Filtrar por gênero
Éco d'ici éco d'ailleurs

Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.
- 294 - Cybersécurité : l'intelligence artificielle, amie des entreprises?
Rançons, vols de données, interruptions d’activité, assurances et investissements dans la protection : le coût des cyberattaques explose. Comment fonctionnent ces réseaux criminels ? Comment les entreprises et les États peuvent-ils se défendre ? Dans le monde entier, la cybersécurité est désormais un enjeu de souveraineté et de croissance. Une problématique augmentée par le développement de l'intelligence artificielle, à la fois alliée et ennemie des acteurs économiques.
NOS INVITÉS
Matthieu Wallich-Petit, membre du comité exécutif de KPMG France, auteur du Global CEO Outlook 2026
Andréanne Bergeron, professeure associée au Département de criminologie de l'Université de Montréal (Canada), spécialiste de la criminalité numérique
Clément Domingo, hacker éthique (cofondateur de l’ONG Hackers Sans Frontières), entrepreneur et conférencier en cybersécurité
Franck Kié, président-fondateur de Ciberobs et commissaire général du Cyber Africa Forum les 16 et 17 novembre 2026 à Cotonou (Bénin)
Le risque cyber, priorité n°1 des entreprises
Matthieu Wallich-Petit commente l'étude Global CEO Outlook 2026 du cabinet de conseil international KPMG. Il a interrogé près de 1.400 dirigeants de grandes entreprises dans le monde. La cybersécurité s'impose désormais comme une préoccupation majeure des dirigeants, devant d'autres risques économiques et géopolitiques. Les attaques menacent la continuité de l'activité, la réputation des entreprises et la protection des données. Elles obligent les organisations à investir dans leurs systèmes de défense, à recruter des spécialistes et à former leurs salariés.
Clément Domingo rappelle que le risque ne concerne plus uniquement les grands groupes : « Absolument tout le tissu économique est touché », des TPE aux grandes entreprises.
Le coût économique des cyberattaques : pertes, rançons et interruptions d'activité
Au-delà des rançons, une cyberattaque peut entraîner des pertes de chiffre d'affaires, des dépenses de remise en état, des licenciements et parfois la fermeture d'une entreprise. Les conséquences dépassent largement les seuls dégâts informatiques.
Franck Kié insiste sur l'importance de prendre en compte toutes les conséquences économiques : « La cybersécurité aujourd'hui est devenue un risque majeur pour les économies africaines. Elle ne doit plus être appréhendée uniquement comme une dépense informatique, mais comme un risque financier en tant que tel à anticiper. »
Les cybercriminels : une économie organisée et professionnalisée
Loin de l'image du pirate informatique isolé, la cybercriminalité repose sur des écosystèmes dans lesquels les rôles sont répartis : développement d'outils, recherche de failles, revente de données, commercialisation d'accès aux systèmes et blanchiment de l'argent. Andréanne Bergeron explique que les acteurs sont très diversifiés : « Ils ont leur modèle d'affaires et pour qu'ils fonctionnent bien, ça dépend de plein de choses. »
La chercheuse distingue notamment les spécialistes techniques, les opérateurs et les intermédiaires. Certains groupes ciblent des organisations précises ; d'autres exploitent massivement les vulnérabilités accessibles. Clément Domingo observe également la montée en puissance de jeunes cybercriminels, parfois motivés par la recherche de reconnaissance autant que par le gain financier.
Des réseaux internationaux et des circuits financiers opaques
Les frontières physiques protègent peu contre des groupes criminels capables de coordonner leurs opérations depuis plusieurs pays. Les réseaux peuvent répartir les compétences, exploiter les différences de législation et chercher refuge dans des juridictions où le risque de sanction est moindre.
Après une attaque, les gains peuvent être transférés entre plusieurs banques, convertis en cryptomonnaies ou acheminés par des intermédiaires. Le blanchiment complique le travail des enquêteurs, tandis que certaines personnes impliquées ignorent qu'elles participent à une organisation criminelle. Andréanne Bergeron rappelle toutefois que les données scientifiques permettant de mesurer précisément ces circuits, notamment le rôle des cryptomonnaies, restent limitées.
Le Royaume-Uni, révélateur de l'ampleur du risque
La correspondante de RFI à Londres, Émeline Vin, présente les chiffres britanniques : deux entreprises sur cinq auraient connu un incident cyber entre avril 2025 et avril 2026, et trois sur cinq parmi les plus grandes entreprises. Les incidents comprennent notamment le hameçonnage, le vol d'identité et les rançongiciels. Leur coût cumulé pour l'économie britannique est estimé à plus de 15 milliards d'euros par an.
Le gouvernement britannique a engagé des programmes de sensibilisation et de renforcement de la résilience. Mais la prévention ne suffit pas à garantir une protection totale : les autorités elles-mêmes reconnaissent que les systèmes de défense pourront être compromis.
L'Afrique face à la montée de la cybercriminalité
Le continent africain n'est pas épargné par les cyberattaques. Des institutions publiques, des entreprises et des services numériques sont touchés, tandis que les investissements dans la protection restent insuffisants. La numérisation rapide des économies n'a pas toujours été accompagnée de mesures de sécurité adaptées. Les attaques visant des services publics au Sénégal, ainsi que des incidents signalés en Côte d'Ivoire, au Maroc et en Afrique du Sud, interrogent la capacité des États à protéger leurs données et leurs infrastructures.
Franck Kié constate une prise de conscience progressive, mais juge que celle-ci ne se traduit pas encore suffisamment en actions concrètes. Clément Domingo souligne également les risques liés aux failles techniques et aux mises à jour négligées. Il rappelle que les cybercriminels exploitent souvent des vulnérabilités faciles d'accès, plutôt que de viser systématiquement les entreprises les plus rentables.
L'intelligence artificielle, accélérateur des attaques et outil de défense
L'intelligence artificielle bouleverse les équilibres de la cybersécurité. Elle permet de repérer plus rapidement certaines failles, mais offre aussi à des acteurs peu expérimentés des moyens d'attaquer des systèmes informatiques. Clément Domingo s'inquiète de cette nouvelle capacité : « Elles vont forcément trouver de plus en plus de vulnérabilités. Mais comment nous aussi, côté humain, on peut utiliser ces IA pour se protéger. »
L'émission revient sur la découverte de failles dans des logiciels très utilisés et sur la mise hors ligne préventive de nombreux sites Internet. Elle aborde aussi les différences entre les modèles d'IA, leurs garde-fous et les risques liés aux outils ouverts. L'enjeu consiste à exploiter les possibilités de l'IA pour renforcer les défenses, sans ignorer les capacités nouvelles qu'elle offre aux cybercriminels.
Souveraineté numérique : protéger les données et développer des solutions locales
La dépendance à des technologies étrangères soulève des questions de contrôle des données, de sécurité des infrastructures et d'autonomie stratégique. Pour les pays africains, il s'agit aussi de développer des compétences locales et de renforcer la coopération entre pouvoirs publics et entreprises. Franck Kié défend une approche pragmatique de la souveraineté : pouvoir choisir ses partenaires, développer ses propres solutions et organiser des transferts de compétences. Il cite notamment les initiatives d'incubation de start-up au Bénin. Clément Domingo insiste sur la nécessité de savoir où vont les données et sur l'importance d'une coordination publique plus forte pour prévenir les attaques.
Cyberassurance, régulation et émergence d'un nouveau marché
Face à l'accroissement des menaces, la cybersécurité représente un marché en expansion, porté par les entreprises de protection, les consultants, les investisseurs et les assureurs. La cyberassurance peut aider à absorber une partie des pertes, même si sa diffusion reste limitée dans plusieurs pays africains. Franck Kié se montre optimiste quant à la structuration progressive du marché africain : « On va vers une meilleure protection », grâce à l'émergence d'acteurs locaux, à davantage de régulation et à la mise en conformité des entreprises.
Clément Domingo nuance cette perspective en soulignant que la réglementation doit aussi tenir compte de la concurrence technologique internationale et de la capacité des entreprises à innover. L'enjeu final est double : mieux protéger les économies et faire émerger une véritable industrie de la cybersécurité, créatrice d'emplois et de compétences.
🎵 NOS CHOIX MUSICAUX
« We Won't Let Them In / Cyberattack song » - Nico Knows Tech / Tazzy
💻 Réalisation : Anja Pied
Fri, 23 Oct 2026 - 293 - Éducation: l’avenir de la jeunesse, à quel prix?
Comment financer une école de qualité sans creuser les inégalités ? Alors que lycéens et étudiants français dénoncent bruyamment le manque de moyens, alors que les systèmes éducatifs sont à la peine dans de nombreux pays, nous explorons les choix budgétaires, les modèles existants et les solutions envisagées pour mieux former les jeunes. Formations, insertion dans l’emploi et partage gratuit des connaissances : investir dans l’éducation, est-ce une dépense ou un moteur de croissance ?
NOS INVITÉS
Élise Huillery : professeure d’économie à l’université Paris-Dauphine et à l’École normale supérieure, spécialiste de l’éducation, des inégalités et de la pauvreté en Europe et en Afrique. Elle est co-autrice d’une étude sur le financement de l’éducation en France et dans le monde avec Romane Paris, économiste au Public Finance Lab.
Simon Kaldjob : président du Collectif des organisations des consommateurs du Cameroun
Dylan Ayissi : fondateur et délégué général de l’association Une voie pour tous
Perrine de Coëtlogon : présidente d’Open Education Global Francophone, organisation internationale à but non lucratif qui soutient les ressources éducatives libres
Karim Zéribi : dirigeant d’entreprises, ancien député européen. Découvrez l'entretien complet en vidéo ici
Lycéens et étudiants en colère : le système éducatif français manque-t-il de moyens ?
Des lycéens et des étudiants manifestent depuis deux semaines pour dénoncer des établissements délabrés, des professeurs absents non remplacés et un avenir incertain. Pour Élise Huillery, les données confirment un sous-financement ancien : pénuries d’enseignants liées au manque d’attractivité des salaires, classes plus chargées que dans les quinze pays européens les plus riches, et baisse de 20 % de l’investissement par étudiant en dix ans. Elle l’explique par la conjonction d’un petit baby-boom dans les années 2000 et de budgets qui n’ont pas suivi la hausse du nombre d’élèves.
« C’est quelque chose de chronique depuis au moins 20 ans » – Élise Huillery
La baisse des naissances : une opportunité à condition de maintenir les postes
La démographie recule, mais l’économiste met en garde : sans investissement supplémentaire, la seule marge de progrès est la réduction de la taille des classes, et seulement si les postes d’enseignants sont maintenus au lieu d’être supprimés au même rythme que la baisse des effectifs. Même ainsi, il faudrait dix à quinze ans pour rattraper le niveau européen. Elle plaide aussi pour des salaires plus attractifs, davantage de formation continue, du tutorat et un meilleur accompagnement des élèves handicapés.
Bourses, logement et étudiants étrangers : le modèle d’enseignement supérieur est-il tenable ?
Les bourses (environ 250 euros par mois sur dix mois, 400 euros avec les APL) ne suppriment pas la barrière financière pour les étudiants éloignés de leur famille. L’économiste défend un complément logement pouvant porter la bourse à 900 euros dans une grande ville universitaire comme Paris. Sur les frais d’inscription des étudiants étrangers, elle distingue la logique économique (le service public est financé par l’impôt) et l’attachement à l’accueil et à l’ouverture.
« Il faut aller jusqu’à 900 € pour que véritablement la barrière financière soit aplanie » – Élise Huillery
Finlande, Canada, Irlande, Portugal, Royaume-Uni : ce qui fonctionne ailleurs
Ces cinq pays obtiennent de bons résultats aux tests PISA tout en limitant l’influence de l’origine sociale sur les apprentissages. Ils combinent un investissement important par élève, de bons salaires et une formation des enseignants centrée sur la pédagogie et la psychologie, pour éviter le découragement des élèves en difficulté. Hors Royaume-Uni, leurs systèmes sont essentiellement publics, ce qui montre que le privé n’est pas une condition de réussite. Pour comparer les systèmes, la dépense par élève est un meilleur indicateur que la part du PIB, qui masque les différences démographiques.
« Ces pays payent bien leurs enseignants » – Élise Huillery
Japon : l’enseignement supérieur à la charge des familles, mais une insertion record
Depuis avril 2025, l’école primaire et secondaire publique est gratuite au Japon, même si les familles supportent encore les uniformes, les fournitures et les transports. Dans le supérieur, les deux tiers des étudiants sont dans des universités privées entièrement payantes, et la dépense publique par étudiant est moitié moindre que la moyenne de l’OCDE. Le pays affiche pourtant l’un des meilleurs taux d’emploi des jeunes diplômés, avec 92 % de contrats déjà signés à la remise des diplômes. Élise Huillery en tire une idée pour la France : afficher dans Parcoursup les taux d’insertion et les salaires par formation, à partir des données de l’INSEE.
Cameroun et Sahel : quand la démographie et l’informalité étranglent l’éducation
Simon Kaldjob décrit des familles qui peinent à payer les études, des enseignants mal payés qui multiplient les petits emplois, la prolifération des établissements privés et des grèves liées aux salaires et aux primes impayés. Beaucoup d’enseignants partent aussi chercher de meilleures conditions au Canada ou en Europe. Élise Huillery identifie deux obstacles majeurs au Sahel : une natalité très élevée et une forte part d’activité informelle qui ne finance pas les services publics. Les classes sont surchargées et des enfants terminent le primaire sans bien lire, écrire ni compter. L’économiste appelle à enclencher un cercle vertueux : des ressources publiques pour des services de qualité, donc du capital humain, puis de la croissance.
Lycée professionnel : transformer une orientation subie en voie d’avenir
Dylan Ayissi (Une voie pour tous) raconte son propre parcours : un collège difficile, une orientation en lycée pro non choisie, puis la création d’une association pour changer les choses. Il dénonce une orientation subie, très liée aux origines sociales, et un lycée pro où se concentrent précarité et décrochage, avec un coût économique massif. Il appelle les entreprises à assumer une triple responsabilité, éducative, sociale et prospective, et à garantir une vraie mobilité interne. Selon lui, le lycée pro doit aussi mener vers des métiers de conception, jusqu’à l’ingénierie et au numérique.
« Il n’y a pas de perspective de souveraineté sans formation professionnelle de qualité » – Dylan Ayissi
Éducation ouverte : partager le savoir pour réduire les coûts
Perrine de Coëtlogon présente le mouvement des ressources éducatives libres : des cours partagés gratuitement, avec des droits réglés en amont. L’exemple du MIT (Massachusetts Institute of Technology), avec ses MOOC suivis par des centaines de millions de personnes, montre l’ampleur du phénomène, y compris pour le recrutement de boursiers. En Afrique, des mini-serveurs Raspberry alimentés par des panneaux solaires donnent accès à des bibliothèques numériques sans Internet ni électricité. Les entreprises peuvent s’en servir pour former et recruter, et la Chine s’est appuyée sur ce modèle pour massifier l’accès à l’éducation. Cela suppose des investissements dans la documentation, la maintenance et un changement de mentalité sur les droits d’auteur.
« C’est vraiment une façon de démocratiser l’accès à l’éducation » – Perrine de Coëtlogon
Fracture sociale, fracture territoriale : la colère des jeunes dans le débat politique
À quelques mois de la présidentielle, Karim Zeribi relie fracture sociale et fracture territoriale : lycées délabrés en banlieue, éloignement des zones rurales, enfants dont les parents n’ont pas de réseau. L'ancien député européen rapporte les propos de lycéens d’Henri IV qui manifestent par solidarité avec les jeunes des banlieues, moins bien lotis. Il juge que le thème de la cohésion est absent du débat politique et plaide pour un projet qui s’adresse à tous les Français.
« Les Français ont besoin de faire France ensemble » – Karim Zeribi
🎵 NOS CHOIX MUSICAUX
« Le monde ne tourne pas rond » – Dinaa
« Sahara » – Felukah / Lana Loubani / Tara
💻 Réalisation : Guillaume Munier
Fri, 16 Oct 2026 - 292 - IA, une course aux milliards : qui paiera la facture?
L’intelligence artificielle transforme l’économie, bouleverse le travail et soulève des questions majeures de sécurité et de démocratie. Mais cette révolution a un coût : les géants du secteur investissent des centaines de milliards de dollars dans les centres de données, les puces et l’énergie, sans garantir leur rentabilité. Entre risques de bulle financière, régulation insuffisante et recherche de souveraineté numérique, voici une large réflexion sur cette technologie qui redessine le monde.
NOS INVITÉS
Docteur Alfred Bewindin Sawadogo — expert en gouvernance de l’intelligence artificielle et auteur de Où va l’intelligence artificielle ? Quand les pères de l'IA moderne Yoshua Bengio, Stuart Russell et Geoffrey Hinton tirent la sonnette d'alarme
Axelle Arquié — économiste au CEPII, cofondatrice de l’Observatoire des emplois menacés et émergents
Julien Pillot — enseignant-chercheur à l’INSEEC Grande École, spécialiste des questions économiques liées aux entreprises et aux technologies
Campbell Harvey — professeur de finance à l’université de Duke (Caroline du Nord, États-Unis)
Alexandre Zapolsky — président et cofondateur de Linagora, entreprise spécialisée dans les logiciels libres et la souveraineté numérique.
Découvrez l'entretien vidéo avec Alexandre Zapolsky ici.
Réguler l’intelligence artificielle : l’autorégulation suffit-elle ?
Aux États-Unis, Donald Trump a réuni les dirigeants des grandes entreprises technologiques autour d’un pacte volontaire d’autorégulation. Pour Alfred Sawadogo, cette démarche est insuffisante face à la puissance des nouveaux systèmes. Il plaide pour des règles contraignantes, assorties de sanctions, et pour une gouvernance internationale capable de dépasser les rivalités entre puissances. Les risques concernent aussi bien la cybersécurité que les libertés individuelles, les manipulations de l’information et les usages malveillants de l’IA. L’enjeu est également géopolitique : les États-Unis entendent conserver leur avance face à la Chine, ce qui complique la mise en place d’un cadre mondial commun.
« Il faut que la régulation soit stricte, c’est-à-dire assortie de sanctions lorsqu’elle n’est pas respectée » - Alfred Sawadogo
Intelligence artificielle et emploi : les jeunes en première ligne ?
L’IA va-t-elle détruire davantage d’emplois qu’elle n’en créera ? Axelle Arquié apporte des éléments de réponse. Si les effets globaux sur l’emploi restent encore difficiles à mesurer, plusieurs études montrent un ralentissement des embauches de jeunes dans les métiers les plus exposés à l’automatisation. L’arrivée de systèmes dits agentiques, capables d’utiliser des outils et d’enchaîner des tâches de manière plus autonome, pourrait accentuer ces transformations. Mais le coût réel de ces technologies, leur fiabilité et les économies qu’elles permettent restent incertains.
L’émission aborde également les coûts indirects pour les entreprises : formation, cybersécurité, vérification des résultats et gestion des erreurs. Une automatisation n’est pas nécessairement moins chère qu’un travail humain.
« Pour le moment, on n’a pas encore d’impact mesuré au niveau macroéconomique » - Axelle Arquié.
