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La marche du monde

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RFI

Chaque semaine, La marche du monde vous propose de découvrir l’histoire de nos sociétés contemporaines. Sur les cinq continents, nous recherchons des témoignages, mais aussi des archives radiophoniques et musicales, pour revivre les évènements et les mouvements qui éclairent l’actualité. En Afrique, en Asie, en Amérique, en Europe et au Proche-Orient, rafraîchissons-nous la mémoire et partageons notre histoire ! *** Diffusions le samedi à 14h10 TU et le dimanche à 00h10 TU vers toutes cibles. 

281 - Restitution des biens africains pillés pendant la colonisation, les archives en question
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  • 281 - Restitution des biens africains pillés pendant la colonisation, les archives en question

    « Restituer au pays qu'il a produit telle œuvre d'art ou tel document, c'est permettre à un peuple de recouvrer une partie de sa mémoire et de son identité », affirme en 1978, Amadou-Mahtar M’Bow, premier directeur africain de l’Unesco. En lançant son appel historique pour les restitutions, l’ancien ministre sénégalais invite les nations à « faire la preuve que dans le respect mutuel entre nations, se poursuit toujours le long dialogue des civilisations qui définit l'histoire du monde. »

    Il aura fallu presque 50 ans pour que cet appel historique d’Amadou Mahtar M’Bow soit entendu par la France et qu’une loi-cadre soit votée au printemps 2026, loi relative à la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite. Cette loi permet de sortir enfin du principe d'inaliénabilité des œuvres d'art publiques, car en tant que propriétés de l’État français, les œuvres volées pendant la colonisation ne pouvaient être données ou rendues. C’est maintenant possible et ces restituions concernent des milliers d’objets d’art présents dans les Musées français, à condition bien sûr qu’elles soient réclamées par les États anciennement colonisés concernés.

    Mais il reste néanmoins un grand trou noir, c’est la question des archives. Nous en débattons avec nos deux invités réunis à Paris par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, pour participer au cycle Restitutions, une autre histoire du monde. Après la question des Musées et des Lois, c’est la question des Archives que l’historien Mamadou Diouf et l’archiviste Sarah Frioux-Salgas sont venus discuter devant un public toujours plus nombreux. Il s’agit d’évoquer sur RFI les enjeux de mémoire, de justice et de circulation des patrimoines et de se demander : comment écrire l’histoire sans archive ?

     

    À lire

    L’Afrique dans le temps du monde, de Mamadou Diouf, aux éditions Rot.Bo.Krik.

     

    À voir 

    L’exposition « Héritages et contributions de l’Afrique et de ses diasporas à la marche de l’Humanité »

    Découvrez en vidéo les deux premières éditions du cycle #Restitutions. Une autre définition du monde proposé par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme

    #Restitutions. Les Musées en question avec Souleymane Bachir Diagne et Marie-Cécile Zinsou

    #Restitutions. Légiférer pour réparer avec Rima Abdul Malak et Vincent Négri.

     

    Pour bien comprendre pourquoi les archives sont exclues de la loi, j’ai demandé à Vincent Négri au juriste du patrimoine et co-auteur du rapport rédigé par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain à la demande du président Macron en 2018, de nous expliquer.

     

    RFI : Vincent Négri, que dit la loi ?

    V. Négri : La loi du 9 mai 2026 concerne la restitution des collections qui ont fait l'objet d'une appropriation illicite. Ce qui veut dire que la loi commence par définir quelles sont les collections concernées par référence à un article. À l'exception des premièrement et deuxièmement, concerne à la fois, dans un premier temps, les collections des bibliothèques issues du dépôt légal. Donc, ça, ça ne pose pas de difficultés, Mais l'autre item, ce sont les archives publiques. Ce qui veut dire que, quand la loi dit À l'exception de ces deux items, eh bien, c'est à l'exception notamment des archives publiques qui ne sont pas dans le champ de la loi. Et quand on lit la loi, on comprend bien que la loi est focalisée sur les collections de musées, donc sur les collections publiques. Mais muséales.

