scolaires ou des textes « mignons » inspirés par la radio de l’époque,. Elle explore des thèmes ambigus et complexes, bien trop adultes pour une jeune fille de son âge.
L'un des exemples les plus frappants est la chanson « The Man with the Child in His Eyes », écrite alors qu'elle n'avait que 13 ans. Elle y raconte l'histoire d'un homme mystérieux présent dans sa chambre, que personne d'autre ne voit, mais à qui elle confie tout son amour en secret. La qualité inédite de cette composition, de sa voix et de son interprétation a littéralement subjugué David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd, alors au sommet de sa carrière avec The Dark Side of the Moon. Ce titre est d'autant plus exceptionnel qu'il fut enregistré par Kate à seulement 16 ans et qu'il réussit l'exploit de devenir son deuxième tube mondial, succédant au phénomène « Wuthering Heights ». Même un demi-siècle plus tard, la force artistique d'une telle précocité continue de paraître presque impossible.Tue, 07 Apr 2026 - 1206 - East Wickham Farm: le secret des murs de 400 ans qui ont forgé la légende de Kate Bush
Si Kate Bush continue de fasciner les nouvelles générations au XXIe siècle, ce n'est pas seulement le fruit du hasard ou d'une utilisation de ses titres dans des séries télévisées ; c'est avant tout parce que sa musique parle à l'âme profonde de la jeunesse. Pour comprendre comment cette jeune fille de 19 ans a pu imposer un univers aussi mature et décalé en pleine période disco et punk, il faut remonter à ses origines dans la banlieue londonienne, à East Wickham Farm. Cette ferme du XVIIe siècle, acquise par son père médecin, offrait avec ses murs vieux de 400 ans et ses colombages un cadre idéal pour l'éclosion d'un imaginaire digne des romans gothiques anglais.
Le parcours de Catherine est indissociable d'une atmosphère familiale exceptionnelle. Contrairement à de nombreux foyers où l'on cherche à « redresser » un enfant trop original, la famille Bush a laissé à la jeune fille la permission rare d'être singulière sans jamais chercher à la corriger. Autodidacte au piano dès l'âge de 11 ans, elle jouait également de l'orgue dans une grange derrière la maison, un lieu où elle voyait sans doute des êtres étranges.
Cet environnement, où le monde invisible circulait librement, a permis à l'adolescente d'écrire, dès l'âge de 13 ans, des chansons peuplées d'ombres et de personnages oniriques. Son univers n'a pas été conçu pour satisfaire l'industrie musicale, mais est né naturellement d'un lieu où l'imaginaire était déjà omniprésent. Il n'est donc pas étonnant que sa famille l'ait d'abord surnommée « Cathy », en référence à l'héroïne des Hauts de Hurlevant, avant que le monde entier ne la découvre sous le nom de Kate Bush.Mon, 06 Apr 2026 - 1205 - «Love Me Tender» : le pari d’un producteur & Elvis à Holywood
C’est au printemps 1956 qu’Elvis Presley devient célèbre à travers toute l’Amérique. Il vend des disques, les adolescentes s’emballent, mais du côté des adultes, et surtout des décideurs, on regarde tout cela avec une certaine distance, avec suspicion, comme si ce succès n’allait pas durer au-delà de l’été.
À Hollywood, particulièrement. Ainsi du grand producteur, Hal Wallis, qui a déjà derrière lui des classiques comme Casablanca. Il en a vu défiler des talents, des vrais, des faux, et tous ceux qui se situent quelque part entre les deux. Et donc, lorsqu’on lui propose de rencontrer Elvis Presley, il accepte, simplement pour voir de ses propres yeux ce phénomène dont tout le monde parle.
Elvis arrive pour un essai caméra avec ses vingt et un ans, son costume impeccable, sa coiffure déjà reconnaissable, mais aussi avec cette manière un peu maladroite d’être là. Dès qu’il parle, son accent du Sud tranche avec celui des acteurs avec qui Wallis a l’habitude de travailler.
Alors on lui donne un texte. Elvis le lit avec application, il essaie de jouer, de se tenir comme on l’attend d’un acteur, mais tout cela reste un peu fragile. Ce n’est pas que c’est mauvais, hein, c’est pas ridicule, mais à la fin du bout d’essai, pour Wallis, Elvis Presley n’est pas un acteur.
Toutefois, il ne ferme pas complètement la porte, car derrière l’absence de métier, il a perçu quelque chose de plus difficile à définir, une présence peu commune, une manière d’occuper l’espace qui n’est pas encore maîtrisée mais qui ne passe pas inaperçue.
Il compte donc laisser le temps faire son travail, mais voilà, le temps joue en faveur d’Elvis dont la notoriété ne cesse de grandir, notamment grâce à la télévision où chacune de ses apparitions déclenche des réactions de plus en plus fortes, au point que ce garçon que certains prenaient pour une curiosité devient progressivement un sujet qu’on ne peut plus ignorer, même à Hollywood.
Lorsque son nom revient sur la table, quelques semaines plus tard, le contexte a changé, et Wallis, qui n’est pas homme à passer à côté d’un phénomène qui s’installe, décide cette fois de tenter l’expérience en encadrant les choses, en ne lui donnant pas immédiatement un rôle écrasant, mais en l’intégrant dans un projet qui permettra de tester sa présence à l’écran.