Les cyberattaques : l’IA devient une arme à double tranchant
L’intelligence artificielle peut contribuer à renforcer les systèmes de défense informatique, mais elle permet aussi aux attaquants de repérer plus rapidement les failles et d’industrialiser leurs opérations. Celio Fioretti, correspondant de RFI à Séoul, évoque des cyberattaques ayant visé des institutions financières sud-coréennes et des vols de données personnelles. Pour Alfred Sawadogo, ces menaces mettent en évidence le manque de coordination internationale. Les recommandations d’organisations telles que l’OCDE ou l’UNESCO ne remplacent pas, à elles seules, un dispositif juridiquement contraignant. L’expert appelle à investir davantage dans la sécurité des systèmes d’IA, alors que les efforts se concentrent largement sur l’augmentation de leurs capacités.
« L’IA permet d’industrialiser les cyberattaques » - Alfred Sawadogo.
Les géants de l’IA brûlent des milliards : où trouver la rentabilité ?
OpenAI et Anthropic investissent massivement dans les centres de données, les processeurs spécialisés et l’énergie nécessaire au fonctionnement de leurs modèles. Pourtant, leurs recettes ne couvrent pas encore l’ensemble de leurs coûts. Julien Pillot, enseignant-chercheur à l’INSEEC Grande École, analyse les stratégies envisagées pour améliorer leur rentabilité : abonnements, facturation à l’usage et, potentiellement, publicité intégrée aux réponses des assistants conversationnels. Cette dernière option soulève des questions éthiques. Des recommandations sponsorisées pourraient influencer les réponses proposées aux utilisateurs et fragiliser la neutralité attendue des outils d’IA.
« Ces acteurs restent structurellement déficitaires. La recherche de nouvelles recettes devient un enjeu central » - Julien Pillot.
Introductions en Bourse : faut-il craindre une bulle de l’IA ?
Pour financer leur développement et offrir des possibilités de liquidité à certains investisseurs, les entreprises de l’IA envisagent des introductions en Bourse. Mais ces opérations ne garantissent pas que les capitaux levés financeront directement de nouvelles infrastructures. Campbell Harvey, professeur de finance à l’université de Duke aux États-Unis, distingue les besoins de financement des entreprises de la possibilité, pour les investisseurs historiques, de réaliser leurs plus-values. Il rappelle aussi que les actions introduites en Bourse ne constituent pas nécessairement une bonne affaire pour les particuliers. Il estime néanmoins que la situation actuelle diffère de celle de la bulle Internet de 1999-2000 : l’IA touche désormais de nombreux secteurs et les grandes entreprises disposent, dans l’ensemble, d’une rentabilité plus solide que les sociétés technologiques de l’époque.
« C’est une erreur de considérer 2026 comme l’équivalent à 1999 » - Campbell Harvey.
L’Europe et l’Afrique peuvent-elles trouver leur place dans la course à l’IA ?
Face aux investissements américains et chinois, l’Europe et l’Afrique disposent de moyens plus limités pour développer des modèles généralistes de grande ampleur. Alfred Sawadogo propose une autre voie : concevoir des IA spécialisées, adaptées à des besoins précis et moins gourmandes en ressources.
Pour l’Afrique, les perspectives sont réelles, notamment dans les services publics, les infrastructures et les langues locales. Mais les difficultés d’accès à l’électricité, à Internet et à la puissance de calcul constituent des obstacles importants.
En Europe, la recherche universitaire et les compétences scientifiques sont des atouts. La difficulté consiste à transformer ces avancées en produits et services capables de s’imposer commercialement.
« Ce que l’Afrique et l’Europe peuvent faire, c’est lancer des IA ciblées » - Alfred Sawadogo.
Souveraineté numérique : le pari des logiciels libres
Fondateur de Linagora, Alexandre Zapolsky défend une stratégie européenne fondée sur les logiciels libres, la mutualisation des moyens de recherche et le développement de solutions alternatives aux plateformes américaines. Il conteste l’idée selon laquelle seuls des investissements colossaux permettraient de rivaliser avec les géants de la tech. Selon lui, les infrastructures publiques de calcul et la coopération entre chercheurs, entreprises et universités peuvent soutenir l’émergence de modèles européens. La question est aussi politique : une dépendance accrue aux plateformes étrangères risque de renforcer le verrouillage technologique et de rendre les utilisateurs captifs de quelques acteurs dominants.
« Il faut faire de ce sujet de la souveraineté numérique une des grandes causes nationales » - Alexandre Zapolsky
Démocratie, citoyens et avenir de la jeunesse
Au-delà des entreprises et des gouvernements, l’émission interroge la place des citoyens dans les choix technologiques. Alfred Sawadogo reprend les alertes de chercheurs qui soulignent les dangers potentiels de systèmes dont le fonctionnement reste difficile à expliquer et à maîtriser. Il défend l’idée d’un contrôle démocratique de l’IA, dans lequel l’opinion publique peut peser face aux intérêts privés et au lobbying des grandes entreprises. La situation des jeunes occupe également une place importante dans la conclusion. Les inquiétudes concernant l’emploi, les conditions d’études et l’avenir professionnel appellent, selon lui, une réponse des pouvoirs publics.
🎵 NOS CHOIX MUSICAUX
« Ça va beaucoup trop vite » — Bigflo & Oli
💻 Réalisation : Guillaume Munier.
Fri, 09 Oct 2026 - 291 - RDC, Ukraine, Sénégal, France : trois regards sur des économies sous tension
Guerres, dépendances, dette publique : trois problématiques mais un même enjeu de souveraineté et de financements. En RDC, les banques accompagnent la diversification d’une économie tirée par le secteur minier. En Ukraine, la guerre fragilise agriculteurs et ports, menaçant les marchés alimentaires mondiaux. Au Sénégal et en France, la dette pose la question : jusqu’où un État peut-il emprunter et assumer ses choix ? Plusieurs acteurs ou observateurs de ces enjeux livrent leurs analyses.
République démocratique du Congo : financer la transformation de l’économie
Avec Kadija Sango Keïta, directrice exécutive de Rawbank, chargée des finances et de la trésorerie
L'émission en vidéo iciDiversifier une économie encore dépendante des mines
Première banque commerciale de RDC, Rawbank revendique un modèle de banque universelle, présent auprès des ménages, des PME et des grandes entreprises. L’enjeu est désormais de diversifier les sources de revenus et de financer davantage les infrastructures, les télécommunications et les PME, ainsi que les entreprises qui gravitent autour des grands groupes.
Inclusion financière et révolution du mobile money
La digitalisation transforme rapidement les usages bancaires en RDC. Avec son application Illico Cash, Rawbank cherche à toucher une clientèle plus large, notamment grâce aux paiements et aux transactions numériques. Pour les personnes jusque-là éloignées du système bancaire, l'historique des transactions peut également permettre de constituer un « score de crédit » et d'accéder progressivement à l'épargne, au crédit ou encore à l'assurance.
Du cash à la traçabilité financière
La réduction de l'utilisation du cash est également présentée comme un moyen de mieux tracer les flux financiers et de contribuer à la lutte contre la fraude et la corruption.
Mines : financer toute la chaîne de valeur
Le secteur minier demeure au cœur de l'économie congolaise. Pour Rawbank, l'enjeu ne consiste pas seulement à financer les grandes compagnies minières, mais aussi leurs fournisseurs, leurs sous-traitants et les ménages concernés par cette activité. La banque entend privilégier les entreprises répondant à certains standards internationaux et contribuer à structurer des financements de taille importante avec des partenaires internationaux.
Énergie, infrastructures et contenu local
Mines, énergie et infrastructures sont étroitement liées. L'enjeu est notamment de financer des projets capables de créer davantage de valeur ajoutée en RDC, tout en mobilisant, lorsque les montants dépassent les capacités d'une banque locale, des capitaux et des partenaires financiers internationaux.
Dette souveraine : le retour de la RDC sur les marchés
Rawbank a participé, avec une banque internationale, à la structuration d'une levée de fonds de l'État congolais. Selon Khadija Sango Keïta, cette opération constitue un signal de retour de la RDC sur les marchés internationaux des capitaux et illustre le rôle que peut jouer une banque locale dans la mobilisation de financements internationaux.
Franc congolais : réduire la dépendance au dollar
Autre enjeu majeur : la place du dollar dans l'économie congolaise. Khadija Sango Keïta évoque les réformes engagées par la Banque centrale et la volonté de réduire progressivement l'utilisation du dollar en espèces, au profit du franc congolais dans les transactions quotidiennes.
Ukraine : la guerre frappe les céréales et les ports
Avec Dmytro Barinov, président de l’Association des ports ukrainiens, entretien réalisé à Odessa par Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI.
Des ports quasiment à l'arrêt
Le conflit touche directement les infrastructures portuaires de la mer Noire. Selon Dmytro Barinov, le trafic dans la région d'Odessa est fortement perturbé par les risques encourus par les équipages et les navires. La menace ne concerne plus seulement les infrastructures à quai : les navires étrangers entrant ou sortant des ports ukrainiens sont eux aussi exposés.
Les agriculteurs pris dans une guerre d'attrition
Dans la région d'Odessa, les agriculteurs doivent faire face à des silos et infrastructures céréalières frappés par des drones ou des missiles. Le reportage de Nathanaël Vittrant décrit une situation dans laquelle les exploitants disposent parfois de récoltes, mais plus de capacités suffisantes pour les stocker.
Exporter ou stocker : le dilemme des producteurs
Pour les agriculteurs ukrainiens, l'impossibilité d'exporter entraîne une baisse des prix et complique l'écoulement des récoltes. Les négociants hésitent à acheter des productions qu'ils ne peuvent ensuite charger sur des navires. L'effet se répercute ainsi sur l'ensemble de la chaîne agricole.
Une menace qui dépasse les frontières ukrainiennes
L'Ukraine exporte traditionnellement vers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et la Turquie. Dmytro Barinov souligne également le rôle de la production ukrainienne dans l'approvisionnement du Programme alimentaire mondial. La perturbation des exportations constitue donc, selon lui, un enjeu qui dépasse largement les frontières de l'Ukraine.
Quelles alternatives aux ports de la mer Noire ?
Le transport fluvial a été développé comme solution de remplacement depuis 2022, avec un record de transbordement annoncé à 32 millions de tonnes en 2023. Mais cette solution ne permet pas, selon Dmytro Barinov, de remplacer les capacités des ports en eaux profondes de la mer Noire. Le ferroviaire présente lui aussi des limites, notamment liées aux différences de normes entre les réseaux ukrainien et européen et aux capacités de transport.
Sénégal : que signifie réellement le « traitement » de la dette ?
Mor Thiam, chercheur associé en finances publiques à l’Université de Poitiers (France)
L'émission en vidéo iciUn nouvel accord avec le FMI
Le Sénégal est engagé dans un processus de réduction de sa dette publique. Un accord avec le FMI portant sur un nouveau programme d'aide de 2,2 milliards de dollars prévoit notamment un cadre budgétaire sur trois ans, un assainissement des finances publiques, des mesures correctrices et des réformes destinées à accroître les recettes de l'État.
Restructuration, reprofilage, ajustement : les mots comptent
Pour Mor Thiam, le vocabulaire utilisé pour qualifier le traitement de la dette n'est pas neutre. Le périmètre retenu, le recours au cadre du G20 et l'objectif de modifier le profil de la dette conduisent, selon son analyse juridique et financière, à parler de restructuration. Le gouvernement privilégie pour sa part l'expression de « plan de traitement » ou de « reprofilage ».
Quel rôle pour le Parlement ?
La question de la dette est également institutionnelle. Mor Thiam souligne le rôle du Parlement dans les opérations portant sur la dette publique sénégalaise et cite notamment les dispositions de la loi organique relative aux lois de finances et du règlement général sur la comptabilité publique.
Redonner de l'air au budget et au secteur privé
L'objectif d'une restructuration est, selon l'analyse développée dans l'entretien, de modifier la relation avec les créanciers afin de dégager des marges de manœuvre budgétaires. L'apurement des créances de l'État envers les entreprises privées est présenté comme un autre enjeu immédiat du programme.
Relance économique et pouvoir d'achat
Le financement du secteur privé apparaît comme une condition de la relance économique, alors que les investissements publics et les investissements directs étrangers ont reculé. Mais le programme soulève également la question des mesures d'économies et des subventions énergétiques, avec un enjeu central : restaurer les marges budgétaires tout en préservant le pouvoir d'achat des ménages.
France : la dette publique au cœur du débat politique
Une dette élevée, mais pas sans précédent historiqueLa dette publique française dépasse les 3 000 milliards d'euros. Mor Thiam rappelle toutefois que la France a déjà connu historiquement des niveaux d'endettement très élevés. Il souligne aussi que la comparaison entre États ne peut pas reposer uniquement sur le ratio dette/PIB, chaque économie présentant des caractéristiques différentes.
Le coût de la dette et les nouvelles transitions à financer
L'entretien aborde la remontée des taux d'intérêt, le poids croissant de la charge de la dette et les besoins de financement liés notamment aux transitions écologique, démographique et numérique.
L'annulation de la dette détenue par l'Eurosystème
Le débat français porte notamment sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon concernant la dette détenue par la Banque de France via la BCE. L'entretien examine cette proposition sous deux angles : son acceptabilité politique au niveau européen et ses implications juridiques au regard des traités européens.
Les obstacles juridiques et européens
Mor Thiam distingue notamment les dispositions relatives au financement direct et celles concernant le renflouement des États. Il souligne que la Banque de France appartient à l'Eurosystème et que la question ne peut donc pas être traitée uniquement à l'échelle française.
Qui doit avoir le dernier mot sur la dette ?
L'entretien se termine sur une question commune au Sénégal et à la France : qui décide lorsqu'un État est confronté à une dette importante ? Pour Mor Thiam, la gestion de la dette relève d'une expertise technique, mais son remboursement a des conséquences sociales et politiques. Il insiste donc sur la responsabilité des pouvoirs publics et sur le contrôle exercé par les Parlements et les citoyens, tout en soulignant la responsabilité des créanciers.
🎵 Notre choix musical : No One like you - Alune Wade / Hindi Zahra
🖥️ Réalisation : Guillaume Munier
Fri, 02 Oct 2026 - 290 - Pétrole, cuivre, terres rares : qui contrôlera les ressources stratégiques ?
Économie et géopolitique : les deux dimensions sont désormais indissociables. La crise au Moyen-Orient, les tensions autour du détroit d’Ormuz et la guerre en Ukraine révèlent la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. Pétrole, gaz, cuivre, aluminium, lithium, graphite ou terres rares sont devenus des enjeux de puissance. Des États-Unis à la Chine, de l’Europe à l'Afrique (RDC en tête), les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs ressources et affirmer leur domination.
NOS INVITES
- Anne Bialkowski, responsable de l'unité Intelligence minérale au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), établissement public français de référence dans les applications des sciences de la Terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol.
- Emmanuel Hache, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris)
- Yves Jégourel, professeur titulaire de la chaire « Économie des matières premières et transitions durables » au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), professeur associé à Mines Paris – PSL et auteur du podcast @commo_talks_matieres_premieres
- Jonathan Muya, chercheur en macroéconomie financière et en géostratégie à l’Université de Kinshasa (RDC)
- Ottilia Férey, correspondante de RFI dans les pays scandinaves
Une émission enregistrée dans le cadre des Ecopol 2026 à Tours.
LES TEMPS FORTS DE L'EMISSION
Ormuz : quand la géopolitique fait flamber les prix
La crise autour du détroit d’Ormuz illustre la fragilité des marchés mondiaux de l’énergie. La hausse du pétrole se transmet aux carburants et à l’ensemble des chaînes de valeur, tandis que les anticipations de pénurie entretiennent la volatilité des prix.
Pétrole, gaz, carburants : les nouvelles vulnérabilités européennes
La question énergétique ne se résume plus à l’accès au pétrole. Stocks stratégiques, capacité de raffinage, importations de gazole et diversification des fournisseurs sont devenus des enjeux majeurs pour la sécurité économique européenne.
Métaux stratégiques : le nouveau front de la rivalité sino-américaine
Aluminium, cuivre, lithium, graphite, terres rares : ces ressources sont indispensables à l’industrie, à la transition énergétique mais aussi aux secteurs numériques et de défense. États-Unis et Chine cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et à réduire leurs dépendances.
Europe : peut-on réduire la dépendance aux matières premières ?
L’Europe cherche à renforcer ses capacités d’approvisionnement, d’exploration et de recyclage. La Scandinavie dispose notamment de ressources importantes, mais leur exploitation pose une question centrale : comment concilier souveraineté minérale, transition énergétique et protection de l’environnement ?
RDC : comment transformer la richesse minière en développement ?
La République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources en cuivre, cobalt, étain et coltan. Pour Jonathan Muya, l'enjeu est de transformer la rente minière en investissements structurants et de développer davantage la transformation locale. La rivalité entre partenaires peut aussi modifier le pouvoir de négociation de Kinshasa.
Recyclage, sobriété, transformation : peut-on échapper à la course aux ressources ?
La transition énergétique accroît la demande en matières premières. Face à cette pression, les invités soulignent trois leviers : développer le recyclage, conserver les matières sur les territoires européens et interroger la consommation de ressources. Le cuivre, notamment, devient un enjeu central des infrastructures électriques et numériques.
POUR INFOS
- le projet OFREMI (Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles)
- Emmanuel Hache - Géopolitique des matières premières (Eyrolles)
- Le rapport annuel du cercle CyclOpe
NOTRE CHOIX MUSICAL
Jetski (Friki) - Moliy, Yailin la Mas Viral, Theodora
Fri, 25 Sep 2026 - 289 - De l’Asie à l'Afrique, les défis du marché mondial du riz
Le riz est au cœur de l’alimentation de milliards de personnes mais aussi des grands équilibres agricoles et commerciaux mondiaux. Alors que sa production est concentrée en Asie, plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance aux importations. De l’Inde à Madagascar et à la Côte d’Ivoire, Eco d'ici Eco d'ailleurs analyse avec ses invités l’enjeu est de produire davantage, malgré le changement climatique, la pression sur l’eau et le coût des intrants.
Nos invités :
- Matthieu Brun, directeur scientifique à la Fondation FARM
- Ny Hasinambinintsoa Masezamanan, secrétaire exécutif de la Plateforme de Concertation sur le Système Rizicole à Madagascar
- Mariam Touré, PDG de la Société ivoirienne de riz (SIRIZ).
Découvrez l'entretien en vidéo ici
- Abdoolah Earally et Guilhem Fabry, correspondants de RFI en Inde et à Madagascar
UN MARCHÉ MONDIAL SOUS INFLUENCE
La production mondiale de riz est extrêmement concentrée, principalement en Asie. Cette configuration rend le marché particulièrement sensible aux décisions des grands producteurs et exportateurs. Une fermeture des frontières, un déstockage ou une mauvaise récolte peuvent rapidement avoir des conséquences sur les prix mondiaux.
🎤 Matthieu Brun : « Le riz est un marché très étroit, qui peut être très vite verrouillé. »
L’INDE, GÉANT DU RIZ ET ARBITRE DES PRIX
Premier exportateur mondial, l’Inde joue un rôle déterminant sur le marché international du riz. Ses politiques agricoles associent soutien aux producteurs, irrigation, prix minimums garantis et contrôle des échanges. Ses décisions sur les stocks et les exportations peuvent donc se répercuter sur les consommateurs africains.
CLIMAT, EAU ET RENDEMENTS : LE NOUVEAU DÉFI
Sécheresses, inondations, variations de pluviométrie et raréfaction de l’eau compliquent la production de riz. En Asie comme en Afrique, l’irrigation et les infrastructures hydrauliques deviennent déterminantes. L’enjeu est aussi d’améliorer les rendements pour produire davantage avec des ressources limitées.