    RFI : Cela veut dire que les archives sont donc exclues de cette loi, cadre sur les restitutions de biens et d'œuvres spoliées pendant la colonisation. Ça concerne les archives publiques, mais également les archives privées.

    V.N. : Non pas les archives privées, puisque les archives privées, comme le qualificatif l'indique, sont en mains privées. Et donc, de toute façon, les processus de restitution qui sont engagés d'un point de vue politique et juridique depuis quelques années ne concernent que des biens publics et non pas les biens privés.

    RFI : Cela veut dire que, par exemple, si j'ai en ma possession une archive de Tombouctou et que je veux la restituer à une bibliothèque au Mali, je peux tout à fait le faire.

    V.N. : Vous pouvez le faire. Il n'y a pas de difficulté parce que par définition, cette archive n'est pas publique puisque pour une archive publique, il y a un critère qui est lié à la propriété. Donc soit l'État, soit une autre collectivité publique, Et il y a cette idée d'affectation à un service public. Et la culture est une mission de service public.

    RFI : Vincent Negri, vous voulez alerter sur le fait que les objets d'art et les archives ne sont pas que dans les musées, ils sont aussi sur un marché. Ça s'appelle le marché de l'art.. En ce qui concerne ce marché de l'art, qu'est-ce qui vous frappe?

    V.N. : Ce qui me frappe, c'est que depuis le rapport Savoy, depuis les discours d'Emmanuel Macron en 2017, s'est enclenchée une dynamique, on va dire, d'éthique et de bon et qui se traduit dans le droit par des règles. Et donc dorénavant, les musées s'abstiennent d'acquérir des collections dont la provenance est compliquée et irrégulière éventuellement. De ce point de vue là, et que sur le marché de l'art, il y a encore des acquisitions, des ventes qui sont faites,  par exemple, des bronzes de Benin City. Et donc il n'y a pas très longtemps, puisqu'en juin 2025, a eu lieu à Drouot une vente où une plaque en bronze provenant du pillage de Benin City en 1897, est passée en vente et a été adjugée. Bon, et quand on lit sur le site de la maison de vente le cartel, enfin la ligne provenance, à aucun moment il n'est fait référence à la violence coloniale qui est à l'origine de la circulation de l'œuvre. Et ça, ça me pose vraiment problème. Alors que cette violence coloniale, elle est dorénavant  prise en compte dans les acquisitions par les musées.

    L’exposition « Héritages et contributions de l’Afrique et de ses diasporas à la marche de l’Humanité » présentée par l’historien Amzat Boukari-Yabara.

     

    RFI : Amzat Boukari-Yabara, quels sont les lieux et périodes emblématiques de cette histoire générale de l’Afrique que vous aimeriez citer ? 

