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- 166 - Rien à voir, de Gaëlle Obiégly
Cette fiction est librement inspirée du travail de Boris Achour, l’artiste y apparaît sous l’anagramme d’Ari Bosochur. La narratrice est invitée à participer à sa prochaine rétrospective. Ce récit, d’une grande liberté de ton, explore les liens entre l’art, le langage et la mémoire. Il progresse au rythme d’incessantes digressions qui font dialoguer le quotidien, les livres, les musées et les rencontres. La parole devient le principal moyen de transmettre les œuvres et d’interroger leur place dans nos vies, ce que signifie voir, raconter et partager une expérience esthétique, tout en donnant une place essentielle à celles et ceux qui gravitent autour de l’art sans en occuper le devant de la scène.
Rien à voir, Gaëlle Obiégly, Verticales, 2026
Fri, 25 Sep 2026 - 14min - 165 - Dans les grandes lignes, de Philippe Vasset
Après Un livre blanc sur les zones laissées vierges de toutes indications, qui émaillent la carte de la région parisienne, et Une vie en l’air où il s’empare du rail de l’aérotrain de l’ingénieur Bertin, projet abandonné au cœur de la Beauce, Philippe Vasset clôt sa trilogie de littérature géographique. Dans ce livre, l’auteur chemine à pied, à travers l’Île-de-France, pour suivre, sans carte, les lignes à haute tension, « en usant des pylônes pour seuls guides ». Ce périple électrifié crée un réel sentiment de dissociation lié aux brusques déconnexions qu’il provoque dans le paysage traversé. On passe ainsi « d’un jardin public à une bande d’arrêt d’urgence, d’une base militaire à un circuit de course automobile, d’un parking de supermarché à un cimetière. »
Dans les grandes lignes, Philippe Vasset, Flammarion, 2026
Fri, 11 Sep 2026 - 15min - 164 - La vie brute, de Joy Sorman
Irène Gérard naît avec un handicap, une déficience mentale, modérée. Jusqu’à son entrée, en 2007, aux ateliers de la S, centre d’art brut et contemporain qui rassemble en Belgique des artistes porteurs de déficience mentale, « cette anomalie, cette dérogation à la norme psychique vont en effet être un handicap, une malédiction, avant de dévenir le moyen d’une révélation. » Joy Sorman évoque sa rencontre avec cette artiste qui « a inventé un style, à rebours des pratiques figuratives communes, pour représenter autrement les visages. » Pendant un an, elle tente de percer le mystère de cette femme dont l’art, à la fois brut et poétique, fascine et intrigue. Un livre qui interroge la marginalité, la création artistique, et la quête de sens à travers la rencontre avec l’autre.
La vie brute, Joy Sorman, Flammarion, 2026
Fri, 28 Aug 2026 - 13min - 163 - Le mur, de Christian Guay-Poliquin
Dans une ville coupée en deux par un mur frontalier, Héléna se déplace à vélo avec sa remorque à outils pour gagner sa vie, en effectuant des réparations chez les habitants. Un jour, elle découvre par accident un groupe de clandestins qui tentent de franchir la frontière en creusant un tunnel souterrain. Cela fait remonter en elle des souvenirs de son passé. Elle se joint à eux pour tenter de retrouver le monde qu’elle a quitté. « La ville de l’autre côté du mur lui apparaît comme un monde enfoui que l’on exhume. » Christian Guay-Poliquin compose un roman dans lequel s’entrelacent les différents thèmes de la catastrophe écologique, du contrôle des frontières et des liens familiaux à l’épreuve de la distance. Entre récit d’anticipation, roman d’aventure souterrain et méditation sur l’exil, il explore ce qui pousse les êtres à poursuivre un horizon, même lorsque celui-ci semble s’éloigner à mesure qu’ils avancent.
Le mur, Christian Guay-Poliquin, La Peuplade, 2026
Fri, 14 Aug 2026 - 13min - 162 - Cumul I, de Kev Lambert
Alice, femme trans, est professeure d’histoire de l’art à Montréal. L’un de ses étudiants désire qu’elle dirige sa thèse sur Cumul I une œuvre de Louise Bourgeois qui donne son titre au livre. Elle se rend à Paris pour voir cette sculpture au Centre Pompidou avant de prendre sa décision. Prisonnière d’un sentiment de culpabilité diffus, elle interroge obsessionnellement son identité, ses actes, les rapports de pouvoir, le regard des autres et la menace permanente d’une faute passée, présente ou à venir. L’œuvre de Louise Bourgeois, aux formes organiques et ambiguës, déclenche en elle un flot de pensées. Ce court récit explore l’anxiété, la culpabilité et ce qui « perce à travers rêves et cauchemars pour s’échouer sur les rives du langage ».
Cumul I, Kev Lambert , Grasset / Centre Pompidou, collection (un seul art), 2026
Fri, 31 Jul 2026 - 15min - 161 - Chiens, de Julien Viteau
En 1985, Julien, adolescent précoce, tente de survivre à une famille dysfonctionnelle et passe l’été au Touquet où il travaille dans une librairie. Entre les bunkers de la plage et les néons du Midnight, il s’éveille au désir, guidé par deux boussoles mythologiques : Argos le Grec, chien du mythe et de l’errance, et Keleb le Juif, gardien de l’érudition. Julien cherche à désapprendre le monde plutôt qu’à le conquérir. Ce troublant récit d’initiation a une forme inédite. Certains mots, mis en relief, en gras, suspendent le temps du récit. Ces boussoles émotionnelles fragmentent le texte, leurs fulgurances renforcent la singularité du regard du narrateur sur son propre parcours. Une enquête métaphysique sur le temps, l’identité et le langage.
Chiens, Julien Viteau, Verdier, 2026
Fri, 17 Jul 2026 - 14min - 160 - Irène, de Christine Lapostolle
Le récit de Christine Lapostolle s’articule autour de Janis, la fille d’Irène, qui meurt d’un arrêt cardiaque. Sa mort soudaine déchire un quotidien jusque-là tissé d’amour et d’attention. La narratrice croise le chemin d’Irène et devient son amie. Elle restitue pudiquement les trajectoires de ces deux femmes. Leur révolte silencieuse face aux injustices sociales. Leur refus des normes imposées par le pouvoir ou l’argent. Une œuvre chorale et circulaire sur le deuil et l’amitié, où ces trois voix féminines se croisent et s’enchevêtrent, la perte devenant le catalyseur d’une rencontre profonde et singulière, une manière d’être au monde. « Les âmes de nos morts nous entourent, parfois nous sollicitent. Ce sont des puissances. »
Irène, Christine Lapostolle, Éditions MF, 2026
Fri, 03 Jul 2026 - 15min - 159 - Love Supreme, d’Olivier Cadiot
Le narrateur, en quête d’amour absolu, traque la « consistance de l’être aimé ». Il croise Anita la concierge, Winn, un philosophe-alpiniste, Maximilien, son colocataire musicologue, et Carol, la comédienne habitée par Tchekhov. Contre la brutalité de prédateurs immobiliers, cet aéropage de personnages excentriques fait sécession avec le projet utopique de transformer le toit-terrasse de leur immeuble en jardin suspendu. « Une île au sommet où tout se partage et s’échange. » Leurs obsessions et leurs modes de vie participent à la dimension fantastique et burlesque du récit. Ce livre, à la prose coupée, syncopée, est une robinsonnade urbaine en quête de « paradis mode d’emploi ».
Love Supreme, Olivier Cadiot, P.O.L., 2026
Fri, 19 Jun 2026 - 14min - 158 - Venise, millefleurs, de Ryoko Sekiguchi
De 2023 à 2025, Ryoko Sekiguchi a effectué huit séjours à Venise. Elle y découvre l’herbier d’Ilaria, jeune botaniste du XIXᵉ siècle. Ce journal intime l’incite à engager une relation épistolaire avec la jeune femme à travers le temps. Il l’incite ainsi à appréhender d’une manière inédite l’espace de la cité lacustre qu’elle perçoit comme un archipel familier, un espace vivant avec ses jardins secrets. Sensible aux eaux stagnantes et à l’isolement des îles, elle délaisse le décor de théâtre et les clichés du tourisme de masse pour rendre la parole aux habitants et aux plantes. Ce livre, qui s’inspire de la technique verrière du millefiori, assemble une mosaïque de fragments qui nous révèle que Venise est moins une ville de pierre qu’un poème vivant en perpétuelle germination.
Venise, millefleurs, Ryoko Sekiguchi, P.O.L., 2026
Fri, 05 Jun 2026 - 14min - 157 - Rien que les heures, de Pierre Ménard
Ce livre se déploie, au fil des heures d’une journée, sur la ligne du méridien de Paris. À chaque étape géolocalisée le long de ce parcours, traversant la ville du nord au sud, une mosaïque de brefs récits et de scènes variées se succède dans différents lieux du monde, exactement au même moment. La juxtaposition de ces fragments d’histoires, de ces arrêts sur image, permet d’explorer simultanément différents points de vue. Le texte détourne la chronologie d’une journée pour la transformer en une topographie de l’omniprésence des expériences humaines. Un voyage immobile, une cartographie de l’intime et du collectif, pour observer le monde en l’espace d’un instant.
Rien que les heures, Pierre Ménard, Éditions JOU, 2026
Fri, 22 May 2026 - 15min - 156 - Marginalia Woolf, de Christine Jeanney
Traductrice de l’œuvre de Virginia Woolf (Les vagues, Des fantômes dans les arbres), Christine Jeanney propose dans ce texte à la forme inédite, à l’architecture visuelle et textuelle hybride, une déconstruction de la structure classique du récit biographique. L’ouvrage est en effet composé de blocs de texte spatialement organisés sur la page pour créer un dialogue constant entre plusieurs voix. Les paroles et les écrits de Virginia Woolf. Les témoignages et les impressions de ceux qui l’ont côtoyé. Les réflexions de Christine Jeanney sur l’autrice et sur l’écriture. Cette accumulation de fragments permet de s’approcher au plus près de Virginia Woolf « et de la voir en papillon qui refuse de rester épinglé dans sa boite ».
Marginalia Woolf, Christine Jeanney, Abrüpt, 2026
Fri, 08 May 2026 - 14min - 155 - Un chien arrive, de Camille Ruiz
Camille Ruiz observe au quotidien son chien Ziggy, un grand golden retriever aux « longs poils couleur plage », dans ce livre qui avance par fragments, mêlant souvenirs, lectures et scènes de promenade. À travers cette relation singulière, l’autrice interroge également les mécanismes de domination qui traversent nos sociétés, du corps féminin au corps animal. Une réflexion sensible et brillante sur l’attention, l’attachement, pour « rendre étrange ce qui est familier, familier ce qui est étrange. » Un livre « dessinant une carte de rencontres, d’anecdotes, de lieux se mettant à jour, creusant le sens du verbe tenir : dans le monde, se tenir, tenir au monde, montrer comme nous y tenons - autant que possible à l’écoute. »
Un chien arrive, Camille Ruiz, Éditions Corti, 2026
Fri, 10 Apr 2026 - 15min - 154 - Mille millilitres de Ganymède, de Philippe Savet
Philippe Savet détourne la figure mythologique du protégé de Jupiter dans une « catabase contemporaine ». Ici, Ganymède ne monte pas vers l’Olympe, il s’enfonce dans la nuit des clubs et l’addiction chimique. Après sa disparition, il ne reste rien de lui que des écrits poétiques, ainsi que les témoignages disparates de ses proches qui cherchent à comprendre ce qui lui est arrivé. Ce « livre à trous » explore une identité queer oscillant entre autodestruction et quête viscérale de liberté. À travers une narration discontinue, l’auteur étudie ce que l’excès et la vulnérabilité font au corps, transformant la consommation de drogues en un acte sacrificiel. Le récit refuse toute cohérence rassurante pour laisser place à une urgence de vivre brute, où le plaisir se mêle irrémédiablement à la perte de soi.