Ça va tâtonner au départ parmi les scénarios proposés, Elvis demande un rôle à texte, un personnage sombre, il veut qu’à l’écran, on le prenne au sérieux. Mais son manager n’est là que pour vendre du disque, alors, pour qu’Elvis joue, il faut qu’il chante, c’est ça que le public attend.
Ce film s’appelle Love Me Tender, et il marque le début d’une carrière que personne, à cet instant précis, n’est encore capable de mesurer, pas même Elvis qui rêve de devenir un nouveau James Dean. Il va juste être Elvis Presley, le chanteur d’exception, celui par qui tout est arrivé et qui pouvait tout chanter. Même avec des interprètes nés trop tard pour rêver d’un duo avec lui. Car qui n’aurait pas voulu chanter avec Elvis ?Fri, 03 Apr 2026 - 1204 - Las Vegas, le premier échec d'Elvis Presley, le king
A la sortie du premier album d’Elvis Presley, son manager Tom Parker a réussi un joli coup en le plaçant à Las Vegas pendant un mois et pour une belle somme d’argent. Le voilà qui débarque, 21 ans tout juste, au New Frontier Hotel avec sa guitare. Impressionnant en effet, cette reproduction de lui en version 4 mètres de haut. Même en noir et blanc, ça le fait.
Mais bon, malgré que son single soit un tube, le contrat ayant été conclu en dernière minute, Elvis n’est pas en tête d’affiche, il a beau être annoncé comme The Atomic Powered Singer, les gens sont venus dîner en écoutant l’humoriste Shecky Greene et la musique de l’orchestre de variétés de Freddy Martin. C’est une salle de mille places mais avec des tables, nappes blanches, verres qui brillent, et autour des couples endimanchés. Et donc, pendant que Elvis chante, se contorsionne, les conversations continuent, les fourchettes et les couteaux font tinter les assiettes, un type demande du pain, un autre du pinard.
Ah le jeune homme a fini sa chanson, alors on l’applaudit, sans plus, et encore, pas tout le monde. Revenus en coulisses, aucun des musiciens ne pipe un mot, surtout devant Elvis. Voilà qui est radicalement différent du public de jeunes filles auquel ils sont habitués, celui qui vient hurler sur le devant de la scène. Si c’est comme ça tout à l’heure, car oui, il va falloir y aller deux fois par soir, pendant un mois : ça va être long.
Et de fait, c’est rebelote ! Les gens sont polis mais ils n’en ont rien à battre d’Elvis Presley. Alors voulant rattraper le coup le lendemain, il écoute les conseils de tous les vieux de la vieille qui savent y faire avec le public des casinos : il ralentit le rythme et surtout bouge moins, parle davantage par contre, tente une blague, une imitation. Il essaie de rentrer dans le moule de Vegas. Mais on ne demande pas à un moteur de course de tourner au ralenti. Au bout de quelques jours, le découragement s’installe.
Entre deux shows, on le retrouve à la piscine de l’hôtel avec ses musiciens. Allongé, discret. Les clients passent à côté de lui sans le reconnaître. Le soir, ils vont manger pendant qu’il chante pour occulter le silence qui règne sur les tables entre les vieux mariés.
Et pourtant, pendant ce temps-là, Heartbreak Hotel est numéro un. Elvis a fait un saut jusqu'à Hollywood pour signer un contrat mirobolant avec la Paramount, bref l’Amérique commence à basculer. Mais pas ici. Elvis quitte Vegas début mai, avec deux semaines d’avance sur le contrat.
Faut-il y voir la raison pour laquelle on va désormais avoir droit à un Elvis déchaîné devant les caméras de télévision, choquant l’Amérique des parents, du moins une bonne partie, occupant tous les sujets de conversation : a-t-on déjà vu un type aussi animal, dégradant, avec sa musique de sauvages ?
En tout cas, il ne s’en laisse pas compter quand, de retour à Memphis, il retrouve ses admiratrices. Un GI vient ainsi l’apostropher dans la rue alors qu’il se trouve dans sa voiture, il frappe la carrosserie des deux poings, exhibant ses biceps et hurlant, alors Elvis, il paraît que tu te tapes ma copine ? Elvis baisse la vitre de sa voiture laissant apparaître le canon d’un revolver. Retraite rapide de l’agresseur mais dépôt de plainte. Voilà Elvis devant le juge qui, se tournant devant le plaignant, blâme le GI de n’être pas capable de faire la différence entre une arme et un jouet. Non lieu. Fin de l’histoire.Thu, 02 Apr 2026 - 1203 - Qui était Elvis Presley avant de devenir une légende ?
Septante ans, jour pour jour, après la sortie du premier single américain d’Elvis Presley, on mesure le temps, l’abîme qui nous sépare des grands débuts du rock’n’roll. Des grands débuts qui n’étaient pourtant pas ceux d’Elvis qui a bien sûr eu une vie avant, et pas seulement privée, je vous raconte.
Déjà, il est né une vingtaine d’années plus tôt, en 1935, dans la campagne du fleuve Mississippi alors frappée par la grande récession. Elvis ne vient pas seul au monde d’ailleurs, il a un frère jumeau, Jesse, qui malheureusement meurt quelques heures plus tard.