MADAGASCAR, PRODUIRE PLUS POUR IMPORTER MOINS
À Madagascar, le riz est un aliment de base mais les rendements restent insuffisants. La filière repose largement sur de petites exploitations familiales et des circuits de transformation artisanaux. L’investissement, la formation des producteurs et l’amélioration des infrastructures apparaissent essentiels pour renforcer la production locale.
🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « La production nationale n'arrive pas à couvrir tous les besoins. « On n'utilise pas encore des semences performantes. La question foncière bloque les investissements. »
SOUVERAINETÉ : FAUT-IL RÉDUIRE LES IMPORTATIONS ?
Renforcer la production nationale ne signifie pas nécessairement fermer les frontières. Les importations jouent aussi un rôle dans l’approvisionnement et la stabilisation des prix. Pour les producteurs, la priorité est surtout de disposer de règles commerciales prévisibles afin de pouvoir investir et anticiper leurs revenus.
🎤 Matthieu Brun : « Aucun pays ne s’est construit en autarcie en termes de production de riz. »
INNOVER POUR S’ADAPTER : L’EXEMPLE DU RIZ HYBRIDE
À Madagascar, la recherche travaille sur le croisement de variétés locales et asiatiques. L’objectif est notamment d’améliorer les rendements et de mieux répondre aux contraintes climatiques. Mais l’innovation doit être accompagnée par des semences accessibles, des intrants adaptés et un débouché commercial.
🎤 Matthieu Brun : « C’est un processus d’innovation, ça prend du temps. »
🎤 Ny Hasinambinintsoa Masezamanan : « Les producteurs sont divisés sur le riz hybride. Le bilan n'a pas encore été fait. »
IRRIGATION ET SOLS : LES PRIORITÉS DES PRODUCTEURS AFRICAINS
Au Sénégal comme en Côte d’Ivoire, l’accès à l’eau est devenu une question centrale. Mariam Touré défend notamment l’idée d’un « plan Marshall » de l’irrigation. La gestion des sols, leur fertilité et la valorisation des coproduits du riz sont également essentielles à la durabilité de la filière.
🎤 Mariam Touré : « Il faut un plan Marshall de l’irrigation en Côte d'Ivoire. »
ENGRAIS ET GÉOPOLITIQUE
La production de riz dépend aussi d’intrants dont l’approvisionnement est vulnérable aux crises géopolitiques. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz peuvent ainsi affecter les engrais et, en cascade, les prochaines récoltes.
🎤 Matthieu Brun : « Un détroit qui se ferme, c’est en cascade : des conséquences pour les producteurs, pour leur accès aux engrais. »
💻 Réalisation : Steven Helsly
🎵 Choix musical :
Sat, 19 Sep 2026 - 288 - Entreprendre avec très peu : comment Marvin Ndiaye et Karamo Sangaré ont changé de vie
Ce sont deux trajectoires nées des épreuves, converties en réussites entrepreneuriales. Marvin Ndiaye a transformé la faillite familiale et la perte de son père en un groupe belge de restauration livrée pesant aujourd'hui dix millions d'euros de chiffre d'affaires. Karamo Sangaré, débarqué en France avec 600 euros en poche, a bâti autour du digital et du développement personnel une communauté de plus de 10 millions de personnes. Ils témoignent au micro d'Eco d'ici Eco d'ailleurs.
Marvin Ndiaye : de la cuisine familiale à un groupe pesant 10 millions d'€
Fondateur deFresheo (livraison de repas) et cofondateur d'Ultra (accompagnement de dirigeants), cet entrepreneur belge d'origine sénégalaise et indienne a transformé un deuil et une reconstruction personnelle en un groupe puissant et solide.
En bref
Né à Charleroi, de mère belgo-indienne et de père franco-sénégalais Dirigeant de Freshea, groupe de quatre sociétés livrant entre 60 000 et 420 000 repas par semaine Chiffre d'affaires du groupe : plus de 10 millions d'euros Auteur de Fauché à 18 ans, millionnaire à 23 (éditions Racine, 2024)Une enfance marquée par les faillites successives
Les parents de Marvin Ndiaye tenaient un café avant de se tourner vers l'immobilier. Le commerce fonctionnait, mais la gestion administrative, elle, s'est révélée beaucoup plus compliquée. Selon lui, ses parents savaient vendre, mais butaient sur tout ce qui touchait à la paperasse et aux codes propres au métier d'entrepreneur — une complexité renforcée par le parcours administratif particulier de son père, né à Saint-Louis du Sénégal à l'époque coloniale.
Le décès du père, déclencheur d'une bascule
En 2015, le décès de son père change tout. Devenu l'aîné responsable auprès de quatre frères et d'une mère en situation de handicap moteur, il se retrouve dans l'obligation de prendre ses responsabilités. Au même moment, il entame une perte de poids spectaculaire — cinquante kilos en six mois, via le jeûne intermittent et le sport, méthode apprise gratuitement sur YouTube.
Fresheo, né dans la cuisine de sa mère
C'est cette expérience de transformation personnelle, documentée sur les réseaux sociaux, qui donne l'idée du projet : cuisiner sainement pour ses proches, puis pour un cercle plus large. Avec environ 1 500 euros — de quoi acheter les premières barquettes, créer un site internet et lancer les premières publicités Facebook — Fresheo démarre dans la cuisine familiale à Charleroi. Les premiers clients viennent de l'entourage, avant que les réseaux sociaux ne prennent le relais.
Aujourd'hui, l'entreprise s'est structurée autour de quatre sociétés couvrant le scolaire, les établissements pour personnes âgées, le B2B classique, et la livraison à domicile aux particuliers en Wallonie et en Flandre. Marvin Ndiaye revendique une règle simple : 80 % des plats doivent être frais et cuisinés maison.
2023, l'année de la première vraie crise
Après des années de croissance quasi continue, l'entreprise a dû, en 2023, licencier la moitié de sa masse salariale dans un contexte de marché difficile — un épisode qu'il décrit comme le choc le plus dur de son parcours, notamment parce qu'il dit avoir toujours entretenu des liens allant au-delà du cadre professionnel avec ses équipes. Cette crise l'a aussi poussé vers la croissance externe, en rachetant d'autres sociétés, une compétence qui l'amènera ensuite vers le métier de conseil.
Rentabilité plutôt que levée de fonds
Contrairement à un réflexe répandu chez les entrepreneurs, Marvin Ndiaye privilégie la rentabilité à la levée de fonds. Il estime que le niveau de maturité et de législation en Belgique et en France limite la capacité de nombreux entrepreneurs à vraiment tirer parti de capitaux levés, et défend l'idée qu'une société doit d'abord se construire sur des fondamentaux solides.
Ultra : vendre, déléguer, valoriser
Avec Ultra, structure de conseil aux dirigeants, il a identifié trois blocages récurrents chez les entrepreneurs : la difficulté à vendre, la difficulté à déléguer et faire confiance, et l'incapacité à considérer leur entreprise comme un actif à valoriser plutôt que comme un simple emploi qu'ils se seraient créé.
« Beaucoup de gens ne comprennent pas leur métier, ne savent pas qu'ils doivent vendre au quotidien et ne savent pas qu'ils doivent faire confiance. »
Réseaux sociaux, intelligence artificielle et diversité
Fort de plusieurs centaines de milliers d'abonnés, il considère son audience comme un véritable actif économique, ayant permis selon lui la création de dizaines d'emplois. Sur l'intelligence artificielle, il y voit un outil de redistribution des compétences, tout en appelant à la vigilance sur la cybersécurité et la conformité. Interrogé sur les inégalités de traitement entre entrepreneurs blancs et non-blancs en Europe, il affirme que son activité fonctionnerait plus facilement s'il était blanc et flamand plutôt que sénégalais ou indien — un constat qu'il présente non comme une excuse, mais comme un fait appelant à redoubler d'exigence.
Sur l'héritage
Interrogé sur la transmission à ses propres enfants, Marvin Ndiaye se dit peu enclin à leur laisser un patrimoine important, redoutant qu'un confort matériel trop précoce ne les prive de la nécessité de se construire par eux-mêmes — tout en garantissant, avec sa femme, un accès plein à l'éducation et à une bonne nutrition.
Karamo Sangaré : des Restos du Cœur aux événements panafricains
Visionnez l'entretien en vidéo
Arrivé de Guinée à Poitiers (France) avec 600 euros en poche, cet entrepreneur du numérique et du développement personnel, fondateur de Kita Agency fédère aujourd'hui une communauté de plus de dix millions de personnes à travers l'Afrique et sa diaspora.
En bref
Né en Guinée, arrivé en France en 2018 pour étudier à Poitiers Entrepreneur dans le numérique, coach en développement personnel, auteur et conférencier Communauté de plus de 10 millions de personnes sur l'ensemble de ses plateformes Créateur des « concerts éducatifs », organisés à Paris, Dakar, Kinshasa, Lubumbashi, Cotonou, Ouagadougou, Conakry et RabatUne arrivée en France dans la précarité
Issu d'une famille nombreuse — son père, polygame, avait neuf enfants — Karamo Sangaré perd son père en 2016, alors qu'il vit déjà seul en ville pour ses études en Guinée. C'est dans cette période difficile qu'il découvre le développement personnel par l'intermédiaire d'un mentor. Arrivé ensuite en France via Campus France, il s'installe à Poitiers : logement précaire chez des amis, courses aux Restos du Cœur et à la Croix-Rouge pour se nourrir et s'habiller, faute de moyens suffisants.
Des petits boulots à l'entrepreneuriat
Avant de se lancer pleinement, il enchaîne les emplois étudiants — dont un poste au Futuroscope nécessitant 45 minutes de vélo aller-retour, hiver compris — tout en développant en parallèle ses premières activités de coaching. Il refuse le mythe du grand saut sans filet : sa recommandation est de garder son emploi ou ses études, de lancer une activité en parallèle, et de ne basculer à temps plein que lorsque cette activité permet déjà d'en vivre décemment.
« Je préfère quelqu'un qui a joué le jeu plutôt que quelqu'un qui connaît les règles du jeu. »
Les concerts éducatifs : formation et spectacle
Après une première édition à Paris en janvier 2024 au succès rapide, le concept s'est étendu à plusieurs capitales africaines. Loin des tables rondes classiques qu'il juge peu engageantes, ces journées mêlent interventions de speakers venus partager une expérience concrète, formations pratiques et prestations artistiques — le rappeur Black M était par exemple présent lors de l'édition au Bénin. L'ambition affichée : transmettre un savoir-faire réellement pratiqué, pas seulement théorique, notamment sur le numérique et l'intelligence artificielle.
Développement personnel : entre outil et dérives
Conscient des dérives possibles d'un secteur parfois jugé ésotérique, Karamo Sangaré insiste sur la nécessité d'ancrer le développement personnel dans des résultats concrets et un domaine d'application précis, plutôt que de s'arrêter à des formules toutes faites. Il revendique une philosophie tournée vers le rêve comme point de départ de toute transformation, tout en reconnaissant que ce chemin ne mène pas systématiquement à la réussite pour tous.
Les trois piliers de l'enrichissement
S'appuyant sur les travaux de l'entrepreneur américain Robert Kiyosaki, il structure son message autour de trois étapes : faire rentrer de l'argent (par le salariat, l'entrepreneuriat, ou les deux), l'épargner en tenant compte de l'érosion liée à l'inflation, puis investir — bourse, ETF, cryptomonnaies ou immobilier — pour faire réellement fructifier ce capital. Un enseignement qu'il juge trop absent du système éducatif classique.
Un usage volontairement discret des réseaux sociaux
Bien qu'ayant bâti une communauté de plus de dix millions de personnes et plus de 600 000 abonnés sur Instagram en huit ans, il dit refuser d'exposer les signes extérieurs de réussite — voiture, montres — pour ne pas nourrir une illusion de succès instantané chez les jeunes qui le suivent. Il se montre également sélectif dans ses collaborations avec les marques, refusant que l'argent soit le seul critère de choix.
La diaspora comme levier de développement
Karamo Sangaré défend l'idée que les diasporas africaines, longtemps négligées par les politiques publiques, représentent un levier économique majeur : selon les chiffres qu'il cite, elles enverraient chaque année près de 100 milliards de dollars vers le continent, une somme dépassant parfois l'aide au développement. Il regrette toutefois que cet argent finance surtout la consommation courante plutôt que l'investissement, et plaide pour un transfert de compétences — à travers, notamment, le centre de formation qu'il prévoit d'ouvrir en Guinée.
Une identité africaine avant tout
Originaire de Guinée, il revendique une identité qu'il veut universelle et panafricaine plutôt que strictement nationale, se disant « à l'aise » aussi bien au Congo qu'au Sénégal, et cultivant volontairement cette image d'appartenance à un continent plutôt qu'à un seul pays.
💻 Réalisation : Guillaume Munier
🎵 Choix musical :
Sat, 12 Sep 2026 - 287 - Iran : la guerre économique menace-t-elle le régime de Téhéran?
La guerre entre les États-Unis et l’Iran est aussi économique. Sanctions, inflation, chute du rial, pénuries, pétrole et marchés parallèles : comment l’économie iranienne résiste-t-elle à l’asphyxie ? Nos invités analysent une crise en germe bien avant la guerre. Dans la seconde partie de l'émission, Mathieu Peruyero, co-auteur de « Les politiques économiques à l’épreuve des faits », explique comment mesurer l’efficacité des réformes, réduire les inégalités et sortir de l’impasse de la dette.
IRAN, LA GUERRE ÉCONOMIQUE
Avec :
Baki Maneche, associé au cabinet d’avocats Ferdowsi Legal à Téhéran, analyse les conséquences concrètes de la guerre et des sanctions sur les entreprises et la population iraniennes.
Djamchid Assadi, professeur d’économie et de sciences de la gestion à la Burgundy School of Business, décrypte l’effondrement économique iranien, l’inflation, la chute du rial et les difficultés du marché du travail.
IRAN : UNE CRISE ÉCONOMIQUE QUI NE DATE PAS DE LA GUERRE
La guerre a considérablement aggravé les difficultés de l’économie iranienne, mais elle ne les a pas provoquées. Baki Maneche rappelle que l’Iran connaissait déjà depuis plusieurs années une crise profonde, marquée notamment par les pénuries d’électricité, la sécheresse, l’inflation et les difficultés structurelles de son économie. Il souligne également les limites du modèle iranien d’« économie de résistance », construit depuis des années pour contourner les sanctions internationales.
SANCTIONS ET BLOCUS : QUEL IMPACT SUR LA VIE QUOTIDIENNE ?
Les nouvelles sanctions américaines aggravent les difficultés d’approvisionnement et accentuent la pression sur les entreprises. Mais leurs conséquences se font surtout sentir sur les consommateurs.
🎤 Baki Maneche : « À chaque fois que les sanctions se sont durcies sur l’économie iranienne, ce sont le secteur privé et la société civile qui en ont le plus souffert. »
L’essence constitue notamment un problème majeur. La production iranienne ne suffit plus à répondre aux besoins et le système de subventions a favorisé la contrebande dans les zones frontalières. L’économie iranienne est largement dominée par les entreprises publiques ou semi-publiques et les organisations liées au pouvoir. Les entreprises privées disposent de beaucoup moins de moyens pour contourner les sanctions.
EMPLOI, PAUVRETÉ, CONSOMMATION : UNE SOCIÉTÉ SOUS PRESSION
L’effondrement économique touche directement les ménages. Certains produits alimentaires deviennent inaccessibles et le marché du travail se dégrade.
🎤 Djamchid Assadi : « Vous pouvez éventuellement trouver tout ce que vous voulez en Iran encore, mais au prix que la majorité ne peut pas acheter. »
Le chômage officiel sous-estime également les difficultés réelles, estime-t-il : de nombreux demandeurs d’emploi ne se déclarent plus, faute de soutien ou de perspectives. « Les demandeurs d’emploi ne voient plus d’utilité à se déclarer comme chômeurs. »
LE RIAL ET L’INFLATION : UNE SPIRALE DIFFICILE À ENRAYER
La monnaie iranienne connaît une dépréciation spectaculaire. Pour Djamchid Assadi, le problème est en partie lié au financement des dépenses de l’État par création monétaire. L’inflation alimente la dépréciation du rial, qui renchérit à son tour les produits importés. Un cercle vicieux particulièrement difficile à briser lorsque les recettes publiques diminuent.
PÉTROLE : LE PILIER DE L’ÉCONOMIE IRANIENNE MENACÉ
Le pétrole reste l’une des principales sources de revenus extérieurs de l’Iran. Mais les sanctions américaines et les destructions d’infrastructures compliquent désormais davantage son exportation. Selon Djamchid Assadi, les nouvelles sanctions américaines rendent ces contournements beaucoup plus coûteux, notamment parce qu’elles cherchent également à pénaliser les partenaires étrangers qui commercent avec l’Iran.
CHINE ET RUSSIE : DES ALLIÉS… MAIS JUSQU’OÙ ?
Téhéran peut-il compter sur Pékin et Moscou pour desserrer l’étau économique ? Djamchid Assadi invite à distinguer les deux partenaires. La Chine conserve des relations commerciales avec l’Iran, notamment autour du pétrole, mais reste très pragmatique et ne semble pas vouloir sacrifier ses relations avec les États-Unis. Pour la Russie, la situation est différente. Moscou utilise la relation avec Téhéran comme un levier, mais ne semble pas disposée à entrer dans une nouvelle guerre pour défendre l’Iran.
LES POLITIQUES ÉCONOMIQUES À L'ÉPREUVE DES FAITS
Avec :
Mathieu Peruyero, économiste, enseignant à Sciences Po Paris et haut fonctionnaire, est l’un des auteurs de « Les politiques économiques à l’épreuve des faits », publié aux éditions Odile Jacob.
COMMENT SAVOIR SI UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE FONCTIONNE ?
Mathieu Peruyero revient sur le principe central de son ouvrage : confronter les politiques économiques à leurs résultats plutôt qu’aux seules convictions idéologiques. Mais le problème demeure le décalage entre la recherche économique et le débat public.
🎤 Mathieu Peruyero : «Le monde de la recherche reste quand même assez éloigné du monde de la conception des politiques publiques. »
INÉGALITÉS : REDISTRIBUER NE SUFFIT PAS
La France dispose d’un système de redistribution puissant, mais Mathieu Peruyero estime qu’il s’attaque davantage aux conséquences qu’aux causes des inégalités. Les expériences internationales montrent notamment l’importance des politiques intervenant très tôt, dans l’éducation et la santé des enfants.
SALAIRE MINIMUM : AUGMENTER LE SMIC DÉTRUIT-IL L’EMPLOI ?
La question du salaire minimum illustre parfaitement la nécessité de confronter les théories économiques aux expériences concrètes. Les hausses du salaire minimum n’ont pas produit les mêmes effets selon les pays étudiés. D’où la nécessité, selon lui, de ne pas tirer de conclusion universelle à partir d’un seul modèle théorique.
🎤 Mathieu Peruyero : « Ce que découvrent les économistes dans les études empiriques, c’est que ça dépend du contexte. »
DETTE PUBLIQUE : FAUT-IL RÉDUIRE LES DÉPENSES ?
La dette française constitue l’autre grand sujet de l’entretien. Pour Mathieu Peruyero, l’effort nécessaire pour stabiliser la dette est considérable et doit être engagé avant une éventuelle crise financière. Selon lui, il faudra mobiliser plusieurs leviers : réformes structurelles, maîtrise des dépenses publiques et probablement augmentation de certaines recettes.