Mille millilitres de Ganymède, Philippe Savet, Éditions Le Nouvel Attila, 2026
Fri, 27 Mar 2026 - 13min - 153 - Tout le monde quelque chose, de Corinne Lovera Vitali
Corinne Lovera Vitali déploie un labyrinthe de monologues entretissés où douze voix s’expriment depuis leurs enfermements. Ce récit est conçu comme un « cabinet de parole » qui explore les méandres de la psyché à travers un flux de pensées obsessionnel, où le rythme devient l’unique souffle de liberté. Le texte aborde avec vivacité des thèmes universels comme les liens familiaux, le vieillissement et le besoin viscérale d’attention. L’autrice y interroge les pouvoirs et les impuissances du langage, utilisant la libre association pour traduire une forme d’aliénation ordinaire. C’est une œuvre exigeante sur la difficulté d’exister au-delà de ses propres égarements. Une invitation à devenir quelque chose d’autre que soi seul.
Tout le monde quelque chose, Corinne Lovera Vitali, Éditions MF, 2026
Fri, 13 Mar 2026 - 13min - 152 - Nietzsche au piano, de Frédéric Pajak
Frédéric Pajak explore la relation fusionnelle et tourmentée de Friedrich Nietzsche avec la musique. Le philosophe la considérait comme l’essence même de sa pensée. Nietzsche s’est perçu toute sa vie comme un compositeur, s’adonnant au piano et à la création d’œuvres souvent jugées maladroites par ses pairs. Le texte retrace son amitié passionnée puis sa rupture fracassante avec Richard Wagner, un déchirement né de divergences esthétiques et idéologiques profondes. Le philosophe a fini par rejeter le romantisme allemand au profit d’une musique « méditerranéenne », plus solaire et légère. À travers ce prisme, la vie de Nietzsche apparaît comme une quête de rédemption esthétique face à la solitude et à la maladie. Cette biographie illustrée démontre finalement que, pour lui, chaque phrase écrite possédait sa propre rythmique symphonique.
Nietzsche au piano, Frédéric Pajak, Éditions Libretto, 2026
Fri, 27 Feb 2026 - 13min - 151 - Recours à la nuit, de Virginie Gautier
Dans ce livre qui se situe à la croisée du journal, de l’essai, de la poésie et du récit sensible, Virginie Gautier n’explore pas la nuit pour la dissiper, mais pour y entrer pleinement, en éprouver les textures, les sons, les puissances discrètes. Fragment après fragment, l’autrice déplace notre manière de percevoir : moins voir, davantage sentir, toucher, écouter. La nuit devient un territoire à part entière, poétique et politique, qui résiste à la surveillance, à la vitesse et à la domination du visible. En interrogeant la lumière artificielle, la pollution lumineuse et notre besoin de maîtrise, le livre ouvre une réflexion profonde sur nos façons d’habiter le monde. Recours à la nuit est une invitation exigeante à ralentir et à retrouver, dans la pénombre, une attention plus juste au vivant.
Recours à la nuit, Virginie Gautier, Éditions NOUS, 2026
Fri, 13 Feb 2026 - 15min - 150 - On ne verra pas les fleurs le long de la route, d’Éric Pessan
Un couple roule de nuit dans un paysage ravagé par les incendies, sans certitude d’arriver quelque part. Dans un monde où écrire et lire deviennent suspects, l’amour et la poésie restent des gestes de résistance fragiles mais essentiels. Le roman, parsemé d’un millier de fragments de livres inséré à l’intérieur des pages, à la manière du roman-collage de Yak Rivais, Les Demoiselles d’A. ou du centon Les mille et une phrases, d’Éric Simon, mêle errance et réflexion sur la catastrophe écologique et l’effondrement culturel. Une forme de révolte créative face à l’effacement programmé. Une mémoire de secours, une bibliothèque secrète protégée des menaces extérieures qui rappelle « tout ce que la littérature peut nous offrir. Tout ce qu’elle mettait en partage. Les communautés d’affinités qu’elle engendrait. »
On ne verra pas les fleurs le long de la route, Éric Pessan, Éditions Aux forges de Vulcain, 2026
Fri, 30 Jan 2026 - 14min - 149 - Bruits, d’Anne Savelli
Bruits d’Anne Savelli est un livre intense qui fait entendre la ville comme une épreuve permanente. Le récit suit une très jeune enfant qui s’enfuit de chez elle après une violente descente de police dans son immeuble. Sa fugue se transforme en une longue et chaotique traversée de la ville, à la fois physique et mentale. Un parcours initiatique vers le langage et l’autonomie. Autour d’elle, une multitude de lieux et de voix se croisent. Le texte se développe, au fil des minutes, en une exploration polyphonique de l’environnement sonore urbain et de son impact psychologique sur les personnages qui, pour s’en sortir, doivent faire preuve d’imagination, inventer des récits. L’écriture fragmentée de ce roman propose une cartographie éclatée d’un monde surchargé d’informations et de stimuli.
Bruits, Anne Savelli, Inculte, 2026
Fri, 16 Jan 2026 - 16min - 148 - Le pays dont tu as marché la terre, de Daniel Bourrion
Dans ce roman en forme d’hommage, l’auteur revient sur la mort d’un camarade d’enfance resté toute sa vie dans son village lorrain. Il tente de comprendre comment ce garçon discret, presque invisible, a glissé « vers une absence progressive avant que d’être permanente », disparaissant hors du monde sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Leur amitié, née dans cette campagne, s’est diluée quand leurs routes se sont séparées, « chacun sur sa voie, sans croisements ». Ce livre retrace leur parcours, interroge ce qui pousse certains à s’effacer quand d’autres parviennent à s’en sortir. Avec une langue sensible, Daniel Bourrion reconstitue le souvenir d’un homme que tout semblait condamner au silence et à l’oubli. Un livre dense, émouvant, sur l’amitié et la mémoire.
Le pays dont tu as marché la terre, Daniel Bourrion, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2025
Fri, 02 Jan 2026 - 14min - 147 - Les forces, de Laura Vazquez
Les Forces décrit le parcours intiatique d’une jeune femme en quête de liberté dans un monde saturé de contraintes à la fois physiques, sociales, économiques, où chaque pas, chaque lieu (d’un bar lesbien à une maison des mort·es en passant par un immeuble abritant des sectes qui inventent de nouveaux systèmes de croyances) devient une épreuve et une révélation. À travers des fragments tendus, d’une écriture dense, le texte explore dans un flux de pensées entre incantation et réflexion, les impasses du langage, l’illusion du libre-arbitre, les mascarades du quotidien et l’absurdité comique de certaines interactions sociales. Un texte poétique singulier, émaillé de citations venues d’horizons divers (Kierkegaard, Rousseau, Simone Veil, Grothendieck, Sophocle, Nietzsche, Louise Labé). Une langue brute, incandescente, qui interroge notre rapport à la liberté, à la parole et à la vérité.
Les forces, Laura Vazquez, Les Éditions du sous-sol, 2025
Fri, 19 Dec 2025 - 14min - 146 - Qui tombe des étoiles, de Julien d’Abrigeon
À travers une mosaïque de destins réels (l’astronaute Christa McAuliffe, l’inventeur Adolphe Pégoud, le grimpeur Patrick Edlinger, le peintre Nicolas de Staël, l’escroc de la Silicon Valley, Elizabeth Holmes, la parapentiste Ewa Wiśnierska), le roman de Julien d’Abrigeon explore une même loi, celle de la gravité, physique et morale. Chacun s’élève avant de tomber. Par un montage rapide, presque cinématographique, l’auteur enchaîne ces chutes comme autant d’éclats d’un monde obsédé par la réussite. Le texte secoue, percute, interpelle. Derrière cette prose effervescente et jubilatoire, une réflexion se déploie. Que reste-t-il de nos rêves d’ascension, quand tout finit toujours par retomber ? Ce livre invente une forme libre et électrique, une chute en cascade.
Qui tombe des étoiles, Julien d’Abrigeon, Le Quartanier, 2025
Fri, 05 Dec 2025 - 15min - 145 - J’étais roi à Jérusalem, de Laura Ulonati
Laura Ulonati redonne vie à Wasif Jawhariyyeh, musicien et chroniqueur palestinien du début du XXᵉ siècle, témoin des métamorphoses de Jérusalem. À travers sa voix, la romancière fait vibrer une cité où coexistaient juifs, musulmans, orthodoxes et chrétiens, avant qu’elle ne se fracture sous les coups de l’Histoire. Le roman mêle mémoire intime et destin collectif. Plus qu’un récit historique, ce roman à l’écriture lyrique et sensorielle, transforme le réel en chant, dans une alternance de tranches de vie du personnage central, et textes beaucoup plus courts, qui restituent la ville aujourd’hui. Ce livre est une célébration de l’Histoire de Jérusalem et de la Palestine, d’un passé que les tenants d’une mémoire sélective aimeraient effacer et que ce livre voudrait partager.
Fri, 21 Nov 2025 - 14min - 144 - Salamalecs, d’Antonythasan Jesuthasan
Ce roman, à double entrée, retrace le destin d’un homme, immigré tamoul, d’origine srilankaise, fracassé entre deux mondes : le Sri Lanka dévasté par la guerre civile et la France où il se réfugie mais où il peine à survivre. D’un côté, l’adolescence brisée par l’enrôlement forcé, les massacres et les disparitions. De l’autre, la survie précaire d’un réfugié sans papiers, enchaînant contrôles de police, petits boulots et humiliations, incapable de trouver sa place. Ce roman en miroir, fait ressentir de manière éblouissante la violence de l’histoire, la honte et l’aliénation de l’exil qui est également linguistique, reconstituant une vie où la guerre et l’errance se répondent sans fin.
Salamalecs, Antonythasan Jesuthasan, traduit du tamoul (Sri Lanka) par Léticia Ibanez, Zulma, 2025
Fri, 07 Nov 2025 - 15min - 143 - Les dernières écritures, d’Hélène Zimmer
Professeure de français, Cassandre choisit de remplacer les classiques scolaires qu’elle a l’habitude de faire étudier à ses élèves, par un livre qui décrit l’état alarmant de la planète. Lorsqu’une de ses élèves tente de se suicider, Cassandre est alors accusée de harcèlement moral et traduite en justice. Son procès occupe le centre du récit. On y croise l’enseignante, ses avocats, ceux de la partie adverse, mais aussi un scientifique désabusé qui a participé à l’écriture du livre. Les vies de ces personnages, déjà fragiles, résonnent étrangement avec le chaos écologique qui les entoure. Ce roman choral mêle critique sociale, réflexion sur l’école et méditation sur la catastrophe climatique. L’écriture, vive et parfois ironique, met en parallèle l’effondrement intime des personnages et celui du monde tout en interrogeant la possibilité de transmettre et de continuer à vivre dans un contexte de fin annoncée.
Les dernières écritures, Hélène Zimmer, P.O.L., 2025
Fri, 24 Oct 2025 - 16min - 142 - La maison vide, de Laurent Mauvignier
Le roman s’ouvre sur une demeure abandonnée pendant vingt ans, renfermant objets, photos mutilées et traces de plusieurs générations. À partir de cette maison, l’écrivain remonte le fil d’une histoire familiale marquée par deux guerres mondiales, la vie paysanne et les destins brisés de plusieurs femmes. On croise Marie-Ernestine, musicienne empêchée par un mariage imposé, Marguerite, figure rebelle et humiliée à la Libération, ou encore les hommes partis au front et revenus détruits. En ravivant ces existences oubliées, Mauvignier tente de comprendre l’ombre que ce passé a fait peser sur les siens, jusqu’au suicide de son père en 1983. Le roman est à la fois enquête intime, fresque historique et méditation sur la mémoire transmise par les silences autant que par les récits. Avec son écriture minutieuse et vibrante, l’auteur redonne chair à des vies effacées et fait de cette maison un lieu hanté où s’entrelacent drame familial et mémoire collective.