Qui pour dire que l’enfant de cette famille pauvre va rendre le nom de la ville de Tupelo célèbre dans le monde entier pour les décennies à venir ? Car c’est là qu’il apprend le chant dans la chorale du temple de l’église pentecôtiste ; Elvis est bercé par le gospel et la country, à cheval sur les deux communautés du sud des Etats-Unis.
Les choses sérieuses commencent pour lui en 1948 quand il déménage avec ses parents vers Memphis. Le père travaille à l’usine, désormais, on ne se contente plus de survivre mais de vivre, tout simplement.
Cinq ans plus tard, Elvis a dix-huit ans. Dans la grande école qu'il fréquente, il a remporté le concours du Nouveau talent en chantant seul avec sa guitare. Chanter est depuis toujours une seconde nature pour Elvis. Même si son rêve est de faire du cinéma. Ayant réussi brillamment ses études, Elvis voudrait aller à l'université mais il doit y renoncer. Ses parents n'en ont pas les moyens. Aussi décide-t-il de travailler comme routier.
Mais le 27 juillet 1954, le voilà qui débarque dans les bureaux d’un journal local pour y donner sa première interview en tant que chanteur professionnel. Oh ne nous emballons pas, il est venu sur le temps de midi pendant sa pause chez Crown Electric. Il a en effet enregistré un premier single chez Sun Records, la firme de disques locale, alors il s’entretient avec un journaliste qui se souviendra surtout de sa politesse, de ses “oui, monsieur” et de sa timidité.
On tire un portrait de lui, Elvis a enfilé un beau costume et porte le nœud papillon du garçon bien comme il faut, seul son regard traduit le feu intérieur qui va bientôt enflammer le monde. Mais de nouveau, qui pour le savoir dans le bureau de ce journal, sur les rives du Mississippi. L’article paraîtra dix jours plus tard, alors que le disque passe régulièrement sur la radio de Memphis, suscitant déjà des premiers émois. Au fil des galas le week-end, de ville en ville, la voix d’Elvis prend de l’assurance pour, en ce printemps 1956, passer la vitesse supérieure, à l’échelle d’un pays grand comme un continent. Car ça y est, cette fois, on entend la voix à la radio et on voit le déhanchement d’Elvis Presley à la télé, d’un océan à l’autre.Wed, 01 Apr 2026 - 1202 - 1956 : Elvis, la première onde de choc
Que ce soient les Beatles, les Rolling Stones, un président des Etats-Unis, premier ministre britannique, ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient quand ils ont entendu à la radio pour la première fois, Elvis Presley. C’était il y a 70 ans, déjà, Elvis avait 20 ans, eux, 13, 14, 15 et le monde ne serait plus jamais pareil car personne avant lui, n’avait livré une chanson comme celle-là.
Il n’y a ni violons, ni choristes, le chanteur n’articule pas très bien, il y a un tas de mots que les jeunes Anglais ne comprennent pas MAIS ça sonne ! Même les silences dans ce morceau dépouillé et bluesy, sonne ! Et instantanément, le premier 45 Tours national d’Elvis et puis le premier album font un malheur en le hissant au niveau de Frank Sinatra, Elvis sera bien vite le roi de la place.
Et pourtant, n’allez pas croire qu’en coulisses, les patrons de sa toute nouvelle maison de disques, RCA, et Tom Parker, son manager, sont surpris de ce qui arrive. Ce qui se passe n’est pas inédit pour eux car il a déjà eu lieu.
En effet, en ce mois de mars 1956, Elvis n’est pas un inconnu dans le sud des Etats-Unis. Son premier tube local remonte à 1954 et l’année suivante, on en est déjà aux premiers incidents. Car c’est là, sur scène, qu’il se passe quelque chose avec le public, des filles principalement, qui entrent en transe en le voyant onduler sur scène. Ça devient d’ailleurs inquiétant, non ?
Mais pas pour Elvis, tout juste vingt ans, qui le soir du 13 mais 1955, joue à Jacksonville, en Floride. Après avoir électrisé une bonne partie des 14.000 spectateurs, il les quitte en disant : les filles, je vous attends au vestiaire. Et là, un vaste bourdonnement, obsédant se fait entendre, juste avant la ruée vers la scène et tout ce qui se trouve autour. Tout est submergé !
Elvis, comprenant la menace, déguerpit mais la marée humaine roule plus vite que lui. Dans la course, des ongles, des doigts tentent de le saisir, la police intervient, le libère et l’enferme dans le sous-sol d’un immeuble où Parker et l’organisateur font les comptes.
La chemise en lambeaux, sans chaussures, ni chaussettes, Elvis arbore un torse nu et griffé. Ses traits trahissent l’effroi suite à ce déchaînement de passion violente, une frayeur d’autant plus justifiée que la foule en furie est à présent dans le bâtiment, il y a des fenêtres ouvertes, à cause de la chaleur. Et on entend des cris, Elvis !, Elvis !, du brouhaha, des portes qui claquent, des meubles qui tombent, ils sont des centaines à être entrés et à chercher leur nouvelle idole, qui les as invités, il faut le rappeler.
Alors oui, ils savent tous ce qui va se passer, à la radio quand les filles vont l’entendre, à la télé quand elles vont le voir onduler lascivement derrière son micro. Une nouvelle époque vient de commencer.Tue, 31 Mar 2026 - 1201 - 1956 : le premier album d'Elvis fait basculer le monde
C’était un 23 mars 1956, que sortait le premier album d’Elvis Presley. Un portrait en noir et blanc en plein mouvement avec sa guitare, chantant sur scène, son prénom en grandes lettres roses verticales sur la gauche et son nom en vert au bas d’une pochette de 30 cm, l’image va devenir d’autant plus iconique qu’il s’agit du premier album à être N°1 et à franchir la barre du million d’exemplaires.
