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Le grand invité international

- 773 - Majed Bamya: «Un an après, il ne faut pas dénigrer la reconnaissance de l'État de Palestine»
Majed Bamya, observateur permanent adjoint de l’État de Palestine auprès des Nations unies, est l'invité de RFI ce 21 septembre 2026. Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, n'a pas été autorisé à se rendre à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies. Majed Bamya dit ne pas comprendre cette décision des autorités américaines. Un an après la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le diplomate appelle la communauté internationale à prendre des mesures concrètes.
Mon, 21 Sep 2026 - 772 - Clément Lacombe: «Vincent Bolloré se comporte en politique comme il se comporte dans le business»
C'est une figure omniprésente ces dernières années dans la sphère politico-médiatico-économique française. Il n'est pourtant ni élu, ni candidat et ne prend jamais la parole publiquement. Mais il est soupçonné de vouloir peser dans les élections, et particulièrement sur la présidentielle de 2027 en France. Il s'agit de Vincent Bolloré, homme d'affaires milliardaire, dont le groupe est désormais très installé dans les secteurs de l'édition et des médias. Avec notamment CNews, le JDD, Europe1, dont les rédactions sont obligées d'incarner une ligne éditoriale très conservatrice que Vincent Bolloré veut utiliser pour faire la jonction entre la droite et l'extrême droite. Alors pourquoi cette ambition ? Comment cet homme de 74 ans, l'une des plus grandes fortunes françaises, est-il passé de financier redoutable à idéologue ? On en parle avec notre invité, Clément Lacombe, journaliste au Nouvel Obs, co-auteur avec Camille Vigogne de l'ouvrage, La Droite de Dieu. Vincent Bolloré, un milliardaire en mission aux éditions les Arènes.
Sat, 19 Sep 2026 - 771 - Robert Malley: «Le bilan américain au Proche-Orient est désastreux»
Robert Malley, ancien conseiller pour le Moyen-Orient des présidents américains Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden, et co-auteur de Demain c'est hier (Ed. Max Milo) est l'invité de RFI ce 18 septembre 2026. Il pointe la mort du processus de paix israélo-palestinien et se désole de l'échec du médiateur américain. Robert Malley estime qu'il faut sortir du « dogme » de la solution à deux États.
RFI : La version française de votre livre vient de sortir Demain c'est hier, coécrit avec Hussein Agha, qui a lui-même conseillé des dirigeants palestiniens depuis plus de 50 ans. C'est une plongée fascinante et passionnante dans les coulisses du processus de paix israélo-palestinien. Ce processus de paix, vous diriez aujourd'hui qu'il est mort et enterré ?
Robert Malley: Enfin, il n'y a plus de processus, donc dans ce sens-là, il est mort et enterré. On peut se poser la question de savoir à quel point il était réellement vivant. Mais là, ce qu'on voit, ce qui se passe en Israël et en Palestine, en particulier en Cisjordanie et à Gaza, parler de processus de paix serait une mauvaise blague.
Il n’y a aucun espoir de résurrection à court terme, quand vous voyez ce qui se passe sur le terrain aujourd'hui ?
Ce n’est pas seulement ça. C'est qu'aujourd'hui, entre Israéliens et Palestiniens, entre directions israéliennes et palestiniennes, il n'y a aucun point commun, aucun point de convergence sur l'issue finale, même sur les sujets à négocier. Il faudra tout reprendre en bloc. Il faudra peut-être une différente direction israélienne, palestinienne, américaine. On y viendra peut-être, mais en tout cas aujourd'hui, il n'y a plus de repère commun.
Qui a tué ce processus de paix entamé, on va dire, pour donner une date, en 1993 avec les accords d'Oslo ?
C'est un peu un complot collectif, si vous voulez. Regardons les trois acteurs, américains, israéliens et palestiniens. Les Israéliens et les Palestiniens ont tous les deux, plus ou moins, joué leur rôle, qui n'a pas été particulièrement positif. Les Palestiniens avaient une direction qui a toujours été un peu à l'écart d'une partie de son opinion publique, certainement après la mort de Yasser Arafat, le dirigeant historique de l'Organisation de libération de la Palestine. Et puis, ils se sont réconciliés sur le tard, et toujours avec quelques doutes sur le fait d'une création d'une solution à deux États. Du côté israélien, il y a toujours cette tentation de domination. Parce que ce sont les plus forts, parce qu'ils n'ont jamais été soumis à des pressions précises. Donc pourquoi ne pas continuer ce statu quo qui lui convient bien ? Ils acquièrent plus de territoires. Ils ont les avantages économiques, les avantages stratégiques. Ils ont pu en même temps améliorer leurs relations avec les pays arabes. Donc ça marchait pour eux. Le processus de paix est un processus qui vise au changement. Ils n'en voulaient pas car ils avaient la domination et la supériorité.
Ce sont les deux acteurs, Israël et Palestine. Mais évidemment, il y a le troisième homme, les États-Unis, le médiateur ?
Les États-Unisétaient censés jouer ce rôle justement d'amener les parties à un accord qui ne les convenait pas tout à fait. Si ça leur convenait, il l'aurait fait sans les États-Unis. C'était aux États-Unis parce qu'ils se sont arrogé ce rôle de monopole du processus de paix. Ils ont exclu les autres : Européens, Arabes et autres. C'était donc à eux de mettre les pressions, les incitations nécessaires. Ils ne l'ont pas fait. Ils ont mal compris les positions des uns et des autres. Et surtout, surtout, ils ont toujours refusé de mettre la pression sur Israël. Ils ont mis Israël à l'abri de toute pression. Lorsque l'on fait ça, comme je l'ai dit, Israël n'a aucune incitation à changer de trajectoire. Donc les États-Unis ont été à la fois biaisés, inefficaces et ils sont passés à côté du sujet.
Inefficacité, médiocrité du médiateur américain, c'est ce qui ressort quand on vous lit. Qu'est-ce que vous leur mettez aux administrations américaines successives… Et pourtant, c'est ce que j'allais dire, Robert Malley, vous étiez au cœur de la machine ?
Oui, peut-être qu'il faut être au cœur pour voir, mais enfin, je pense qu'il y a beaucoup de gens qui l'ont vu de loin. Mais l'ayant vécu de près, et je ne porte pas un jugement moral sur mes collègues, je dis simplement que pour une puissance, une hyperpuissance, pour citer l'ancien ministre Hubert Védrine, telle qu'étaient les États-Unis après la fin de la guerre froide, la chute de l'Union soviétique, ils avaient les pleins pouvoirs, surtout dans cette région. Israël en dépendait, les Palestiniens en dépendaient, au moins politiquement, diplomatiquement et même financièrement. Le reste du monde arabe se tournait vers les États-Unis. Les États-Unis avaient des leviers considérables. Regardons le bilan. Je ne pense pas être particulièrement sévère au vu du bilan. Un bilan qui, évidemment, inclut le fait que le processus de paix n'a abouti à rien. Mais pire que rien. Aujourd'hui, la situation en Israël-Palestine est, à tout égard, pire qu'elle ne l'était en 1993.
Au-delà du bilan américain « désastreux », là encore, ce sont vos mots « désastreux ». Vous interrogez plus profondément sur le dogme de la solution à deux États. Au fil des ans, les négociations ont imperceptiblement cessé d'avoir pour objectif la paix pour se concentrer sur la création de deux États. Et vous croyez que c'était une erreur ?
Je dis que c'était une erreur pour deux raisons, encore une fois. D'abord parce que c'est une solution possible, elle a échoué. Lorsqu'une solution échoue, année après année, il faut se poser la question : est-ce qu'il faut revoir la copie ? Revoir un peu ?
Est-ce que c'est la bonne voie ? Il aurait fallu se poser cette question ?
Il aurait fallu au moins se poser cette question parce que ce n'était pas le refuge naturel, ni du peuple palestinien, ni du peuple israélien. Ils en sont arrivés là parce qu'on les a contraints, on leur a dit « il faut y aller ». Donc ils ont dit « d'accord, on accepte », mais du bout des lèvres, surtout aujourd'hui du côté israélien, parce que plus personne n’est pour. Deuxième raison, c'est que cette phrase, ce dogme de deux États, est devenu un paravent derrière lequel on se cachait pour ne plus rien faire. Donc on disait : « Je travaille pour la solution à deux États ». Tout le monde était pour, on applaudissait et pendant ce temps, les colonies de peuplement continuaient. Rien n'était fait sur le terrain. On se contentait simplement de ces mots pour se donner bonne conscience. Donc c'est devenu un prétexte pour ne rien faire.
Y a-t-il vraiment une alternative à la solution à deux États ?
Écoutez, je ne sais pas. Il y a beaucoup d'alternatives, et je pense qu'il faut être clair. Il y a des alternatives de confédération, qui impliquent la création plus ou moins de deux États, mais pas dans un modèle de partition ethno-nationale rigide, qui était le fondement du processus de paix. Or, aujourd'hui, on voit bien que, vu ce qui se passe sur le terrain, vu ce qui se passe dans les mentalités, et surtout toute l'histoire de ce conflit qui n'a pas commencé en 1967. C'est un conflit qui ne commence pas avec l'occupation de Gaza et de la Cisjordanie par Israël, il commence au moins en 1948. En 1948, il y a la création de l'État d'Israël et la Nakba, la catastrophe vécue par les Palestiniens, et peut-être, au-devant avant cela avec la persécution des Juifs, la Shoah. Donc c'est un conflit qui a des racines émotionnelles, psychologiques, historiques, qui fait que si on les ignore, on ignore, au fond, le fond du sujet.