La maison vide, Laurent Mauvignier, Les éditions de Minuit, 2025
Fri, 10 Oct 2025 - 15min - 141 - La joie ennemie, de Kaouther Adimi
Le livre de Kaouther Adimi est le récit d’une nuit passée à l’Institut du monde arabe face aux œuvres de la peintre algérienne Baya. Ce qui commence comme un dialogue avec l’art se transforme en plongée intime dans la mémoire de l’autrice. Baya, révélée très jeune par ses toiles éclatantes, incarne pour Adimi une force de vie et de résistance, miroir de son propre rapport à l’Algérie. Le récit mêle la trajectoire de l’artiste et l’enfance de l’écrivaine dans les années 1990, marquées par la décennie noire. Alors que sa famille choisit de rentrer au pays malgré la menace terroriste, la jeune Kaouther vit la peur au quotidien. Elle enquête aujourd’hui sur cette période, questionne ses proches et confronte souvenirs et images familiales. Ce texte explore ainsi les liens entre art, mémoire et histoire collective, montrant comment la création peut devenir refuge, éclairage et libération face aux ombres du passé.
La joie ennemie, Kaouther Adimi, Stock, Collection Ma nuit au musée, 2025
Fri, 26 Sep 2025 - 15min - 140 - Des obus, des fesses et des prothèses, d’Arno Bertina
Dans un hôtel près de Tunis, quelques années après la révolution, des femmes en convalescence après des opérations de chirurgie esthétique, leurs corps et leurs visages recouverts d’hématomes et de bleus, côtoient des rescapés de la guerre en Libye, gravement blessés, mutilés, défigurés. Ces femmes augmentées (en guerre contre elle-même, l’acceptation de leur physique) se confrontent à ces hommes diminués. « La chirurgie n’est pas une façon d’éteindre le feu qu’allume en nous le regard des autres, c’est sans doute la trace de cette violence. » Le récit se forme autour de plusieurs personnages, dans la multiplicité des voix qui se font écho, dont le face-à-face souligne une même fragilité : celle d’exister dans le regard et le désir des autres. « Des grimaces, de la laideur, des corps qui se contorsionnent, qui hurlent en essayant de sourire ».
Des obus, des fesses et des prothèses, Arno Bertina, Verticales, 2025
Fri, 12 Sep 2025 - 14min - 139 - Colline, de Fanny Chiarello
Fanny Chiarello dépeint Coline, une adolescente marginale, entre colère et lucidité, vivant dans une ancienne ville minière du Nord de la France, qui fuit un quotidien miné par la désindustrialisation et la condescendance des clichés de classe. Isolée, végane, lesbienne, elle trouve refuge sur les terrils, écoutant Jamila Woods et inventant un dialogue intérieur libérateur, dénonçant la domination, l’exploitation, la confusion des valeurs, et la perte de sens. Grâce à une écriture incisive, une langue inventive et drôle, Fanny Chiarello capte la révolte et la tendresse d’une jeunesse ultra-consciente de sa situation. Colline invente un langage de survie, un monde parallèle pour résister, révélant la puissance vitale de l’imaginaire face au mensonge collectif.
Colline, Fanny Chiarello, Cambourakis, 2025
Fri, 29 Aug 2025 - 14min - 138 - Le passé à venir : Repenser l’idée de génération, de Tim Ingold
Dans Le passé à venir, l’anthropologue Tim Ingold nous invite à reconsidérer la notion de génération. Un processus continu au lieu d’une succession de strates temporelles. Il rejette par exemple la notion d’héritage qui ne peut pas être considérée comme un transfert statique de biens ou de connaissances, il lui préfère le concept de « perdurance ». Les vies humaines se tissent ensemble telles les torons d’une corde, garantissant ainsi la cohésion, la transmission et l’évolution. Tim Ingold ne soutient pas la conception moderne du progrès linéaire, il nous encourage plutôt à redonner de l’importance au vivant, à la coopération entre générations et à des formes de savoir qui perdurent dans le temps. Il prône une éducation axée sur le dialogue, et une nouvelle manière d’habiter le monde, plus sensible, plus humaine, plus durable.
Fri, 15 Aug 2025 - 15min - 137 - À nos ardeurs, de Cécile Bartholomeeusen
Cécile Bartholomeeusen revient, à travers le récit intime du deuil de son amie d’enfance, libre et intensément connectée à la nature, sur le lien profond qui les unissait. Face à l’effondrement écologique et à l’indifférence du monde, cette amie décide de se suicider. Entre hommage, méditation poétique et réflexion politique, l’autrice explore également la fragilité humaine, la mémoire et la puissance de l’écriture face à l’absence. À travers des fragments mêlant ses souvenirs à de nombreuses citations et références scientifiques ajoutées en marge du récit, l’autrice fait revivre dans les mots celle qui fut pour elle un repère. Ce roman bouleversant interroge ce qu’il reste à sauver, dans le monde comme en soi, quand l’irréversible s’impose.
À nos ardeurs, Cécile Bartholomeeusen, Les Avrils, 2025
Fri, 01 Aug 2025 - 16min - 136 - Nom d’un animal, d’Antoine Mouton
Ce récit hybride mêle témoignages, expériences personnelles et fragments poétiques, dans une réflexion sensible et pleine d’humour sur l’absurdité du monde du travail. Antoine Mouton revient également sur sa relation à son père, s’interroge sur son nom comme sur son origine. « Quand on me demande d’où je viens, je réponds : d’enfance. » Il agence les mots entre eux, pointe leurs accords leurs écarts et leurs égarements. « Je porte le nom d’un animal commun, qui ne doit sa survie qu’à la domestication, et dont la seule qualité reconnue est de se laisser exploiter. » Et voilà le travail. Une œuvre critique, entre ironie douce et gravité contenue. Une parole libre et originale. « Un poème comme une cicatrice qui rétablirait le contact même fugace entre le monde et soi. »
Nom d’un animal, Antoine Mouton, Éditions La Contre Allée, 2025
Fri, 18 Jul 2025 - 14min - 135 - Pourquoi Pacifique, de Cécile Portier
Ce livre fragmentaire explore le Pacifique comme un espace mental, poétique et politique plutôt qu’un lieu géographique. À travers un « voyage en canapé », l’autrice interroge l’inaccessibilité physique et symbolique de l’océan, devenu surface de projection des fantasmes, des catastrophes et des dominations. Le récit mêle critique de la colonisation, des ravages nucléaires, du capitalisme extractiviste et observation ironique de notre monde numérique, passif et vampirique. Le texte navigue par rebonds et pas de côté, entre observations géopolitiques, fictions, écologie et méditations sur le langage. Refusant toute structure linéaire, Cécile Portier propose une dérive littéraire où l’océan, comme l’écriture, devient fluide, éclaté, imprévisible, miroir instable des tensions humaines et planétaires.
Pourquoi Pacifique, Cécile Portier, Les Éditions L, 2025
Fri, 04 Jul 2025 - 15min - 134 - Capsule Bakary, de Sébastien Smirou
Le roman de Sébastien Smirou retrace en six chapitres les derniers jours de Bakary qui transforme sa chambre en une capsule temporelle, destinée à témoigner de son existence à d’éventuels survivants. Le récit fragmentaire, tout entier contenu dans un espace clos, mêle introspection, souvenirs et obsessions morbides. Replié sur lui-même, Bakary construit un autel à sa solitude. Il y consigne pensées, souvenirs et hallucinations, hanté par ses parents. Il convoque ses héros imaginaires, ses objets quotidiens (un appareil photo, un frigidaire, un autoportrait, une licorne, la maquette d’une chambre de deux amoureux qui se donnent la mort), qui à leur tour racontent son histoire. Dans une langue lyrique et hantée, le récit explore la fascination pour la mort, les frontières entre réalité, fantasme et mémoire, affirmant une forme d’existence dans l’effacement.
Capsule Bakary, Sébastien Smirou, P.O.L., 2025
Fri, 20 Jun 2025 - 14min - 133 - Membres fantômes / Temps mêlés, de Claude Favre
Ce livre regroupe deux textes de Claude Favre qui se font écho. Temps mêlés confronte éclats du présent et réminiscences personnelles, tandis que Membres fantômes entremêle trois voix (publique, intime et poétique). Écriture de l’urgence et de la lucidité blessée, ses textes refusent l’apathie ambiante, les postures esthétisantes ou les silences complices. Claude Favre y affronte de plein fouet guerres, exils, ravages écologiques, et les fait entrer dans le langage. Elle écrit depuis un trop-plein du réel, une saturation d’horreurs où la poésie demeure pourtant un espace de résistance, de vérité, voire de consolation. Sa voix, radicale et dissidente, en colère, refuse de détourner le regard. Un appel vibrant à une parole vivante, risquée, essentielle, qui engage le corps, le souffle, et rend à la poésie sa puissance d’agir.
Membres fantômes / Temps mêlés, Claude Favre, LansKine, 2025
Fri, 06 Jun 2025 - 15min - 132 - Le cours secret du monde, d’Hugues Jallon
Dans Le cours secret du monde, Hugues Jallon dresse un panorama déroutant de figures marginales ou influentes, ésotéristes, gourous, ingénieurs illuminés, agents doubles, spécialistes du développement personnel, pour explorer les zones troubles où l’occultisme, l’économie et le pouvoir s’entrelacent. À travers un montage d’anecdotes, d’extraits et de réflexions, il interroge le capitalisme comme système ésotérique, construit sur des promesses opaques et des récits à décrypter. Derrière les histoires singulières de ces « chercheurs de vérité » se dessine une logique du secret devenu norme. Le livre, constitué d'une juxtaposition d’éléments différents, nourri de colère et d’humour noir, évolue comme un labyrinthe mental où la lucidité politique flirte avec la paranoïa. Hugues Jallon y esquisse une critique du monde contemporain et un appel à rompre avec ses injonctions absurdes.
Le cours secret du monde, Hugues Jallon, Verticales, 2025
Fri, 23 May 2025 - 15min - 131 - Bassoléa ou de l’herbe dans le ventre, de Juliette Mézenc
Bassoléa, c’est la voix d’une jeune femme « mise au vert » contre son gré. En colère contre le monde et ses absurdités, elle trouve refuge dans une véranda sous terre. Là, elle contemple champignons, bactéries, racines, protozoaires. Elle respire enfin. Curieuse, elle cherche « à traduire dans le monde des humains l’art de vivre des microbes. » Ce monologue haletant, à la croisée du récit initiatique et d’une forme de manifeste écopoétique, critique frontalement notre société du tout-travail, destructrice du vivant, et imagine un corps recyclable, sans trace, en célébrant l’élan vital d’une jeunesse en quête d’alternatives. De sa fureur naît un enthousiasme contagieux, une curiosité pour ce qui pousse, pour ce qui échappe à l’ordre dominant. Un chant vibrant, une parole libre, incarnée, profondément vivante.
Fri, 09 May 2025 - 12min - 130 - Un lac inconnu, d’Éric Chauvier
Éric Chauvier propose une méditation dense et poétique sur l’histoire de l’humanité. Depuis l’émergence de la bipédie jusqu’à l’ère de l’intelligence artificielle, il retrace les grandes étapes du progrès humain : la maîtrise du feu, l’apparition du langage, l’invention de l’agriculture, le développement des technologies modernes. À travers ce récit épuré et philosophique, l’auteur interroge notre rapport au temps, à la finitude et au progrès. Chaque avancée est perçue comme une tentative de conjurer l’angoisse de la mort, un effort pour dominer l’incertitude inhérente à la condition humaine. Mais ces progrès nous apaisent-ils réellement ? En explorant cette quête illusoire d’un dépassement de soi, l’auteur invite à une réflexion profonde sur notre destin collectif et sur ce que signifie véritablement être humain.