Il a été précédé de quelques jours par un 45 Tours intitulé Heartbreak Hotel qui ne figure pas sur l’album, comme on le fait à l’époque. Et les deux disques vont s’épauler dans leur course folle au sommet des classements et des rayons des disquaires.
70 ans, vous vous rendez compte, que débarquait un homme d’un nouveau genre, le rocker, qui interprétait de manière survoltée, incarnée, la musique que jouaient déjà des Bill Halley ou Chuck Berry. Et cette félinité qui est alors du jamais vu dans l’attitude d’un chanteur va provoquer une véritable déflagration au point de créer un nouveau monde : celui des adolescents.
Vrai, une véritable folie s’empare des enfants d’Amérique lorsqu’Elvis apparaît à la télévision ou passe à la radio. Et que dire de ses prestations sur scène. On leur avait appris à être sages, à bien se tenir en société et les voilà qui s’agitent et hurlent. Mais quelle horreur ! Ce type est un démon, un moins que rien !
La rupture est consommée, les jeunes et leurs parents ne se comprennent plus. Les filles sont folles d’Elvis, les garçons veulent l’imiter. De Los Angeles à Paris, en passant par Liverpool et Londres, ils sont des milliers à monter leur groupe de rock ou à l’imiter sur la scène d’un cinéma, une guitare à la main, avant le grand film.
Paul McCartney, Johnny Hallyday, Michael Jackson, Freddie Mercury, Bruce Springsteen, Bono de U2, ils ont tous chopé le virus à cause d’Elvis, et ça a commencé avec ce premier et incroyable album, paru en mars 56, c’était il y a une éternité, et pourtant c’était comme si c’était hier. Car on est bien d’accord, tout ce qui s’est passé après, de la folie de la Beatlemania aux hordes chantantes des fans d’Oasis, n’est que la conséquence de l’apparition de cette tornade faite homme.
John Lennon, lui-même, a dit : Avant Elvis, il n’y avait rien. Et ça reste vrai. Même s’il n’a rien inventé, n’a été qu’un interprète et a connu une fin de carrière très discutable, sans Elvis, véritable bombe lâchée au milieu des bien pensantes et proprettes années 50, la musique que nous écoutons aujourd’hui ne serait vraiment pas pareille.
Alors remettons-nous dans l’esprit de ces années 50, vous le voyez l’électrophone familial au milieu d’un modeste salon ? C’est celui des Dwight, en banlieue londonienne. Ils adorent la musique, le père, c’est le jazz, la maman, tout ce qui sort, c’est pour ça qu’elle a acheté ce disque dont tout le monde parle. Et voilà qu’elle pose l’aiguille sur le sillon avec, se tenant derrière elle, son garçon de neuf ans qui ne va pas en perdre une miette. Dans quelques secondes, la vie du petit Reginald, futur Elton John, va basculer.Mon, 30 Mar 2026 - 1200 - Madonna: 1981, le pacte de la dernière chance
En janvier 81, seule dans son appartement sordide et gelé, Madonna a failli rendre son tablier au Dieu de la réussite mais la visite inopinée de son ami et musicien Gary l’a un peu requinquée. Elle part vivre avec lui et un troisième gars dans une coloc d’une seule pièce située dans l’immeuble où ils louent leur local de répète. Gary ayant obtenu du Max Kansas City la possibilité d’y jouer un soir, c’est l’objectif de la dernière chance pour leur groupe.
Madonna ne vit que plus que pour ça, pose pour un artiste afin de gagner le strict minimum, vit d’expédients et surtout, elle met tout en œuvre pour attirer l’attention d’une certaine Camille Barbone qui, avec son associé, possède un studio d’enregistrement dans le même building.
Car Madonna sait que Camille a une ambition : être la manager du plus grand artiste de la planète. Alors, profitant de se retrouver avec elle dans l’ascenseur, elle se fait bien remarquer, engage la conversation et l’invite à venir les voir au Max.
Cela fait quelques années que le Max est devenu l’endroit le plus branché de Manhattan. On y a assisté aux concerts de Lou Reed et de Blondie, on peut y croiser chaque soir des David Bowie, Miles Davis ou Andy Warhol, mais ce soir où Emmy, le groupe de Madonna se produit, Camille ne vient finalement pas.
Vous êtes bien comme tous les New Yorkais, vous faites des promesses avant de nous laisser tomber. Madonna est-elle folle de faire irruption dans le bureau de Camille le lendemain et de se fâcher sur elle, son dernier espoir ? Mais voilà, la prestation de son groupe a été appréciée par la direction du Max qui les réengage pour un second soir. Et cette fois, Camille se trouve dans la salle, alors Madonna, coiffée cheveux courts comme une punk, se déchaîne, harangue le public, monte sur les tables et fait un malheur.
Quelques minutes plus tard, dans ce qui sert de coulisses, Camille arrive tenant à la main un thé au miel, histoire que Madonna se refasse la voix qu’elle a explosée durant sa prestation. Tu veux un manager ?, lui dit-elle en lui tendant la tasse ? Oh oui, répond Madonna en lui sautant au cou.