Donc il est temps de réfléchir à autre chose que les deux États ?
Oui, et peut-être qu'on reviendra à deux États. Mais là, je reviens à ce que vous disiez tout à l'heure. Il n'y a pas de repères, il n'y a pas de processus de paix. Pourquoi ne pas en profiter pour inventer, pour recréer, réinventer, reréfléchir ?
Se mettre autour d'une table, ça veut dire aussi peut-être élargir le cercle des médiateurs ou des pourparlers, ou des gens qui discutent ?
Oui, exactement. Je l'ai dit tout à l'heure, le monopole américain n'a servi à personne. Enfin, peut-être aux Américains pendant un moment, mais certainement pas aux processus. Élargissons-le, en particulier aux pays arabes qui ont un rôle éminent à jouer dans ce dossier. Il faudrait qu'ils soient autour de la table, d'autres aussi. Et puis les acteurs. Parce que finalement, ce processus de paix, il a été l'apanage de tous ceux qui y croyaient. Et tous ceux qui n'y croyaient pas étaient, en dehors, capables de le détruire. Ni les islamistes, le Hamas, ou d'autres organisations islamistes palestiniennes, ni les réfugiés, la diaspora, ni du côté israélien, la droite et l'extrême droite qu'on voit aujourd'hui au pouvoir, mais qui n'étaient pas à la table des négociations, les colons, les religieux. Parce que, au fond, si on exclut ceux qui peuvent faire le plus de mal au processus, on le protège.
Et les élections législatives en Israël qui arrivent le 27 octobre, est-ce qu'il faut espérer une chute de Benyamin Netanyahu pour ouvrir un nouveau chapitre ?
Écoutez, d'abord, il ne faut jamais l'enterrer trop vite. C'est un politicien exceptionnel, dans ce sens-là. Et les derniers sondages laissent à penser que, peut-être, il y aurait une possibilité de continuer, de se maintenir d'une manière ou d'une autre. Moi d'un côté, je dis oui, évidemment. La coalition actuelle en Israël, elle est totalement allergique à toute concession à l'égard des Palestiniens. Elle a des ambitions territoriales et autres qui sont, pour les Israéliens eux-mêmes, assez négatives et là je suis très soft,très doux. Mais, à penser que s’il y en avait une, une alternative qui est aujourd'hui l'opposition en Israël, écoutez ce qu'elle dit sur les Palestiniens. C'est-à-dire qu'il y aurait moins de violence dans les territoires, il y aurait moins cette agressivité annexionniste, cette volonté d'annexer les territoires. Mais est-ce que la vie des Palestiniens sera foncièrement différente ? Est-ce qu'on avancera vers la paix ? Là je dis « attention », « n'espérons pas trop ». Et le message, c'est pour les pays comme les États-Unis, l'Europe, les pays arabes, ne pas se dire « Si c'est la fin de Netanyahu, ça veut dire qu'on peut laisser ce dossier tranquille. » Au contraire, il va falloir maintenir et redoubler de pression pour faire en sorte que la vie des Palestiniens continue et que cette existence de la nation palestinienne, qui est aujourd'hui menacée, menacée de façon très grave, ne prenne pas fin.
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Fri, 18 Sep 2026 - 770 - Michaël Trazzi: «Nous demandons un traité international pour stopper la course à l'IA»
Michaël Trazzi, activiste franco-brésilien, fondateur du mouvement « Stop The AI Race » (Stoppons la course à l'IA), est l'invité de RFI jeudi 17 septembre 2026. Après avoir manifesté pendant 39 jours devant le siège d'OpenAI à San Francisco, son mouvement souhaite un accord international pour freiner le développement de l'IA, face aux risques de dérapage de l'intelligence artificielle.
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Thu, 17 Sep 2026 - 769 - Arancha Gonzalez Laya: «L'Union européenne aura sa place dans le monde de demain»
Arancha Gonzalez Laya, ancienne ministre des Affaires étrangères d’Espagne, doyenne de l'École des Affaires internationales de Sciences Po Paris, est l'invitée de RFI ce 16 septembre 2026. Alors que la présidente de la Commission européenne prononce son discours sur l'état de l'Union européenne, elle espère un discours qui se projette dans le futur. L'ancienne cheffe de la diplomatie espagnole appelle au réveil de l'Europe pour qu'elle ne devienne pas un vassal de la Chine ou de la Russie.
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Wed, 16 Sep 2026 - 768 - Dan Wang: «La Chine ne dépassera jamais les États-Unis»
Dan Wang, chercheur à la Hoover Institution de l'université Stanford aux États-Unis et auteur du livre La Chine à toute vitesse (éd. Arpa), est l'invité de RFI ce 15 septembre 2026. Sa clé pour comprendre le face-à-face entre Pékin et Washington : un « État-ingénieur » chinois face à un « État légaliste » américain. Comment les deux superpuissances peuvent-elles éviter la confrontation ?
RFI : Dan Wang, vous êtes citoyen canadien d’origine chinoise. Lorsque vous aviez 7 ans, vos parents ont quitté la province du Yunnan dans le sud de la Chine, pour émigrer au Canada. Par la suite, vous êtes revenus vivre et travailler en Chine de 2017 à 2023 en tant qu’analyste pour observer sur le terrain le développement technologique de ce pays. Et puis vous en êtes parti. Pourquoi ?
Dan Wang :J'aspire au pluralisme ; c'est une valeur qui m'est très chère. Après avoir passé six ans en Chine, au sein de cette immense civilisation où l'État tolère très peu de voix, où l'on pourrait même dire qu'il n'en existe qu'une seule et qu'une seule personne jouit de la liberté de s'exprimer à sa guise, et bien, après avoir assisté à l'effondrement de la politique « zéro Covid » en Chine, à la mise à mal de nombreux entrepreneurs et à l'étouffement d'une grande partie des forces créatives de la société chinoise, j'ai pris conscience que ce que je désirais vraiment retrouver, c'était ce désordre, ce chaos. Et, dans une certaine mesure, la liberté qui caractérise l'Occident dans son ensemble, et les États-Unis en particulier.
Dan Wang, vous incarnez ces chercheurs qui sont culturellement à la croisée de la Chine et des États-Unis. Dans votre livre La Chine à toute vitesse,vous différenciez la Chine des États-Unis comme un « État ingénieur » chinois face à un « État légaliste américain ». Expliquez-nous en quelques mots.
Je qualifie la Chine d'« État-ingénieur » car, à plusieurs reprises dans son histoire récente, l'intégralité de ses plus hauts dirigeants était composée d'ingénieurs de formation. Or, la particularité des ingénieurs est qu'ils cherchent à résoudre les problèmes par la construction. Ils bâtissent donc des barrages hydrauliques, des logements, des autoroutes, des routes et des ponts, ainsi que des infrastructures nucléaires, solaires et éoliennes. Ils considèrent même la population comme un matériau de construction.
Le problème, avec la Chine, c'est qu'elle pratique aussi, fondamentalement, l'ingénierie sociale. par exemple, la politique de l'enfant unique et le « zéro Covid ». Il n'y a aucune ambiguïté quant à la signification de ces termes : le chiffre est inscrit dans le nom même de la politique.
J'oppose cet « État-ingénieur » à un « État légaliste », car aux États-Unis, tous les présidents sont passés par des facultés de droit. Le problème avec les avocats, c'est qu'ils excellent davantage dans la protection des richesses que dans la construction proprement dite. C'est sans doute ce qui explique la situation aux États-Unis : le pays voit naître des entreprises pesant des milliers de milliards de dollars, alors même que New York souffre de pénuries de logements, d'un métro vétuste et d'infrastructures déplorables pour quiconque transite par l'aéroport JFK.
Ce que j'aimerais vraiment voir, c'est que les Chinois adoptent un peu plus la culture des avocats et que les Américains utilisent davantage celle des ingénieurs.
Est-ce que vous ne pensez pas qu’avec Donald Trump, les États-Unis sont en train de s’éloigner de l’« État légaliste » pour devenir plutôt un « État-entreprise » dont la politique est transactionnelle avant d’être fondée sur l’État de droit, et sur l’État tout court ?
Donald Trump n'est pas un avocat ; dans l'âme, il s'apparente bien davantage à un homme d'affaires chinois. Cependant, on retrouve chez lui une dimension propre à cette société très procédurière : c'est un homme qui a menacé de poursuivre absolument tout le monde en justice. Impossible de comprendre le parcours de Donald Trump sans prendre en compte la multitude de litiges qui ont jalonné sa carrière. Il a intenté des procès au New York Times et à la BBC. Avec un peu de chance, il s'en prendra peut-être aussi à Radio France. Il a également cette habitude de mettre les gens en accusation publiquement, devant le tribunal de l'opinion. À ce titre, je pense qu'il reste emblématique de cette société procédurière — dont il est le pur produit - plutôt qu'il ne s'en écarte radicalement.
Vous écrivez que la Chine ne dépassera jamais les États-Unis. Pourquoi ?
Il y a quelques années, la plupart d'entre nous s'attendaient à ce que le PIB de la Chine finisse par dépasser celui des États-Unis en termes purement nominaux. Aujourd'hui, je pense que si l'on interroge les économistes qui réalisent ce type de projections, on constate un scepticisme bien plus marqué sur la possibilité que l'économie chinoise devienne, dans l'ensemble, plus importante que celle des États-Unis.