Un lac inconnu, Éric Chauvier, Éditions Allia, 2025
Fri, 25 Apr 2025 - 15min - 129 - Un carré de poussière, d’Olivia Tapiero
Un Carré de Poussière explore la manière avec laquelle la philosophie occidentale s'est construite contre certains corps et certaines matières. Entre exploration poétique, témoignage personnel et enquête existentielle, le livre dénonce les violences genrées, les mécanismes de domination et les silences de l'histoire. Olivia Tapiero refuse toute assignation définitive en cherchant à déconstruire radicalement les cadres philosophiques et historiques de notre perception du réel. Elle instaure, dans ce poème qui pense, une nouvelle forme de connaissance et de relation au monde. Une exploration radicale du langage et du corps, un refus de l’effacement et de l’oubli.
Un carré de poussière, Olivia Tapiero, Éditions du commun, 2025
Fri, 11 Apr 2025 - 16min - 128 - Le masque de Hegel, de Thomas Hunkeler
Thomas Hunkeler mène une enquête littéraire et historique sur le masque mortuaire du philosophe allemand qui est conservé aux Archives littéraires allemandes de Marbach, près de Stuttgart. À partir d’une lettre d’André Breton à Paul Éluard mentionnant son existence, il interroge son authenticité et sa signification. Thomas Hunkeler révèle la fascination pour ces objets funéraires, tout en proposant une histoire parallèle du surréalisme. Entre mythe et réalité, ce masque s’avère trace du défunt aussi bien que projection de ceux qui l’observent. Dans cette mise en récit d’un essai, entre érudition et esprit d’investigation, Thomas Hunkeler éclaire un pan méconnu du rapport des avant-gardes à la mort et à l’héritage des figures intellectuelles, tout en s’attachant à montrer la « dimension collective de la poétique du masque mortuaire ».
Le masque de Hegel, Thomas Hunkeler, Seuil, Collection Fiction & Cie, 2025
Fri, 28 Mar 2025 - 15min - 127 - Vivre tout bas, de Jeanne Benameur
Jeanne Benameur donne une voix à une femme silencieuse, recluse au bord de la mer, à l'écart d'un village de pêcheurs, portée par un chagrin plus grand qu’elle la mort de son fils, le vide laissé par cette disparition. Sans jamais la nommer, elle nous la fait reconnaître : Marie, la mère de celui qui n’était pas seulement son fils. Ici, pas d’iconographie figée ni de parole divine, mais une femme incarnée, qui écrit, lit, et se reconstruit. À travers une prose lumineuse et sensorielle, l’autrice tisse un récit d’émotions et de résilience, où chaque geste, chaque rencontre, esquisse un chemin de renaissance. Dans la douceur du ressassement et le murmure des vagues, ce roman ouvre un espace de liberté, d'acquiescement au monde.
Fri, 14 Mar 2025 - 15min - 126 - Dis-moi qui tu hantes, d’Alban Lefranc
Le roman d’Alban Lefranc dont le titre souligne que notre nature se révèle à travers les relations que nous choisissons, explore la figure de Julien Mana, écrivain assassiné en 2022, à travers les témoignages de sept personnes qui l’ont côtoyé. Chaque voix révèle une facette différente du personnage : les ambitions littéraires, les relations tumultueuses, le charisme autant que les failles de cet être contrasté, autodidacte brillant, instable, en proie à des pulsions incontrôlées. Son premier livre,La Vision dans l’île, une histoire d’obsession et d’errance, semble refléter sa propre quête existentielle. Le roman se construit comme un puzzle, où chaque témoignage éclaire différemment l’identité insaisissable de cet auteur fictif, entre talent brut, contradictions et autodestruction.
Dis-moi qui tu hantes, Alban Lefranc, Verticales, 2025
Fri, 28 Feb 2025 - 14min - 125 - Nos insomnies, de Clothilde Salelles
Dans son premier roman, Clothilde Salelles nous plonge dans le quotidien d’une famille des années 90, en banlieue parisienne. À travers les yeux d’une enfant, on découvre un univers où le silence est pesant, les nuits troublées, et le père, reclus dans son bureau ou absent, une figure aussi fascinante qu’insaisissable. Les mots eux-mêmes deviennent des énigmes, entre ce qui est dit et ce qui reste tabou. Avec une écriture mêlant poésie et suggestion, l’autrice explore, avec une acuité presque fantastique, la mémoire, les non-dits, et l’impact du langage sur nos vies. Le récit s’articule autour d’un drame central, évoqué mais jamais nommé. Un roman sensible et troublant sur les liens familiaux et la manière dont on se construit face à l’absence et aux silences.
Nos insomnies, Clothilde Salelles, Collection L’arbalète, Gallimard, 2025
Fri, 14 Feb 2025 - 15min - 124 - Bristol, de Jean Echenoz
Bristol de Jean Echenoz s’ouvre sur une scène intrigante : un inconnu dégringole du cinquième étage d’un immeuble parisien. C’est le point de départ d’une série de péripéties aussi cocasses qu’imprévisibles. Au centre de ce tourbillon narratif, Robert Bristol, réalisateur, s’apprête à adapter un best-seller au cœur de l’Afrique australe. De Paris à Bobonong, en passant par Nevers, Echenoz entraîne le lecteur dans un périple empreint d’humour et d’élégance, peuplé de personnages excentriques. Le roman oscille entre vaudeville, comédie et mystère, mêlant aventures, amours contrariées et rebondissements inattendus, avec la précision stylistique et l’esprit décalé qui caractérisent l’auteur depuis plus de 40 ans.
Bristol, Jean Echenoz, Minuit, 2025
Fri, 31 Jan 2025 - 13min - 123 - Une femme sur le fil, d’Olivia Rosenthal
Dans ce texte, Olivia Rosenthal explore la création littéraire à travers le récit d’une enfant, Zoé, fuyant un oncle abusif. L’auteure établit un parallèle entre le cheminement de la jeune fille et celui du funambule, illustrant la précarité et les détours de l’écriture, la fragilité et la détermination nécessaires pour progresser face à l’adversité. Chaque mot la rapproche de son objectif tout en la menaçant de basculer dans le vide. Elle questionne la nature même du récit, la mémoire, la violence, la métamorphose, empruntant différents chemins narratifs, entre fiction, essai et introspection, sur l’impact des expériences vécues et des récits qui les transmettent. Un texte hybride, écrit sur le fil, afin de briser le silence autour de ces violences et de permettre aux victimes de s’en libérer.
Une femme sur le fil, Olivia Rosenthal, Verticales, 2025
Fri, 17 Jan 2025 - 16min - 122 - Mythologie du .12, de Célestin de Meeûs
Au solstice d’été, Théo et son ami Max se retrouvent sur un parking pour tuer le temps en buvant des bières et en fumant des pétards. Parallèlement, Rombouts, médecin irascible, quitte l’hôpital et rentre chez lui, dans sa belle maison isolée en lisière de forêt. La trajectoire de ces personnages aux univers antinomiques, qu’on suit d’abord par intermittence, finit par se croiser. Les deux jeunes sont à la recherche d’un lieu paisible où passer la nuit. De son côté, le Docteur, que sa femme a quitté avec ses deux fils, profite du calme de sa maison pour tenter de faire le point. Tout semble les opposer, leurs origines, leurs attentes, mais l’ennui, l’ivresse et la peur les raprochent contre toute attente. Un premier roman tendu et rythmé, dense et sombre.
Mythologie du .12, Célestin de Meeûs, Éditions du sous-sol, 2024
Fri, 03 Jan 2025 - 15min - 121 - La gaieté me sidère, de Clarisse Michaux
Ce recueil poétique retrace l’expérience d’une spectatrice regardant le film de Chantal Akerman, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, qui raconte le quotidien d’une jeune veuve, mère d’un adolescent, une ménagère enfermée dans la routine d’une vie : « le désarroi des aléas / du / désœuvrement / son désespoir et leur monotonie dans / l’enchainement des jours / sans variété ». Le recueil s’inscrit dans une tension entre la narration poétique de la vie quotidienne de Jeanne Dielman, et les éléments répétitifs, obsessionnels, faits de séquences poétiques brèves. Le temps de faire les choses, le temps de voir les choses se faire. Une forme de métaphysique de l’ordinaire et de l’imperceptible que sa profondeur transforme en expérience du présent absolu.
La gaieté me sidère, Clarisse Michaux, Hourra, 2024
Fri, 20 Dec 2024 - 14min - 120 - Le dernier jour de la vie antérieure, d'Andrés Barba
Une agente immobilière découvre un jeune garçon dans l’une des maisons qu’elle fait visiter à de potentiels acheteurs. L’apparition se répète et la femme abandonne peu à peu son quotidien monotone pour passer de l’autre côté du miroir. Truffé d’apparitions de doubles et de croisements temporels, la précision de la machinerie de ce court roman décrit un temps suspendu qui semble figé entre passé et présent. Andrés Barba se penche sur ce que nous laissons derrière nous, sur ce qui ne doit pas être perdu ou ne peut être pardonné. Un roman de fantômes sans fantôme, écrit durant la pandémie, qui préserve en lui les traces de cette expérience spectrale qu’il parvient à transfigurer dans une fiction énigmatique et saisissante.
Fri, 06 Dec 2024 - 15min - 119 - Constellucination, de Louise Bentkowski
Dans ce premier roman familial à la forme fragmentaire, Louise Bentkowski confronte des histoires personnelles et collectives à des légendes venues d’ailleurs. La voix de l’autrice s’entrelace à celles de ses ancêtres, aux livres qu’elle a lus, aux récits mythologiques. Elle nous invite à reconsidérer notre vision du monde et les liens qui nous unissent. À travers des digressions sur la famille, la filiation, la mort, et le deuil, son récit se déploie tel un patchwork infini. « Lorsque je parle, je reconnais que ce ne sont pas mes mots qui sortent, tandis que d’autres s’expriment et que c’est dans les leurs que je reconnais les miens échappés. » Cette exploration poétique intergénérationnelle sur les origines nous incite à repenser nos propres racines en abordant l’avenir avec un regard renouvelé.
Constellucination, Louise Bentkowski, Verdier, 2024
Fri, 22 Nov 2024 - 15min - 118 - Si petite, de Frédéric Boyer
Frédéric Boyer revient sur le décès d’une enfant de huit ans, en août 2009 dans la Sarthe, à la suite de sévices infligés par ses deux parents. « Les enfants découvrent que les histoires les plus terribles sont en réalité celles qu’on leur fait vivre. » L’auteur s’adresse à l’autre qui est lui, afin de mettre à distance la violence inouïe, l’horreur inexplicable de cette histoire. « Comment accorder une place, et laquelle, à ce que nous ne voulons pas croire et qui pourtant arrive. » Ce qui transforme un tel événement en histoire, sans accepter ni même comprendre le mal inimaginable fait à l’autre, il faut selon l’auteur le porter en nous, le dire nôtre, impossiblement nôtre. « Une façon de dire que nous l’avons reconnu, que nous y croyons et que nous n’oublierons pas. »
Si petite, Frédéric Boyer, Gallimard, 2024
Fri, 08 Nov 2024 - 14min - 117 - Archipels, d’Hélène Gaudy
Pour faire le portrait de son père qui porte le nom d’une île en Louisiane sur le point de disparaître, Hélène Gaudy utilise les mêmes outils que dans son précédent roman, Un monde sans rivage, « l’observation, la déduction, les mots et les images, une enquête de proximité pour mieux le découvrir, le rencontrer. » Un récit sensible et mélancolique sur cet homme secret, qui lui confie ses écrits, lui ouvre la porte de son atelier aux allures de cabinet de curiosités. Un rituel pour que « les images de sa vie, les mille morceaux qui en font le bonhomme qu’il a toujours été, lui soient quelque part rendus. » Plus qu’un hommage de son vivant, c’est une déclaration d’amour aux proches parfois si lointains. Un livre sur le rapport à la famille, à la mémoire, aux lieux et au temps.