    V.N. : Nous avons souhaité présenter effectivement quelques aspects civilisationnels qui ont été des moments de cristallisation. Donc la civilisation pharaonique pour tout ce qu'elle a pu condenser en termes de savoirs sur la médecine, sur l'architecture, sur les sciences, sur la philosophie, sur beaucoup de choses qui ont été rendues possibles, notamment par l'usage du papyrus et la question décisive de l'écriture et de la transmission des savoirs. Le lien avec Tombouctou, donc là encore la question de la culture de l'écrit, de l'oralité et de la transmission des savoirs. Nous avons également un point sur la création d'une communauté de culture swahili, dans l'espace de l'océan Indien, un espace extrêmement métissé, un espace de contacts et d'interactions qui est souvent oublié quand on a une lecture de l'Afrique centrée sur l'espace transatlantique et évidemment aussi la contribution des diasporas. Donc, nous avons un point sur la révolution haïtienne qui est quand même, du point de vue de la philosophie politique et même de la géopolitique plus globalement, est un moment décisif de rupture dans l'histoire de l'humanité. Et sur les deux dernières parties de l'exposition, nous nous consacrons à la marche vers l'indépendance des pays africains, qui a aussi changé effectivement le rapport de force international et qui a introduit sur le devant de la scène, au niveau notamment des institutions internationales et multilatérales. De nouvelles problématiques et de nouvelles aspirations que nous évoquons dans la sixième partie autour de l'Afrique que nous voulons. Rappelons justement l'importance de démocratiser la science. L'importance également de produire une culture de paix, donc de se baser sur les savoirs endogènes, les traditions, les modalités de résolution des conflits que les sociétés africaines ont pu apporter dans leur marche, qui a souvent été entravée par un certain nombre de difficultés, mais qui n'a jamais été interrompu. Donc, la question de la continuité historique nous paraît également important. Et enfin, dans les derniers éléments, nous présentons quelques outils de l'utilisation pédagogique de l'histoire générale de l'Afrique, puisqu'effectivement il y a eu tout un premier volet de projets de coopération scientifique internationale sur la rédaction des huit premiers volumes, donc projet lancé en 64, achevé en 99 avec les huit premiers volumes, principalement publiés entre 80 et 99 et en 2009, une relance du projet autour d'un neuvième volume qui deviendra finalement trois volumes.

    RFI : Comment rendre accessible l’histoire générale de l’Afrique ?

    V.N. : Sur la partie de l'utilisation pédagogique, j'ai eu l'occasion d'y travailler modestement, notamment avec le professeur Elikia M'Bokolo et. Et aujourd'hui, on a d'autres outils qui ont été développés comme un jeu vidéo, des capsules vidéos. C'est-à-dire qu'il s'agit aussi de se mettre à la hauteur des nouvelles générations qui ont une autre conception de l'histoire, qui ont souvent une vision un peu poussiéreuse justement des archives, donc il faut aussi arriver à penser la question des supports technologiques dans ce contexte-là, tout en gardant évidemment la rigueur scientifique et méthodologique.

    RFI : Quelle place pour l'archive dans cette histoire générale de l'Afrique et pouvez-vous nous donner un exemple d'une archive que vous aimez, qui vous intéresse, que vous avez envie de partager avec nos auditeurs ?

    V.N. : Alors, ce n'est pas une archive qu'on a finalement mise en avant, mais on l'avait pensée au départ. C'est tout simplement l'un des comptes-rendus de la mise en place du Comité scientifique international des huit premiers volumes, parce qu'il montrait en fait comment, autour d'un document, on réunit une grande diversité de chercheurs avec des horizons différents, avec des sensibilités, des idéologies différentes de toutes les Afriques, et aussi en dehors du continent africain, pour justement se mettre ensemble sur un projet. Donc c'est ce que je trouve intéressant, c'est comment l'archive est aussi le résultat de conciliabules, de concertations, de comment dire, de consensus qui permettent d'avancer.

    On devrait avoir la réplique de Toumaï, qui est l'un de nos plus anciens ancêtres, découvert au niveau du Tchad. On est dans les 7 millions d'années, également de Lucie, qui est également à l'UNESCO en termes de répliques. Et donc ce sont des éléments importants parce qu'ils sont aussi le fruit d'un travail de chercheur qui, à une certaine époque, ont su justement construire, sécuriser et transmettre ces archives.

    RFI : Cela veut dire aussi que l'archive, ce n'est pas seulement un document écrit. Le corps peut être archive aussi ?

    V.N. : Le corps peut être archive. Il y a tout un travail qui est fait sur la question de la restitution des restes humains qui me semble essentiel. Donc la question des sources et des fondamentalement vivante, contrairement à ce que beaucoup croient, en pensant qu'on travaille sur du matériel un peu mort, on travaille sur du matériel qui est éminemment vivant. Et c'est ça justement qui fait peut-être aussi notre vocation d'historien et qui la rend si passionnante.