Si l'on examine ce système autoritaire, je ne suis pas certain qu'il puisse perdurer tout au long du XXIe siècle : le Parti communiste vieillit, il ne parvient pas toujours à s'adapter efficacement aux nouveaux défis, il fait preuve de brutalité envers trop de segments de la population et ne suscite pas un bonheur ou une satisfaction généralisés au sein du peuple.
Je pense notamment à la démographie chinoise et à la ville de Shanghai - que j'adore et qui est si agréable qu'on pourrait presque dire que Paris devrait être surnommée la « Shanghai de l'Occident ». Pourtant, malgré la qualité de vie, l'air sain et les nombreux parcs de Shanghai, les habitants ne veulent pas d'enfants. L'indice de fécondité y est de 0,6, selon les chiffres officiels. À l'échelle de la Chine tout entière, ce taux est de 1,0, toujours selon les données officielles. En France, ce chiffre avoisine les 1,6. Or, il y a un monde d'écart entre une moyenne de 1,6 enfant par famille et une moyenne d'un seul enfant.
Ainsi, lorsqu'on envisage l'avenir de la Chine à long terme - sur les plans économique, démographique et politique -, je pense que ces facteurs macroéconomiques l'emportent sur les succès technologiques spécifiques du pays, aussi réels soient-ils aujourd'hui - qu'il s'agisse des véhicules électriques, de divers biens industriels ou de l'intelligence artificielle. À mes yeux, le défi majeur est le suivant : la Chine ne sera peut-être pas en mesure de surpasser l'Occident à long terme, mais il est possible qu'au bout du compte, elle parvienne à désindustrialiser totalement l'Allemagne et à anéantir les secteurs automobiles allemand et français ; ce qui constituerait tout de même un problème considérable pour l'Occident.
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Le 24 septembre, Xi Jinping sera reçu par Donald Trump à la Maison Blanche. Au menu notamment la course à la domination dans l'intelligence artificielle. D'ailleurs, en la matière, Donald Trump a affirmé ces derniers jours que les États-Unis étaient devant la Chine. Qu'en pensez-vous ?
Il est indéniable que les États-Unis ont une longueur d'avance sur la Chine en matière de modèles de pointe. Il s'agit essentiellement des modèles les plus avancés, développés par OpenAI, Anthropic et Google DeepMind, qui devancent probablement la Chine de six à neuf mois.
Cela dit, la Chine possède bien d'autres atouts, même si elle ne dispose pas des modèles les plus sophistiqués. Il est fort possible qu'elle se montre bien plus efficace pour déployer l'IA dans le reste de l'économie, car elle mise davantage sur l'IA incarnée et envisage plus sérieusement son intégration dans des machines ou des robots. Les dirigeants chinois considèrent cette technologie comme un simple outil à exploiter. Il est donc trop tôt pour dire qui sortira vainqueur. Si les États-Unis mènent la danse pour l'instant, je ne suis pas certain que cette avance soit durable à long terme.
Revenons aux années 2010 : la Chine semblait bien partie pour s’imposer dans le domaine de l’IA. Mais vous l’écrivez, le président chinois Xi Jinping a stoppé cette trajectoire. Que s'est-il passé ?
Je pense que ce genre d'erreurs est caractéristique de cet « État-ingénieur ». En 2021, alors que je vivais en Chine, j'ai eu le sentiment d'assister à l'apogée de l'hubris chinoise. Xi Jinping observait alors le chaos engendré par le Covid-19 à l'étranger ainsi que la terrible transition du pouvoir entre Joe Biden et Donald Trump, le 6 janvier. C'est à ce moment-là qu'il a décidé d'imposer des réformes radicales à l'ensemble de l'économie, de s'obstiner dans la politique du « zéro Covid-19 » et de briser l'élan de grands entrepreneurs chinois comme Jack Ma. C'est aussi à cette époque qu'il a tenté de paralyser le secteur immobilier - alors en proie à une dette galopante - en cherchant à empêcher les grands promoteurs de mener à bien leurs projets selon leurs modèles de financement habituels.
À mon sens, ces trois erreurs majeures sont à l'origine de bon nombre des problèmes actuels de la Chine : la politique du « zéro Covid » a sapé la confiance politique, notamment chez les habitants de Shanghai ; le moral des entrepreneurs est au plus bas car Xi Jinping a brisé leur confiance ; et les Chinois se sentent bien plus pauvres aujourd'hui en raison de l'effondrement du secteur immobilier. Il s'agit fondamentalement d'un système communiste autoritaire, façonné par cette logique d'« État-ingénieur » qui prend les décisions majeures - et qui peut parfois se tromper lourdement. C'est là une caractéristique inhérente aux systèmes autoritaires ; c'est aussi pour cette raison que l'on attend des démocraties libérales qu'elles disposent de mécanismes d'autocorrection, leur permettant d'éviter de commettre des erreurs d'une telle ampleur.
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Qu’est-ce qui va déterminer en dernier ressort la confrontation entre la Chine et les États-Unis ? Est-ce qu'ils sont condamnés à se faire la guerre ?
La Première Guerre mondiale a brisé plusieurs millions de vies. La Seconde Guerre mondiale en a brisé des dizaines de millions. Et je pense qu'il ne faut surtout pas vouloir découvrir combien de vies seraient détruites par une Troisième Guerre mondiale. À mon sens, ce qu'il faut espérer, c'est une situation comparable à la guerre froide. Certes, rares sont ceux qui éprouvent de la nostalgie pour la guerre froide. Mais elle présentait un avantage : elle était « froide ». Bien sûr, le conflit a été « chaud » pour beaucoup de populations en périphérie des grandes puissances - en Afghanistan, au Vietnam ou en Corée.
Toutefois, ce qu'il faut souhaiter, c'est que ces deux grandes superpuissances - débordantes d'énergie et d'esprit entrepreneurial - ne ressentent pas le besoin de s'affronter militairement. J'espère qu'elles entreront plutôt en concurrence pour démontrer au monde laquelle porte la meilleure vision. J'espère qu'elles rivaliseront pour offrir à leurs citoyens le meilleur modèle de vie possible.
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Tue, 15 Sep 2026 - 767 - Anne-Laure Kiechel: «La dette française n'est pas hors de contrôle»
Anne-Laure Kiechel, conseillère économique, présidente du cabinet Global Sovereign Advisory (GSA), est l'invitée de RFI ce 14 septembre 2026. Avec des États qui creusent leurs déficits et des taux d'intérêt qui grimpent, le monde craint une nouvelle crise de la dette. Anne-Laure Kiechel constate que les pays à hauts revenus sont en première ligne.
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Mon, 14 Sep 2026 - 766 - Concerts de Céline Dion à Paris: «C'est une star qui est une business woman, elle a su se faire attendre»
Seize concerts sont prévus pour cet automne, devant plus de 30 000 spectateurs à chaque fois. Et le premier, c’est ce soir, à Paris. Céline Dion de retour sur scène après l’attente interminable des fans, qui se sont rués sur cette occasion de revoir en concert la star québécoise. Événement d’ampleur qui pourrait générer près d’un milliard d’euros de retombées économiques pour la capitale française. On en discute avec Julie Escurignan, maître de conférences en marketing et communication à l'Université Catholique de l'Ouest (en France) et spécialiste des industries culturelles.
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Sat, 12 Sep 2026 - 765 - 11-Septembre: «Je me rappelle de la bonté et de l'héroïsme de ceux qui ont traversé cette journée»
Rescapé des attentats du 11 septembre 2001 à New York, auteur de World Trade Center, 47e étage paru aux éditions Robert Laffont, Bruno Dellinger est l'invité de RFI vendredi 11 septembre. Vingt-cinq ans après les attaques terroristes, celui-ci raconte comment il y a survécu alors qu'il se trouvait dans la tour 1 du World Trade Center. Il revient aussi sur cette journée, ainsi que sur son processus de reconstruction.
RFI : Il y a 25 ans tout juste, vous avez vécu les attentats du 11 septembre 2001 au plus près. Vous étiez dans votre bureau, dans la tour numéro 1 du World Trade Center à New York, quand le premier avion s'est encastré à peine quelques dizaines d'étages au-dessus de vous. Quel sentiment vous traverse là, en ce jour anniversaire, 25 ans après ?
Bruno Dellinger :C'est toujours une date chargée d'émotion, bien sûr. Évidemment, cela fait remonter des tas d'images, des tas d'émotions et surtout cette immense tristesse et ce traumatisme qui a disparu, mais dont les cicatrices sont toujours là et avec lesquelles je vivrai jusqu'à la fin de mes jours.
C'est douloureux d'en parler ?
Non, c'est plutôt le désir de transmettre cette journée qui m'habite, maintenant. Longtemps, ce récit m'a permis de m'aider, de parler, d'évacuer d'une certaine manière.
Nous voici un quart de siècle après. Est-ce que ça vous paraît si loin ?
Non, ça ne me paraît pas très loin dans les images en tout cas, et dans le ressenti de cette journée, que je pourrais, si je pouvais, la toucher en tendant le bras. J'ai l'impression qu'elle est là, si j'ose dire.
Mais en même temps, beaucoup de choses se sont passées depuis. La vie a pris le dessus et j'ai eu la chance d'avoir des enfants, par exemple, et ces enfants, c'est vraiment plus d'innocence dans le monde, c'est un monde qui se renouvelle. Et justement, c'est une des raisons pour lesquelles je continue à témoigner, parce que je m'aperçois qu'il y a toute une génération qui n'a pas connu maintenant ces événements, et je fais régulièrement des interventions dans des écoles, par exemple. Je m'aperçois que dans ces écoles, je peux avoir un rôle pour transmettre quelque chose.