Archipels, Hélène Gaudy, Éditions de l’Olivier, 2024
Fri, 25 Oct 2024 - 14min - 116 - Paris, musée du XXIe siècle - Le 18e arrondissement, de Thomas Clerc
Dix-sept ans après la publication de son livre Paris, musée du XXIe siècle : Le Dixième arrondissement, où il décrivait le dit arrondissement, Thomas Clerc récidive, après avoir déménagé dans le 18ème, pour arpenter de long en large cet arrondissement de Paris à travers ses 425 rues, squares, places, avenues, cités, jardins, villas, boulevards, impasses et passages, en adoptant l’ordre arbitraire mais incontestable de l’alphabet, des abords du périphérique jusqu’à Montmartre. Il s’offre à la flânerie et à une lecture vagabonde, discontinue plus que linéaire de la ville. Un portrait du quartier entre la confession, le rêve, l’étude ethnographique, politique, économique et, bien sûr, historique qui poursuit sa réflexion sur la muséification de la capitale.
Paris, musée du XXIe siècle - Le 18e arrondissement, Thomas Clerc, Éditions de Minuit, 2024.
Fri, 11 Oct 2024 - 14min - 115 - Pour Britney, de Louise Chennevière
À l’époque où Britney Spears sort son premier single en 1998, Baby One More Time, Louise Chennevière est encore une enfant. Elle danse, elle chante, s’enthousiasme pour la chanteuse américaine, avant de s’en éloigner en grandissant. Elle revient vers elle dans ce récit percutant sur la sexualisation de l’icône pop et le regard masculin sur les filles et les jeunes femmes. En faisant dialoguer le destin et l’œuvre de Britney Spears avec celle de l’écrivaine québécoise Nelly Arcan, qui s’est suicidée à 36 ans, laissant une œuvre à la fois perturbante et fascinante, Louise Chennevière parvient à parler de sa propre expérience. Un monologue à l’écriture incisive sur la violence dont sont victimes les femmes qui tentent de se penser et de vivre librement.
Pour Britney, Louise Chennevière, Éditions P.O.L., 2024
Fri, 27 Sep 2024 - 11min - 114 - Espèces dangereuses, de Sergueï Shikalov
Ce roman raconte la vie des homosexuels dans la Russie des années 90, le pays natal de l’auteur. Il débute dans un tourbillon de souvenirs épars de vies passées et de sensations mêlées, une mosaïque chaotique qui reflète parfaitement le tumulte intérieur de l’auteur exposé à une liberté trop vite éprouvée. Sergueï Shikalov, homosexuel dans un pays où l’homosexualité n’est pas acceptée, revient sur son histoire personelle, en restituant les espoirs et les désillusions d’une jeunesse broyée par les contradictions d’une Russie oscillant entre tolérance fugace et répression brutale. L’auteur retrace avec une lucidité douloureuse une décennie de dépénalisation, de liberté et d’espoir avant le durcissement du pouvoir de Poutine et le retour de l’homophobie en Russie.
Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov, Éditions du Seuil, 2024
Fri, 13 Sep 2024 - 13min - 113 - Une femme entre dans le champ, d’Emmanuelle Tornero
Une jeune femme part seule sur les routes avec son nourrisson. On suit son errance, sa vie quotidienne et domestique passée, à travers une narration éclatée en fragments répartis sur plusieurs années, organisés autour d’un jour J. Un parcours reconstitué dans le désordre d’épisodes plus ou moins longs. Le sens aigu de la composition de ce roman, accentué par la variété des formes du livre qui mêle le poétique au romanesque, permet de cerner la complexité du portrait kaléidoscopique de cette femme chamboulée par la naissance de son enfant, traversée par des émotions contradictoires qui amplifient son appréhension du monde, de la nature dont elle se sent proche, toute en la plongeant dans une profonde solitude. Une fugue en forme d’échappée belle.
Une femme entre dans le champ, Emmanuelle Tornero, Éditions Zoé, 2024
Fri, 30 Aug 2024 - 16min - 112 - Signes des temps, de Christophe Manon
Signes des temps est un ensemble de proses de même dimension, qui forme une « autobiographie collective ». Écrits à partir de films collectés, archivés et diffusés sur le site de Ciclic Mémoire, ces poèmes cinématographiques, publiés en 2020 sous le titre Poèmes pour les temps présents, expliquent la technique du montage qui juxtapose des énoncés disparates où s’entrechoquent épiphanies et souvenirs, tribulations et déclarations d’amour, dans une succession de phrases courtes, inventaires, expressions populaires, « cortège de sensations, d’émotions, d’images, de fugaces présences. » Le lyrisme singulier de la prose de Christophe Manon parvient à exprimer la forme universelle d’un nous, un regard fraternel sur le chaos du monde, « un étroit passage entre jadis et maintenant. »
Signes des temps, Christophe Manon, Héros-Limite, 2024
Fri, 16 Aug 2024 - 15min - 111 - À nos vies imparfaites, de Véronique Ovaldé
Les huit courtes nouvelles de Véronique Ovaldé, sont reliées par un discret fil rouge, sans se répondre tout à fait, elles se concentrent sur un personnage central qui devient secondaire dans le récit suivant. Cette galerie de portraits confronte des personnalités très différentes : un solitaire taciturne, une agente immobilière et mère célibataire, une veuve agressée chez elle, un misanthrope morose, un taxidermiste d’origine mexicaine, une mère dépressive, une adolescente traumatisée par une amitié brisée. L’enchâssement de ces histoires donne à ce livre un ton plaisant de légèreté et de fantaisie. L’autrice y porte un regard lucide et sensible sur la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui.
À nos vies imparfaites, Véronique Ovaldé, Flammarion, 2024
Fri, 02 Aug 2024 - 11min - 110 - Camille s’en va, de Thomas Flahaut
Le parcours de trois personnes, Jérôme, architecte, Camille, militante politique et leur ami d’enfance Yvain. Ensemble, ils ont traversé toutes les étapes de la vie et toutes les luttes. De manifestations anticapitalistes en grèves du climat jusqu’à l’occupation d’une forêt mise en péril par l’exploitation outrancière de ses ressources afin d’empêcher la construction de panneaux photovoltaïques menaçant une espèce rare de scarabée. Camille disparaît brusquement. Jérôme s’exile à la mort de son père. Leur monde s’effondre. Pour se retrouver ils « bâtissent une fortesse imaginaire, perpétuellement sous les assauts conjoints du passé qui mord et de l’avenir qui regarde tout droit ». Un roman sur l’effondrement écologique et la violence de l’ordre établi, une tentative de sortir par la mélancolie, du « désespoir organisé », dans le « crépuscule du monde ».
Camille s’en va, Thomas Flahaut, L’Olivier, 2024
Fri, 19 Jul 2024 - 15min - 109 - Tout ce qui nous était à venir, de Jane Sautière
Jane Sautière aborde dans ce récit autobiographique les effets de l’âge, de la maladie, elle se fait la voix d’une génération qui vieillit (dans ses désirs, ses engagements sociaux et politiques et jusqu’à son langage). Elle décrit ce qui avant lui était possible et qui désormais lui échappe inexorablement. Une lente disparition qui prend la forme d’une depossession. « Nous ne savons plus comment rendre visible notre présence au monde, un déficit d’existence ». Le diagnostic de sa maladie dans les dernières pages du livre, déplace cette réflexion sur le vieillissement en précipitant l’imminence de la fin, dès lors c’est la question de sa mort qu’elle envisage comme une nouvelle expérience. « Notre passé est une constellation d’étoiles mortes dont la persistance de la lumière ne nous leurre pas ». Un texte puissant, lumineux, d’une beauté éclatante.
Tout ce qui nous était à venir, Jane Sautière, Éditions Verticales, 2024
Fri, 05 Jul 2024 - 14min - 108 - Le cinéma de Léaud, de Gérard Gavarry
Gérard Gavarry alterne trois points de vue sur Jean-Pierre Léaud dans les cinquante-quatre textes de son livre. Dans les uns, l’auteur analyse le jeu de l’acteur. « Léaud met en scène des signes. Ce qu’il inscrit dans l’espace filmé par la caméra est une chorégraphie de signes. Pas de jeu distancié, néanmoins. » Dans les autres, il décrit dans l’ordre chronologique une ou plusieurs séquences de l’un de ses films (Les Quatre Cents Coups, Baisers volés, La Maman et la Putain, J’ai engagé un tueur, etc.), où l’acteur révèle une part de sa personnalité et de son talent. Il partage enfin une série de souvenirs personnels, de moments vécus aux côtés de Jean-Pierre Léaud. L’ensemble forme un portrait très juste et sensible de l’acteur.
Le cinéma de Léaud, Gérard Gavarry, P.O.L., 2024
Fri, 21 Jun 2024 - 14min - 107 - Ceux qui appartiennent au jour, d’Emma Doude Van Troostwijk
Une jeune femme d'origine néerlandaise revient voir sa famille de pasteur installée dans le presbytère d’un village en Alsace. Un grand-père atteint de pertes de mémoire. Un père en proie à un burn-out et un frère qui s'interroge sur son futur en tant que pasteur. La vulnérabilité masculine vue à travers le regard d'une jeune femme. Un premier roman sur l’héritage et la transmission, sur le présent de ce monde qui « brûle jusqu’au bout ». Un récit construit comme une espèce de jeu de patience, dont les fragments parsemés de mots néerlandais et français, compose avec pudeur une suite de tableaux d'observations décrivant les gestes du quotidien d'une famille se racontant des histoires pour ne pas oublier.
Ceux qui appartiennent au jour, Emma Doude Van Troostwijk, Les Éditions de Minuit, 2024
Fri, 07 Jun 2024 - 13min - 106 - Vivarium, de Tanguy Viel
Dans cette série de fragments, éclats de vie, d’écriture et leurs échos souterrains, Tanguy Viel compose un recueil d’expériences, oscillant entre perceptions et réflexions, cherchant à saisir le réel et le présent, à transmettre le vécu aussi bien que le vivant. « J’écris aussi, et surtout, avoue-t-il, pour adhérer au monde. » Ce que le corps a traversé et ce qu’il reste « de villes et de visages, de rencontres et de lectures, d’horloges et de ciels, d’enfance et de sommeil. » Réflexion sur le temps, le langage, la mémoire et la création. « Suspendre l’action, écarter les parois du temps et se contenter de vivre là, dans l’épaisseur même de la durée telle qu’elle se constitue derrière les baies vitrées de notre perception. »
Vivarium, Tanguy Viel, Les Éditions de Minuit, 2024
Fri, 24 May 2024 - 13min - 105 - Border la bête, de Lune Vuillemin
Une femme traverse les grands espaces de l’Ontario après la mort d’un proche. Elle rencontre Arden et Jeff, une femme et un homme « imprévisibles et magnifiques » qui s’occupent de soigner les bêtes meurtries qu’ils recueillent dans leur refuge pour animaux sauvages. Un combat qu’elle va partager en trouvant refuge chez eux « pour se défaire de ses fantômes, de ses fêlures, de ses colères. » Au plus près de la faune et de la flore, ils vont se rapprocher, se reconnaître, et s’aimer. Un récit sensible et sensoriel sur la place des humains et leur rapport au vivant. « Quelque chose qui n’est ni un poème, ni une lettre, ni un chant, ni une prière, ni un cri, mais peut-être tout cela à la fois. » Une langue nouvelle.
Border la bête, Lune Vuillemin, Éditions La Contre Allée, 2024
Fri, 10 May 2024 - 14min - 104 - L’échec : Comment échouer mieux, de Claro
Ce livre de Claro aborde le thème de l’échec en littérature dans un texte multiforme à l’image de son œuvre, entre essai, réflexions, autobiographie, fiction et poésie, le tout agrémenté de nombreuses citations. Traducteur, écrivain, éditeur, l’auteur aborde cette « passion de la défaite » par le biais de la traduction, en effet pour lui l’échec est au fondement même de la traduction. Comment substituer une langue à une autre, un monde à un autre monde, une époque à une autre ? Puis il s’attarde sur l’écriture et la lecture en évoquant notamment les œuvres de Cocteau, Kafka et Pessoa mais également celles de cinéastes comme Hitchcock et Tarkovski. Échouer en écriture devient la condition même de l’écriture. Un livre vif, stimulant, plein d’humour et de dérision.