Là-dessus, le patron du Max arrive en proposant au groupe un contrat en résidence. La fête devrait être totale, mais voilà, Camille a ajouté que son offre ne valait que pour elle, pas pour le groupe. Elle lui a au passage proposé un appartement correct, celui-là, une somme de cent dollars par semaine et un boulot à mi-temps.
Que faire ? Quel dilemme ! Choisir entre un manager pour une carrière solo au résultat hypothétique et un contrat de résidence, avec, c’est tombé entre-temps, de disques pour son groupe ?
Le 17 mars 1981, Madonna signe un contrat avec Gotham Records, oui la référence, la société de Camille, qui va lui permettre d’entrer là où on ne va pas quand personne ne vous connaît. C’est le début d’une histoire qui n’aurait jamais dû commencer car qui aurait pu tenir pareil cap dans une telle tempête ? Il fallait avoir le feu, la détermination pour tenir le coup avant de se trouver enfin. Qui plus dans une pareille ville, afin de gagner le droit à la célébrité mondiale.Fri, 27 Mar 2026 - 1199 - Madonna: ce moment où elle aurait pu tout arrêter... avant de conquérir le monde
Après plus de quatre décennies vécues en tant que superstar, on n’imagine plus ou pas Madonna, en artiste de l’ombre. Au début des années 80, ce n’est pas qu’elle mange de la vache enragée qui est étonnant, les futurs grands sont presque tous passés par là, c’est surtout qu’elle est la batteuse d’un groupe punk new yorkais.
Oui, Madonna a beau écrire pas mal de chansons, elle doit attendre que la belle chanteuse et guitariste, celle qui attire tous les regards lors de leurs petits concerts, concert est un bien grand mot, ne soit écartée car elle ne suit plus musicalement.
Désormais la seule fille du groupe, fait très rare dans le monde du rock, Madonna n’hésite pas en jouer comme cette fois où elle renverse de l’eau sur son chemisier, captant tous les regards jusqu’à la fin de la prestation. Et comme ils jouent régulièrement au CBGB’s, le club d’où sont sortis les Ramones, Talking Heads et Blondie, on la compare régulièrement à Debbie Harry, ce qui lui plaît énormément. Debbie, c’est un modèle.
Les Talent scout, les découvreurs de talents étant nombreux à New York, un soir, l’un d’eux lui suggère de monter son propre groupe, à elle. Et comme il n’est pas le premier, commence alors un long ballet fait de changements de personnel et de noms, Madonna and the sky, The Millionnaires, Emmy and the Emmys, il existe ainsi des enregistrements où on peut entendre une nette influence de deux groupes : Blondie et les Pretenders.
Mais toujours pas de résultats, ah si, fin 1980, le groupe est engagé pour une prestation où tout se passe bien. C’est une Madonna revigorée, retourne chez son père, à Detroit, pour fêter Noël.
Pourtant, quelques jours plus tard, en janvier 1981, un début d’hiver très rude comme il peut y en avoir à New York, a eu raison des canalisations d’eau et de chauffage dans l’immeuble où habite Madonna. Elle a en effet aménagé tout près du Music Building, un immeuble de douze étages sur la 39ème Rue Ouest dont son groupe loue un des 70 locaux de répétitions. Le quartier est sale, dangereux comme Manhattan l’est depuis une bonne dizaine d’années. Il y a des junkies qui hantent les couloirs, des dealers le hall d’entrée, ça sent l’humidité, l’urine et le renfermé.
Est-ce le retour brutal dans cet univers, revenant de la chaleur du foyer de son père qui a provoqué un choc, lui a fait ouvrir les yeux ? Toujours est-il que Gary, le bassiste qui joue avec Madonna depuis presque deux ans, la retrouve roulée en boule sur le sol de son logement new yorkais, grippée, et en train de sangloter.
Madonna qui a jusque-là avait fait preuve d’une volonté de fer a fini par craquer. Pas de travail, pas d’argent, et toujours aucune reconnaissance publique, New York a eu raison de sa volonté. Elle parle de rentrer chez elle, à Detroit, alors, Gary s’agenouille et la prend dans ses bras en lui disant, comme les Américains savent le faire, que tout va bien se passer. Mais sachant sa détermination à devenir célèbre, il comprend que pour Madonna puisse conquérir New York, il faudrait désormais un miracle.Thu, 26 Mar 2026 - 1198 - Madonna: l'échec parisien qui a forgé son ambition
On a tous ou presque entendu l’histoire de Madonna, qui à la fin des années 70 réussit une audition à New York. A 20-21 ans, avec des petits boulots qui ne durent pas, tirant le diable par la queue entre deux cours de danse, elle a été choisie parmi 1500 candidates pour danser et chanter derrière Patrick Hernandez. Elle veut uniquement danser, pas chanter, dit-elle. Mais le rêve français et la fréquentation du showbiz parisien, la font vite fait déchanter. Ça festoie beaucoup, ça voyage mais ça ne bosse pas comme elle l’entend. Elle est venue pour avancer, trouver sa place, pas pour aller de dîner en dîner.
C’est du moins ce qu’elle raconte à ses amis qu’elle avait quittés quelques mois plus tôt lors de son retour prématuré à New York, où elle retrouve les galères, évidemment. Car c’est vrai qu’après avoir abandonné l’université pour des cours de danse, qu’elle avait ensuite abandonnés pour Paris, où va-t-elle, Madonna ?