    Sat, 19 Sep 2026
  • 280 - L’odyssée photographique d’Alain Keler, quand l’histoire du monde rencontre la mémoire familiale

    Honoré par une rétrospective aux Rencontres de la photographie d’Arles 2026, Alain Keler a su documenter les grands conflits du XXè siècle en créant des images d’actualité à hauteur d’hommes, de femmes et d’enfants. À l’heure du bilan en noir et blanc, son œuvre photographique révèle combien son histoire personnelle est connectée à l’histoire du monde. Un reportage de Maxime Grember.

    Le goût du voyage et les débuts d’un photoreporter 

    Depuis plus de cinquante ans, Alain Keler regarde le monde à travers son objectif. Un monde qu’il a d’abord parcouru en photoreporter, au rythme de l’actualité et de ses bouleversements, avant de prendre le temps de s’arrêter, de revenir sur ses pas et, peu à peu, de tourner son regard vers sa propre histoire.  

    Après ses années de lycée à Honfleur, en Normandie, Alain Keler apprend la technique photographique et travaille dans un laboratoire à la fin des années 1960. Avec ses premières économies, il achète deux appareils photo et un billet de train pour Istanbul. Ce premier départ marque le début d’une vie de voyages.  

    Quelques années plus tard viennent New York, puis l’Amérique latine, où il est rémunéré pour la première fois comme photographe en 1974. De retour à Paris, Alain Keler entre en 1975 à l’agence de presse Sygma.  

    Commence alors une quinzaine d’années de photojournalisme au cœur des grands bouleversements de son époque : la révolution iranienne en 1979, les grèves des chantiers navals de Gdansk en Pologne en 1980, la guerre duLiban en 1982, la famine en Éthiopie en 1985 ou encore les manifestations de la place Tiananmen à Pékin en 1989.  

    Ses photographies font le tour du monde et sont publiées dans les grands magazines internationaux. 

    Après la chute du Mur, prendre le temps de regarder 

    À force de courir d’une actualité à l’autre, Alain Keler ressent une frustration grandissante : celle de devoir repartir trop vite, sans pouvoir rester suffisamment longtemps auprès de ceux qu’il photographie.

    La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, marque un tournant. Derrière le rideau de fer, tout un monde vacille. Keler décide alors de prendre le temps. À partir des années 1990, il parcourt les pays de l’ancien bloc communiste à la rencontre des minorités ethniques et religieuses. De ce travail au long cours naît Vents d’Est, récompensé par le prix W. Eugene Smith, l’une des distinctions majeures de la photographie documentaire.

    Entre 2004 et 2005, une bourse de la fondation 3P, créée par Yann Arthus-Bertrand, lui permet de se rendre à plusieurs reprises en Israël et dans les Territoires Palestiniens. En photographiant ce territoire et ceux qui l’habitent, Alain Keler se rapproche, presque malgré lui, de sa propre histoire.

    Quand l’Histoire rencontre la mémoire familiale 

    Du fracas de l’Histoire à la mémoire familiale, son regard change de distance. Après avoir photographié les guerres, les révolutions et les peuples menacés, Keler se tourne vers ses parents, ses origines et les traces laissées par l’histoire du XXè siècle dans sa propre famille.  

    Membre de l’agence MYOP depuis 2008, il poursuit cette exploration de l’intime, notamment à travers la photographie et le documentaire. Une quête de mémoire qui devient aussi une histoire de transmission avec son fils Léo Keler, lui-même photographe.  

    En 2024, père et fils reprennent ensemble la route en Allemagne, sur les traces du grand-père d’Alain, déporté à Buchenwald, et de l’itinéraire qu’il a parcouru lors des marches de la mort d’avril 1945.

    Transmettre, raconter ce que l’image ne dit pas 

    Cette transmission passe aussi par les archives. Aujourd’hui encore, Alain Keler retourne à ses planches-contacts, exhume des photographies parfois oubliées et en raconte l'hors-champ : une rencontre, un voyage, les circonstances d’un déclenchement, tout ce que l’image, seule, ne dit pas.  