L’échec : Comment échouer mieux, Claro, Éditions Autrement, Collection Les grands mots, 2024
Fri, 26 Apr 2024 - 17min - 103 - Cent portraits vagues, de Milène Tournier
En une ou deux pages, parfois quelques lignes seulement, Milène Tournier parvient à dresser le portrait de femmes, d’hommes, d’âges et d’origines diverses, solitaires souvent, à un tournant de leur existence, avec une sensibilité bouleversante. Elle saisit l’essentielle d’une vie, d’un parcours, d’un moment, d’une personnalité, en allant droit au cœur de celle-ci, sans jamais les caricaturer, mais en rendant leur caractère au plus juste. On retrouve dans ce texte la maîtrise envoûtante de ses œuvres précédentes, entre poésie et théâtre, une voix singulière, un regard aiguisé sur le monde, à l’écoute de ses blessures, de son absurdité. Le vagues de ces portraits est moins indécision que mouvement répété des vagues qui revient sans cesse et finit par nous emporter.
Cent portraits vagues, Milène Tournier, Éditions Lurlure, 2024
Fri, 12 Apr 2024 - 16min - 102 - Chambre distante, d’Emmanuel Laugier
Chambre distante se compose de 111 poèmes écrits à partir de 111 photographies. Le livre, qui offre une approche sensible de photographies très différentes, se présente également comme une histoire de la photographie du dix-neuvième siècle à aujourd’hui. Ces images ne sont pas visibles, ni décrites ni expliquées, parfois nous les reconnaissons, parfois le mystère reste entier. Ce sont les textes qui nous en révèlent l’essence, ce qui se dépose en nous. Leur auteur, leur titre, leur date figurent au recto de la page tandis que le poème se lit au verso. Les poèmes sont à la fois l’évocation et la trace d’un dialogue avec les œuvres et l’expérience d’une écriture : « la description comparative / de l’attente et du présent. »
Chambre distante, Emmanuel Laugier, Éditions Nous, collection disparate, 2024
Fri, 22 Mar 2024 - 12min - 101 - À quoi songent-ils, ceux que le sommeil fuit ? de Gaëlle Josse
Dans la nuit, des silhouettes évasives. Des femmes, des hommes, des enfants, se croisent, s’évitent, se perdent. Ils espèrent, ils attendent dans la nuit, la fin de la nuit. Ils s’aiment, se séparent, se retrouvent. Sous les draps d’un lit, dans une chambre d’hôtel, dans une salle de concert, un hôpital, un aéroport, ou au hasard des rues. Derrière les vitres de la fenêtre de leur appartement, ils observent la ville, le regard distrait. Points de départ, rendez-vous ratés, enlacements et séparations. « La nuit des abandons, la nuit des corps qui jouissent et des corps qui désirent. » Ces courtes histoires s’inscrivent au cœur de la nuit, ce moment où tout peut vaciller et chavirer en un éclair « à l’image de cet infime temps suspendu, à la fois dans le mouvement et en apesanteur. »
Fri, 08 Mar 2024 - 12min - 100 - Sous la menace, de Vincent Almendros
Quentin, un adolescent obsédé par la mort de son père, disparu six ans plus tôt dans un mystérieux accident, accompagne sa mère et sa cousine de 11 ans, Chloé, chez ses grands-parents où il passe un week-end tendu et pesant. Exclu de son collège pour violence, mal dans sa peau, voyant son corps se transformer à cause de la puberté, le jeune garçon a l’impression de « devenir un monstre. » Dans cette réunion de famille qui paraît anodine, entre une mère tout le temps sur son dos, un grand-père amnésique, une grand-mère enfermée dans ses souvenirs et la petite Chloé que l’adolescent malmène, les tensions et les non-dits se révèlent peu à peu. La violence sourde et inquiétante de ce huis clos nous maintient sous la menace des secrets et des failles de cette famille.
Sous la menace, Vincent Almendros, Les Éditions de Minuit, 2024
Fri, 23 Feb 2024 - 11min - 99 - L’appel des odeurs, de Ryōko Sekiguchi
La narratrice a une forme d’addiction pour les odeurs, elle les consigne depuis sa jeunesse dans un carnet, recopiant des extraits d’ouvrages ou des phrases entendues sur ce sujet, notant ses sensations sur les effluves, les émanations et les parfums tout autour d’elle, dans les jardins comme que dans les musées, dans les cuisines et les bibliothèques. Ses notes se transforment peu à peu en récits, au point où de se demander si elle n’invente pas toutes ces histoires. « Lorsqu’on dit sentir une présence, que sent-on en réalité ? » Les odeurs sont les personnages centraux du livre, dotées d’une présence, d’un langage. Elles se développent à travers différents lieux et des époques variées. « Il y a aussi les odeurs du passé, celui que l’on n’a pas connu. Celles d’un temps occupé par d’autres. »
L’appel des odeurs, Ryōko Sekiguchi, P.O.L., 2024
Fri, 09 Feb 2024 - 13min - 98 - Transformation de la condition humaine dans toutes les branches de l’activité, de Frédéric Forte
Dans ce livre, Frédéric Forte, membre de l’Oulipo, tente de donner un ordre lisible aux textes écrits dans cette forme de 99 notes préparatoires que l’auteur a inventé et qu’il produit depuis une dizaine d’années, des poèmes-essais explorant avec humour et sagacité, les potentialités d’un sujet par un jeu polyphonique, selon différents registres, à la fois sérieux et décalés. « Ce qui se rapproche le plus, en poésie, de la pensée. » Ces notes aux formes très variées se font écho, développant des motifs récurrents, s’entremêlant et se répondant à distance, produisant ainsi dans leur succession accélérée des effets de sens, poétique, narratif, réflexif. La structure du livre est basée sur celle du sonnet : 14 poèmes répartis en deux quatrains et deux tercets, avec un interlude au milieu.
Fri, 26 Jan 2024 - 21min - 97 - Les fleurs sauvages, de Célia Houdart
Ce livre croise les destins de plusieurs personnages d’une même famille. Au centre Milva, une adolescente dessine tout ce qui l’entoure. « Dans une ville tracée au cordeau, où toutes les rues se coupent à angle droit, c’est la seule à tracer des arabesques. » Son demi-frère Théo trempe dans des affaires plus ou moins louches. Depuis sa séparation avec Irène, la mère de Milva, Jacques vit seul avec sa fille. Il fréquente Louise, la mère de Sam, le meilleur ami de Milva. L’intrigue progresse d’un personnage à l’autre, comme autant d’esquisses du paysage, de part et d’autre des Alpes, entre Suisse et Provence, tissant entre eux un troublant réseau de correspondances faisant apparaître deux desseins qui s’opposent, entre violence et fragilité, que seul le regard qui révèle la complexité du monde parvient à réconcilier.
Les fleurs sauvages, Célia Houdart, P.O.L., 2024
Fri, 12 Jan 2024 - 12min - 96 - Hêtre pourpre, de Kim de l’Horizon
Hêtre pourpre est un roman d’apprentissage qui mélange de manière tourbillonnante des formes et des récits divers, sur la vie sexuelle d’une jeune personne non binaire, une quête identitaire (de genre et de classe), ses souvenirs d’enfance, tout entremêlant l’histoire botanique du hêtre pourpre à celle des sorcières et de leurs combats. Roman qui joue avec les mots, les néologismes, l’inventivité de nappes successives de langues, de l’allemand au suisse-allemand, et leurs dialectes, en passant par l’anglais, en les imbriquant les unes aux autres pour se les approprier et nous les rendre audibles. Ce roman est une quête familiale en forme d’arbre généalogique sur les figures féminines qui constituent sa lignée maternelle, l’héritage d’un passé hétéronormé dont l’auteurǝ parvient à se libérer.
Hêtre pourpre, Kim de l’Horizon, traduit de l’allemand (Suisse) par Rose Labourie, Julliard, 2023
Fri, 29 Dec 2023 - 14min - 95 - La dernière place, de Négar Djavadi
Le vol PS752 reliant Téhéran à Kiev s’écrase quelques minutes après son décollage, le 8 janvier 2020. La dernière place, c’est celle qu’a prise, en dernière minute, repoussant son départ initial, la cousine de l’autrice. Négar Djavadi propose une plongée lucide et saisissante dans la dictature iranienne, retraçant méticuleusement les événements à l’origine de ce drame : les tensions entre l’Iran et les États-Unis, les risques de représailles et d’escalade, puis les mensonges du gouvernement pour tenter de dissimuler la responsabilité iranienne d’un tir de missile. « C’est aussi là que naît l’écriture. Dans le désir de déceler la faille tapie sous l’opacité des mensonges. Essayer d’attraper le fil qui mène à cet instant qui dérange, où la décision est prise, où le crime s’est noué. »
La dernière place, Négar Djavadi, Stock, Collection Des nouvelles du réel, 2023
Fri, 15 Dec 2023 - 14min - 94 - L’Alligator albinos, de Xavier Person
Récit personnel sur une histoire familiale complexe, ce livre est traversé de réflexions sur l’état du monde, le dérèglement climatique dont l’auteur décrit les signes inquiétants, de références à de nombreux auteurs et artistes dont il fait résonner les pensées en écho, comme celles de Walter Benjamin pour : « transformer intellectuellement ce qui a déjà eu lieu avec la rapidité et l’intensité du rêve, afin de faire l’expérience, sous la forme du monde éveillé, du présent auquel chaque rêve renvoie en dernière analyse. » Ce récit intime et mélancolique tente de faire le deuil du monde d’avant. Composé de fragments dont les sauts dans le temps et l’espace nous donnent le vertige, il nous révèle comment les douleurs personnelles se juxtaposent aux souffrances universelles.
L’Alligator albinos, Xavier Person, Verticales, 2023
Fri, 01 Dec 2023 - 14min - 93 - Respire, de Marielle Macé
Dans ce vade-mecum aussi lucide et pertinent que pouvaient l’être Sidérer, considérer et Nos cabanes parus chez Verdier en 2017 et 2019, l’autrice analyse notre respiration et tout ce qui l’entrave. Pour respirer mieux, il faut conspirer (respirer ensemble) et retrouver le sens de la solidarité. Renouer avec le souffle de l’autre pour enfin pouvoir prendre une grande bouffée d’air frais. « L’essoufflement qui découle de nos "si violentes fatigues", la tête dans le guidon, et de ce que cela coûte de s’ajuster à un monde en surchauffe. Un monde où les crises se succèdent, roulent en avalanche sans laisser le temps de reprendre haleine et d’ouvrir franchement la fenêtre aux poumons. » Un livre incontournable et salutaire qui parle de nos asphyxies et de nos grands besoins d’air.
Respire, Marielle Macé, Verdier, 2023
Fri, 17 Nov 2023 - 15min - 92 - L’échiquier, de Jean-Philippe Toussaint
Jean-Philippe Toussaint se déplace à travers les 64 courts chapitres de son livre comme sur les 64 cases de l’échiquier à la manière du Cavalier, sans suivre une ligne droite. L’occasion de se livrer, de confier son amour de la littérature et des événements qui ont décidé de sa vocation. L’auteur évoque son enfance, sa relation avec les échecs. Il déroule le fil de son passé par le biais de scènes (sa jeunesse à Bruxelles, ses amitiés adolescentes, les souvenirs de la maison familiale) en jouant avec l’espace-temps. « À travers les eaux troubles et indécises du souvenir, c’est le terme du voyage qui se profile et c’est le visage de ma propre mort que je risque d’apercevoir dessiné dans le sable. » Plus qu’une autobiographie, ce texte est une réflexion sur l’écriture et la littérature.