Parce que les souvenirs sont intacts, Bruno Dellinger ? Pour vous, tout est encore très net ?
Ah oui.
Je crois que votre premier souvenir du moment de l'attentat, c'est un souvenir sonore. Ce souvenir sonore, c'est le bruit du moteur de l'avion, c'est cela ?
C'est cela, c'est cela. Ce bruit qui dépasse l'entendement. Parce qu'en réalité, ce sont deux réacteurs à pleine puissance en plein ciel, à quelques dizaines de mètres de nous. Donc c'est un bruit qui n'est pas celui d'un réacteur sur un tarmac quand l'avion décolle, c'est un bruit d'un moteur à pleine puissance. Et ça arrive tellement soudainement. Et en réalité, ce bruit des réacteurs, immédiatement, il attire mon attention comme un bruit démoniaque d'une certaine manière, qui déchire l'air.
Vous voyez l'avion ? Vous voyez quelque chose à ce moment-là ?
Oui. C'est très fugace, très rapide, et puis, il y a l'impact. Et cet impact est d'une violence qui dépasse là encore l'entendement, puisqu'on avait l'habitude dans ces tours d'être gentiment, doucement balancés par les vents quand, pendant l'hiver, il y avait des tempêtes. Et pourtant là, ce n’est plus un balancier, c'est une tour qui est en train de passer à la limite de sa résistance. Donc toute la tour crie d'une manière terrible, à tel point qu’une de mes adjointes arrive dans mon bureau, une ou deux minutes plus tard, et je suis obligée de la prendre par les épaules, parce que je crains qu'elle ne tombe et que moi, ma chaise est balancée d'un bout à l'autre de mon bureau.
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Ah oui, vous, vous êtes sur un bateau qui est en train de tanguer. Vous êtes à votre bureau, il est au 47e étage de la tour, donc vous êtes quelques dizaines d'étages en dessous de l'impact avec quelques-uns de vos collaborateurs. Comment vous réagissez ? Qu'est-ce que vous dites ?
J'ai réagi de manière très étrange. On m'interroge et mes collaborateurs me demandent : « Qu'est-ce qui se passe ? » Et je leur réponds : « Ce n'est pas grave, c'est un avion. » Je me dis bon, c'est grave, mais ce n'est pas grave, on est à New York, on va nous sortir des bureaux et puis dans 15 jours on reviendra et tout va bien se passer.
Oui, vous avez la certitude que la tour ne va pas s'effondrer, que vous n'êtes pas face à un attentat majeur non plus. Il n'y a pas de conscience de ça à ce moment-là ?
C'est tout juste inimaginable. C'est à dire qu'en fait, l'impression de force que donnait le World Trade Center, c'est incompatible avec la perspective d'un écroulement de ces tours. Donc non, c'est juste impossible.
Et vous ne paniquez pas du tout, à tel point que vous dites à vos collaborateurs :« Allez-y et moi je reste. »
Oui, absolument. Je leur dis ça parce que, en fait, il y a un peu d'orgueil mal placé du capitaine qui quitte le navire en dernier. Et donc moi je reste, je fais d'ailleurs des choses que je n'aurais pas dû faire. Je continue à répondre au téléphone gentiment, justement pour rassurer les familles qui appellent. Je fais des sauvegardes informatiques, des choses comme ça, jusqu'à ce que, à un moment, j'aie une petite voix qui me dit : « Il faut partir. » Et j'écoute cette petite voix, mystérieuse, puisque je ne sais pas d'où ça vient. Je mets mon ordinateur portable dans un tiroir. Bien boy scout, je pars avec mon portable à clapet, de l'époque, et puis avec un petit outil qui s'appelait un Palm Pilot, qui est un outil d'agenda et de carnet d'adresses électronique.
Vous êtes donc extrêmement calme, mais là quand même, vous allez vous confronter à la réalité. Quand vous sortez, vous voyez une forme de chaos sur le palier et dans l'escalier que vous allez emprunter ?
Oui, le chaos, il est très très présent déjà à nos étages, parce qu'en réalité, on ne voit plus rien, il y a de la fumée partout, il y a des fluides qui tombent, des étages supérieurs, du kérosène, de l'eau, tout ce qui a été sectionné par le passage de l'avion. Les dalles de plafond sont par terre, les murs sont écroulés. Et surtout, je constate avec effroi que la porte blindée qui protégeait les moteurs d'ascenseur, cette porte blindée, a subi un choc tellement fort qu'elle a explosé, littéralement tordue, vrillée. Et je me dis : « Ah oui, c'est quand même très très grave. »
Vous allez entamer cette descente dans l'escalier, soit 47 étages à descendre, 50 minutes, cela va durer près d'une heure. Une fois la descente terminée, qu'est-ce que vous faites une fois que vous êtes en bas ?
Alors arrivé en bas, je remonte dans la rue, je me retourne, je vois la tour en feu. C'est absolument incroyable la densité de ce feu. Je veux me retourner une deuxième fois, parce que j'ai fait un pas et je n'y crois pas, je veux la regarder de nouveau. Et en fait, je ne la vois pas une deuxième fois, je ne l'ai vue qu'une fois, en fait, parce qu’au moment où je me retourne une deuxième fois, la tour numéro deux s'écroule. Et là, la vie bascule dans des dimensions qui sortent de l'entendement, dirais-je.
Je vais me mettre à l'abri, mais je suis traumatisé. Parce que, en fait, un demi-kilomètre de tour, ça fait un bruit qui dépasse l'entendement, que je n'arrive toujours pas à faire remonter à la conscience. Et puis ensuite – je suis déjà terrorisé – quand j'arrive à me protéger derrière un pilier, j'attends le monstre qui arrive et j'ai quelques mètres d'avance. Donc ce monstre, il est précédé par le vent, poussé par la masse énorme qui déplace le vent et quand il arrive, il y a des poutrelles, il y a de la poudre, il y a tout ce que vous voulez là-dedans. En l'espace de quelques secondes, après ce fracas qui dépasse l'entendement, tout devient plus noir qu'une nuit. Et surtout, il n'y a plus un bruit, c'est le silence total. Parce que l'air est tellement épais qu'il ne vibre plus. Donc la démesure est telle que mon cerveau n'arrive plus à « processer » ce genre d'informations. Ce ne sont pas des situations normales et j'en conclus, inconsciemment, que je suis mort.
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Vous pensez être mort à ce moment-là ?
Absolument. Et avec des conséquences terribles, psychologiquement. C'est-à-dire que pendant des semaines et des mois, ensuite, je me promène dans la rue et en fait je vois un signal de vie, mais du fond de mes tripes sort le message inverse que je suis mort. Donc en fait, j'ai un fusible qui explose dans la tête, en me disant « Mais c'est juste impossible à réconcilier ». Et c'est vraiment une période très, très difficile.
Quand vous êtes rentré chez vous, les vêtements couverts de cette poussière, la poussière des gravats, des tours, vous allez collecter méticuleusement la poussière. Qu'est-ce qui vous pousse à faire ça ?
Une intuition très macabre, mais je sais en même temps que ce que j'ai vécu là dépasse l'entendement. Je vous rappelle que, il y a plusieurs centaines de personnes dont, malgré tous les efforts des services de secours et les recherches qui ont été faites dans le moindre gravat récupéré sur ce site, il y a plusieurs centaines de personnes dont on n'a retrouvé aucun ADN, aucune molécule de chair, qui ont été volatilisées, qui ont été atomisées, qui ont été pulvérisées. Donc moi, cette intuition-là, je l'ai dès le début parce que j'ai vécu cette scène. Et en fait je me dis « Mais au fond, peut-être dans ces cendres, il y a des restes humains », donc par respect, je les collecte.
Je les mets dans une petite boîte dont je donnerai la moitié quelques années plus tard au World Trade Center Memorial Museum, qui n'avait pas de cette poudre. Quand j'ouvre cette boîte – j'en ai encore et c'est très, très rare que je le fasse parce que je la mets dans un endroit secret, caché, et je ne veux pas la troubler, tout simplement –, il y a une odeur qui immédiatement me prend la gorge. C'est extrêmement toxique et je ne sais toujours pas – je n’ai pas cherché bien sûr à savoir ce qu'il y avait dedans – mais en tout cas, je crois que n'importe quelle relique de cette journée mérite le respect.
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Les jours d'après ont été très difficiles. Vous avez même un moment pensé que ça aurait été mieux de mourir ce jour-là ?
C'est vrai que pendant des semaines et des semaines, c'était tellement douloureux que j'aurais préféré être parmi les 3 000 victimes. Ça aurait été plus simple. Aujourd'hui, évidemment, je ne pense pas la même chose. Vous voyez, on mourrait le lendemain du 11 septembre. Livrer Ben Laden, je ne sais pas ce que j'aurais pu faire tant je souffrais. J'aurais pu peut-être l'étriper. Et ainsi de suite.
Aujourd'hui, je vois ces journées avec mépris et je ne me rappelle pour l'essentiel que de la bonté, de l'héroïsme, de ceux qui ont réussi à traverser ces journées ou qui ont donné leur vie quand il s'agit des services de secours.