    Un travail au long cours qu’il poursuit notamment sur son blog Journal d’un photographe et qui trouve en 2026 un nouvel écho à travers deux monographies et plusieurs expositions. 

    L’odyssée photographique d’Alain Keler, quand l’histoire du monde rencontre la mémoire familiale, c’est un nouvel épisode documentaire de La marche du monde, signé Maxime Grember, produit par Valérie Nivelon et mis en ondes par Aurèle Charlieux.

     

    Remerciements : Alain Keler, Léo Keler, Thierry Grillet, Olivier Monge, Antoine Kimmerlin, le Planches Contact Festival de Deauville, l’Abbaye du Château de Vincennes, le laboratoire Dupont à Paris et les Rencontres de la photographie d’Arles.  

    Photos :  

    Portrait d'Alain Keler © Olivier Monge/MYOP 

    Des Éthiopiens quittent le camp de Gondo à Korem, Éthiopie, 1985 © Alain Keler/MYOP 

    Un pays entouré de murs, 2004 © Alain Keler/MYOP 

    Israël, 2004 © Alain Keler/MYOP 

    Polaroid de la mère d’Alain Keler en 2007 © Alain Keler/MYOP

    Défilé irlandais à New-York © Alain Keler/MYOP. 

    Expositions

    Alain Keler : Rétrospective, aux Rencontres de la Photographie d'Arles 2026

    Alain Keler - Histoires de vieà la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, 2026

    Musiques :  

    Army Dreamers de Kate Bush 

    Vesoul de Jacques Brel 

    Medley We are the World, du collectif USA for Africa, Chanteurs sans frontières – Éthiopie et Tam-tam pour l'Éthiopie

    Another Brick in the Wall des Pink Floyd 

    Tombe la neige de Salvatore Adamo. 

    Documentaire :  

    Le dernier voyage, Alain Keler (2014). 

    Livres : 

    Alain Keler, aux éditions Delpire, 2026 

    Journal d’un photographe, aux éditions de Juillet, 2018 

    America, Americas, aux éditions de Juillet, 2021 

    Vents d’Est, aux éditions Marval, 2000 

    La Traversée, aux éditions de Juillet, 2027 (à paraître).

    Blog d’Alain Keler : 

    Journal d’un photographe. 

    Autres émissions :  

    Dans l’œil de Solidarnosc, La marche du monde, RFI, 2022 

    Visa pour l'image: rencontres avec Alain Keler et Frédéric Noy, L’Atelier des médias, RFI, 2019. 

    Sat, 12 Sep 2026
  • 279 - «À travail égal, salaire égal», le combat avant-gardiste des grévistes sénégalais de 1946

    La marche du monde en reportage dans les rues de Dakar en compagnie de l’historien Omar Gueye, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, afin de vous raconter une histoire inédite. Il s’agit de la première grande grève générale du Sénégal, celle de 1946, dont la revendication est une véritable révolution. Son slogan ? « À travail égal, salaire égal ! », repris jusque dans les marchés par les vendeuses d’arachides.

    Une grève qui a abouti et permis aux travailleurs africains de l’AOF de bénéficier des mêmes droits que les travailleurs français.

    Bien moins connue que celle des cheminots de 1947, cette grève de 46 est pourtant l’Acte 1 du processus qui va mener aux indépendances bien que nous ne connaissions pas la voix de son leader : Lamine Diallo. C’est pourquoi nous avons enquêté au Sénégal, jusqu’à la RTS, la radio-télévision sénégalaise, dans l’espoir de retrouver ce trésor d’archive.