TRANSITION ÉCOLOGIQUE, NUMÉRIQUE, MONDIALISATION : NE PAS OUBLIER LE LONG TERME
À quelques mois d’échéances électorales majeures, Mathieu Peruyero regrette que le débat économique se concentre trop souvent sur les impôts et les dépenses immédiates. L’éducation, l’innovation, la mondialisation, le numérique et la transition écologique doivent également être placés au cœur du débat économique.
🎤 Mathieu Peruyero : « Nous avons vraiment essayé dans cet ouvrage de faire à ces questions essentielles la place qu’elles méritent. »
COVID ET CRISE ÉNERGÉTIQUE : QUELLES LEÇONS TIRER ?
La crise sanitaire constitue un exemple intéressant de politique économique évaluée a posteriori. Selon Mathieu Peruyero, la réponse française a globalement permis d’éviter une catastrophe économique. Mais la sortie de crise a été moins maîtrisée, notamment parce que certaines mesures d’urgence ont été maintenues trop longtemps.
🎤 Mathieu Peruyero : « Si c’est une crise temporaire, il faut des mesures temporaires. »
L’ÉVALUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES : UN OUTIL DÉMOCRATIQUE ?
Pour Mathieu Peruyero, l’évaluation ne doit pas rester cantonnée aux chercheurs ou aux administrations. Elle pourrait devenir un véritable outil du débat démocratique. L’objectif est aussi de pouvoir adapter une réforme lorsque les résultats ne correspondent pas aux attentes.
💻 Réalisation : Guillaume Munier
🎵 Choix musical :
Fri, 04 Sep 2026 - 286 - Présidentielle 2027 : fiscalité, dette et climat, les idées des entrepreneurs français
À quelques mois de la présidentielle de 2027, les entrepreneurs réclament de la visibilité et de la stabilité. Fiscalité, dette, dépenses publiques, réindustrialisation, transition climatique et intelligence artificielle : quels choix économiques pour la France ? À l'occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF 2026) à Roland-Garros, deux dirigeantes confrontent leurs expériences et émettent des propositions aux futurs candidats et candidates.
Nos invitées
🎤 Julie Neuville, présidente de Materrup, entreprise industrielle spécialisée dans la production de ciment bas carbone et circulaire. Son entreprise produit en France depuis 2022 et développe des solutions destinées à réduire l'empreinte carbone de l'industrie du ciment.
🎤 Adina Grigoriu, présidente et fondatrice d'Active Asset Allocation, société d'ingénierie financière digitale spécialisée dans la gestion des risques, l'investissement de long terme et les technologies liées à l'intelligence artificielle.
Fiscalité et charges : les entreprises demandent de la visibilité
La fiscalité et le poids des charges figurent parmi les premières préoccupations exprimées par les entrepreneurs lors de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef. Pour Julie Neuville, présidente de Match Up, l'enjeu est directement lié à l'emploi : plus les charges sont importantes, plus la capacité d'une entreprise à recruter est limitée. Adina Grigoriu, fondatrice d'Active Asset Allocation, insiste de son côté moins sur le niveau de l'impôt que sur son imprévisibilité. Pour un investisseur qui raisonne sur vingt, trente ou quarante ans, les changements incessants de règles fiscales constituent une véritable prime de risque.
🎙️ Julie Neuville :
« L'idée, ce n'est pas de faire plus de profit. L'idée, c'est de pouvoir pérenniser les emplois en premier lieu. »
🎙️ Adina Grigoriu :
« Chaque revirement fiscal ajoute une prime de risque au coût du capital. »
Dette et dépenses publiques : quelle trajectoire pour la France ?
La dette publique s'impose comme l'autre grande inquiétude des chefs d'entreprise. Pour Julie Neuville, réduire la dette ne peut pas se résumer à une formule : il faut savoir quelles dépenses seront diminuées et quelles conséquences ces choix auront sur l'innovation, l'investissement ou la formation. Adina Grigoriu alerte, elle, sur la perception des investisseurs : le niveau de dette et le coût de son financement pèsent directement sur le coût auquel les entreprises peuvent elles-mêmes emprunter. Les deux dirigeantes convergent sur un point : la France a besoin d'une trajectoire crédible et lisible.
🎙️ Adina Grigoriu :
« La vérité sur la dette, parce que la charge d'intérêts est devenue le premier budget de l'État. »
🎙️ Julie Neuville :
« La dette est une question urgente. Moi, en tant qu'entreprise, je ne peux pas me permettre d'avoir des dettes et de ne pas les régler vite. »
Réindustrialiser la France : accélérer, mais avec quelle stratégie ?
La réindustrialisation est au cœur des revendications patronales, mais elle se heurte à un problème de temps et de visibilité. Julie Neuville défend une industrie française capable de répondre aux défis environnementaux tout en restant compétitive. Son entreprise, spécialisée dans le ciment bas carbone, illustre cette volonté de produire autrement. Elle pointe cependant la lenteur des procédures administratives : une usine peut être déployée en douze mois, alors que les autorisations nécessaires peuvent prendre plusieurs années.
🎙️ Julie Neuville :
« Nous avons des solutions. Nous avons les ressources intellectuelles. Nous avons les ressources financières qui peuvent être mobilisées. C'est une question de volonté de se dire aujourd'hui : oui, on décide de le faire, on accélère, ça marche, c'est possible. »
🎙️ Adina Grigoriu :
« Un projet industriel bas carbone va avoir un coût du capital qui va être durablement plus faible. »
Transition écologique : contrainte ou opportunité industrielle ?
Les vagues de chaleur de l'été 2026 ont rappelé que le changement climatique est aussi une question économique. Pour Julie Neuville, transition écologique, compétitivité et industrie ne sont pas contradictoires. Le ciment, particulièrement émetteur de CO₂, peut selon elle devenir un terrain d'innovation et de création d'emplois grâce à de nouveaux procédés de production.
La dirigeante estime que les entreprises doivent désormais assumer pleinement leur responsabilité face au changement climatique. Pour les investisseurs, Adina Grigoriu souligne de son côté que le risque climatique est déjà intégré dans les stratégies du secteur de l'assurance et de la finance à long terme.
🎙️ Julie Neuville :
« Transition écologique, économie, compétitivité, industrie ne s'opposent pas. Bien au contraire. »
🎙️ Adina Grigoriu :
« Les investisseurs français, mais aussi européens, ont vraiment intégré le carbone comme un risque de transition. »
L'épargne française peut-elle financer l'économie ?
Autre piste évoquée : mieux orienter l'épargne des Français vers le financement de l'industrie, de la transition énergétique et des infrastructures. Adina Grigoriu défend l'idée d'un troisième étage de capitalisation venant compléter le système de retraite par répartition. Elle considère que l'importance de l'épargne française constitue une ressource potentielle considérable pour financer les transformations de l'économie. Julie Neuville insiste pour sa part sur l'efficacité de chaque euro dépensé, qu'il provienne de l'investissement privé ou de la puissance publique.
🎙️ Adina Grigoriu :
« Nous avons le capital, mais quelque part, nous semblons refuser de vouloir le faire travailler pour nos retraites. »
🎙️ Julie Neuville :
« Chaque euro doit être utilisé de la manière la plus efficiente pour avoir des effets de levier qui nous protègent et nous préparent pour l'avenir. »
Intelligence artificielle : outil d'aide, pas décideur
L'intelligence artificielle constitue un autre bouleversement majeur pour les entreprises. Dans la finance, Adina Grigoriu explique que l'IA peut scorer, simuler, documenter et aider à expliquer les décisions, mais qu'elle ne doit pas se substituer à la responsabilité humaine. Dans son secteur industriel, Julie Neuville voit également l'IA comme un outil d'assistance permettant de libérer du temps pour les tâches à plus forte valeur ajoutée.
🎙️ Adina Grigoriu :
« Nous, on donne à nos clients des outils de décision, pas des boîtes noires. »
🎙️ Julie Neuville :
« Ça nous permet de faire plus ou de faire mieux, de faire plus qualitatif. »
Le « courage » comme mot d'ordre des entrepreneurs
À l'issue de l'entretien, les deux dirigeantes sont invitées à définir le courage qu'elles attendent des responsables politiques. Pour Julie Neuville, le courage consiste à prendre aujourd'hui les décisions difficiles qui permettront de préserver l'avenir, notamment face au changement climatique. Adina Grigoriu réclame pour sa part trois engagements : la vérité sur la dette, cinq années de stabilité fiscale et réglementaire et une mobilisation de l'épargne française au service de l'industrie, de la technologie et de la transition.
🎙️ Julie Neuville :
« Le courage, c'est savoir prendre des décisions difficiles aujourd'hui qui nous permettront demain de survivre. »
🎙️ Adina Grigoriu :
« Le courage pour moi, pour un homme politique, c'est de ne pas avoir peur de ne pas être aimé. »
Maciej Witucki, les priorités des entreprises européennes
Dans la seconde partie de l'émission, notre invité est Maciej Witucki, président de Business Europe, organisation représentant les intérêts des entreprises de 36 pays européens. Il analyse la situation économique du continent. Selon lui, le déclassement européen est une réalité, mais l'Europe conserve des atouts considérables : un marché de 450 millions de consommateurs, des technologies de pointe et une forte intégration des chaînes de valeur industrielles.
🎙️ Maciej Witucki :
« Oui, on se fait déclasser. L'avantage aujourd'hui, c'est qu'on le sait maintenant, et on a commencé à agir. »
Pour le président de Business Europe, l'Europe doit s'attaquer à l'empilement réglementaire qui pénalise les entreprises. Il ne remet pas en cause l'ensemble des règles européennes, mais plaide pour la suppression de celles qui n'apportent plus de protection ou de valeur. La question énergétique est tout aussi centrale, notamment depuis la guerre en Ukraine et la hausse des coûts de l'énergie.
Sur le climat, Maciej Witucki estime que l'Europe ne doit pas renoncer à ses objectifs, mais qu'elle doit davantage réfléchir à la trajectoire permettant de les atteindre, aux investissements nécessaires et aux mécanismes d'accompagnement.
Le président de Business Europe voit dans le nucléaire et les énergies renouvelables des secteurs stratégiques pour l'avenir industriel européen. Il souligne cependant un manque de main-d'œuvre pour réaliser les nombreux projets envisagés. Face à des États européens fortement endettés, il appelle aussi à mobiliser davantage l'épargne européenne afin de financer les infrastructures et l'industrie.
L'une de ses priorités est l'achèvement du marché unique. Selon lui, les frontières physiques ont largement disparu, mais de nombreuses barrières réglementaires et administratives continuent de fragmenter le marché européen, notamment dans les services. Leur suppression pourrait constituer, selon lui, une source de croissance relativement immédiate.
Enfin, le président de Business Europe évoque les relations avec les marchés émergents, notamment l'Afrique. Pour les entreprises européennes, le continent représente à la fois des débouchés commerciaux et un accès à des ressources naturelles indispensables. Mais il insiste sur la nécessité de transformer ces ressources localement, afin de créer davantage de valeur ajoutée et d'emplois.
💻 Réalisation : Guillaume Munier
🎵 Choix musical : Tiken Jah Fakoly / Carlinhos Brown - Forola.
Fri, 28 Aug 2026 - 285 - Les grands invités de la saison d'Éco d'ici Éco d'ailleurs
Tensions géopolitiques, commerce international, souveraineté, nouvelles technologies, transition énergétique, matières premières, emploi, formation et inégalités : cette saison, « Éco d’ici, Éco d’ailleurs » et « Le grand invité de l'économie RFI - Jeune Afrique » a donné la parole à des dirigeants, entrepreneurs, experts et décideurs pour décrypter les grandes transformations en cours entre Afrique, Europe et reste du monde. Voici une sélection de certains des entretiens les plus marquants.
Retrouvez ici nos invités en vidéo
Grégory Clerc : Castel mise sur l’Afrique et la décentralisation
Directeur général du groupe Castel depuis 2023, Grégory Clerc est revenu sur la transformation d’un groupe mondial du vin et des boissons, particulièrement implanté en Afrique. Au-delà de la gouvernance et de la succession au sein du groupe, il a défendu une stratégie fondée sur la croissance africaine et sur la capacité de Castel à s’adapter à un continent en pleine mutation.
L’un des points forts de son intervention concerne l’organisation du groupe : Grégory Clerc revendique un modèle largement décentralisé, laissant une importante marge de décision aux filiales et à leurs dirigeants. Une manière, selon lui, de rester au plus près des réalités locales et de préserver l’agilité du groupe.
Autre enjeu majeur : la sécurité. Malgré les difficultés rencontrées dans certains pays du Sahel, en République démocratique du Congo ou en Centrafrique, Castel n’envisage pas de retrait de ses marchés africains. Le groupe assume une stratégie de long terme fondée sur la connaissance du terrain et la résilience.
Alahassane Diakité : le cacao ivoirien face à la volatilité des marchés
La crise du cacao a constitué l’un des grands sujets agricoles de la saison. Alahassane Diakité, directeur général de la Maison du Cacao et de Diakité Cocoa Products, a livré son analyse d’une filière confrontée à la volatilité des cours, à la spéculation, aux stocks et aux difficultés rencontrées par les producteurs ivoiriens.
Pour lui, l’une des réponses passe par l’accélération de la transformation locale. La Côte d’Ivoire compte déjà plusieurs usines de transformation et l’objectif affiché est d’augmenter encore cette capacité afin de contribuer à stabiliser la filière et à créer davantage de valeur sur place.
Autre combat : permettre aux producteurs et aux coopératives d'accéder davantage aux marchés à terme et de mieux maîtriser leurs risques. Une question essentielle dans une filière exposée aux mouvements des marchés internationaux et aux stratégies des grands négociants.
L’entretien a également porté sur la gouvernance de la filière et sur la nécessité, selon Alahassane Diakité, de maintenir le débat sur le cacao à distance des affrontements politiques. Une position qui prend une dimension régionale alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana, deux poids lourds mondiaux du cacao, cherchent à renforcer leur coopération pour peser davantage sur les marchés internationaux.
Athina Argyriou : l’automobile européenne face aux offensives chinoise et américaine
L’industrie automobile est elle aussi au cœur des bouleversements mondiaux. Athina Argyriou, déléguée générale de la CSIAM (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle), a analysé la montée en puissance des constructeurs chinois, la politique protectionniste américaine et les difficultés auxquelles les constructeurs européens doivent répondre.
Elle souligne notamment les atouts industriels de la Chine : une importante capacité d’ingénierie, un effort considérable de recherche et développement et un appareil industriel capable de mettre rapidement de nouveaux produits sur le marché.
Face à cette concurrence, elle met en garde contre la tentation européenne du protectionnisme. Pour elle, la compétitivité passe davantage par le maintien d’une base industrielle solide, l’innovation et l’indépendance énergétique.
La transition vers la voiture électrique constitue évidemment l’un des grands enjeux. Athena Argyriou estime que le choix américain de ralentir cette évolution risque de pénaliser l’industrie des États-Unis elle-même, tandis que l’Europe doit continuer à investir dans cette transformation pour préserver sa compétitivité.
Baba Hady Thiam : Simandou, le pari minier de la Guinée
Avec Baba Hady Thiam, avocat d’affaires franco-guinéen, l’émission s’est penchée sur l’un des projets miniers les plus importants du continent : Simandou. Un projet intégré associant extraction de minerai de fer, infrastructures ferroviaires, installations portuaires et transformation locale.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse largement l’exploitation du minerai. Simandou doit devenir un catalyseur permettant de développer d’autres secteurs de l’économie et de sortir du piège traditionnel de la dépendance aux matières premières. Baba Hady Thiam insiste cependant sur une condition essentielle : la réussite dépendra de la capacité à exécuter concrètement les plans annoncés.
L’autre grand sujet est celui du contenu local. L’enjeu ne doit pas simplement être de fixer des pourcentages minimums d’emplois ou de contrats attribués aux entreprises nationales. Il doit, selon lui, permettre une véritable montée en gamme des compétences locales afin que les entreprises guinéennes soient capables, demain, de prendre en charge des projets de plus en plus complexes.
Amal El Fallah Seghrouchni : construire une souveraineté numérique africaine
L’intelligence artificielle et la souveraineté numérique ont occupé une place centrale dans la saison. À Marrakech, à l’occasion du Gitex Africa 2026, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre marocaine chargée de la transition numérique, a défendu une vision d’une IA souveraine et durable.
La souveraineté ne se résume pas au stockage des données. Elle suppose également des infrastructures, des capacités de calcul, des datacenters, une connectivité et surtout une réglementation capable de protéger les données et d’encadrer leur utilisation.
La ministre marocaine plaide également pour une coopération accrue entre les pays africains. Plutôt que de reproduire les modèles européens ou asiatiques, elle défend une « troisième voie » africaine de l’intelligence artificielle et de la technologie, fondée sur le partage des données, des talents et des capacités de calcul.
El Mouhoub Mouhoud : immigration, école et mobilité sociale
L’économiste El Mouhoub Mouhoud, spécialiste de la mondialisation et président de l’université PSL, a abordé l’économie à travers son propre parcours et son ouvrage « Le Prénom ». Son intervention a permis de revenir sur l’immigration économique, mais aussi sur la réussite scolaire des enfants issus de l’immigration.
Il dénonce une vision du débat public qui se concentre sur les situations les plus visibles, qu’il s’agisse de la délinquance ou des réussites sportives, en oubliant la masse de jeunes issus de l’immigration qui réussissent par l’école.
L’apprentissage apparaît à ses yeux comme un outil particulièrement efficace contre les discriminations à l’embauche : une fois les jeunes présents dans l’entreprise, leurs compétences peuvent s’exprimer concrètement et les préjugés liés au nom ou au territoire peuvent reculer.
Il invite également à dépasser l’idée d’une méritocratie selon laquelle la réussite ne dépendrait que de la volonté individuelle. L’accès à l’école, la transmission familiale, le goût de l’effort et les conditions sociales jouent un rôle déterminant dans les trajectoires.
Thierry Marx : immigration, emploi et transmission des savoir-faire
Pour clôturer cette sélection, Thierry Marx a apporté son regard de chef cuisinier et de président de l’Union des métiers de l’hôtellerie et de la restauration. Son parcours personnel, marqué par une scolarité difficile avant de devenir l’un des grands chefs français, a servi de point de départ à une réflexion sur la formation, l’apprentissage et l’immigration économique.
Dans un secteur qui emploie une importante proportion de travailleurs issus de l’immigration, Thierry Marx insiste sur les situations concrètes des personnes formées et employées dans l’hôtellerie-restauration, notamment celles qui peuvent se retrouver confrontées à des difficultés administratives après leur apprentissage.
La transmission est également au cœur de son intervention. Pour Thierry Marx, former ne consiste pas à reproduire mécaniquement un modèle : transmettre un savoir-faire doit permettre à celui qui apprend de devenir autonome, de développer sa curiosité et, à son tour, de transmettre.
Sat, 15 Aug 2026 - 284 - Afrique, le temps des possibles, épisode 4 : exploiter les ressources au service de l'humain
Dernier volet de notre série « Afrique, le temps des possibles » : comment faire des ressources naturelles du continent un levier de prospérité durable plutôt qu'une simple source d'exportations ? Agriculture, sols, pétrole, minerais critiques, santé ou encore capital humain : le banquier d'affaires Lionel Zinsou, l'économiste Kako Nubukpo et l'ingénieure agronome Senda Zarrouk confrontent leurs analyses sur les conditions d'une croissance plus inclusive, capable de préserver les ressources tout en créant davantage de valeur en Afrique.
💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien.
Nos invités
Lionel Zinsou — banquier d'affaires et financier, ancien Premier ministre du Bénin. Il siège aujourd'hui dans plusieurs conseils d'administration de groupes africains et accompagne de nombreux projets d'investissement sur le continent
Kako Nubukpo — économiste togolais, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement
Senda Zarrouk — ingénieure agronome, docteure en sciences de l'environnement, spécialiste des politiques agricoles, de l'adaptation au changement climatique et de la restauration des sols.
Agriculture et climat : investir pour produire durablement
L'agriculture demeure l'un des principaux atouts économiques de l'Afrique, mais aussi l'un des secteurs les plus exposés au changement climatique. Pour les intervenants, la transition vers des pratiques plus durables suppose des investissements massifs, des financements de long terme et une meilleure prise en compte des risques auxquels sont confrontés les agriculteurs.
🎤 Lionel Zinsou : « En UEMOA, l'agriculture représente près de 28% du PIB mais ne reçoit que 2% des crédits à l'économie. »
🎤 Kako Nubukpo : « L'intensification agroécologique offre d'importants gisements de croissance tout en répondant aux exigences environnementales. »
🎤 Senda Zarrouk : « Le principal frein aujourd'hui, c'est le financement de la transition agroécologique. »
Préserver les sols pour renforcer la souveraineté alimentaire
Pour les trois invités, les sols constituent la première richesse naturelle du continent. Leur préservation conditionne la sécurité alimentaire, la résilience face au changement climatique et les capacités futures de production agricole.
🎤 Lionel Zinsou : « Le biochar et les nouvelles valorisations de la biomasse peuvent révolutionner la fertilité des sols africains. »
🎤 Kako Nubukpo : « Il faut construire des filières cohérentes, capables de répondre aux marchés tout en respectant les contraintes écologiques. »
🎤 Senda Zarrouk : « Le sol reste notre infrastructure la plus précieuse : il faut le préserver et le restaurer. »
Femmes, foncier et financement : un levier majeur de développement
Les intervenants soulignent le rôle central des femmes dans l'agriculture africaine. Pourtant, leur accès au foncier, au crédit ou aux responsabilités économiques demeure limité.
🎤 Lionel Zinsou : « Les valeurs foncières progressent et la numérisation des titres ouvre progressivement de nouvelles possibilités de financement. »
🎤 Kako Nubukpo : « Les femmes restent la variable d'ajustement du système agricole alors qu'elles devraient être au cœur des politiques publiques. »
🎤 Senda Zarrouk : « Une agricultrice africaine peut transformer le modèle économique du continent à condition d'avoir accès à la terre et au financement. »
Pétrole et minerais critiques : créer davantage de valeur sur le continent
L'Afrique concentre une part essentielle des ressources énergétiques et minières indispensables à la transition mondiale. Reste à éviter le piège de l'exportation brute et à développer une véritable transformation industrielle locale.
🎤 Lionel Zinsou : « Les ressources pétrolières ne créent du développement que lorsqu'elles financent la transformation de l'économie. »
🎤 Kako Nubukpo : « Les minerais critiques doivent devenir un levier d'industrialisation plutôt qu'un nouveau cycle d'extractivisme. »
🎤 Senda Zarrouk : « L'enjeu est de produire localement mais aussi de développer les filières de recyclage des métaux stratégiques. »
Santé, environnement et capital humain : investir dans la première richesse de l'Afrique
Au-delà des ressources naturelles, les invités rappellent que le développement repose d'abord sur les femmes et les hommes. Santé, éducation, prévention et qualité de l'environnement constituent des investissements économiques de long terme.
🎤 Lionel Zinsou : « Les progrès de la santé conditionnent directement le dividende démographique africain. »
🎤 Kako Nubukpo : « Le défi est autant démographique que territorial, avec de fortes inégalités d'accès aux soins. »
🎤 Senda Zarrouk : « Investir dans les déterminants de la santé est souvent plus efficace que réparer les conséquences des crises sanitaires. »
Repenser la richesse au-delà du PIB
En conclusion de cette série, les trois intervenants appellent à élargir la définition de la richesse en intégrant davantage le capital naturel, le capital humain, la santé, la biodiversité ou encore la capacité d'innovation.
🎤 Lionel Zinsou : « L'Afrique active aujourd'hui des richesses qui étaient longtemps restées invisibles : ses terres, son soleil, ses forêts et surtout sa jeunesse. »
🎤 Kako Nubukpo : « La véritable richesse réside dans notre capacité à transformer localement nos ressources et à mieux redistribuer la valeur créée. »
🎤 Senda Zarrouk : « La transition écologique n'est pas un coût : c'est une formidable opportunité de développement pour le continent. »
Visionnez toutes les émissions de la série Afrique, le temps des possibles
Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.
Sat, 01 Aug 2026 - 283 - Michaël Boumendil, l'homme qui donne une voix aux marques
Fondateur de Sixième Son, Michaël Boumendil a inventé, en 1995, un métier qui n'existait pas encore : celui de l'identité sonore des entreprises. Trente ans après ses débuts, son agence installée à Paris, New York et Singapour, travaille pour près de 350 marques dans le monde. Il revient sur son parcours, la genèse du jingle SNCF et sa vision de l'intelligence artificielle appliquée à la musique.
L'histoire de Sixième son
Pour Michaël Boumendil, la musique n'a jamais été un simple loisir mais un mode d'expression pour un enfant qu'il décrit comme timide et complexé. Face à l'inquiétude de ses parents, qui le poussent vers une grande école, il trouve un compromis : concilier musique et logique business. C'est ainsi qu'à 19 ans, avant même ses études, il pose les bases du concept d'identité sonore.
Diplômé de l'EDHEC, il en retient une leçon simple : il ne savait rien faire de concret, mais savait désormais vers qui se tourner. En 1994, à 23 ans, il se lance alors que ce secteur n'existe pas encore : les musiciens font de l'illustration sonore, les marketeurs ne s'intéressent qu'à l'image et aux mots. Sa conviction, qu'il défend toujours aujourd'hui : « la musique, c'est le seul langage universel qui existe ». Sixième Son a fourni des centaines de clients depuis sa création, dont 300 à 350 marques actives, dans des secteurs aussi variés que l'alimentaire, le luxe, l'assurance ou le transport. L'agence revendique une philosophie claire : « on ne cherche pas à faire du beau, on ne cherche pas à plaire, on cherche à être performant ».
Le jingle SNCF, une prise de risque assumée
Le projet le plus emblématique reste le jingle SNCF, créé en 2004. L'entreprise ferroviaire, mal comprise du public, cherchait à incarner «un leader de la mobilité à visage humain pour tous ». Après un mois d'observation de terrain, l'équipe de Sixième Son rompt avec les codes du secteur : une voix féminine là où régnaient les carillons métalliques, et une mélodie réduite à quatre notes, en écho aux quatre lettres du sigle. Choix contre-intuitif supplémentaire : une résolution en mineur plutôt qu'en majeur, jugé trop « arrogant », pour installer douceur et bienveillance.
Présenté à la direction de la SNCF, le projet déconcerte d'abord : « c'est exceptionnel, mais c'est impossible ». Michaël Boumendil propose quinze jours de réflexion avant une nouvelle présentation, à l'issue desquels le projet est validé. Sa conclusion sur cet épisode : « le génie, c'est celui de la SNCF qui a pris le risque de dire banco ».
Le jingle a depuis inspiré une centaine de reprises musicales, dont la plus célèbre reste celle de David Gilmour (Pink Floyd), qui a donné lieu à un contentieux juridique.
L'IA : un outil, pas un remplaçant
Interrogé sur les craintes des musiciens face à l'intelligence artificielle, Michaël Boumendil se veut mesuré : « le métier d'un musicien, c'est de dépasser l'outil ». Le véritable enjeu, selon lui, reste la construction d'un modèle économique équitable pour les créateurs, à l'image de l'évolution passée des plateformes de streaming. « C'est une mise en danger qui doit amener les musiciens à aller plus loin ».
France, États-Unis, Asie : des cultures opposées
Basé à New York, Michaël Boumendil observe que la France privilégie le souci du détail quand les États-Unis assument un rythme plus rapide, quitte à perdre en finition. En Asie, les logiques de décision varient fortement d'un pays à l'autre. Être implanté simultanément sur ces trois continents permet, selon lui, de faire circuler les bonnes idées d'un marché à l'autre. L'agence a également travaillé sur des marques en Angola, où se mêlent héritage lusophone et influences cubaines, ainsi qu'au Maroc, en Argentine et au Mexique — autant de terrains qui nourrissent, selon Michaël Boumendil, une compréhension fine des enjeux culturels indispensable à son métier.
Les réponses à notre quiz introductif 😉
Les marques représentées sont :
- Universal
- Apple
- Aéroports de Paris
- Decathlon
- Netflix
- Mac Donald's
💻 Réalisation : Guillaume Munier
🎵 Choix musicaux :
Le souffle du bleuet (Sixième son)
Rattle than lock (David Gilmour)
It's great to be a cat (FELIX® et Robbie Williams)
ó gente da minha terra (Mariza)
Sat, 08 Aug 2026 - 282 - Afrique, le temps des possibles, épisode 3: financer le développement sans l'aide étrangère
Troisième volet de notre série « Afrique, le temps des possibles » : comment les économies africaines peuvent-elles se financer sans dépendre systématiquement des aides extérieures ? Le banquier d'affaires Lionel Zinsou, l'économiste Kako Nubukpo et le juriste Benjamin Allahamne Minda croisent leurs regards sur la dette, la monnaie, l'intégration régionale et les droits de douane américains pour dessiner les voies d'un financement plus endogène du continent.
💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien.
Nos invités
Lionel Zinsou — banquier d'affaires et financier, ancien Premier ministre du Bénin. Il siège aujourd'hui dans plusieurs conseils d'administration de groupes en Afrique, notamment celui de Shelter Afrique, institution panafricaine dédiée au financement du logement social. Kako Nubukpo — économiste togolais. Benjamin Allahamne Minda — chercheur en droit international, chargé d'enseignement à l'université de Lyon et à l'Institut catholique de Paris. Auteur de l'ouvrage La coopération intra-africaine, un essai sur la Zlecaf (éditions L'Harmattan).Le déficit chronique de financement des économies africaines
Les finances publiques africaines souffrent d'un rendement fiscal trop faible et d'une base productive étroite, tandis que le crédit disponible pour les ménages et les entreprises reste très inférieur à celui des pays avancés.
🎤 Lionel Zinsou : « On n'a que 15% de prélèvements obligatoires, contre plus de 50% en France, on n'est pas capable d'éduquer, d'assurer la santé et de lutter contre la pauvreté avec ça. »
🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio crédit sur PIB aux États-Unis frôle les 300%, et il y a un enjeu d'intermédiation financière : les banques ont des ressources courtes qu'elles peinent à transformer en emplois longs. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « On n'arrive pas à investir sur les PME, malgré l'existence d'institutions de garantie comme le Fonds africain de garantie, le Faga. »
La dette africaine : outil nécessaire ou risque systémique ?
Face à des déficits publics structurels, la dette est jugée indispensable au financement du développement, mais elle absorbe une part croissante des recettes fiscales de plusieurs pays.
🎤 Lionel Zinsou : « C'est les deux en fait… mais il ne faut pas que les pays en situation critique fassent oublier qu'il y en a quarante qui n'ont absolument pas ce problème. »
🎤 Kako Nubukpo : « Le ratio service de la dette sur recettes totales est de 54%, ce qui veut dire que plus de la moitié de nos recettes va au remboursement de la dette. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Le problème de la dette, c'est aussi qu'elle ne répond pas aux bons besoins du développement, elle est souvent utilisée pour financer la sécurité plutôt que la production. »
Architecture financière internationale et avenir de l'aide au développement
Avec le tarissement de l'aide publique, notamment depuis le retour de Donald Trump, les intervenants plaident pour une mobilisation accrue de l'épargne domestique et un « multilatéralisme équitable » plutôt qu'une rupture totale avec les partenaires extérieurs.
🎤 Lionel Zinsou : « L'aide publique au développement, c'est seulement 2 à 3% du PIB du continent ; passer de 15 à 18% de recettes fiscales sur dix ans, ce n'est pas quelque chose d'impossible. »
🎤 Kako Nubukpo : « Il faut qu'on co-construise les chemins de la prospérité africaine à partir des fondamentaux africains, pas de ce qui est imaginé depuis Pékin, Washington ou Moscou. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « L'aide au développement a créé des dépendances structurelles devenues évidentes lorsque Donald Trump a annoncé le gel de certaines aides américaines. »
La question monétaire et l'avenir du franc CFA
Entre dépendance perçue au dollar, montée possible du yuan et débat sur la garantie française du franc CFA, la souveraineté monétaire du continent reste un sujet éminemment politique.
🎤 Lionel Zinsou : « La dépendance au dollar, c'est un thème populiste ; on a simplement besoin d'un numéraire international, et le marché le plus profond est aujourd'hui en dollars. »
🎤 Kako Nubukpo : « Il y a une décision du Conseil de l'Union européenne selon laquelle toute modification substantielle du fonctionnement de la zone franc nécessite désormais l'aval de Bruxelles. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Sur la question monétaire, qui reste toujours d'actualité, on est face à l'un des éléments les plus inachevés de la souveraineté internationale des pays africains. »
Intégration régionale, ZLECAf et fragmentation des économies
La multiplicité des frontières, des monnaies et des barrières non tarifaires freine le commerce intra-africain, malgré les espoirs portés par la Zone de libre-échange continentale africaine.
🎤 Lionel Zinsou : « Imaginez que la France ait quarante monnaies : c'est autant de frontières, de postes de douane, de barrières non tarifaires qui freinent nos échanges. »
🎤 Kako Nubukpo : « La part du commerce intracommunautaire est inférieure à 15% en Afrique, contre environ 60% dans la zone euro. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Les prévisions annoncent une hausse de 10% des échanges intra-africains en 2026, mais cela suppose que tout soit bien mis en œuvre. »
Droits de douane américains : menace ou opportunité pour l'Afrique ?
Le protectionnisme de Donald Trump touche surtout les économies africaines les plus industrialisées, tandis que les matières premières restent largement exonérées, ce qui pousse les intervenants à miser sur la transformation locale plutôt que sur l'exportation brute.
🎤 Lionel Zinsou : « Les droits de douane de Trump n'ont jamais fait baisser le déficit américain ; ce qui compte pour un pays africain, c'est de transformer localement plutôt que d'exporter la matière brute. »
🎤 Kako Nubukpo : « Ce qui se joue dans le commerce aujourd'hui, ce sont surtout les barrières non tarifaires, les normes sanitaires et environnementales, plus que les droits de douane eux-mêmes. »
🎤 Benjamin Allahamne Minda : « Les droits de douane ne sont bénéfiques que s'il existe de vrais avantages comparatifs à faire valoir face au partenaire commercial. »
Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.
Sat, 25 Jul 2026 - 281 - Afrique, le temps des possibles, épisode 2 : un avenir économique pour la jeunesse
C'est le deuxième épisode de la série « Afrique, le temps des possibles ». Continent le plus jeune du monde, l'Afrique verra un jeune sur trois de la planète y vivre d'ici 2050. L'historien Achille Mbembe, l'économiste Kako Nubukpo, les entrepreneurs Matina Razafimahefa et Mamby Laye Diomandé débattent de formation, d'emploi, de numérique, d'intelligence artificielle et d'industries créatives pour transformer ce dividende démographique en véritable moteur de développement pour le continent.
💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien
NOS INVITÉS
Achille Mbembe – philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward Kako Nubukpo – économiste togolais, professeur des universités, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Matina Razafimahefa – cofondatrice de Sayna, plateforme de formation aux métiers du numérique et à l'employabilité Mamby Laye Diomandé, fondateur et commissaire général du Salon des Industries musicales francophones (SIMA).« Le dividende démographique : espérance ou crise ? »
Face à l'explosion démographique de sa jeunesse, l'Afrique doit transformer un potentiel encore incertain en véritable levier de développement.
🎤 Kako Nubukpo : « Nous attendons pour les 40 prochaines années 600 millions de jeunes Africains sur le marché du travail, à raison de 15 millions par an. Tant que nous n'allons pas transformer la matière première, on aura du mal à les absorber. »
🎤 Matina Razafimahefa : « On parle de dividende démographique comme d'un chèque qu'on attendrait d'encaisser. Mais il ne se décrète pas, il se construit compétence par compétence, mission par mission. »
« Emploi informel et inadéquation des formations »
Entre chômage officiel, travail informel et systèmes éducatifs déconnectés du marché, l'insertion professionnelle des jeunes reste un défi majeur.
🎤 Achille Mbembe : « Beaucoup de gens sont au travail dans ce que l'on appelle l'informel. Ces besoins ne sont pas pris en charge par l'économie formelle. »
🎤 Matina Razafimahefa : « La migration ce n'est pas une pathologie, c'est la réponse rationnelle d'un jeune face à un système qui ne lui offre pas d'autres chemins. »
« Numérique, intelligence artificielle et industries créatives »
Portée par le numérique et l'intelligence artificielle, la jeunesse africaine invente déjà de nouveaux modèles économiques et culturels.
🎤 Mamby Diomandé : « Il est important de pouvoir fournir de la data à l'État […] qui justifie des investissements sur les industries culturelles et créatives. »
🎤 Matina Razafimahefa : « Il y a 650 millions d'emplois qui vont nécessiter des compétences numériques d'ici 2030. […] Nous ne sommes plus à la recherche d'un job, nous avons des compétences à monétiser. »
🎤 Achille Mbembe : « Sans ces éléments-là [littérature, musique, peinture, théâtre], il est impossible de donner sens à ce que l'on fait. […] Il faut les considérer dans ce sens plénier et pas les réduire à des marchandises. »
« Quel avenir laisser à la jeunesse ? »
Au-delà des trajectoires individuelles, c'est la solidarité et l'action collective qui, selon les intervenants, façonneront l'avenir du continent.
🎤 Achille Mbembe : « L'avenir du continent africain, il est entre nos mains. […] Les forces endogènes transformeront le continent davantage que les forces exogènes. »
🎤 Kako Nubukpo : « La réussite d'un continent ne peut pas être la somme des réussites individuelles. […] Ce qui fonde l'Afrique, c'est la solidarité. »
Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.
Sat, 18 Jul 2026 - 280 - Afrique, le temps des possibles, épisode 1 : gouverner dans un monde brutal
Dans un contexte mondial marqué par les rivalités géopolitiques, les guerres économiques et la remise en cause de la mondialisation, l'Afrique peut-elle construire un développement plus souverain, inclusif et durable ? Comment gouverner face au « tournant brutaliste » ? Nous vous proposons une série d'émissions « Afrique, le temps des possibles » qui réunit plusieurs grands intellectuels suite à la publication d'un livre blanc de 60 propositions coordonnées par l'historien Achille Mbembe.
💻 Découvrez l'émission en vidéo en cliquant sur ce lien
NOS INVITÉS
Achille Mbembe – Philosophe, historien et politologue, professeur à l'Université du Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud), Directeur Général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie, coordinateur du Livre blanc La force des sociétés – 60 propositions au service des futurs Africains, présenté lors du sommet Africa Forward. Kako Nubukpo – Économiste togolais, professeur des universités, ancien commissaire de l'UEMOA chargé de l'Agriculture, des Ressources en eau et de l'Environnement, auteur de L'Afrique et le reste du monde (Odile Jacob) Fatoumata Ngom – Analyste des politiques publiques à l'OCDE, écrivaine, ingénieure en informatique et diplômée en mathématiques financières, auteure de Le silence du totem (L'Harmattan).« Le modèle économique dominant est en crise »
La première partie de l'émission dresse un diagnostic sans concession des mutations du monde. Les invités estiment que le modèle de développement hérité de la mondialisation ne répond plus aux défis actuels et que l'Afrique doit inventer de nouvelles trajectoires.