Parce que, au fond, on fait la part trop belle à cet attentat. L'attentat, c'est une chose, mais ce qui est important, c'est la grandeur humaine face à des événements aussi démesurés.
Vous voulez retenir la réaction plutôt que la destruction ?
Absolument.
Malgré tout, ils vous ont pris quelque chose, les terroristes du 11-Septembre, ce jour-là ?
C'est certain, c'est certain. Ils m'ont pris d'abord mon innocence et ils ont pris des milliers de vies. Et derrière toutes les conséquences que ces disparitions ont eues à l'intérieur des familles dévastées, déboussolées. Et tous ces gens, dont on dit qu'ils ont eu de la chance, moi, vous savez, j'insiste toujours sur ce statut de rescapé qui est un petit peu hybride d'une certaine manière, parce qu'on vous tape dans le dos en disant : « Tu as eu de la chance. » Ouais, non, je n'ai pas eu de la chance de vivre ces journées-là. J'ai eu de la chance de survivre, mais je me serais bien épargné ces journées, voyez-vous. C'est une journée dont je me serais volontiers passé.
Qu'est-ce que vous allez faire aujourd'hui, 25 ans après ce 11-Septembre ?
Ce 11 septembre, il y a un certain nombre de gens qui souhaitent m'entendre pour témoigner et je le fais avec plaisir, même si c'est un peu exigeant.
Mais j'aimerais que ces événements ne soient pas toujours analysés à travers la géopolitique et qu'ils soient simplement analysés en termes humains, sur l'importance qu'il y a à rebondir, à survivre et à accompagner l'aventure humaine comme ça. Parce que tout le monde sait que l'aventure humaine, c'est un peu dur, qu'il y a des choses qui ne sont pas belles dans la vie. Mais au fond, vous voyez, moi je suis là pour témoigner qu’on peut s'en sortir et puis qu’il y a de belles choses à faire.
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Fri, 11 Sep 2026 - 764 - Sébastien Martin: «L'argent public des Européens doit aller vers les industriels européens»
Ministre français délégué en charge de l'Industrie, Sébastien Martin est l'invité de RFI ce jeudi 10 septembre 2026. Alors que dans le cadre du Sommet international sur l'espace organisé à Paris, celui-ci plaide pour une « préférence européenne » y compris en matière spatiale, il se dit aussi favorable à la diminution de l'indemnité des ministres en vue de faire des économies dans la préparation du budget 2027 en France.
Thu, 10 Sep 2026 - 763 - Espace: «Avoir les capacités de réindustrialiser la France», déclare Ane Aanesland, PDG de ThrustMe
À l'occasion du tout premier Sommet international de l'espace qui se tient à Paris les mercredi 9 et jeudi 10 septembre, Ane Aanesland, PDG de ThrustMe, société française qui conçoit des systèmes de propulsion électrique pour satellites, est la grande invitée internationale de RFI.
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Wed, 09 Sep 2026 - 762 - «Les Russes et l'Amérique de Trump profitent de la désunion européenne», explique le chercheur Aurélien Duchêne
L'AfD vient de remporter une victoire historique en Allemagne en Saxe-Anhalt. Ce parti d'extrême droite ouvertement russophile considère qu'il faut arrêter l'aide à l'Ukraine, stopper les sanctions contre le gaz et le pétrole russe. Aurélien Duchêne, consultant en géopolitique et défense, enseignant à l'université catholique de Lyon, auteur du livre L'Europe et ses armées publié aux éditions Eyrolles, est le grand invité international de RFI.
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Tue, 08 Sep 2026 - 761 - Jean-Noël Barrot: «Ce qui se passe en Cisjordanie est scandaleux et indigne»
À l’occasion de la Fabrique de la diplomatie, événement annuel organisé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères consacré aux relations internationales et aux coulisses de la diplomatie, Jean-Noël Barrot a accordé un entretien à RFI. Dans cette interview, le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères est interrogé sur les grands sujets de l'actualité internationale. Il dénonce notamment « l’explosion de violence inédite » en Cisjordanie occupée, de la part de colons israéliens. Le ministre revient aussi sur la tension croissante avec la Russie et déclare à RFI qu'à chaque fois que « Vladimir Poutine a testé les limites des Européens, il a rencontré la fermeté et l'unité » de ces derniers. Il répond aux questions de Clotilde Dumay.
RFI : Nous enregistrons cet entretien dans le cadre de la Fabrique de la diplomatie, un événement qui dure jusqu'à ce samedi 5 septembre à Paris, qui est ouvert au public, qui réunit des chercheurs, tous ceux qui travaillent dans le milieu de la diplomatie, pour essayer de faire un peu mieux découvrir ce monde. Pourquoi est-ce important, peut-être plus d'ailleurs en période de campagne électorale en France ?
Jean-Noël Barrot : C'est important parce que la diplomatie, c'est l'affaire de tous, des Françaises et des Français, des jeunes, des étudiants. C'est pourquoi, l'année dernière, on a voulu organiser la première édition de cette fabrique qui réunit plusieurs centaines d'intervenants, qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants l'année dernière. On attend une affluence similaire cette année, avec une deuxième édition placée sous le thème de la Fabrique de la paix, considérant qu'en 2025, on a atteint le record de conflictualité dans le monde du nombre de conflits armés auxquels participe un État depuis 1946 et qu'il est impératif de retrouver une manière de fabriquer la paix.
Vous avez aussi annoncé vendredi 5 septembre que la France allait abandonner la projection cartographique dite « de Mercator ». Cela va permettre d'apporter une meilleure représentation de certains pays du Sud, notamment de l'Afrique. Pourquoi faire cette annonce et ce choix ?
Parce que la fabrique de la paix commence dans les esprits. C'est une question de récit et de perception du monde. Le problème, c'est qu'effectivement, on a utilisé des cartographies par habitude, pendant des siècles, qui avaient tendance à déformer les proportions des continents les uns par rapport aux autres. C'est le cas de cette cartographie dite « de Mercator », qui initialement a été conçue pour la navigation, dont le grand avantage est de permettre la navigation à cap constant. Mais elle a le gros inconvénient de faire apparaître les États-Unis, la Russie et la Chine comme beaucoup plus gros qu'ils ne le sont, relativement à l'Asie du Sud-Est, à l'Afrique ou à l'Amérique du Sud. Nous avons besoin de regarder le monde en vérité, et c'est pourquoi le ministère des Affaires étrangères – qui a vocation à diffuser les récits ou les récits pour opposer à ceux qui voudraient nous assigner, nous enfermer dans des logiques de blocs, des récits alternatifs – va faire évoluer l'usage de ces cartographies pour ne plus utiliser la représentation dite « de Mercator » par défaut, mais pour utiliser, selon les usages, les cartographies qui seront les plus adaptées, telles que les scientifiques et les cartographes nous les auront indiquées. J'ajoute que c'était l'une des annonces de cette Fabrique. La deuxième, c'est cet appel à une nouvelle culture de la paix qui a été lancé par 145 jeunes venus du monde entier qui, pour la première fois à l'Unesco hier, ont exprimé leurs revendications pour que le 21e siècle ne soit pas larvé par la guerre, mais qu'ils puissent ouvrir les nouveaux chemins vers la paix qui commence dans les esprits.
On parle beaucoup des tensions croissantes entre la Russie et l'Allemagne. La Russie a décidé de fermer des centres culturels allemands, l'Allemagne va fermer le dernier consulat russe sur son territoire à Bonn. Pour la première fois cette semaine, l'Allemagne a officiellement attribué à la Russie la responsabilité d'une attaque hybride sur son sol. Cela concerne les deux drones explosifs retrouvés à l'aéroport de Leipzig. Vous avez convoqué le chargé d'affaires russe, le bras droit de l'ambassadeur russe, pour exprimer « votre protestation la plus vive », selon vos termes. Est-ce à la hauteur de ce que l'Allemagne qualifie clairement de guerre hybride ? Ne faut-il pas aller plus loin désormais ?
C'est-à-dire ?
De nouvelles sanctions pourraient-elles être prises ?
Ne tombons pas dans le piège de Vladimir Poutine et ne donnons pas raison à ses mensonges.
Un cap a été franchi cette semaine ?
Et la réponse a été immédiate, très ferme de la part de l'Allemagne et très unie de la part de tous les Européens. Mais ne nous laissons pas enfermer dans le rôle dans lequel Vladimir Poutine voudrait nous assigner. Je parlais des récits à l'instant. Ce que Vladimir Poutine voudrait tenter de faire croire au monde, c'est que les Européens sont bellicistes, qu'ils veulent la guerre avec la Russie et qu'ils veulent l'escalade.
Vladimir Poutine teste les limites...
Et oui. À chaque fois qu'il a testé les limites, qu'a-t-il rencontré ? Il a rencontré la fermeté et l'unité des Européens. Rien de tout cela va nous faire dévier de notre cap. Quel est notre cap ? C'est le soutien à l'Ukraine. Le soutien financier, le soutien énergétique, le soutien militaire. C'est la pression sur la Russie avec...
Ce soutien, c'est l'Allemagne qui le porte en premier. Si elle est ébranlée aujourd'hui par la Russie...
La France, l'Allemagne, la Pologne sont des cibles prioritaires de la Russie, de Vladimir Poutine, depuis le 24 février 2022. Parce que Poutine voit bien que la France, l'Allemagne et la Pologne sont indéfectiblement en soutien de l'Ukraine. Rien de surprenant là-dessus. Ce que je dis, c'est que nous allons tenir à notre stratégie parce qu'elle fonctionne. Soutien à l'Ukraine, je l'ai dit, financier et énergétique.