Heureusement qu’elle retrouve les frères Gilroy, artistes musiciens qui ont un joli pied-à-terre d’artistes. Comment Madonna, en logeant chez Ed et Dan, pourrait-elle deviner qu’elle va y trouver la voie royale ? En effet, quand Dan lui montre comment faire un accord avec une guitare, étonnée de pouvoir créer un son qui jusque-là l’impressionnait, Madonna se met à chanter dessus. Ah bon ? C’est aussi simple que ça ?
Alors quand ils assistent tous les deux au concert d’un groupe montant nommé Get Wet et dont la chanteuse est vêtue d’un bustier et de crinoline, Madonna la voyant danser et chanter, disons, de manière rudimentaire se dit : ça aussi je peux le faire. Et quand Dan lui montre comment on joue de la batterie et que Madonna s'exclame Ce n’est pas possible que tous ces sons viennent de moi, elle se met à écrire sa première chanson.
La dernière pièce du puzzle est une jeune Néerlandaise avec qui Madonna suit des cours des danses. Car quand elle apprend qu’elle joue de la guitare, elle se dit qu’elle a tout pour former un groupe. Ce que Madonna fait fin de l’été 1979.
L’anecdote est peu connue mais le groupe se nomme The Breakfast Club. Rien à voir avec le fameux film qui ne sortira que plus tard, c’est Madonna qui a donné l’explication : on s’est appelé ainsi parce qu’on répétait toute la nuit et qu’en sortant du local, on allait prendre notre petit dèj.
Une première prestation en duo avec Ed sur un trottoir devant un restaurant d’où ils se font virer par la police, aux premiers concerts du groupe, où Madonna tient la batterie, la musique vient très vite à prendre le pas sur la danse. Chaque pause est matière à répétition sur la guitare ou la batterie, on a d’ailleurs spécialement aménagé une pièce Madonna dans la maison tellement elle s'entraîne longtemps. Selon ses propres dires, elle écrit une chanson par jour.
Mais le soir où le groupe joue dans un bar, et que le public ne manifeste rien à la fin du dernier titre, continuant à parler en regardant les images d’un match sur des écrans, Madonna éprouve une terrible frustration. Pas même un clap, un sifflet. Assise avec un des musiciens dans la ruelle adjacente, elle serre les genoux en disant : Je voudrais tellement être célèbre, je veux être célèbre !Wed, 25 Mar 2026 - 1197 - Madonna: comment sa rencontre avec Christopher Flynn a forgé son identité d'énorme bosseuse
Nous sommes à Rochester vers le milieu des années 70. Quand je dis Rochester, rien à voir avec la ville médiévale au sud de Londres, non, ici nous sommes dans la banlieue nord de Detroit, la région des grands lacs américains, à deux pas de la frontière canadienne.
Alors comment un gars comme Christopher Flynn, ex-danseur d’une grande compagnie de ballet, a-t-il atterri là ? Il donne en effet des cours de danse dans la Grand-rue de Rochester et franchement, il a tout de la caricature du prof exigeant, comme on le voit au cinéma, cassant et tortionnaire. Tellement terrible que la petite Madonna Ciccone, 15 ans, n’en mène pas large quand elle se présente à lui. Elle en a peur, comme tous les jeunes de son âge, qui veulent devenir danseurs classiques, notamment une de ses amies qui fait la pom-pom girl avec elle.
C’est assez incroyable de la voir aussi peu sûre d’elle, avec la voix limite tremblotante, car la petite Madonna est réputée pour ne jamais se laisser démonter, ni par les étudiantes de son école qui la traitent de salope, elle le sait ,elle en a entendu le dire, tout ça parce qu’elle sort avec qui elle veut, et change souvent de copain, ni par son père, à qui elle reproche un manque d’attention, et sa belle-mère, à qui elle en veut d’avoir remplacé sa vraie maman et occupé le centre du foyer.
Le terrible prof ne manque pas de lui signaler son âge, c’est tard pour commencer, même si elle pratique déjà la danse, le jazz, les claquettes et qu’elle a obtenu des ovations lors de ses prestations dans des comédies musicales à l’école. Mais Madonna sait ce qu’elle veut. Et pour cela, elle va accepter les railleries, les insultes et les mauvais traitements du prof. Il y a les coups de baguette ou les pincettes quand la jambe n’est pas assez tirée, mais plus terrible, le crayon pointu placé entre le menton et la gorge pour qu’elle reste bien droite en dansant.
Alors bien sûr, en sortant du cours, les filles ne manquent pas de souligner les travers de ce prof sadique, qui se venge sur elles de ne pas avoir réussi dans la vie. Mais peut-être est-ce justement pour qu’elles ne subissent pas que ce qu’il a subi, lui, en approchant du sommet, qu’il veut que seules persévèrent celles pour qui la danse compte plus que tout.
Madonna est de celles-là. L’aurait-il vu ? En tout cas, il commence à lui faire des compliments sur son travail et son ardeur au travail. Et puis, comme il l’a dit le premier jour, tu es spéciale. Un autre jour, il lui dit que son visage avaitla beauté d’une statue de la Rome impériale. Madonna est touchée. Jamais personne ne lui a dit une chose pareille, surtout quelqu’un qui n’attend rien en retour.