🎤 Achille Mbembe : « Le modèle économique dominant est en crise aujourd'hui et ne nous permet plus de faire ce saut civilisationnel. Nous assistons à un tournant brutaliste. »
🎤 Fatoumata Ngom : « Il est temps de mesurer le progrès au-delà du seul PIB. »
« Peut-on développer une économie sans démocratie ? »
Les échanges portent ensuite sur la qualité des institutions, la démocratie, les régimes autoritaires et les conditions d'une croissance durable.
🎤 Achille Mbembe : « Il faut contester l'idée selon laquelle l'autoritarisme serait plus efficace. »
🎤 Kako Nubukpo : « À long terme, il n'y a pas de succès possible sans institutions inclusives. »
« Restaurer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants »
Comment recréer un contrat social ? Les intervenants défendent une gouvernance davantage fondée sur la participation, la redevabilité et l'implication des citoyens.
🎤 Kako Nubukpo : « On ne peut pas demander aux marchés financiers l'autorisation de construire un hôpital. »
🎤 Fatoumata Ngom : « Les gouvernants doivent savoir qu'ils sont là pour le peuple, et pas pour eux-mêmes. »
« Sortir du piège de l'extractivisme »
L'Afrique reste indispensable à la transition énergétique mondiale mais continue de capter une faible part de la richesse créée à partir de ses ressources.
🎤 Achille Mbembe : « Les mutations économiques doivent être guidées par le soin des communautés et des institutions. »
🎤 Kako Nubukpo : « Le monde dépend de l'Afrique, mais cela produit surtout la primarisation de ses économies. »
« Mieux répartir les richesses »
Les invités analysent les conséquences économiques des inégalités, de la pauvreté et des flux financiers illicites.
🎤 Kako Nubukpo : « Les insécurités sont liées à une mauvaise redistribution de la richesse. »
🎤 Fatoumata Ngom : « L'Afrique perd davantage avec les flux financiers illicites qu'elle ne reçoit parfois en aide au développement.»
« Compter d'abord sur les ressources africaines »
Le débat s'intéresse ensuite au financement du développement, aux capacités d'épargne du continent et au rôle de l'aide internationale.
🎤 Achille Mbembe : « L'Afrique dispose des ressources nécessaires. Il faut les mobiliser au service du continent. »
🎤 Fatoumata Ngom : « L'objectif de l'aide au développement est que plus aucun pays n'en dépende durablement. »
« Repenser les relations entre l'Afrique et le reste du monde »
Les échanges se concluent sur les rapports entre l'Afrique, la France et les anciennes puissances coloniales, ainsi que sur les nouvelles formes de coopération internationale.
🎤 Achille Mbembe : « La relation entre la France et l'Afrique doit reposer sur le principe de la juste distance. »
🎤 Kako Nubukpo : « L'enjeu est de passer d'une dépendance subie à des interdépendances choisies. »
« La force des sociétés »
En conclusion, les trois invités convergent sur une idée centrale : le développement du continent ne pourra venir uniquement des capitaux, des institutions internationales ou des grandes puissances. Il reposera d'abord sur les citoyens, les territoires, les savoirs, les initiatives locales et la capacité des sociétés africaines à construire leurs propres modèles de développement.
🎤 Achille Mbembe : « Nous sommes condamnés à organiser notre coexistence. »
🎤 Kako Nubukpo : « Nous voulons un multilatéralisme équitable et une solidarité rationnelle. »
🎤 Fatoumata Ngom : « Tout commence par les sociétés. »
Réalisation : Yann Bourdelas / Guillaume Munier.
Sat, 11 Jul 2026 - 279 - Coupe du monde de football : un modèle économique durable ?
La Coupe du monde de football 2026 s'impose comme une révolution économique et technologique : une pluie de milliards, de nouvelles sources de revenus, un nouveau modèle de sponsoring basé sur la tech et l'IA. Au final, un jackpot attendu par la FIFA et son président Gianni Infantino, ami personnel de Donald Trump qui attend lui-même un bénéfice de cet événement à l'approche des élections de mi-mandat et alors que les Etats-Unis célèbrent le 250ème anniversaire de leur indépendance.
NOS INVITES
- Mustafa Curlu — Directeur sport & international, BPI France
- Aurélie Dyèvre — Directrice générale de Sporsora
- Tancrède Thiellay — Consultant en stratégie, auteur d'une note pour Terra Nova sur la régulation du football
- Thérèse Rebière — professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail aux Etats-Unis
Les nouveaux horizons du sport business
Directeur Sport & International de BPI France, Mustapha Curlu présente Sport Définition, événement annuel dédié aux industries sportives, dont c'est la troisième édition. Son constat : entre pratique sportive, fans et marques, une multitude d'entreprises et de secteurs coexistent sans vraiment se connaître. L'événement réunit stars du sport — Ciryl Gane, Violette Dorange, Antoine Dupont — et acteurs économiques pour décortiquer ces transformations. L'innovation y occupe une place centrale, de la data à l'expérience fan, en passant par la durabilité, avec des entreprises qui recyclent des matériaux pour fabriquer des équipements sportifs. BPI France y annonce une poche d'investissement de 50 millions d'euros pour accélérer le développement du sport business français, jugé trop lent malgré des atouts considérables. Mustapha Curlu évoque aussi les missions menées au Maroc, où près de 100 entreprises françaises ont été accompagnées pour se positionner sur les marchés liés à la Coupe du monde 2030.
Le Mondial 2026, une Coupe du monde devenue plateforme
👉 Une révolution à 13 milliards
Avec 48 équipes et 104 matchs — presque le double des éditions précédentes — la FIFA attend sur son cycle 2023-2026 près de 13 milliards de dollars de revenus, en hausse de 72 % par rapport au cycle d'avant. Le format s'inspire même du sport américain, avec ses pauses fraîcheur publicitaires et son show de mi-temps façon Super Bowl.
« Un match de plus, c'est un produit de plus à vendre. Une équipe de plus, c'est un marché de plus à conquérir, une histoire de plus à raconter. » — Tancrède Thiellay
👉 La tech s'invite dans le vestiaire financier
Le sponsoring classique — panneaux publicitaires et droits télé — ne suffit plus à financer une compétition passée de 64 à 104 matchs. Google, TikTok et YouTube sont devenus partenaires ; Lenovo a déployé 10 000 équipements et 200 ingénieurs pour la compétition. Le spectateur, lui, devient une source de données autant qu'une audience.
« On voit même l'intelligence artificielle générative utilisée pour créer des résumés de match personnalisables en temps réel. » — Aurélie Dyèvre
👉 Sur le terrain, le business déborde du stade
Thomas de Saint-Léger, envoyé spécial de RFI raconte comment Boston a été envahie par les supporters écossais : les publicités pour le tourisme fleurissaient déjà sur les écrans de la ville quelques jours après leur départ. Dans les parkings comme dans les tribunes, tout se monnaye — jusqu'aux places de stationnement chez les particuliers, revendues entre 80 et 150 dollars les jours de match.
👉 Une FIFA juge et partie ?
Pour Tancrède Thiellay, le problème n'est pas l'absence de régulateurs — FIFA, UEFA, fédérations nationales existent déjà — mais l'absence d'un arbitre au-dessus d'eux, capable de défendre un bien commun du football que personne ne définit aujourd'hui. Sur 211 fédérations affiliées à la FIFA, l'immense majorité dépend de ses subventions.
« La FIFA est à la fois juge et partie : elle écrit les règles, elle les fait appliquer, elle encaisse l'argent lié au marché du football. » — Tancrède Thiellet
👉 Conquérir l'Amérique, puis le Golfe et l'Afrique
Devant des investisseurs en Floride, Gianni Infantino a chiffré le potentiel : le football pèse 300 milliards de dollars par an dans le monde, dont seulement 10 milliards aux États-Unis contre 70 % en Europe. Au-delà des États-Unis, la FIFA regarde vers le Golfe — Qatar 2022, Arabie Saoudite 2034 — et vers l'Afrique, où le talent abonde mais où l'exode des jeunes joueurs reste massif.
« Il y a une sorte d'angle mort du football continental aujourd'hui en Afrique, puisqu'il y a un nombre de talents et des audiences qui sont vraiment massifs, mais qui aujourd'hui ne génèrent pas vraiment de croissance économique. » — Tancrède Thiellay
👉 L'héritage : peu d'infrastructures, beaucoup de CO2
Les villes hôtes ont financé les infrastructures, la FIFA a encaissé les revenus : un schéma qui limite le risque d'« éléphants blancs » mais laisse peu de retombées durables. Sur le plan environnemental, le bilan s'annonce lourd — plus de 9 millions de tonnes de CO2 attendues — loin du travail engagé par les Jeux olympiques de Paris 2024.
« Le bilan carbone de cette Coupe du monde est complètement alarmant : plus de 9 millions de tonnes de CO2 devraient être générées. » — Aurélie Dyèvre
États-Unis : la prospérité de Trump à l'épreuve des chiffres
Alors que les États-Unis célèbrent le 250ᵉ anniversaire de leur indépendance — une date sur laquelle Donald Trump a beaucoup misé à quelques mois des élections de mi-mandat — bilan d'étape avec Thérèse Rebière, professeure d'économie au CNAM, spécialiste du marché du travail américain.
👉 Un chômage en trompe-l'œil
Le taux de chômage est passé de 4,3 à 4,2 % en juin2026, mais les créations nettes d'emplois sont bien inférieures aux attentes — et celles de mai ont, elles aussi, été révisées à la baisse. Derrière l'amélioration apparente, la baisse du chômage tient surtout à des sorties du marché du travail : des Américains qui renoncent à chercher un emploi.
« Ce qui a provoqué la baisse du taux de chômage, c'est plutôt des sorties du marché du travail — des gens qui ne cherchent plus d'emploi. »
👉 Les chevaux de bataille de Trump à la peine
Les États-Unis n'ont jamais autant exporté de pétrole — mais l'emploi pétro-gazier reste otage des cours mondiaux. Quant à l'industrie manufacturière, deuxième pilier de la promesse trumpiste, elle détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée sur l'année : les droits de douane ne rapatrient pas, pour l'heure, les emplois espérés.
« L'emploi dans le secteur manufacturier connaît plutôt des destructions sur l'année, et non des créations. »
👉 Le pouvoir d'achat grignoté par l'inflation
Après un rattrapage salarial en 2025, lié à la forte inflation de 2022, la tendance s'est inversée depuis le début de l'année : les salaires progressent, mais plus lentement que les prix. Signe concret que le pouvoir d'achat moyen des Américains recule sur les derniers mois.
« Le pouvoir d'achat moyen des Américains est réellement en baisse sur les derniers mois. »
👉 Attentisme, IA et jeunes sacrifiés
Les entreprises américaines hésitent à recruter des cadres, notamment dans la finance, en pleine réflexion sur les postes que l'intelligence artificielle pourrait remplacer — une tendance qui dépasse largement les États-Unis. Premières victimes de cet attentisme : les nouveaux entrants sur le marché du travail.
« Le taux de chômage chez les jeunes augmente aux États-Unis bien plus vite que le taux de chômage moyen. »
👉 Les inégalités raciales se creusent
Pendant son premier mandat, Donald Trump revendiquait un taux de chômage afro-américain proche de la moyenne nationale. Cette fois, silence sur le sujet — et les chiffres se dégradent, aggravés par les suppressions d'emplois fédéraux, où les minorités ethniques étaient historiquement surreprésentées.
« Les Afro-Américains subissent un taux de chômage presque le double de celui de la moyenne de la population.»
👉 La confiance des Américains au plus bas
Le Michigan Survey, indice de confiance des consommateurs qui existe depuis 1948, a touché en mai son plus bas niveau historique. Même les agrégateurs de sondages réputés favorables aux Républicains affichent des taux de désapprobation sévères : 60 % sur la politique économique, 67 % sur l'inflation, 59 % sur le conflit en Iran — de mauvais augure pour les Républicains à l'approche des élections de mi-mandat.
💻 Réalisation :Guillaume Munier.
🎵 Choix musical :Lighter - Jelly Roll /Carín León
Fri, 03 Jul 2026 - 278 - Dette sénégalaise : comment éviter une catastrophe - Abdoulaye Ndiaye, économiste
Abdoulaye Ndiaye, économiste sénégalais et professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York (États-Unis) est le grand invité de l'émission économie RFI Jeune Afrique. Premier lauréat du prix Africa NextGen Economist, il décrypte sans détour les grands défis économiques de l'Afrique et du Sénégal : crise de la dette, déficits de financement, enjeux fiscaux, emploi des jeunes, développement de l’IA. Un entretien sans concession animé par Bruno Faure et Aurélie M’Bida.
👉Découvrez l'émission enrichie en vidéo en cliquant sur ce lien
Une nouvelle réalité géoéconomique pour l’Afrique
Face à la montée des tensions entre les grandes puissances, l’Afrique ne peut plus compter sur les mêmes flux d’aide au développement qu’auparavant. Pour Abdoulaye Ndiaye, le continent doit désormais s’appuyer davantage sur ses propres ressources, tout en multipliant les partenariats économiques.
L’économiste appelle à sortir des logiques d’alignement idéologique pour privilégier des relations de coopération fondées sur les intérêts économiques.
« La position de force de l’Afrique, ce n’est pas de clamer la souveraineté, c’est de pouvoir substituer un partenaire à un autre. »
Selon lui, l’enjeu est de faire jouer la concurrence entre les partenaires internationaux afin d’obtenir de meilleures conditions de financement et d’investissement.
« La priorité pour toutes les économies africaines, c’est une croissance soutenable et durable de 10% sur une génération. »
Finances publiques : le défi de la mobilisation des ressources
L’Afrique souffre d’un déficit chronique de ressources fiscales et de financement du développement. Mais pour Abdoulaye Ndiaye, la question n’est pas seulement le niveau des impôts collectés, mais l’efficacité des administrations fiscales.
Il souligne que les pays développés collectent des centaines de dollars de recettes pour chaque dollar dépensé dans l’administration fiscale, quand de nombreux pays africains restent très en retrait. L’amélioration de la collecte passe par des réformes de long terme : digitalisation, prélèvement à la source, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive du secteur informel.
« Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change la productivité de la collecte fiscale, mais il y a des réformes progressives à faire. »
Dette publique : emprunter pour investir, pas pour consommer
Pour l’économiste, le principal problème de nombreuses économies africaines réside dans l’usage de la dette. Trop souvent, les emprunts servent à financer des dépenses de consommation ou des subventions, sans générer suffisamment de croissance pour assurer leur remboursement.
« Même si le Sénégal résout son problème de la dette aujourd’hui, dans vingt ou vingt-cinq ans, il peut se retrouver dans une nouvelle crise de la dette liée au fait qu’on s’endette pour consommer. »
Abdoulaye Ndiaye défend une gestion plus sélective de l’endettement : réserver la dette de marché aux fonctions régaliennes et utiliser les financements concessionnels pour l’éducation et la santé, qu’il considère comme de véritables investissements.
L’emploi des jeunes, l’urgence absolue du continent
Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Pour Abdoulaye Ndiaye, cette réalité démographique doit être considérée comme une priorité politique absolue.
« L'emploi des jeunes doit être une urgence pour tous les décideurs africains. »
L’économiste estime que l’Afrique ne pourra absorber cette vague de nouveaux actifs sans une véritable stratégie d’industrialisation. Le continent a besoin de grandes entreprises capables d’employer des milliers de personnes, et non uniquement de petites structures ou de start-up.
« Il nous faut des entreprises qui peuvent employer 20 000 personnes à la fois. Il nous en faudrait cent comme Dangote »
Selon lui, le rôle des États n’est pas de créer eux-mêmes les industries, mais de lever les obstacles qui empêchent leur émergence : coût de l’énergie, accès au foncier, lourdeurs administratives ou manque de compétences.
Sénégal : une crise budgétaire et une crise de confiance
Concernant son pays, Abdoulaye Ndiaye parle clairement d’une crise budgétaire, aggravée par les tensions politiques et la dégradation de la perception du Sénégal auprès des investisseurs. Le pays doit, selon lui, restaurer la transparence sur sa dette et retrouver une trajectoire de croissance durable.
« La destination Sénégal n’est plus ce qu’elle était avant. »
Pour autant, il estime que le pays dispose encore d’atouts importants et que les nouvelles autorités ont pris la mesure de la gravité de la situation.
« Il est essentiel que la croissance inclusive soit restaurée au plus tôt. »
Restructuration de la dette : la moins mauvaise des solutions ?
L’économiste défend l’idée qu’une restructuration préventive de la dette peut parfois être préférable à un défaut de paiement. En s’appuyant sur de nombreuses études internationales, il affirme que les pays qui restructurent leur dette avant d’être en cessation de paiement retrouvent plus rapidement le chemin de la croissance.
« Une restructuration préventive serait moins pire qu’un défaut total. »
Il insiste toutefois sur le fait qu’il n’existe pas une seule forme de restructuration et que tout dépend des modalités de négociation avec les créanciers.
Serigne Malick Tall : « Sortir de la dette, pas par l’austérité, mais par la prospérité »
Invité à réagir au débat sur la dette sénégalaise, l'entrepreneur en série sénégalais Serigne Malick Tall exprime ses profondes inquiétudes face à l'hypothèse d'une restructuration de la dette qui rappellerait, selon lui, les traumatismes de l'ajustement structurel des années 1990. Marqué par les conséquences sociales de la dévaluation du franc CFA en 1994, il redoute qu'une nouvelle cure d'austérité ne se traduise par des coupes dans l'éducation, la santé et l'investissement public. Il plaide au contraire pour une stratégie fondée sur un reprofilage de la dette, une réforme fiscale ambitieuse, le renforcement du secteur privé et une relance de la croissance afin de préserver le bien-être des populations. Pour lui, la question de la dette est avant tout un choix politique et de souveraineté.
« Ce n'est pas par l'austérité, mais par la prospérité qu'on rembourse ses dettes et qu'on paie ses créanciers. »
Pétrole et gaz : une opportunité à ne pas surestimer
L’exploitation des ressources pétrolières et gazières peut constituer un levier de développement pour le Sénégal, mais elle ne représente pas une solution miracle.
L’enjeu est d’obtenir des contrats équilibrés et d’utiliser les revenus tirés des hydrocarbures pour soutenir la transformation économique du pays.
« Il est important que l'on ne dise pas que le Sénégal sera sauvé uniquement par le pétrole et le gaz. »
Intelligence artificielle : ne pas manquer le train
Abdoulaye Ndiaye estime que l’Afrique risque de rester à l’écart de la compétition mondiale autour des grands modèles d’intelligence artificielle. En revanche, le continent peut encore tirer profit de cette révolution technologique en utilisant les outils existants pour améliorer sa productivité et créer de nouvelles activités.
« Il y a un risque que l’Afrique manque cette révolution. »
Pour lui, l’objectif n’est pas nécessairement de rivaliser avec les géants américains ou chinois, mais d’exploiter l’IA comme un accélérateur de développement économique.