Elle fonctionne, malgré les cyberattaques qui se multiplient ?
Bien sûr ! Vladimir Poutine est en échec absolu. Regardez la situation en Russie, où il y a des pénuries de carburant, où l'économie s'effondre, où le déficit atteint des records, où les taux d'intérêt sont extrêmement élevés. La population russe souffre des choix délirants de Vladimir Poutine aujourd'hui.
Nous aussi, d'une certaine manière.
Dans des proportions bien moindres. Si Vladimir Poutine est en échec à la fois militaire, économique et politique, voire diplomatique, c'est parce que nous avons pris, nous Européens, à l'unanimité, des paquets de sanctions qui visent à la fois le complexe militaro-industriel, mais aussi les responsables des actes de déstabilisation de nos démocraties qui sont visées par Vladimir Poutine. Nous avons privé Vladimir Poutine de 500 milliards d'euros qu'il aurait sinon engouffrés dans sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Vladimir Poutine, c'est simple, contrôle moins de la moitié des territoires qu'il contrôlait au printemps 2022. Il perd 35 000 hommes sur le front et ne fait aucun progrès.
Toujours en Allemagne, un autre sujet qui percute sans doute aussi la guerre en Ukraine, un scrutin régional qui va être observé dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, où l'AFD a moyen de l'emporter. Ce sera la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que l'extrême droite pourrait prendre le pouvoir dans un Land. Comment observez-vous cette montée de l'extrême droite chez l'un des premiers partenaires de la France ? Cela peut-il compliquer les discussions entre les deux pays ?
Ce qui est clair, c'est qu'il ne faut pas compter sur l'extrême droite, ni en France ni en Allemagne, pour cultiver les solidarités irréversibles que, génération après génération, des esprits visionnaires de chaque côté du Rhin ont su tisser entre nos deux pays pour écarter durablement le spectre de la rivalité, du conflit et éventuellement de la guerre. L'extrême droite, en France comme en Allemagne, à l'Union européenne dans son viseur, en quelque sorte. Donc la responsabilité de ceux qui croient dans ce projet européen, dans la force de la démocratie et de ses valeurs, c'est de déployer toute l'énergie nécessaire pour faire échec au projet de l'extrême droite, que ce soit en France, en Allemagne ou ailleurs.
Au Moyen-Orient, l'Iran a de nouveau ciblé des bases américaines en représailles à des frappes des États-Unis. Que faut-il comprendre aujourd'hui de la stratégie américaine ? Échangez-vous régulièrement avec de hauts responsables américains sur ce qui se passe? Que comprenez-vous ?
On est l'un des pays du monde – qui ne sont pas si nombreux – à avoir des lignes ouvertes avec toutes les parties de ce conflit, dont on voit bien qu'il ne parvient pas à cesser, faute d'application, par l'Iran notamment, mais pas seulement, mais surtout par l'Iran... Il me semble qu'on était arrivé à un point d'accord qui a même été trouvé à Versailles.
Ce sont les États-Unis, pourtant, qui ont frappé dimanche 30 septembre...
À l'expiration de cet accord. Bref, les termes de l'accord ont été fixés entre les deux parties. Les deux parties doivent s'y tenir et les négociations doivent pouvoir s'ouvrir dans le même temps. Parce qu'on n'est pas que des commentateurs et des passeurs de messages...
C'est un peu l'impression que l'on peut avoir de la part des Européens.
Non, les Européens ne sont pas des passeurs de messages. Les Européens travaillent à diversifier leurs routes d'approvisionnement parce qu'il est tout simplement inacceptable que nous soyons dans une situation à payer le prix de guerre que nous n'avons pas choisi, qui n'est pas le nôtre parce qu'un détroit est bloqué, que cela a un impact sur les prix du pétrole, que cela se répercute sur notre économie, notre budget et nos recettes fiscales et notre pouvoir d'achat. Cela, on n'en veut plus. L'Europe, avec ses partenaires dans la région, a accéléré le travail sur la diversification des routes commerciales pour ne plus jamais être dans cette situation.
Un mot aussi sur les violences, qui sont de plus en plus récurrentes en Cisjordanie occupée à l'encontre des Palestiniens de la part des colons israéliens. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu dit condamner ces violences. L'armée israélienne est quand même l'une des plus puissantes dans la région. Pourquoi est-ce qu'elle échoue, selon vous, à endiguer ces violences de plus en plus prégnantes? Est-ce que l'État israélien, d'une certaine manière, laisse faire ce qui se passe ?
C'est une bonne question. Comme vous, j'ai relevé la condamnation, non seulement du Premier ministre Netanyahou, mais aussi du président israélien et du ministre israélien des Affaires étrangères. J'aurais souhaité que les mots soient plus forts encore, parce que ce qui se passe en Cisjordanie aujourd'hui est proprement scandaleux et indigne, porte atteinte à la dignité du peuple palestinien, mais aussi à la sécurité d'Israël et à la solution à deux États. Il faut des mots beaucoup plus forts et j'aurais voulu des actes pour que cesse cette explosion de violence inédite, que l'on n'a jamais vue dans l'histoire des territoires occupés par Israël en Palestine.
Quels actes de la part des Européens ? Stopper le commerce avec l'État israélien ? Cela fait partie des choses que vous évoquez, en tout cas sur la Cisjordanie occupée ?
D'abord, nous avons pris des sanctions à plusieurs reprises contre des individus ou des entités, et même un ministre israélien du fait de ses encouragements à la colonisation illégale, extrémiste et violente. Ensuite, nous voulons que soit restreint le commerce entre les colonies qui sont illégales et l'Union européenne. Parce qu'il n'est pas normal que l'Union européenne...
Pour l'instant, tous les Européens ne partagent pas cette volonté...
Mais j'ai plaidé une nouvelle fois cette semaine pour que nous puissions avancer sur ce sujet. Les colonies sont illégales. Il n'est pas normal que l'Union européenne puisse soutenir ce commerce. Rappelez-vous que, lorsque la Crimée a été illégalement occupée par la Russie, l'Union européenne, dès 2014, a mis fin aux importations en provenance de la Crimée. C'est la même chose que nous devons faire avec les colonies illégales. Il faut un accord européen pour cela. Il y a un autre point qui est très important : ce sont les élections législatives palestiniennes attendues en novembre, l'élection présidentielle attendue au premier trimestre 2027. Il est temps pour le peuple palestinien de pouvoir se lever et s'exprimer devant le monde entier, en se choisissant des chefs, en se choisissant des leaders. Il n'y a pas de meilleure manière pour un peuple d'affirmer son droit à l'existence et à l'autodétermination que de le faire au travers d'élections. Et c'est pour ça que j'ai demandé et obtenu de l'Union européenne qu'une mission soit envoyée dès le mois de septembre pour soutenir coûte que coûte ces processus électoraux.
Une semaine après la mutinerie au Niger qui a fait vaciller le pouvoir du général Abdourahamane Tiani, la France a été accusée directement à la télévision nationale nigérienne d'avoir participé à cette mutinerie, d'avoir soutenu en tout cas cette mutinerie. Quelle est votre réponse et quel est votre regard sur les événements qui se sont déroulés samedi 29 août à Niamey ?
Que ce ne sont que des pures fantaisies. Il n'y a ni intention ni moyen que la France aurait pu ou voulu mobiliser. Tout cela est, comme d'habitude, une manière de pointer du doigt, à tort, une responsabilité de la France qui n'existe tout simplement pas.
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Sat, 05 Sep 2026 - 760 - Italie: Giorgia Meloni «reste populaire, incontestablement», malgré un bilan contrasté
Giorgia Meloni est à la tête du gouvernement italien depuis 1 413 jours consécutifs, et c'est un record établi ce vendredi 4 septembre. Elle devance désormais Silvio Berlusconi. La présidente du Conseil est en poste depuis octobre 2022. C'est assez rare dans un pays qui a connu presque 70 gouvernements en 80 ans. Elle se projette même maintenant vers les élections législatives de l'an prochain. Marc Lazar, professeur à Sciences Po et à l’université Luiss de Rome et spécialiste de la vie politique italienne, revient sur cette situation.
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Fri, 04 Sep 2026 - 759 - Pétrole vénézuélien: «C'est un accord désastreux qui porte atteinte aux intérêts du pays»
Rafael Ramirez, ancien ministre du Pétrole du Venezuela (2002-2014), ancien président de la compagnie pétrolière d’État du Venezuela (PDVSA, 2004-2014) et bras droit du président Hugo Chavez, avant d'être écarté du pouvoir par son successeur, Nicolas Maduro, est l'invité du jour. Il revient sur l'accord pétrolier dit « historique » conclu dernièrement avec les États-Unis et sur la situation politique du Venezuela.
RFI : Comment voyez-vous l'accord annoncé par Donald Trump sur le pétrole vénézuélien ? Le « plus grand accord pétrolier de l'histoire » selon lui. Est-ce un bon accord selon vous ?
Rafael Ramirez : Non, pas du tout. C'est un accord désastreux qui porte atteinte aux intérêts du pays. C’est une régression dans l’histoire de notre secteur pétrolier car on nous arrache le contrôle de 65 milliards de barils de pétrole, 21% de nos réserves. Et puis, les États-Unis agissent comme si nous étions une province de leur pays. On ne connait pas les détails de l'accord. Mais ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit de céder cette énorme quantité de réserves de pétrole. Il s’agit là d’une confiscation de nos ressources et d’un abandon de notre souveraineté nationale.