L’échiquier, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2023
Fri, 03 Nov 2023 - 16min - 91 - Feu le vieux monde, de Sophie Vandeveugle
À une époque indéterminée très proche de la nôtre, lors d’un nouvel été caniculaire, d’effroyables incendies menacent la région de la petite ville de Bas-les-Monts. La mobilisation générale a été lancée pour tenter de lutter contre ces feux démesurés qui paraissent ne jamais devoir s’arrêter. De jeunes appelés, séparés de leurs familles, combattent sans relâche cet ennemi d’une rare violence, dont la ligne de front se déplace au gré des vents. Dans l’âpreté de leur combat, cette guerre contre les grands feux, ils apprennent à se connaître. Un premier roman qui parvient à évoquer avec force les catastrophiques conséquences du dérèglement climatique, en lançant un cri d’alerte qui est également un cri de révolte contre un monde qui doit évoluer s’il ne veut pas disparaître en fumée.
Feu le vieux monde, Sophie Vandeveugle, Denoël, 2023
Fri, 20 Oct 2023 - 11min - 90 - Histoire de ma peau, de Sergio del Molino
Atteint de psoriasis chronique, Sergio del Molino s’adresse, à travers ce récit personnel et historique à la frontière de l’essai, à son fils qui lui soutient que « Les sorcières, ça n’eziste pas ! » Les monstres existent, il a l’impression d’en être un, lui avoue-t-il. L’auteur raconte ensuite la vie de diverses personnalités illustres (Joseph Staline, John Updike, Vladimir Nabokov, Cindy Lauper, Pablo Escobar, entre autre) en décrivant la manière avec laquelle les répercussions physiques de cette maladie influence la vision du monde, aussi bien dans l’exercice du pouvoir que dans l’acte créatif. Ce livre aborde la figure du monstre, la question du racisme également. Une réflexion profonde et sensible sur la peau.
Fri, 06 Oct 2023 - 15min - 89 - Tantôt, tantôt, tantôt, de Virginie Poitrasson
Dans Tantôt, tantôt, tantôt, la peur est l’enjeu central et l’événement fondateur, le moteur et l’objet de l’écriture. « La peur a une allure plus qu’une forme, ou plutôt elle a des allures », écrit Virginie Poitrasson. Plusieurs types de textes structurent ce recueil poétique (litanies, fragments, rêves, incantations), entre poèmes et proses. Ces différentes approches du thème souligne avec leur ritournelle qui rythme le texte, comment la peur réorganise notre espace, nos gestes et notre quotidien, comment nous vivons au-dedans et au-dehors d’elle. Un livre qui cherche, dans l’hétérogénéité de registres épars, à se positionner par rapport à la peur, manière d’être, de penser et de ressentir le monde, pour « s’asseoir au bord de soi en attendant la catastrophe ».
Tantôt, tantôt, tantôt, Virginie Poitrasson, Éditions du Seuil, Collection Fiction & Cie, 2023
Fri, 22 Sep 2023 - 14min - 88 - Shy, de Max Porter
En 1995, Shy, un adolescent de 15 ans, en décrochage scolaire, livré à lui-même, se retrouve dans une résidence pour mineurs délinquants implantée dans un manoir, dans la campagne anglaise : L’école de la dernière chance. Il s’en évade, laissant derrière lui cet endroit, ses compagnons d’infortune comme ses tortionnaires. Pendant sa fuite nocturne, Shy repense à ce qu’il a vécu, se confronte à ses démons intérieurs. Ce court roman mélange monologue intérieur et voix extérieures (parents, amis, proches), retours en arrière et souvenirs du passé, dans un récit déconstruit dont la forme des blocs de textes et les jeux typographiques alternent pour dresser le portrait lyrique d’une jeunesse en difficulté, restituer avec émotion et puissance une vie mise à l’épreuve.
Shy, Max Porter (traduction de l’anglais par Charles Recoursé), Éditions du Sous-sol, 2023
Fri, 08 Sep 2023 - 14min - 87 - L’invitée, d’Emma Cline
Axel, une jeune femme à la dérive, fuyant un homme auquel elle doit de l’argent à New York, doit abandonner le refuge trouvé chez Simon à Long Island, qui lui demande de partir. Elle préfère attendre son moment avant de revenir vers lui et laisse filer une semaine pendant laquelle elle saisit toutes les opportunités pour vivre aux crochets d’êtres superficiels, dans cette opulence qui la fascine et l’écœure, se laissant porter comme un corps flottant à la surface de l’eau qui finit par échouer sur le rivage. Emma Cline décrit avec une acuité troublante l’hypocrisie feutrée de la bourgeoisie américaine sur laquelle elle porte un regard critique, en révèle de l’intérieur le vide et l’avidité. Elle dissèque dans ce roman le va-et-vient entre des mondes qui se croisent sans jamais vraiment s’interpénétrer.
Fri, 25 Aug 2023 - 14min - 86 - Chef d’œuvre, de Juan Tallón
Chef-d’œuvre décrit la disparition au Musée Reina Sofía de Madrid d’Equal Parallel/Guernica-Benghazi, une œuvre de 38 tonnes de l’artiste américain Richard Serra. Le livre comporte des personnages réels et d’autres inventés, du gardien de salle du musée à la ministre de la culture espagnole, du chauffeur de taxi de Richard Serra à Jean Nouvel ou Franck Gehry. L’auteur les fait tous parler à la première personne dans un désordre chronologique, une succession de soixante-dix monologues durant laquelle le lecteur est confronté à la variété de points de vue dont chaque facette infléchit le cours du récit sur cette étrange affaire qui a secoué l’Espagne en 2006. Un roman choral qui mélange avec brio reportage et fiction.
Fri, 11 Aug 2023 - 14min - 85 - Sucre, journal d’une recherche, de Dorothée Elmiger
Dorothee Elmiger compose son récit par petits bouts sous la forme d’un journal de recherche d’une obsession, celle du sucre. Ces fragments provenant de différentes sources (citations, observations, réflexions, rêves, fiction biographique et faits historiques) sont agencés dans un apparent désordre, suivant un long cheminement de pensée et d’enquête, et selon des points de vue variés qui explorent le sujet sans jamais l’aborder frontalement, en se focalisant sur ce qu’il évoque ou provoque. Ce texte mélange des fragments hétéroclites dont le point commun est d’associer sucre et désir à notre histoire coloniale en révélant son enracinement profond dans notre société marchande.
Fri, 28 Jul 2023 - 13min - 84 - Flirt avec elle, de Dominique Fourcade
Endeuillé par la mort d’un ami proche et par le déclenchement de la guerre en Ukraine, Dominique Fourcade se lance dans un projet d’écriture hors normes, une forme de journal de résistance. Des poèmes écrits au présent, dans un déferlement nourri de souvenirs, d’incises autobiographiques, se développant dans l’enchaînement de chants successifs (ce que l’auteur nomme des flirts), en référence à de nombreux artistes (Proust, Cézanne, Chardin, Kafka, Bach, Maillol, Uccello, Matisse) comme souvent dans ses textes. Elle, c’est à la fois le féminin de l’amour, de l’écriture et de la mort. Une poésie par temps de guerre en contact avec la réalité : « dans ce sentiment de fin du monde. règles du dénuement règles du dénouement ».
flirt avec elle, Dominique Fourcade, P.O.L., 2023
Fri, 14 Jul 2023 - 14min - 83 - L’âge de détruire, de Pauline Peyrade
Elsa, une petite fille de 7 ans, vit seule avec sa mère qui n’accepte pas sa solitude. Elle s’accroche à sa fille pour s’empêcher de couler sans se rendre compte qu’elle l’entraîne peu à peu dans son naufrage. Malgré elle, la fillette reporte sur une amie de son âge, le comportement ambigu et déplacé de sa mère. Devenue adulte elle a bien du mal à se défaire de la relation toxique avec sa mère. Ce premier roman troublant de Pauline Peyrade décrit avec finesse, à travers le point de vue d’une enfant, un terrible secret familial qui se reproduit de génération en génération.
L’âge de détruire, Pauline Peyrade, Éditions de Minuit, 2023
Fri, 30 Jun 2023 - 14min - 82 - Dysphoria mundi, de Paul B. Preciado
Dysphoria mundi repousse toute assignation à un genre littéraire, à la fois essai, journal intime et récit personnel. Paul B. Preciado envisage la dysphorie de genre et tente de la penser autrement, au-delà de l’écart qui existe à l’intérieur de l’individu mais plutôt comme une inadéquation politique et esthétique de celui-ci au régime de la différence sexuelle et de genre toujours en vigueur. Le philosophe en appelle à en finir avec ce qu’il nomme le « capitalisme pétro-sexo-racial » : « destruction des écosystèmes, violence sexuelle et raciale, consommation d’énergie fossile et carnivorisme industriel ». Un livre sur une révolution épistémologique de l’humanité qui propose une manière différente, radicale de voir le monde pour mieux le transformer.
Dysphoria mundi, Paul B. Preciado, Grasset, 2022
Fri, 16 Jun 2023 - 14min - 81 - Le livre du large et du long, de Laura Vazquez
Ce livre est une épopée en cinq chants, une encyclopédie débridée et libre qui propose une lecture sensible du monde « et des signaux qui nous entourent. » Laura Vazquez cite Monique Wittig en exergue de son livre : « Il nous faut, à l’époque où les héros sont passés de mode, devenir héroïques dans la réalité, épiques dans les livres. » Avec le désir de comprendre le monde de l’intérieur, la narratrice trace sa voie en ligne droite. Elle ausculte l’univers jusqu’à faire corps avec les choses elles-mêmes. « J’aide les éléments par la pensée afin de les comprendre / par la manigance de mon esprit / et la manigance de ma présence / je parle à l’intérieur. » Une invitation à se laisser traverser par les pensées les plus folles. Une poésie pleine d’élan, toute en vivacité et frénésie.
Le livre du large et du long, Laura Vazquez, Éditions du sous-sol, 2023
Fri, 02 Jun 2023 - 15min - 80 - Petite bande, de Charles Pennequin
Le livre de Charles Pennequin est constitué d’un ensemble de textes, de poèmes, de « dessins écriturés », de phrases écrites à la main, au feutre ou à l’encre, ou tapées à la machine, sur les doigts, les mains, les visages. « L’écrivain fait des pieds et des mains pour écrire. » Il est question de lumière, de formes, de l’écriture qui vient des dedans et des paroles qui viennent des dehors. « L’écrivain a plusieurs bouches à l’intérieur de ses mains. » Emportés par le flot de l’écriture, par le rythme et la respiration de la voix qui les profère, les formes graphiques du dessin qui les révèle, ces textes s’exposent et explosent dans leur « Énergie pensée parlée tracée ».
Petite bande, Charles Pennequin, P.O.L., 2023
Fri, 19 May 2023 - 16min - 79 - Nos corps lumineux, d’Aliona Gloukhova
Le roman d’Aliona Gloukhova raconte l’errance émotionnelle d’une femme à l’annonce de son mari qu’il ne l’aime plus. Elle se sent vivre comme « suspendue », l’esprit parfois séparé du corps, en quête d’un impossible « chez soi ». Cette perte des repères quotidiens l’amène à réfléchir sur les lieux et les liens de son existence, revisitant son passé au fil de ses changements de résidences de Minsk à Barcelone en passant par Paris et Pau. Le récit est nourri d’éléments autobiographiques, porté par une écriture poétique et une construction en fragments qui apportent chacun leur éclat particulier à l’ensemble. Roman sur la fragilité des identités, la possibilité de se réinventer, et les liens qui relient en secret les êtres et les choses en « constellation de temporalités multiples ».