À écouter aussi«Les ports africains ont tout à gagner avec l'intelligence artificielle»
Fri, 26 Jun 2026 - 277 - Investir malgré les crises : du Moyen-Orient à l'Afrique, les nouvelles routes du commerce mondial
Corridors économiques, nouvelles routes maritimes, investissements innovants, diversification vers l'Afrique : malgré les tensions géopolitiques, les entreprises continuent d'investir. Dans l'attente de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient, décideurs économiques et chefs d'entreprise expliquent comment ils s'adaptent à un monde où la géographie redevient un facteur stratégique majeur.
Le Moyen-Orient, entre attractivité économique et instabilité géopolitique
Depuis plusieurs décennies, le Moyen-Orient s'est imposé comme une région incontournable pour le commerce mondial. Les États du Golfe investissent massivement dans les infrastructures, la logistique, l'énergie, les technologies et les services financiers. Mais la région demeure exposée aux tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures. Malgré ces incertitudes, les investisseurs continuent de croire au potentiel de la région. Pour Khalifah Al Yaqout, avocat d'affaires koweïtien, associé gérant du cabinet Al-Yaqout & Al-Fouzan Legal Group, la priorité reste avant tout la stabilité. Rencontré à l'occasion de l'événement Vision Golfe 2026 organisé par Business France à Paris, il indique que les pays du Moyen-Orient continueront à attirer les compétences internationales et les investissements tant qu'ils préserveront un environnement stable et prévisible.
Gérard Mestrallet et le pari du corridor Inde–Moyen-Orient–Europe
Ancien dirigeant d'Engie et de GDF Suez, Gérard Mestrallet pilote aujourd'hui pour la France le projet IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), lancé lors du sommet du G20 en 2023. L'objectif est ambitieux : relier l'Inde, le Moyen-Orient et l'Europe grâce à un vaste réseau combinant infrastructures portuaires, ferroviaires, énergétiques et numériques. À l'origine, le corridor reposait sur un itinéraire unique reliant Mumbai à Marseille via les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et Israël. Mais les crises récentes ont conduit les promoteurs du projet à revoir leur copie. Gérard Mestrallet explique que le corridor s'appuie désormais sur plusieurs routes alternatives afin de limiter les risques liés aux conflits ou aux accidents logistiques. Des ports en Égypte, au Liban et à Oman pourraient ainsi compléter les infrastructures initialement prévues. L'Égypte, le Maroc et plusieurs ports méditerranéens pourraient devenir des points d'entrée stratégiques dans ce nouvel écosystème logistique. Des projets de câbles sous-marins numériques sont également envisagés.
Les entreprises françaises regardent désormais vers l'Afrique
L'émission donne ensuite la parole à plusieurs entreprises confrontées aux conséquences concrètes des tensions géopolitiques. C'est le cas de Petroseal, société normande spécialisée dans le colmatage de fuites sur installations industrielles à haute pression. Sa directrice opérationnelle Emmanuelle Mayor explique que l'entreprise continue de travailler dans le Golfe mais accélère désormais son développement en Afrique notamment au Nigeria, en Libye, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Ces pays cherchent à augmenter rapidement leurs capacités de production de pétrole et de gaz, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les entreprises de services industrielles.
Pour les acteurs de la logistique internationale, la réorientation progressive des flux maritimes vers l'Afrique constitue une tendance de fond. Le contournement de certaines zones à risque favorise de nouvelles connexions avec les ports africains. Le Havre bénéficie notamment de l'intensification des échanges avec l'Afrique de l'Ouest. Le développement du « nearshoring », qui consiste à rapprocher les chaînes d'approvisionnement des marchés finaux, renforce également cette dynamique.
Le Havre, carrefour stratégique des échanges mondiaux
L'émission se poursuit dans le port du Havre, premier port français pour le commerce maritime international. Kris Danaradjou, directeur général adjoint d'Haropa Port, responsable du développement rappelle que la plateforme traite environ 85 millions de tonnes de marchandises chaque année et plus de trois millions de conteneurs.
Malgré les perturbations géopolitiques, les routes commerciales se réorganisent :
diversification des fournisseurs énergétiques ; développement de nouvelles escales ; adaptation des chaînes logistiques ; recours à des itinéraires alternatifs.Ludivine Bayon, déléguée générale de l'Union maritime et portuaire du Havre, présente les investissements réalisés sur Port 2000. Le site accueille certains des plus grands porte-conteneurs du monde et bénéficie d'un accès maritime permanent. Les opérateurs portuaires visent désormais six millions de conteneurs par an à l'horizon 2030, soit quasiment le double du trafic actuel.
Cette croissance repose notamment sur :
la multimodalité ; le transport fluvial ; le développement ferroviaire ; la décarbonation des activités portuaires.La Normandie face aux mutations du commerce mondial
Président de la Chambre de commerce et d'industrie Seine Estuaire, Yves Lefebvre livre une vision optimiste de la situation économique normande. Selon lui, le territoire bénéficie d'une grande diversité d'activités – industrie, aéronautique, naval, agroalimentaire, logistique – qui lui permet de mieux résister aux ralentissements sectoriels. Lorsqu'un secteur traverse une période plus difficile, un autre prend le relais, contribuant ainsi à maintenir le dynamisme économique local. Yves Lefebvre souligne également l'atout majeur que représentent la façade maritime normande, le port du Havre et l'axe de la Seine pour attirer de nouvelles entreprises et soutenir les exportations.
Pourquoi l'Afrique devient incontournable
Thomas Courtier, directeur de l'Union portuaire rouennaise, souligne la solidité des relations commerciales avec des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale. Chaque année, environ 2 500 navires y font escale. Rouen s'est spécialisé dans le groupage de marchandises, une activité qui consiste à réunir dans un même conteneur des produits provenant de plusieurs fournisseurs afin de réduire les coûts logistiques pour les importateurs africains. Cette expertise repose notamment sur la proximité du port avec l'Île-de-France et sur la présence d'importantes diasporas africaines en région parisienne, qui contribuent au dynamisme des échanges commerciaux. Malgré les crises politiques ou sécuritaires, les volumes restent relativement stables grâce à la diversification des clients et à l'ancienneté des échanges commerciaux.
💻 Réalisation : Guillaume Munier.
🎵 Choix musical : Nour - Alo ?!
Fri, 19 Jun 2026 - 276 - Mondialisation : qui profite de la fragmentation de l'économie mondiale?
Pendant plusieurs décennies, la mondialisation a été le moteur principal de l’expansion économique mondiale. Fondée sur la baisse des barrières commerciales, l’essor des chaînes de valeur internationales et la circulation croissante des capitaux, elle a profondément transformé les économies et les sociétés. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, puis les chocs du Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions sino-américaines, ce modèle semble entrer dans une nouvelle phase.
NOS INVITÉS
Elvire Fabry, directrice du programme Commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors et Rapporteure du groupe de travail sur les relations entre l’Union européenne et la Chine.
Son expertise :
Commerce international Souveraineté économique européenne Relations commerciales UE-Chine Réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondialesChristophe Rodrigues, professeur d’économie et de sciences sociales en classes préparatoires et à l’École normale supérieure de Lyon.
Son expertise :
Mondialisation Gouvernance économique mondiale Histoire économique Politiques industriellesIl est co-auteur de l’ouvrage La mondialisation fragmentée, Comprendre les mutations de l’économie mondiale (DBS).
Eric Keslassy, professeur d’économie et de sciences sociales à LPA.
Son expertise :
Sociologie économique Inégalités Conséquences sociales de la mondialisation Relations entre économie et politiquePauline Pic, titulaire de la Chaire de géopolitique des mers et des océans àl’Université du Québec à Rimouski.
Son expertise :
Géopolitique maritime Routes commerciales mondiales Enjeux stratégiques des océans Ressources marines et transition énergétiqueLes grandes thématiques abordées
1. La mondialisation : une histoire ancienne
Les intervenants rappellent que la mondialisation ne date pas des années 1990. Une première phase d’intégration économique existe déjà à la fin du XIXᵉ siècle, avec l’intensification des échanges commerciaux et financiers entre les grandes puissances. Les économistes soulignent qu’il existe depuis toujours une tension entre deux réalités :
les bénéfices de l’ouverture économique la crainte d’une perte de souveraineté des ÉtatsCette opposition traverse toute l’histoire économique moderne.
2. L’âge d’or de l’hypermondialisation
Les années 1990-2007 constituent ce que l’économiste Dani Rodrik appelle « l’hyperglobalisation ».
Cette période est marquée par :
l’ouverture massive des marchés l’explosion des chaînes de valeur mondiales la montée en puissance des multinationales la globalisation financièreL’entrée de la Chine dans l’économie mondiale accélère fortement ce mouvement. Les entreprises délocalisent leur production pour réduire les coûts et les échanges internationaux atteignent des niveaux inédits.
3. La crise de 2008 : un tournant majeur
Pour Christophe Rodrigues et Eric Keslassy, la crise financière de 2008 marque le début d’une nouvelle époque.
Elle révèle plusieurs faiblesses :
des inégalités croissantes une gouvernance mondiale insuffisante une dépendance excessive à certains marchés une défiance grandissante envers la mondialisationLes intervenants considèrent que les difficultés actuelles ne sont pas nées avec Donald Trump mais s’inscrivent dans une tendance plus ancienne de repli économique et politique.
4. Les États-Unis remettent en cause le modèle
L’émission revient longuement sur la politique commerciale américaine.
Selon l’administration Trump, la mondialisation aurait :
affaibli l’industrie américaine détruit des emplois industriels renforcé la dépendance envers la ChineLes invités nuancent fortement cette analyse. Ils rappellent que les États-Unis restent parmi les grands gagnants de la mondialisation, notamment dans les services et les technologies. Ils soulignent également que les droits de douane pénalisent souvent les entreprises et consommateurs américains eux-mêmes.
5. La Chine, grande gagnante de la mondialisation
La Chine apparaît comme le pays ayant le mieux profité de l’ouverture des marchés mondiaux.
Les intervenants expliquent qu’elle est passée :
d’une économie à bas coûts ; à une puissance technologique de premier plan.Aujourd’hui, elle domine de nombreux secteurs industriels :
batteries véhicules électriques panneaux solaires terres rares raffinage de minerais stratégiquesLa Chine représente déjà plus du tiers de la production manufacturière mondiale et pourrait encore accroître son poids dans les prochaines années.
6. Une mondialisation qui se réorganise
Pour Elvire Fabry, il n’y a pas de véritable démondialisation. Les flux commerciaux continuent d’exister mais changent de forme.
Les entreprises cherchent désormais :
à diversifier leurs fournisseurs à sécuriser leurs approvisionnements à réduire certains risques géopolitiquesDes concepts comme :
nearshoring friendshoring relocalisation partielleprennent de l’importance.
L’objectif n’est plus seulement la recherche du coût le plus faible, mais aussi la résilience des chaînes de valeur.
7. Les océans, colonne vertébrale de la mondialisation
Avec Pauline Pic, l’émission aborde la dimension maritime de la mondialisation.
Quelques chiffres rappellent l’importance stratégique des mers :
environ 80 % du commerce mondial passe par voie maritime près de 90 % du trafic Internet mondial transite par des câbles sous-marins les grands détroits restent des points de passage essentielsLes tensions actuelles autour du détroit d’Ormuz illustrent la fragilité de ces infrastructures mondiales.
8. La bataille mondiale pour les ressources stratégiques
Les intervenants évoquent l’importance croissante :
des minerais critiques des terres rares des métaux nécessaires à la transition énergétiqueLa Chine dispose d’une avance considérable :
extraction raffinage transformation industrielleCette situation pousse l’Union européenne à développer :
ses propres capacités industrielles le recyclage des partenariats avec des pays tiersL’enjeu est d’éviter de nouvelles dépendances stratégiques.
9. Les perdants de la mondialisation
L’émission revient également sur les conséquences sociales du phénomène.
Les invités rappellent que la mondialisation a produit :
des gagnants...
consommateurs bénéficiant de prix plus bas entreprises exportatrices grandes métropoles secteurs technologiques...mais aussi des perdants
ouvriers touchés par les délocalisations territoires industriels fragilisés classes moyennes confrontées à la concurrence internationaleEric Keslassy souligne qu’aujourd’hui même les emplois qualifiés et les ingénieurs peuvent être concernés par la compétition mondiale.
10. Quel avenir pour l’Europe ?
L’une des conclusions majeures de l’émission concerne l’Union européenne.
Pour les invités, l’Europe doit :
renforcer sa politique industrielle investir dans l’innovation sécuriser ses approvisionnements développer des partenariats commerciaux diversifiés préserver une forme de multilatéralismeL’objectif n’est pas l’autarcie mais une souveraineté économique mieux maîtrisée. Les intervenants estiment que l’Europe dispose encore d’atouts majeurs grâce à son marché de 450 millions de consommateurs et à sa capacité à négocier collectivement.
💻 Réalisation : Guillaume Munier.
🎵 Choix musicaux :
Tank and The Bangas - Move (Ft Lucky Day)
Fri, 12 Jun 2026 - 275 - Dette française : faut-il vraiment en avoir peur?
La dette publique française dépasse 115% du PIB et alimente un débat permanent entre politiques, économistes et citoyens. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-on continuer à emprunter ? Quels sont les risques réels pour l'avenir ? Nous avons réuni deux expertes aux approches complémentaires : la journaliste économique Philippine Robert et l'économiste Dorothée Rouzet analysent les causes de cet endettement, les contraintes européennes, le rôle des marchés financiers et les défis économiques à venir.
NOS INVITÉES
🎙️ Dorothée Rouzet est cheffe économiste à la Direction générale du Trésor français. Cette administration rattachée au ministère de l'Économie produit des analyses économiques, élabore des prévisions et conseille les pouvoirs publics sur les politiques économiques. Elle adopte une approche rigoureuse et pédagogique. Son analyse repose sur les mécanismes économiques de long terme : soutenabilité de la dette, croissance, emploi, attractivité du territoire, investissements publics et stabilité financière. Pour elle, la dette n'est pas un problème en soi. Tout dépend de son utilisation. Elle rappelle qu'un État peut s'endetter pour investir ou pour amortir une crise, mais qu'il doit ensuite retrouver une trajectoire soutenable.
💬 « On peut s'endetter aujourd'hui et laisser aussi un plus gros gâteau à la prochaine génération. La difficulté aujourd'hui, c'est qu'une partie de la dette finance les dépenses courantes et notamment sociales. »
Son intervention met également en avant plusieurs atouts de l'économie française : une démographie relativement dynamique, une économie diversifiée, une forte capacité à lever l'impôt, une énergie largement décarbonée et une attractivité toujours importante pour les investisseurs étrangers.
💬 « La dette française est valorisée parce qu'elle est de bonne qualité et très liquide. »
Dorothée Rouzet insiste enfin sur la nécessité d'investir dans des investissements productifs ou pour la transition écologique.
💬 « Le plus facile à couper, c'est l'investissement. Mais c'est le plus idiot aussi. »
🎙️ Philippine Robert est journaliste spécialisée en économie à l'hebdomadaire Le Point. Elle est également l'auteure du livre Faut-il avoir peur de la dette ? Enquête sur un débat qui déchaîne les passions, publié aux éditions du Rocher. Son intervention se concentre davantage sur les dimensions politiques, historiques et sociologiques de la dette publique.
💬 « Aujourd'hui, en France, le sujet de la dette est très instrumentalisé politiquement. »
Elle explique pourquoi cette question provoque autant de tensions dans le débat public et comment elle est régulièrement instrumentalisée par les responsables politiques. Selon elle, la dette est devenue un sujet émotionnel qui cristallise les oppositions entre générations, catégories sociales et sensibilités politiques. Elle souligne également que la France a manqué plusieurs occasions de réformer durablement ses finances publiques pendant les années de taux d'intérêt très faibles.
💬 « Très peu de gouvernements français ont eu une bonne gestion des finances publiques. Les réformes structurelles qui auraient permis de ne pas être dans cette situation-là n'ont jamais été faites. On a loupé la fenêtre d'opportunité. »
CE QU'IL FAUT RETENIR DE L'ÉMISSION
Nos deux invitées s'accordent sur un point essentiel : la dette n'est pas nécessairement mauvaise. Elle peut même être utile lorsqu'elle finance ou lorsqu'elle permet de protéger l'économie pendant une crise. En revanche, elles considèrent que la situation française devient préoccupante parce qu'une partie importante de la dette sert désormais à financer des dépenses courantes plutôt que des investissements d'avenir.
L'émission montre également que la question de la dette ne peut être séparée de nombreux autres enjeux : la croissance économique, l'emploi, le vieillissement démographique, les dépenses sociales, la compétitivité, l'attractivité internationale, les relations avec les partenaires européens.
NOTRE ENTRETIEN VIDÉO
Alors que la France revoit apparaître le spectre des fermetures d'entreprises, du chômage et des licenciements, nous avons reçu l'avocat en droit du Travail Avi Bitton, auteur d'une web-série pour défendre les intérêts des cadres supérieurs.
Découvrez la vidéo en cliquant ici.
💻 Réalisation : Guillaume Munier.
🎵 Choix musicaux :
Charles Trenet / Paie tes dettes.
Fri, 05 Jun 2026 - 274 - Nouvelle-Calédonie : le caillou au bord du gouffre économique
À 17 000 kilomètres de Paris, la Nouvelle-Calédonie, territoire d'Outre-mer français, traverse une crise économique sans précédent depuis les émeutes de mai 2024. Deux années plus tard, les 265.000 habitants font face à un effondrement structurel, aggravé par la dépendance au nickel, dont l'issue reste incertaine. Un économiste et un chef d'entreprise dressent un bilan sans concessions puis esquissent les voies d'un redressement possible.
La crise en chiffres
La Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique Sud constitué de dizaines d'îles et dont la capitale est Nouméa, vit sous souveraineté française depuis 1853. Le territoire bénéficie d'une forte autonomie, mais les revendications indépendantistes des communautés kanaks y restent vives et s'expriment parfois violemment. Les émeutes de mai 2024, déclenchées par un projet de révision constitutionnelle, ont causé quatorze morts et un coût estimé à 2,2 milliards d'euros. Elles ont aggravé une situation déjà fragilisée par plus d'une décennie de ralentissement économique et une crise du secteur du nickel — pilier historique de l'économie locale.
👉 −13,5% de PIB perdu en 2024 après les émeutes
👉 −8% de PIB supplémentaire perdu en 2025
👉 14 000 emplois détruits depuis mai 2024 sur 65 000 salariés du privé.
Nos invités
🎙️ Olivier Sudrie, économiste spécialiste de l'outremer, fondateur du cabinet DME (Didacticiels et Modélisation Économiques)
💬« Le choc de la Nouvelle-Calédonie est à peu près équivalent au choc que nous avons connu au niveau national à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. »
💬« Il n'y a aucune fatalité à la situation que vit actuellement la Nouvelle-Calédonie. Tout peut repartir. Il faut pour cela un effort du gouvernement calédonien lui-même, mais aussi un effort financier de la part de l'État. »
💬« Donner un travail à quelqu'un, c'est lui donner un salaire et donc forcément lui permettre aussi d'avoir une dignité et de pouvoir se projeter dans le futur. Et ça, en fait, les Outre-mer — la Nouvelle-Calédonie ne fait pas exception à la règle. »
🎙️ Xavier Benoist, directeur général de Bluescope Acier Nouvelle-Calédonie · Président de la Fédération des Entreprises et Industries de Nouvelle-Calédonie
💬« Depuis 2024, c'est l'effondrement et l'effondrement s'accélère. »
💬« On est en train de créer toutes les conditions pour de nouvelles violences. Les sujets de la Calédonie aujourd'hui, c'est quand est-ce que telle collectivité va faire banqueroute ? Quand est-ce que notre régime de retraite local va être en rupture de trésorerie ? »
💬« Personne ne va investir dans une activité économique en Nouvelle-Calédonie tant qu'on n'aura pas un peu de visibilité sur l'avenir du territoire. Ce choc de confiance, il est essentiel. »
Avec les participations de Charlotte Mannevy, correspondante de RFI à Nouméa et Dominique Lefeivre, président Les cacaos du Pacifique.