Dans un communiqué, la Maison Blanche parle d'une concession de 100 ans. Vous parlez d'un pillage…
Oui, parce que tout d’abord, 100 ans, c'est une spoliation. D'autant plus que le Pentagone, donc les forces armées nord-américaines, sont partie prenante de cet accord. C’est un modèle néocolonial imposé à la suite des événements du 3 janvier, quand notre pays a été bombardé, que les forces armées vénézuéliennes n’ont pas riposté… mais le gouvernement de Delcy Rodríguez a déclaré qu'il ferait tout ce que Washington lui demanderait. Depuis, nous sommes sous tutelle américaine.
Effectivement il y a eu cette intervention militaire, l'enlèvement de Nicolas Maduro. De nombreux chercheurs parlent du Venezuela comme d'un protectorat des États-Unis à l'heure actuelle. Quelle était la marge de manœuvre de la présidente par intérim selon vous ? Elle avait le choix, Delcy Rodriguez, ou bien l'administration Trump lui a mis le couteau sous la gorge ?
L'administration Trump peut bien lui mettre le couteau sous la gorge, mais regardez ce qui se passe en Iran (et je ne vais pas remonter jusqu'à la guerre du Vietnam). L'Iran, malgré la supériorité militaire du pays agresseur, a tenu tête. Et il mène une guerre existentielle. Et Trump, s'il n'y a pas de répondant face à lui, prendra tout ce qu'il peut. Donc bien sûr que Delcy Rodriguez aurait pu s’y opposer. Si vous n'êtes pas prêts à défendre le pays jusqu'au bout, il faut laisser la place à quelqu’un d’autre qui soit prêt à le faire.
L'opposition et de nombreux Vénézuéliens réclament des élections libres dans le pays. Les États-Unis laissent entrevoir la possibilité d'une transition même s'ils n'évoquent pas d'échéance claire. Début août, des discussions ont eu lieu à Caracas entre des représentants de l'opposition et du gouvernement intérimaire. Vous pensez qu'il y aura bientôt des élections au Venezuela ?
Selon la Constitution vénézuélienne qui est toujours en vigueur – du moins sur le papier –, en cas de vacance absolue du pouvoir présidentiel, comme c’est le cas de Nicolás Maduro, des élections auraient dû être organisées dans un délai maximal de six mois. Ça n'a pas été le cas. Et puis Delcy Rodriguez n'a pas été élue. Comment est-il possible qu’un gouvernement dépourvu de légitimité modifie les lois du pays et conclue ce genre d’accords pour se maintenir au pouvoir ?
Il est clair maintenant que les États-Unis ne s’intéressent pas à la démocratie dans le pays. Ce qu’ils cherchent avant tout, ce sont leurs intérêts économiques. Et c'est désastreux pour notre souveraineté et pour le développement du pays. Aucun pays du golfe n’accepterait que les États-Unis s’approprient 65 milliards de barils de leurs réserves. Aucun !
Si des élections avaient lieu, dans un ou deux ans par exemple, vous seriez candidat ?
Je suis ici en exil, car victime de persécution politique. Je reste un homme de gauche, progressiste, et avant tout, nationaliste et bolivarien. J'espère que ça sera possible. Je veux rentrer dans mon pays pour aider et me battre pour notre avenir. On nous arrache notre avenir. Alors qu’avec Chávez, nous dirigions un pays dont l’économie était parmi les plus solides d’Amérique latine. L'avantage, c'est que je suis encore jeune : j’ai 63 ans et je veux me battre pour mon pays. Alors bien sûr, j’essaierai de revenir et de faire tout ce que je peux pour aider notre peuple.
En 2017, vous avez été écarté du pouvoir. Ensuite vous avez obtenu l'asile politique en Italie. Vous auriez voulu succéder à Hugo Chávez en lieu et place de Nicolás Maduro ? C'est pour ça que vous avez été écarté selon vous ?
Sans aucun doute. J’ai été ministre du Pétrole pendant 12 ans sous Hugo Chávez. J’étais à la tête du secteur le plus important de l'économie du pays, avec beaucoup de succès, en termes de croissance et de politiques sociales. Puis Chávez est mort et, à ce moment-là, le nouveau président, Nicolas Maduro, a décidé que personne ne devait lui faire de l’ombre. Il a lancé une purge interne, et démantelé toute l’équipe économique de Chávez, moi y compris. Ils voulaient le contrôle de l'entreprise pétrolière d'État, PDVSA. Ils l'ont eue, et ils l'ont détruite.
Mais la crise du secteur pétrolier prend racine et a même commencé sous Hugo Chávez… Avant de déboucher sur une gigantesque crise économique qui n'est pas finie aujourd’hui, et qui a entraîné l’exode de 8 millions de Vénézuéliens. Avec le recul, qu'auriez-vous fait différemment pour éviter qu'une crise d'une telle ampleur ne se produise ?
Si vous regardez les données de l'OPEP (l'organisation des pays exportateurs de pétrole), il n'y avait pas de crise pétrolière avant 2013.
Mais en 2012, par exemple, plus de 40 personnes ont été tuées dans l'explosion d'une raffinerie, alors que des syndicalistes alertaient depuis des années au sujet du manque d'investissements et du manque d'entretien…
L'explosion dont vous parlez concerne la raffinerie d'Amuay. Une enquête avait été ouverte pour des soupçons de sabotage. Toutes nos raffineries étaient en parfait fonctionnement. L'économie se portait bien. La crise a commencé quand Nicolas Maduro s'est attaqué à PDVSA. Ils l'ont détruite. Ils ont détourné son budget. Ils ont arrêté d'investir. Et on le voit dans les chiffres ensuite, avec ce déclin, cet effondrement sans précédent dans un pays de l'Opep.
Mais déjà pendant que vous étiez aux responsabilités, l'entreprise a perdu des milliers d'ingénieurs. Et le manque d'investissements et d'entretien avait déjà commencé aussi. C'est ce qu'expliquent, par exemple, des économistes spécialistes de l'énergie…
Vous savez sûrement que le secteur pétrolier est très politisé. Le chaos et la crise ont commencé avec Maduro et se sont aggravés sous Maduro. Et nous en arrivons aujourd’hui à cette situation d’un gouvernement placé sous tutelle nord-américaine.
... Votre gestion à vous aussi est contestée. Quand vous étiez ministre et président de PDVSA, des milliards de dollars ont été détournés de l'entreprise. Et votre propre cousin Diego Salazar est soupçonné d'avoir dirigé un de ces réseaux de détournement de fonds. Comment cela a-t-il pu se produire, un détournement de fonds d'une telle ampleur, alors que vous étiez aux responsabilités ?
Ce que vous dites est faux. Je regrette que Radio France Internationale fasse de telles déclarations…
… Toute une série de comptes ont été gelés en Andorre. Le journal espagnol El País a aussi publié plusieurs enquêtes journalistiques à ce sujet…
La personne dont vous parlez est en prison depuis huit ans, sans aucun procès, ni rien. Cette affaire a été montée de toute pièce. Mais cela n'a rien à voir. On est en train de nous voler 65 milliards de barils de pétrole. Vous ne vous rendez pas compte de l'ampleur de ce qui est en train de se produire : on nous vole toutes nos ressources actuelles et futures. Ils sont en train de piller notre pays.
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Thu, 03 Sep 2026 - 758 - Face aux États-Unis, «le Canada a pris la décision de se tenir debout pour protéger sa souveraineté»
La guerre commerciale est déclarée entre les États-Unis et le Canada. Les deux pays voisins s'accablent mutuellement de nouveaux droits de douane. Le Canada envisage de renforcer son partenariat avec l'Union européenne. L'ancien Premier ministre du Québec et membre du Conseil sur les relations Canada-États-Unis Jean Charest, est l'invité de RFI.
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Wed, 02 Sep 2026 - 757 - «L'IA est déjà à l'école, il faut faire avec et comprendre ses risques», estime Anne Bouverot
Anne Bouverot, co-présidente du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique et présidente du conseil d'administration de l'École normale supérieure, est l'invitée de RFI ce 1er septembre. En ces jours de rentrée scolaire, réflexions autour de l'usage de l'intelligence artificielle à l'école. Le CIANum préconise des temps avec et sans IA.
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Tue, 01 Sep 2026 - 756 - «Nous voyons venir la catastrophe après 2050», alerte le climatologue Jean Jouzel
Le climatologue et ancien vice-président du conseil scientifique du GIEC, Jean Jouzel, est l'invité de RFI ce 31 août 2026. Au dernier jour de l'été météorologique dans l'hémisphère Nord, il tire le bilan d'un été de canicules, de sécheresse et d'incendies. Jean Jouzel constate que les scientifiques avaient prévu la catastrophe. Il s'inquiète de l'absence de prise de conscience des responsables politiques.
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Mon, 31 Aug 2026 - 755 - Festival Visa pour l'image: «On aura toujours besoin de photos-reporters sur le terrain qui rapportent l'information»
C'est la grand-messe du photojournalisme. Le festival Visa pour l'image débute ce samedi 29 août à Perpignan dans le sud de la France. Trente-huitième édition et toujours le même objectif : mettre en avant le travail des reporters-photos partout dans le monde et rappeler la puissance de l'image pour raconter l'évolution de notre planète. Un rôle peut-être remis en question à l'ère de l'IA, des images génératives, où la photo n'est plus épargnée par la désinformation. Delphine Lelu, directrice générale du festival Visa pour l'image, est notre invitée.