     

    À lire :

    -La grève générale de 1946 au Sénégal, aux sources du syndicalisme militant par Omar Gueye, aux éditions Présence Africaine

    À écouter :

    - « Il était une fois au Sénégal », la chronique historique de la RTS par Cheikh Diop, diffusion les lundis sur la matinale SALAM Sénégal de la RTS.

    - Découvrez la chronique via FB

    - Écoutez radio Sénégal Internationale.

     

    Tous nos remerciements à toute l’équipe de la radio RTS, son directeur François Xavier Thiaw, son directeur des programmes Cheikh Diop et ses merveilleux archivistes Joanna Manga, Oumar Sarr et Aïssatou Gaye.

    Sat, 18 Jul 2026
  • 278 - Women for justice ! Une histoire pionnière des militantes panafricaines pour les droits

    Women for justice où le combat des femmes pour la justice et l’égalité en Afrique du Sud, au Ghana, ou encore au Nigeria. Une émission enregistrée en public au Campus Condorcet de Paris-Aubervilliers où nous avons installé notre studio RFI au cœur des 9è édition des Rencontres des Études africaines en France.

    Un nouvel épisode de La marche du monde consacré à ces femmes militantes comme le chante Fela Kuti dans « Unknown soldier » lorsqu’il raconte l’histoire de sa mère Funmilayo Ransome-Kuti, une femme politique nigériane et une militante des droits des femmes engagée pour l’indépendance de son pays, le droit de vote ou encore l’émancipation économique des femmes. Funmilayo Ransome-Kuti est décédée en 1978 suite aux blessures mortelles infligées par les militaires nigérians lors de l'attaque de Kalakuta République, le laboratoire musical, utopique et politique de son fils Fela Kuti.

     

    Nous évoquons également les destins remarquables de Charlotte Maxeke, fondatrice de la ligue féminine de l’ANC, le parti de Nelson Mandela, redécouverte et célébrée annuellement, notamment au Parlement sud-africain. Surnommée, « The first » elle est la première femme africaine à obtenir un diplôme universitaire, un bachelor en sciences, qu’elle obtient lors d’un séjour aux États-Unis. Ce diplôme, ainsi que son expérience américaine, à la fois comme étudiante à Wilberforce et comme membre de l’Église méthodiste, lui apportent une expérience précieuse dans le domaine de l’éducation. Charlotte Maxeke ne prône pas la violence, elle s’appuie clairement sur sa foi pour mettre en lumière des injustices qui doivent être corrigées.

    Enfin nous découvrons le parcours exceptionnel d’Annie Jiagge, dont le père était Pasteur dans le petit village de Keta à la frontière du Togo, à l’époque de la colonisation allemande. Une femme élevée dans les valeurs du protestantisme, institutrice engagée pour l’éducation des filles, devenue la première femme Juge en son pays… première femme juge à être nommée par le futur président Kwame N’Krumah à la Cour suprême. Pour Annie Jiagge, comme pour toutes ces femmes leaders, la question de l’éducation des filles est une revendication centrale.

     

    À partir de ces figures pionnières, nous évoquons les mouvements collectifs de ces militantes anglophones et francophones, chrétiennes et musulmanes, depuis le début du XXème siècle. Des femmes qui sont sorties de leur pays, ont voyagé, ont participé à des conférences internationales à l’Ouest comme à l’Est, en pleine guerre froide. Quelles traces ont-elles laissées et comment écrire leur histoire ?

    Regardez la vidéo du discours d’Annie Jiagge à la tribune de l’ONU, le 15 juillet 1980.

    Avec nos invitées :

    - Pascale Barthélémy, directrice d’études à l’EHESS, l’École des hautes études en sciences sociales, et vice-présidente chargée des Relations Internationales

    - Claire Nicolas, historienne de l’Afrique et de l’histoire globale à l’Université de Bâle en Suisse

    - Phoebe Musando de l’Université de Georgetown à Doha au Qatar

    - Sara Panata, chargée de recherche au CNRS, historienne de l’Afrique au laboratoire Les Afriques dans le monde à Bordeaux.