Notre reportage
La crise du secteur du nickel, le Covid et les révoltes indépendantistes de 2024 ont eu pour conséquence la fermeture de nombreuses entreprises, mines et usines. Parmi les Calédoniens licenciés, de nombreux Kanaks ont dû quitter leur logement pour retourner dans leur tribu. C’est tout un mode de vie fait d’agriculture et de coutume qu’ils retrouvent. Reportage de Théo Renaudon.
💻 Réalisation : Guillaume Munier.
🎵 Choix musical : Mizé Si Péyi La / Soft.
Fri, 29 May 2026 - 273 - Pétrole : la crise profitera-t-elle aux producteurs africains?
Quelles sont les grandes mutations du secteur pétrolier africain ? Entre tensions géopolitiques au Moyen-Orient, baisse relative des investissements internationaux, transition énergétique et quête d’attractivité, les pays africains producteurs tentent de repositionner leur stratégie. Tournée dans le cadre des 4èmes Journées Pétrole, cette émission réunit experts, économistes, représentants d’États et industriels autour d’une même interrogation : comment transformer les ressources pétrolières en véritable levier de développement durable ?
NOS INVITÉS
Gacyen Mouely, associé gérant 3M - Partners & Conseils et organisateur des 4èmes Journées Pétrole à Casablanca
Cyril Ruchonnet, directeur associé chez S&P Global
Laura Sima, directrice associée, recherche sur les Solutions Amont chez S&P Global
Mahamat Togoï, ingénieur géologue, enseignant-chercheur à l'Institut National Supérieur de Pétrole de Mao (Tchad)
Hashir Mabignath Sall, directeur général adjoint de l'Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI) du Gabon
Michel Prudhomme Nzouba fondateur Eco Partners, ancien dirigeant de Shell, Assala Energy, Maurel & Prom.
Les grandes thématiques de l’émission
👉 Un marché pétrolier mondial bouleversé
Le blocage du détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques ont profondément déstabilisé le marché mondial des hydrocarbures. Malgré la montée des énergies renouvelables, le pétrole et le gaz représentent encore près de 80% de la demande énergétique mondiale. Les États producteurs africains voient dans cette situation une opportunité de renforcer leur rôle stratégique.
💬Cyril Ruchonnet : « Le rééquilibrage mondial pourrait profiter aux producteurs africains. »
💬 Laura Sima : « Même avant le conflit au Moyen-Orient, les pétroliers cherchaient déjà à diversifier leurs zones d'investissements. »
👉 L’attractivité des pays africains
L’Afrique dispose d’importantes réserves pétrolières, mais peine encore à attirer suffisamment d’investissements. Les compagnies pétrolières ne regardent plus uniquement le potentiel géologique : elles analysent désormais la stabilité politique, la fiscalité, la gouvernance et la sécurité juridique avant d’investir.
💬 Michel Prud'homme Nzouba : « L’attractivité commence par la géologie. »
💬 Cyril Ruchonnet : « Les investisseurs recherchent aujourd’hui des découvertes plus rentables. »
💬 Mahamat Togoï : « Les compagnies veulent désormais des retours sur investissement plus rapides. »
💬 Laura Sima : « Les sociétés pétrolières aiment la stabilité, un projet se pense sur trente ou quarante ans.. »
💬 Hashir Mabignath Sall : « Nous avons gagné en crédibilité auprès des investisseurs. »
👉 La réforme des codes pétroliers
Plusieurs invités insistent sur l’importance des cadres réglementaires. Les codes pétroliers doivent être plus flexibles, plus lisibles et mieux appliqués afin d’accélérer les projets et de rassurer les investisseurs internationaux.
💬 Gacyen Mouely : « Le code pétrolier n’est qu’un outil. »
💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Le vrai problème est souvent la mise en application des codes. »
💬 Mahamat Togoï : « Les États doivent créer un cadre général favorable. »
👉 Le contenu local et la création d’emplois
Les intervenants défendent un contenu local plus ambitieux. L’objectif est de permettre aux entreprises africaines de participer davantage aux activités à forte valeur ajoutée du secteur pétrolier plutôt que de rester cantonnées aux services périphériques.
💬 Gacyen Mouely : « Le contenu local doit être structuré et compétitif. »
💬 Michel Prud'homme Nzouba : « Les capacités locales ont été historiquement négligées. »
👉 La transition énergétique
Tous reconnaissent que l’après-pétrole doit être anticipé dès aujourd’hui. Les revenus issus des hydrocarbures doivent financer la diversification économique et le développement de nouvelles énergies.
💬 Hashir Mabignath Sall : « Le pétrole reste une énergie de transition indispensable. »
NOS REPORTAGES
Gabon : le projet gazier du Cap Lopez
Le reportage d’Yves-Laurent Goma montre la transformation du terminal pétrolier du Cap Lopez en futur hub gazier. Le groupe Perenco investit près de deux milliards de dollars dans un projet de gaz naturel liquéfié destiné à faire du Gabon un exportateur de gaz dès 2028.
Madagascar : relancer une industrie fragilisée
À Madagascar, la société Madagascar Oil tente de relancer la production pétrolière après dix ans d’arrêt. Comme le montre le reportage de Guilhem Fabry, les autorités espèrent attirer de nouveaux investisseurs grâce à un futur code pétrolier plus compétitif.
💻 Réalisation : Hadrien Touraud / Stéphane Défossez
🎵 Choix musical : Fala - Vicky R / Oxlade
Fri, 22 May 2026 - 272 - Investissements en Afrique : risques perçus et risques réels, les voies de la rentabilité
Au sommet Africa Forward de Nairobi (Kenya), cinq acteurs clés de la finance en Afrique (Ecobank, Proparco, Meridiam, Africinvest, Melanin Kapital) débattent du paradoxe qui freine les investissements sur le continent : une perception du risque souvent bien supérieure à la réalité. Instruments de dérisquage, appui des données, besoins de gouvernance : quelles clés pour libérer le potentiel africain ?
Émission présentée par Bruno Faure enregistrée au Kenyatta International Convention Centre de Nairobi (Kenya) le 12 mai 2026.
Nos invités
🎙️ Françoise Lombard, directrice générale de Proparco
Françoise Lombard dirige Proparco, la branche de l'Agence française de développement dédiée au secteur privé. Depuis bientôt cinquante ans, Proparco finance et accompagne des entreprises en Afrique dans tous les secteurs : agriculture et agribusiness, industrie, services, infrastructures énergétiques, private equity et capital-risque. L'institution dispose de six bureaux régionaux sur le continent et opère via une palette d'instruments financiers allant du prêt classique aux prises de participation, en passant par des outils de garantie et d'accompagnement technique.
🎙️ Thierry Déau, directeur général de Meridiam
Thierry Déau dirige Meridiam, société de gestion française spécialisée dans le développement, le financement et la gestion de long terme de projets d'infrastructure essentiels. Meridiam gère environ 28 milliards d'euros pour le compte d'investisseurs institutionnels ; l'Afrique représente environ 10 % de ses encours, avec près de 2 milliards de fonds propres déployés pour créer une dizaine de milliards d'investissements sur le continent en huit ans. L'Europe reste son cœur d'activité (50 %), complétée par les Amériques. En Afrique, il porte notamment le parc éolien de Kipeto (Kenya), désormais en cours d'extension.
🎙️Mélanie Keïta Mariam, fondatrice de Melanin Kapital
D'origine sénégalo-congolaise et installée à Nairobi depuis plusieurs années, Mélanie Keïta a fondé Melanin Kapital, une néo-banque dédiée au crédit des PME et startups africaines qui innovent dans l'économie verte. L'institution est opérationnelle dans douze pays, en Afrique de l'Est, de l'Ouest et centrale, grâce notamment à un partenariat stratégique avec Ecobank. Sa particularité : prêter aux tout premiers emprunteurs, ceux qui n'ont pas accès au crédit bancaire classique. Pour cela, Melanin Kapital a développé ses propres modèles de crédit-score fondés sur les données de mobile money et les créances clients.
🎙️ Aziz Mebarek, co-fondateur d'AfricInvest
Franco-tunisien, Aziz Mbarek est le co-fondateur d'AfricInvest, plateforme panafricaine d'investissement dont les fonds sont incorporés à Maurice et dont les neuf bureaux couvrent l'Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, Égypte, Algérie) et l'Afrique subsaharienne (Kenya, Côte d'Ivoire, Nigéria, Maurice, Afrique du Sud) sans compter Dubaï. Avec une centaine de salariés issus d'une vingtaine de nationalités, AfricInvest est l'une des plus grandes équipes africaines de fonds propres, dette privée et venture capital.
🎙️ Jeremy Awori, directeur général du groupe Ecobank Transnational
Jeremy Awori est un dirigeant bancaire kényan, né à Nairobi. Il est aujourd’hui le directeur général du groupe bancaire panafricain Ecobank Transnational Incorporated fondé en 1985 à Lomé (Togo). Elle est aujourd’hui l’un des plus grands réseaux bancaires du continent africain, présente dans plus de 30 pays. Son activité principale est la fourniture de services financiers aux particuliers, aux entreprises et aux institutions, notamment à travers la banque de détail, la banque d’investissement et les services numériques.
Les grandes thématiques de l'émission
👉 Le paradoxe du risque africain
L'Afrique attire des investissements croissants, mais reste stigmatisée par une perception de risque excessive. Les invités distinguent le risque réel — politique, climatique, monétaire — du risque perçu, souvent amplifié par des indices génériques et une méconnaissance du continent.
💬 Françoise Lombard (Proparco) « Il faut voir le continent africain comme un investissement de long terme. Penser le long terme sur le continent, c'est absolument indispensable. Et puis il faut accepter d'être au contact des réalités du continent et de ne pas transposer nécessairement nos propres réalités sur le continent. »
👉 Les instruments de dérisquage
Garanties partielles sur portefeuilles de PME, assurances contre le risque politique (Miga/Banque mondiale), finance mixte combinant capital public et privé, structuration en tranches de risque différenciées : un panorama concret des outils disponibles.
💬 Mélanie Keita (Melanin Kapital) : « C'est vraiment toute une chaîne de valeur de financement qui doit être mise en place. Et grâce aux institutions du développement, on est capables d'accéder à plus de fonds, mais on doit travailler avec tous les acteurs de la chaîne pour pouvoir atteindre une femme qui n'est pas bancarisée et qui a quand même besoin de financement. »
👉 Financer les petites et moyennes entreprises
Comment prêter à une PME agricole sans collatéral ni historique bancaire ? Les invités décrivent les montages innovants – crédit-score mobile, partenariats avec des coopératives, chaînes de valeur multi-acteurs – qui permettent d'atteindre les entreprises non bancarisées.
💬 Jeremy Awori (Ecobank) : « Pour les PME, essentielles aux économies africaines, nous tentons de minimiser le risque de défaut de paiement. Nous travaillons actuellement pour fournir des garanties et une couverture en cas de sinistre de premier et de second rang. Il s'agit de l'un des secteurs d'activité à la croissance la plus rapide au sein de la banque. »
👉 La concurrence internationale et les co-constructions
Face aux financeurs asiatiques, les acteurs européens défendent leurs avantages comparatifs : durabilité contractuelle, normes ESG, non-consolidation de la dette souveraine. Mais la co-construction avec des acteurs d'autres continents est aussi une réalité du quotidien.
💬 Thierry Déau (Meridiam) : « La compétitivité ne vient pas forcément que du financement. Elle vient du coût, de la qualité – qui n'est pas toujours le même quand on multiplie ces trois facteurs en comparant une entreprise chinoise et une entreprise européenne. »
👉 Gouvernance, réglementation et cadres juridiques
Continuité réglementaire, licences bancaires pays par pays, allocation des bilans bancaires vers les bons du Trésor plutôt que vers les PME, retards de paiement de la sécurité sociale : les obstacles institutionnels concrets identifiés par les praticiens.
👉 La data, nerf de la guerre de l'investissement
L'absence de données fiables et accessibles sur les économies africaines reste un frein majeur pour les investisseurs étrangers. Améliorer la collecte et la transparence des données macroéconomiques et microéconomiques est présenté comme la réforme prioritaire.
💬 Aziz Mebarek (AfricInvest) : « Comment peut-on avoir un vrai rating et une vraie mesure du risque réel et effectif qui prévaut en matière d'investissement en Afrique ? Quand on voit tous les secteurs de la vie quotidienne, on trouve des entreprises européennes qui réussissent. Je pense que c'est vraiment le moment de s'engager. »
💻 Réalisation : Boris Vichith / Guillaume Munier
🎵 Choix musical : Ssaru ft Trio Mio – Mi Amor
Fri, 15 May 2026 - 271 - Canal+ Afrique veut devenir un géant audiovisuel panafricain
Directeur général de Canal+ Afrique, David Mignot est le grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Il défend une stratégie fondée sur l’effet d’échelle, la production locale et l’innovation technologique pour faire face aux plateformes mondiales. Après le rachat de Multichoice, le groupe veut devenir un acteur audiovisuel panafricain incontournable. Cotation à Johannesburg, lutte contre le piratage, contenus africains et nouveaux usages numériques : David Mignot détaille ses ambitions.
Entretien assuré par Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique).
Réalisation : Yann Bourdelas / Lauren Némausat / Stéphane Defossez.
Découvrez l'émission en vidéo en cliquant ici.
Canal+ Afrique change de dimension
L’année 2026 marque une étape importante avec l’entrée du groupe Canal+ à la Bourse de Johannesburg. Une double cotation après Londres, destinée à renforcer l’ancrage africain du groupe et à ouvrir son capital à des investisseurs du continent. Pour David Mignot, cette implantation financière a aussi une portée symbolique. Canal+ veut apparaître comme un acteur pleinement intégré à l’écosystème audiovisuel africain.
Le rachat de Multichoice pour atteindre une taille critique
Le dirigeant revient sur l’acquisition de Multichoice, opérateur historique de télévision payante en Afrique anglophone et lusophone. Cette opération doit permettre au nouvel ensemble de dépasser les 40 millions d’abonnés dans près de 70 pays. Un changement d’échelle jugé indispensable face à la concurrence des grandes plateformes mondiales comme Netflix, Amazon ou Disney.
David Mignot insiste sur la complémentarité géographique entre Canal+ et Multichoice. Selon lui, l’objectif est de construire un groupe capable d’investir massivement dans les contenus et les technologies. Le patron de Canal+ Afrique rappelle que le groupe emploie déjà plusieurs milliers d’ingénieurs et investit plus d’un milliard d’euros dans les infrastructures technologiques.
Le piratage présenté comme la principale menace
Contrairement aux idées reçues, David Mignot estime que le principal concurrent de Canal+ ne sont pas les grandes plateformes de diffusion mais le piratage. Selon lui, les nouvelles formes de diffusion illégale via les réseaux internet haut débit représentent un danger majeur pour toute l’industrie audiovisuelle. Le dirigeant explique que sans protection de la propriété intellectuelle, il devient impossible de financer durablement les productions locales et les grands événements sportifs.
Miser sur les contenus africains
Canal+ revendique aujourd’hui plus de 10 000 heures de contenus produits chaque année sur le continent africain dans une trentaine de langues. Séries ivoiriennes, productions nigérianes, contenus malgaches ou programmes en wolof, bambara ou peul : le groupe veut renforcer sa présence locale et développer des récits africains capables de séduire un public international.
David Mignot compare cette stratégie à celle de la Turquie ou de la Corée du Sud, devenues de grands exportateurs de contenus audiovisuels. Selon lui, la taille du marché africain pourrait permettre à terme l’émergence de productions capables de rayonner à l’échelle mondiale.
Des productions adaptées aux marchés locaux
Le patron de Canal+ Afrique assure que les contenus locaux peuvent devenir rentables grâce à des coûts de production adaptés aux réalités économiques de chaque pays. Canal+ mise également sur la formation des talents locaux grâce à Canal+ University et à la Talent Factory de Multichoice. Plusieurs milliers de professionnels auraient déjà été formés aux métiers de la production audiovisuelle.
Football, sport et diversification des contenus
Le football reste un pilier majeur de l’offre de Canal+, notamment grâce à la Ligue des champions et aux grandes compétitions internationales. Mais David Mignot insiste sur la nécessité de ne pas dépendre uniquement des droits sportifs. Le groupe cherche à diversifier ses contenus avec des séries, des documentaires, des programmes jeunesse ou encore du basket africain et les sports de combat. Selon lui, la force de Canal+ repose avant tout sur sa capacité à agréger des contenus variés destinés à l’ensemble des membres d’un foyer.
Une stratégie tournée vers les nouveaux usages
Face à l’explosion du smartphone et des plateformes numériques, Canal+ veut adapter ses formats et ses outils de diffusion. David Mignot estime que le métier du groupe consiste désormais à occuper le temps libre des consommateurs, quel que soit l’écran utilisé. Le dirigeant reconnaît la montée en puissance de YouTube, TikTok ou Instagram, mais considère que les grands contenus premium conservent une place essentielle dans les usages audiovisuels.
Canal+ veut devenir un acteur africain de référence
Présent dans l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne, Canal+ revendique plus de 35 000 points de vente et des centaines de chaînes africaines diffusées sur ses bouquets. David Mignot affirme que le groupe est aujourd’hui perçu comme un acteur profondément africain malgré ses origines françaises. Le patron de Canal+ Afrique insiste enfin sur l’idée d’une « Afrique terre de croissance », devenue selon lui un axe stratégique majeur pour le groupe depuis plusieurs années.
Sat, 09 May 2026
Podcasts semelhantes a Éco d'ici éco d'ailleurs
100% HONDELATTE Christophe Hondelatte
Libre antenne week-end Europe 1
Au Coeur du Crime Europe1
Les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare Europe 1 Archives
Cauet sur Europe 2 Europe 2
Les pieds sur terre France Culture
Affaires sensibles France Inter
Grand bien vous fasse ! France Inter
Ça commence aujourd'hui France Télévisions
Les grands dossiers de l'Histoire par Franck Ferrand Radio Classique
Ça peut vous arriver RTL
Le grand récit RTL
Les histoires incroyables de Pierre Bellemare RTL
L'Heure Du Crime RTL
Parlons-nous RTL
Un jour, une vie RTL
Les Grosses Têtes RTL
Hondelatte Raconte Europe 1
Entrez dans l'Histoire RTL
C dans l'air France Télévisions
LEGEND Guillaume Pley
L'After Foot RMC
Enquêtes criminelles RTL
Au Cœur de l'Histoire Europe 1
Super Moscato Show RMC
Laurent Gerra RTL
L’heure du crime : les archives de Jacques Pradel RTL
La dernière Radio Nova
L'œil de Philippe Caverivière RTL
CRIMES • Histoires Vraies Minuit
Les Grandes Gueules RMC
Les récits de Stéphane Bern Europe 1
La riposte Radio Nova
Rothen s'enflamme RMC
C ce soir France Télévisions
Pascal Praud et vous Europe 1