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Sat, 29 Aug 2026 - 754 - Assèchement des sols: «Il faut revoir toute la géographie agricole française»
Alors que le cœur de la période estivale s'achève en Europe, l'heure est au bilan après un été marqué par des canicules sans précédent et des incendies ravageurs. En France, la ministre de l'Agriculture fera le point jeudi 3 septembre avec les préfets sur le coût des quatre vagues de chaleur pour le secteur agricole français. Serge Zaka, ingénieur agronome, docteur en agroclimatologie et chasseur d'orages, alerte sur le changement climatique.
Fri, 28 Aug 2026 - 753 - Sophie Adenot: «On voit les conséquences du changement climatique depuis l'espace»
Une semaine après sa première sortie historique, l'astronaute française Sophie Adenot s'est aventurée une deuxième fois à l'extérieur de la Station spatiale internationale (ISS) pour terminer d'y remplacer une antenne défectueuse, aux côtés de l'astronaute américain Anil Menon. Depuis l'ISS, Sophie Adenot a répondu aux questions de Baptiste Coulon et Sylvain Rousseau pour RFI et France24.
RFI : Vous avez réalisé deux sorties extravéhiculaires dans l'espace en à peine une semaine pour des opérations de maintenance. On sait que c'est très éprouvant physiquement. Comment vous sentez-vous ?
Sophie Adenot :Psychologiquement, mentalement, je me sens super bien. Mission accomplie. On a réussi à réparer cette antenne malgré tous les soucis qu'on a pu avoir avec les connecteurs électriques, avec les vis, etc. Franchement, on a tout accumulé. Tous les pépins mécaniques que l'on pouvait imaginer, on les a eus. Et malgré tout, on a réussi à le faire. Mission accomplie. La nouvelle antenne est installée. Les équipes ont déjà commencé les premiers tests. On attend bientôt les résultats de la fin des tests. On espère que les tests seront fructueux. Mais pour l'instant, tout semble bien se passer. Donc psychologiquement, mentalement, c'est la grande victoire. Cela n'a pas été facile mais on a réussi, tous, en équipe, avec les équipes de Houston qui nous guidaient, les équipes internes en station, ici, Jack Hathaway et Jessica Meir, qui pilotaient le bras robotique et qui nous ont aidés à nous préparer le matin et à nous déséquiper le soir. Et puis bien sûr avec ce binôme, cette équipe, avec Anil Menon.On était vraiment synchrones et on arrivait à vraiment faire du travail bien coordonné pour arriver à faire ce que l'on devait faire. Pour l'aspect psychologique et mental, c'est super bien. Pour l'aspect physique, c'est sûr que je suis un peu courbaturée. Mais bon, le lendemain d'une sortie extravéhiculaire, je pense que c'est normal. Le scaphandre est une bête à dompter, c'est énorme, ça pèse lourd, chaque mouvement est fatigant. Chaque mouvement du bras, de la main. Tenir un objet, c'est une dépense énergétique incroyable. Donc oui, pour tout vous avouer, je suis un petit peu courbaturée, mais c'est pas grave, ça va passer.
Racontez-nous le moment où la porte s'ouvre et où, pour la première fois, vous faites vos premiers pas dans l'espace. Que ressent-on ? Les sensations sont-elles conformes à celles que vous aviez anticipées ?
Oui et non. Chacun a sa manière de vivre l'expérience. Moi, je m'étais préparé en recueillant les témoignages de différentes personnes pour demander quelles étaient leurs expériences. Entre la première et la deuxième sortie extravéhiculaire, je l'ai ressenti d'une manière différente. La première sortie extravéhiculaire, c'était une joie intense, mais vraiment. Ça y est, le sas s'ouvre, j'y suis ! Mais en même temps assorti d'un peu d'appréhension parce que forcément, c'est le grand saut dans l'inconnu, si je puis dire. Une joie assortie d'un peu d'appréhension. Pour la deuxième sortie extravéhiculaire, comme c'était la suite de la première et que, durant la première, on a eu beaucoup de soucis techniques, il y avait une certaine forme de pression qui nous donnait vraiment envie d'arriver à installer cette nouvelle antenne. Des fois la mécanique nous joue des tours. Donc une certaine forme de pression. Pour cela, je me suis appuyé sur les conseils de Claudie Haigneré qui m'a envoyé un e-mail la veille, donc avant-hier, et qui m'a dit : « Sophie, fais confiance aux équipes. Fais confiance à tout ce que tu as appris. Fais confiance aux procédures. Fais confiance aux câbles qui te relient à la station. Fais confiance au câble qui relie les outils à ton sac. » Je me suis vraiment accrochée à ce conseil. Merci encore. Je lui témoigne tous mes remerciements parce que, quand le sas s'ouvre, on se dit que c'est le moment de faire confiance à tout ce qu'on a appris. Les équipes sont prêtes, on est prêts, nous, en équipage, et donc : « Let's go ! »
D'avoir fini cette mission en deux sorties au lieu d'une seule, comme c'était initialement prévu, n'y a-t-il pas une frustration pour l'astronaute que vous êtes, ou est-ce, au contraire, l'opportunité de faire deux sorties pour le prix d'une ?
Pas du tout de frustration parce qu'au vu de tous les pépins techniques que l'on a rencontrés, c'est un miracle d'avoir réussi à passer cela en deux sorties et pas plus. Clairement, on a eu tous les problèmes de connecteur électrique, de boulons, etc. Les équipes étaient prêtes, on avait des pages, une trentaine de pages de cas non conformes possibles et imaginables. On les a eus quasiment tous. Au final, je me dis que c'est plutôt bien joué d'avoir réussi à passer cela en deux sorties tout en ayant le matériel qui fonctionne derrière. Je vais rester positive.
Nous terminons un été de tous les records, notamment en Europe, avec des chaleurs extrêmes, avec des incendies d'ampleur. À quel point vous êtes-vous rendu compte visuellement, de là où vous êtes, de toutes les conséquences du changement climatique ? Pourriez-vous nous donner des exemples concrets de ce que vous voyez ?
Effectivement, le changement climatique – ou du moins les étés secs et chauds –, on les voit, c'est flagrant. Ce qui m'a le plus marqué quand on est arrivé dans cette saison sèche, c'est de voir la différence de couleur de la France. Tout cet hiver – parce qu'on a décollé au mois de février – la France était verte. Et depuis l'été, tout est gris et jaune comme un champ de blé coupé. C'est vraiment marquant, la différence de la couleur de la France dans son ensemble. C'est la première chose. La deuxième, c'est que l'on voit les feux, mais on voit surtout les nuages de fumée qui s'en dégagent. Quand il y a du vent, on voit la grande traînée de vent qui amène la fumée. C'est assez marquant. Concernant le changement climatique aussi, on voit les lacs qui s'assèchent. L'exemple le plus flagrant, c'est la mer d'Aral, que l'on voit rapetisser rapidement. D'ailleurs, dans les endroits où il n'y a plus d'eau, on voit que cela s'est transformé en forêt. C'est intéressant à voir. J'ai vu aussi des îles inondées : la première fois, ça m'a surpris, je pensais pas pouvoir voir ça depuis là-haut. Des îles où l'on voyait juste une petite couche d'eau au-dessus des atolls. On se rendait compte que, en dessous, il y avait une île, probablement il y a quelques années. Oui, les conséquences du changement climatique, on les voit très clairement depuis là-haut.
Le fait d'avoir passé du temps dans ce poste d'observation extrêmement privilégié a-t-il changé votre regard ? Vous sentez-vous investi d'une mission, avec tout ce que vous avez pu observer ?
Bien sûr. C'est une expérience transformatrice. Je souhaite à beaucoup de personnes de pouvoir la vivre, parce que la manière dont on voit la terre n'est plus la même. Je suis pas encore rentré sur terre, je verrai au retour. Mais c'est clair que l'expérience est vraiment transformatrice. Ce que j'aurais envie de partager à mon retour, c'est cette perspective et ce que l'on voit depuis là-haut, pouvoir échanger avec les gens et partager cette perspective. Si ça peut susciter des dialogues, des idées, une avancée dans certains domaines, pour prendre soin de la terre. Oui, ce sera une partie de ma mission au retour.
La fin de votre mission approche. On vous attend de retour sur Terre d'ici à un mois environ. Est-il temps de dresser un premier bilan ? Si oui, quel est-il ? Quel bilan tirez-vous de cette première exploration dans l'espace ?
Un bilan qui se passe bien. J'ai réussi à faire quasiment toutes les expériences scientifiques jusqu'à maintenant. On a réussi à cocher toutes les cases des objectifs qui ont été menés. Il en reste quelques-uns d'ici à la fin et d'ici au retour sur Terre. Plus les sorties extravéhiculaires, plus le fait d'avoir réussi aussi à transmettre aux Français et aux autres nationalités qui voulaient bien écouter, mais aux Français en particulier, ce que je vivais là-haut dans l'espace et mon expérience pour éventuellement susciter des vocations. Je pense que le bilan final restera à définir. Mais en tout cas, pour moi, l'ayant vécu ici, je trouve qu'il est très positif.
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Wed, 26 Aug 2026 - 751 - Barbara Pompili: à la COP17, «les États-Unis font des blocages sur beaucoup de sujets»
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Mon, 24 Aug 2026
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