Nos corps lumineux, Aliona Gloukhova, Verticales, 2023
Fri, 05 May 2023 - 13min - 78 - La chambre à brouillard, d'Éric Chevillard
La chambre à brouillard est un dispositif utilisé en physique pour visualiser les trajectoires des particules élémentaires. Elle fait apparaître des phénomènes dont l’existence ne saurait être prouvée autrement. Le roman d’Éric Chevillard mélange à loisir les fils d’un récit qui met en scène un personnage, universitaire ou écrivaillon, en quête de son sujet. « Un livre commence, je dois en connaître la fin, même un méchant petit roman. Je suis happé par tous les suspenses, et tout en ce monde est suspendu. » On retrouve dans ce récit d’Éric Chevillard la forme prosodique disparate de ses courts textes, qui fait le charme de son journal poétique de bord, l’autofictif. Un texte jubilatoire et nébuleux, qui oscille du roman noir au burlesque.
La chambre à brouillard, Éric Chevillard, Les éditions de Minuit, 2023
Fri, 21 Apr 2023 - 12min - 77 - Totalement inconnu, de Gaëlle Obiégly
Gaëlle Obiégly met en scène une réceptionniste écrivaine qui, guidée par une mystérieuse voix intérieure, mène une enquête existentielle, qui prend le prétexte d’une conférence cocasse et excentrique sur le soldat inconnu : « Il loge en moi, c’est comme un implant, une grosse écharde. Il m’oblige à écrire, ce n’est pas tellement agréable. Mais je n’ai que ce moyen pour connaître mes pensées ». Ce monologue singulier, composé de digressions et d’association d’idées débridées, interroge à voix haute, avec humour et vivacité, la possibilité de connaître ce qu’on n’a pas encore vécu, l’insaisissable et la mort.
Totalement inconnu, Gaëlle Obiégly, Christian Bourgois, 2022
Fri, 07 Apr 2023 - 13min - 76 - La maison préservée, de Willem Frederik Hermans
Un partisan, au service de l’armée russe pendant la Seconde Guerre mondiale, se retrouve dans une ville délabrée. Il s’installe dans une maison abandonnée mystérieusement préservée. Le soldat s’y sent à l’abri. La seule chose qui lui rappelle la réalité, dans cet endroit où le temps semble s’être arrêté, ce sont les soldats allemands qui par erreur le prennent pour le propriétaire de la villa. L’absurde de la situation devient une normalité, avant que tout ne se dérègle et ne sombre dans la sauvagerie d’une farce macabre. Ce troisième roman de l’auteur traduit en français retrace le parcours d’un homme qui veut se tenir à l’écart du chaos mais finit par montrer son vrai visage, noir et cruel.
Fri, 24 Mar 2023 - 12min - 75 - Touché, de Pascalle Monnier
Lorsqu’on est réduit à plusieurs mois d’immobilité forcée, la rééducation est nécessaire. Aussi bien physique que morale dans cet ouvrage où l’infinitif repousse l’injonction. Un programme libre réunissant une variété de pensées, de désirs, d’aveux, de souvenirs, de souhaits et de résolutions. « Accomplir chaque jour sa to-do list de la veille. Renoncer à l’espoir de n’éprouver ni remords ni regrets. Ne plus se mesurer à chaque personnage dont on lit la biographie. » Ce texte prend la forme d’une liste, rédigé à l’infinitif (un temps neutre, impersonnel, le temps de tout le monde) une manière de s’échapper du biographique et du psychologique, une introspection qui résonne en nous tous. Touché, Pascalle Monnier, P.O.L., 2023
Fri, 10 Mar 2023 - 14min - 74 - Le capital, c’est ta vie, d’Hugues Jallon
Hugues Jallon raconte l’effondrement psychique d’un personnage pris entre des crises de panique et des accès de dépression, ravagé par l’emprise destructrice des logiques de marché, du libre-échange, du capital. C’est dans sa forme poétique et diffractée que ce roman parvient à saisir et dénoncer cette crise générale que nous traversons, en l’abordant d’un point de vue intime, s’opposant à l’uniformisation de la prose du monde, à la standardisation à laquelle l’économie nous condamne. En déstructurant son récit en différents fragments qui se font écho, Hugues Jallon parvient à le faire imploser de l’intérieur, par la variété de ses formes, qui oscillent entre récit et vers libres, évocation historique et considérations économiques, jusqu’à l’explosion de la scène finale qui offre une perceptive radicale. Le Capital, c’est ta vie est un livre puissant qui propose un récit alternatif à la grande fiction que le néolibéralisme nous impose.
Le capital, c’est ta vie, Hugues Jallon, Verticales, 2023
Fri, 24 Feb 2023 - 12min - 73 - Double V, de Laura Ulonati
Deux sœurs. Deux personnalités. Deux destins bien différents. Laura Ulonati explore dans ce récit subjectif les multiples facettes de la relation entre sœurs et plus précisément, celle qui unissait Vanessa et Virginia Stephen, plus connues sous les noms de Vanessa Bell et Virginia Woolf. Ce roman est centrée sur Vanessa, la peintre, la sœur ainée, sur sa difficulté à se faire une place et à la conserver auprès de Virginia Woolf qui va connaitre un succès grandissant. Vanessa connait en effet une carrière prolifique en tant que peintre et des débuts prometteurs mais tombe peu à peu dans l’oubli et surtout, dans l’ombre de sa cadette. Laura Ulonati met en perspective sa propre histoire et son lien particulier avec sa sœur pour faire résonner de manière sensible et troublante l’histoire de Vanessa et Virginia. Un récit polyphonique sous la forme d’un portrait en diptyque de ces femmes, de ces sœurs aux liens ambigus, qui se confondent puis se distinguent.
Double V, Laura Ulonati, Actes Sud, 2023.
Fri, 10 Feb 2023 - 15min - 72 - Une histoire du vertige, de Camille de Toledo
« Ce livre arpente le lieu d’une blessure entre nos vies narrées par les fictions, les langages, les codes humains, et le reste de la vie terrestre ». Né d’un cycle de conférences donné par Camille de Toledo à la Maison de la poésie en 2017, Une histoire du vertige entremêle les genres, entre théorie littéraire et récit philosophique, à partir d’œuvres qui ont traversé les siècles, aussi variées que celles de Cervantès, d’Holbein ou d’Hitchcock, pour aborder, à l’aide de la notion de sentiment vertigineux, la crise écologique et politique que nous traversons. « Comme si, en contrepoint des fictions insensées de Sapiens narrans, au bout extrême d’une histoire de la coupure, pointait un autre horizon à partir de l’emmêlement du Je humain avec toutes les autres vies ». Un livre poétique et politique sur la façon dont nous habitons le monde.
Une histoire du vertige, Camille de Toledo, Verdier, 2023
Fri, 27 Jan 2023 - 15min - 71 - Et tout soudain en rien, de Suzanne Doppelt
« Ce livre, indique Suzanne Doppelt dans sa dédicace, est dédié au film de Michelangelo Antonioni, Blow up, à la nouvelle de Julio Cortázar, Les fils de la vierge et au roman de Witold Gombrowicz, La pornographie. » Après avoir interrogé la peinture dans Lazy Suzie notamment, la danse et la musique dans Meta donna Suzanne Doppelt s’intéresse, à travers l’énigme de la photographie au cœur de Blow Up, à la manière dont le regard peut saisir les choses et quelle est cette incertitude qui habite toute image. Cette prose poétique sonde avec subtilité le rapport de la captation de l’image au monde, aux mots, en menant une enquête sur les fantômes de l’image.
Fri, 13 Jan 2023 - 11min - 70 - Les Enfants endormis, d’Anthony Passeron
Désiré, l’oncle de l’auteur, héroïnomane, est mort du sida en 1987, contaminé après un partage de seringue. Anthony Passeron n’en garde qu’un souvenir lointain que réactivent quelques bobines en Super 8 retrouvées dans une boîte à chaussures. La drogue et le sida ont fait exploser la cellule familiale construite par les grands-parents de l’auteur, Louise et Émile. Une tragédie dont la famille s’est difficilement relevée. Ce premier roman est une enquête familiale qui tente de rembobiner le fil d’une vie brisée presque occultée par les secrets d’un clan soucieux de préserver leur respectabilité dans leur petite-ville de l’arrière-pays niçois. La construction narrative du livre alterne deux récits qui se font brillamment écho, chapitres familiaux au plus près de l’intime et chapitres récapitulant l’histoire de lutte contre le sida à l’échelle mondiale. Un premier roman personnel et passionnant mêlant récit familial pudique et enquête sociologique méticuleuse.
Les Enfants endormis, d’Anthony Passeron, Éditions Globe, 2022
Fri, 30 Dec 2022 - 15min - 69 - Tenir sa langue, de Polina Panassenko
L’auteure raconte son parcours du combattant pour reprendre son prénom de naissance francisé à sa naturalisation. Elle inscrit cette démarche dans l’histoire de sa famille, Juifs ukrainiens, ayant déjà hérité d’une modification onomastique. Son arrière-grand-père a fui les pogroms pour s’installer en URSS, il a choisi de russiser les prénoms de ses enfants afin de les protéger. Le père de l’auteure a fait de même en francisant son prénom russe. L’histoire ne se répète pas cependant. Pauline redevient Polina. Elle convoque les souvenirs de son transfuge linguistique avec beaucoup de fantaisie et un art de restituer les balbutiements d’une enfant qui découvre une langue inconnue. Un premier roman drôle et engagé sur l’identité et l’intégration, qui dénonce, sur un ton enjoué, l’absurdité à vouloir enfermer une personne dans une culture.
Tenir sa langue, de Polina Panassenko, Éditions de l’Olivier, 2022
Fri, 16 Dec 2022 - 11min - 68 - Rivière, de Lucien Suel
Rivière décrit le quotidien de Jean-Baptiste Rivière qui doit se reconstruire après la disparition brutale de sa femme Claire, son grand amour. « Comment vivre encore quand les clartés de l’amour, de la connaissance, de la foi et de la raison s’éteignent brusquement, quand ce qui faisait le sel de la vie disparaît ? » Jean-Baptiste rafistole son chagrin en mettant les mains dans la terre, en empruntant des livres à la médiathèque, en tweetant également. Enfermé dans son chagrin, seul avec son chien, dans son jardin, il se penche sur son passé, se souvient de sa rencontre avec Claire, de leur histoire d’amour, leurs voyages et la musique qu’ils écoutaient ensemble, tandis que la voix fantomatique de Claire s’insère en creux dans son récit. C’est finalement en se tournant vers les autres, en travaillant pour eux, dans leur jardin, qu’il reprend pied peu à peu. Un roman fluide, épuré et lumineux sur un amour par delà la mort.
Rivière, de Lucien Suel, Cours toujours, 2022
Fri, 02 Dec 2022 - 13min - 67 - Corps flottants, de Jane Sautière
Les corps flottants sont des fragments du corps vitré, taches qui se déplacent avec les mouvements de l’œil. Dans ce récit, ils prennent différentes formes, tour à tour tâches, cigarettes, cicatrices ou fantômes. « Toute cette vie passée dans la fumée du rêve. Ne se souvenir de rien, si invraisemblablement peu. » Jane Sautière évoque son adolescence à Phnom Penh au Cambodge entre 1967 et 1970. Elle décrit les bruits de la nuit, la touffeur tropicale de la forêt. Les gens qu’elle y côtoie. Camarades de classe, premières amours. L’éveil du désir dans ce pays qui va sombrer. Les massacres perpétrés par les Khmers rouges. Un livre sur la mémoire, ce qui a été vécu, en partie oublié, l’expérience de sa propre disparition, qui avance par bribes, en acceptant les aspects aléatoires et fragmentaires de la mémoire. La survivance « de ce qui aussi a été là, sans retour possible, mais présent et fragile, nous laissant incertains. »
Corps flottants, de Jane Sautière, Verticales, 2022
Fri, 18 Nov 2022 - 14min
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