    À paraître Sans nous, pas de nation ni de génération, de Sara Panata.

     

    ►Pour aller plus loin

    Le site des REAF 2026

    Écouter les épisodes du podcast Africaines Queens

    - Ainsi que l’édition spéciale de RFI.

    Sat, 04 Jul 2026
  • 277 - 20 ans du Quai Branly, un dialogue des cultures réinventé par la présidence d’Emmanuel Kasarhérou

    Retour sur la genèse d’un musée des arts premiers rêvé par un tandem improbable : Jacques Chirac, président de la République anti-élite et Jacques Kerchache, marchand d’art africain. 20 ans plus tard, Emmanuel Kasarhérou revendique un dialogue des cultures renouvelé, après avoir procédé aux premières restitutions d’objets pillés par la colonisation aux États africains demandeurs.

    Nous sommes en 2006, très exactement le 20 juin, lors de l’inauguration du Musée du Quai Branly consacré aux Arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Le président Jacques Chirac prend longuement la parole pour rendre un hommage vibrant à la culture des peuples premiers « aucun peuple ni civilisation n’épuise le génie humain ».

    Dans la lignée de ses prédécesseurs à l’Élysée, le président français imprime sa marque dans l’espace public parisien. Après Charles de Gaulle et la Maison de la Radio, Georges Pompidou et le Centre Beaubourg, Valéry Giscard-d’Estaing et le musée d’Orsay, François Mitterrand et la pyramide du Louvre, Jacques Chirac a choisi : ce sera le Musée du Quai Branly dont la mission originelle est de conserver, restaurer, enrichir et valoriser une collection exceptionnelle de 360 000 œuvres et 710 00 photographies. Ce 20 juin 2006, l’inauguration se déroule en présence de la prix Nobel de la paix guatémaltèque Rigoberta Menchu et du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan qui se félicite d’« une institution extraordinaire et unique » dont l'architecture est signée Jean Nouvel. Juché sur pilotis, arrimé aux bords de Seine, le Musée s’élève sur 5 niveaux et pour le visiter, il faut traverser un jardin vallonné conçu par Gilles Clément. À l’intérieur, le plateau des collections issues des quatre continents : Afrique, Asie, Océanie et Amériques est ouvert sur 10 000 m2. Le grand projet du président Jacques Chirac se réalise enfin car « aucun peuple ni civilisation n’épuise le génie humain » … autrement dit pas de discrimination dans l’art. Mais c’est aussi le mantra d’un autre Jacques, le collectionneur Jacques Kerchache, grand spécialiste de l’Afrique et grand absent de l’inauguration… emporté quelques années plus tôt par un cancer de la gorge.

    La vidéo

    Pour fêter ses 20 ans, le Quai Branly Jacques Chirac s’est transformé en une immense scène musicale le week-end du 20 juin 2026, après avoir longuement réfléchi au sens de sa destinée lors d’un colloque consacré aux dialogues des cultures… du mot d’ordre à la pratique. Et pour revenir sur sa genèse et la controverse de sa jeune histoire, je reçois son président Emmanuel Kasarhérou nommé par Emmanuel Macron en 2023. Historien et archéologue de formation, ancien conservateur du Musée de la Nouvelle-Calédonie, Jean-Marie Kasarhérou devenait directeur général de l’Agence de développement de la Culture Kanak en 2006, l’année de l’inauguration du Quai Branly… Comment a-t-il vécu cet avènement du Musée depuis la Nouvelle-Calédonie où il est né et grandi, en tant que fils, petit-fils et arrière petit-fils de sa grande maison Kanak ?

    Le Musée du Quai Branly

     

    Pour aller plus loin

    À écouter les émissions La Marche du monde sur RFI : 

    Mission Dakar-Djibouti, une contre-enquête avec les Africains

    Paul Robeson, 1ère star noire américaine.

    Sat, 27 Jun 2026
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