Alors au fil des semaines, Christopher l’emmène dans les musées de Detroit, lui montre ces madones peintes et sculptées de la Renaissance, sur le modèle de l’Antiquité. Elle qui en est aux pulsions adolescentes des poètes romantiques, des anti-héros tragiques genre James Dean dans La fureur de vivre ou Marlon Brando dans Un tramway nommé désir, découvre un autre monde.
Chaque artiste majeur a eu un pygmalion, quelqu’un qui lui a montré, volontairement ou pas, la part de lui-même qui bientôt fascinera le public. Christopher, lui, a laissé, en plus à Madonna, une passion pour la peinture qui va bien au-delà de celle qu’elle nourrit pour la chanson, comme en témoignent de nombreuses pochettes de ses disques et scènes de clips mythiques.Tue, 24 Mar 2026 - 1196 - Madonna : L'héritage d'une rage de vaincre
Qu’est-ce qu’on n’a pas dit, que n’a-t-on pas lu sur Madonna ? D’ailleurs, vous vous êtes fait votre propre idée sur elle depuis longtemps. La preuve : une image est apparue dans votre tête quand j’ai cité son nom, pas vrai. Elle a tout fait pour ça, c’est vrai, depuis un peu plus de quarante ans, c’est une des premières stars de la chanson à avoir compris que l’image comptait autant que la musique. Et je ne parle pas que de son goût prononcé pour la provocation, regardez la qualité artistique de ses clips, qui est souvent passée au bleu à cause du tapage médiatique.
Alors se poser la question de savoir qui est vraiment la personne qui se cache derrière tous ces disques d’or et de platine est sans doute vain. Entre les différents témoignages de ses proches et collaborateurs qui ont chacun leurs propres raisons de s’exprimer, il est difficile de s’y retrouver.
C’est vrai que depuis ses débuts, tout le monde s’accorde pour dire que Madonna est une énorme bosseuse, très prudente en affaires et dans ses dépenses malgré une immense fortune, contrôlant tout de A à Z. Elle est toujours la première au matin et la dernière à bosser le soir dans les bureaux de l’entreprise Madonna. Et tout ce qu’elle voit et entend peut être une source d’inspiration pour une chanson ou la promo. Tout ce qui lui arrive, tout ce que vous pouvez lui dire est susceptible de s’y retrouver recyclé. Sans doute est-ce là qu’il faut, malgré les échecs, y trouver la clé de sa longévité.
Mais sans doute la motivation essentielle de ce cap dont elle n’a jamais changé, est à trouver dans ses racines. On connaît la légende de la jeune Madonna arrivant à New York à la fin des années 70 avec seulement quelques dollars en poche, les mois de misère, de privation et d’acharnement au travail qui ont suivi. Ce qu’on sait moins, c’est que Madonna avait un modèle familial, celui de son grand-père Gaetano qui avait débarqué, comme elle, dans cette ville, à l’âge de 19 ans.
Après avoir traversé l’Atlantique en troisième classe, il était descendu du cargo avec les autres immigrés italiens. Nous étions en 1920, il fuyait avec son maigre baluchon, la misère des ouvriers agricoles de son pays, la grippe espagnole et un continent ravagé par la première guerre. Il avait croisé d’autres migrants qui retournaient au pays, n’ayant pas tenu le coup du passage de l’esclavage agricole à industriel. Mais Gaetano, lui, va tenir, une carrière dans la sidérurgie, des pensions où il partage son lit avec un autre qui bosse à un autre horaire, puis rejoint par sa femme, enfin, il aura droit à une modeste maison appartenant à l’usine qui l’emploie. De toute façon, dans ce trou perdu qu’on appelle la petite Sibérie, tout appartient à l’entreprise, même le personnel.
Alors il y a sûrement beaucoup de Gaetano dans le regard de Madonna. C’est de lui que vient sûrement la rage de persévérer quand elle squatte dans des colocs et bosse dans un restau le soir pour payer ses cours de danse, le jour. Des mois à manger un yaourt et un fruit par jour, sans que cela la dérange, dit-elle, elle n’est pas à New York pour manger mais pour devenir une star de la danse. Et si la ville qui ne dort jamais a fait d’elle finalement une star de la chanson, Madonna n’a jamais chanté que ce qu’elle pouvait danser, et n’a jamais perdu l’urgence de l’ambition de la réussite.Mon, 23 Mar 2026 - 1195 - Blondie : Le secret de "Heart of Glass" ou quand le Punk défie le Disco
A la fin des années 70, le disco est le plus incroyable phénomène musical qu’on n’ait jamais vu et vécu. Il a durant deux bonnes années tellement tout englobé qu’on aurait cru qu’il n’y avait plus de place pour quoi que ce soit d’autre. Même les plus grandes stars du rock comme Rod Stewart ou Kiss s’y sont mis. Et avec quel succès !
Et puis un autre aussi. Plus improbable puisqu’il est punk. Et le punk, l’avez-vous remarqué, est cet autre courant musical apparu pile en même temps que le disco. Il est tout aussi phénoménal qu’éphémère et pourtant, de ses racines vont pousser tout ce qui va dominer les années 80.
Et autant vous dire une chose, s’il y a un milieu où le disco est détesté à la fin des années 70, c’est bien le milieu punk. C’est clair que ces gens-là sont opposés à tout ce qui est blink blink. Et donc, malheur à celui qui dans ses rangs en jouera, il va se prendre des bouteilles en concert et ne plus vendre un disque.
Et pourtant, en pleine fièvre du samedi soir, quand le groupe punk new yorkais Blondie doit enregistrer son troisième album (qui se vendra à 30 millions d’exemplaires, mais ça, ils ne le savent pas encore) ils sortent de leurs cartons parmi les Sunday Girl et autres Hanging on the telephone, un titre qu’ils ont appelé The Disco Song. Oh, il ne l’aurait pas mentionné si le producteur n’avait pas dit “vous n’avez rien d’autre ?” au cours d’une réunion préparatoire où ils lui font entendre les cassettes de leurs nouveaux morceaux.
Debbie lui explique qu’ils ne l’ont pas sélectionnée au départ car leur local de répète était tellement pourri par l’humidité qu’ils n’arrivaient pas à accorder leurs instruments. Mais le producteur accroche et le place dans la sélection.
Arrivés en studio, ils améliorent le morceau grâce aux synthés et une boîte à rythme genre Kraftwerk, un groupe allemand électro d’avant garde que David Bowie leur a fait découvrir en tournée, quand ils assuraient sa première partie quelques semaines plus tôt.
C’est du disco sans en être mais les critiques rock ne vont pas les louper à la sortie de l’album. Heureusement, leur premier single est un succès bien rock qui fait oublier un temps le torrent de boue qui a été déversé sur ce titre incongru, cette concession lâche à la mode, exclusivement motivée par l’argent. Blondie aurait-il vendu son âme au dieu disco?
Voilà sur quoi Debbie Harry et son groupe en étaient restés en partant jouer en Europe, quand arrivés à Milan, quelle n’est pas leur surprise de tomber sur le producteur qui les attend au bar lounge de leur hôtel, une bouteille de champagne à la main. Les amis, on est N°1 aux Etats-Unis, à la maison ! Ça se fête ! Cette fois, ça y est, dit Chris Stein, le mari de Debbie et leader de Blondie : nous sommes les punks des punks !Fri, 20 Mar 2026 - 1194 - Nile Rodgers : Comment un camouflet au Studio 54 a donné naissance au tube "Le Freak"
Il est aujourd’hui une des grandes stars hsitoriques de la musique, un des rares producteurs à l’être devenu réellement. C’est un type adorable, un des plus doués de sa génération, il se nomme Nile Rodgers. Sûrement la plus brillante des étoiles filantes de l’époque disco. Jugez plutôt, il débarque avec Chic en 1977, multiplie les hits mais aussi les collaborations.
Lui qui tirait le diable par la queue avec son complice Bernard Edwards est à présent demandé partout comme cette nuit de la St Sylvestre où Grace Jones les a invités à venir voir son show au Studio 54, LA boîte de nuit new yorkaise du moment. C’est là où il faut être pour rencontrer tout le monde dans une ambiance de folie.
Frappant à l’entrée des artistes comme Grace le leur a dit de faire, la porte s’ouvre sur une armoire à glaces qui ne veut rien entendre. Il ne sait pas qui ils sont et n’a rien à faire de leur excuse. C’est raté, les mecs, allez vous faire foutre, crie-t-il en claquant la porte !
Tu vois, tu t’es trompé. Elle a sûrement laissé nos noms à l’entrée.
Mais à l’entrée. Rebelotte. Après avoir remonté le long fleuve de la queue, ils ont beau dire qu’ils sont invités par Grace Jones, vous n’êtes pas sur la liste. Après un classique, vous êtes sûr ? Regardez bien, Nile Rodgers, Bernard Edwards, il leur tourne le dos pour reprendre le cours des invités de prestige dans la file. Bernard et Nile savent qu’ils ne rentreront pas dans ce temple du disco qui joue pourtant leurs chansons mais qui a aussi bâti sa notoriété sur la capacité de son personnel à refuser des gens à l’entrée.
Alors pour fêter l’année nouvelle, ils s’achètent des bouteilles de Dom Pérignon et rentrent à l’appartement qu’un pote de Nile lui prête tant qu’il est en tournée. Ils trinquent puis comme ils font toujours, l’un à la guitare, l’autre à la basse, ils font les fous en criant leur frustration : Fuck Off Studio 54. Mais après avoir répété ce délire un grand nombre de fois, Bernard dit à Nile : dis, je crois qu’on tient quelque chose, là. Tu rigoles, Fuck Off ? Personne ne passera ça à la radio. Mais non, attend, il suffit de changer. Qu’est-ce qui pourrait bien fonctionner, aaah freak off, Ouais ça marche ! Mais ça ne veut rien dire. Non mais Freak out ! Ah ouais, comme perdre le contrôle sur la piste de danse, pas bête. Puis un verre plus tard, hé The freak, c’est aussi une danse, et le freak avec les filles, c’est chic!
Douze millions de singles vendus plus tard, la naissance de ce classique du disco, maintes fois racontée par Nile lui vaudra d’être contacté par un gars sur les réseaux sociaux. Il se présentera comme celui qui l’a jeté ce soir du 31 décembre 1977 et que s’il avait su qui il était … enfin, il est désolé. Mais comment être désolé, se dit Nile, c’est son karma qui a transformé ce qu’il n’a pas pu avoir, lui faisant gagner plus que ce qu’il aurait jamais pu imaginer.Thu, 19 Mar 2026
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