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L'Instant Philo

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"L'instant philo" par Didier Guilliomet En une dizaine de minutes de quoi nourrir sa réflexion sur des questions traitées de façon accessible.

52 - L'instant Philo - La maison dans tous ses états
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  • 52 - L'instant Philo - La maison dans tous ses Ă©tats

    La maison dans tous ses Ă©tats                                                                                                                                         Introduction. Une polysĂ©mie embarrassante en français. En français, la maison » peut renvoyer au bonheur de se sentir chez soi : qu’il est bon de rentrer Ă  la maison ! Mais elle peut dĂ©signer aussi simplement un type de bien immobilier ; j’habite dans une maison, pas dans un appartement. Le mot a Ă©tĂ© formĂ© Ă  partir du verbe latin manere signifiant « demeurer ». La maison peut donc ĂȘtre aussi un simple lieu de sĂ©jour comme une location de vacances qu’on ne confond pas avec notre « chez soi ». Ensuite les personnes vivant dans une caravane, un camping-car ou un mobil home considĂšrent avec de sĂ©rieux arguments que ce sont leur maison. Enfin, pour certains que la grande pauvretĂ© a frappĂ©s, la maison peut mĂȘme prendre la forme d’une tente de fortune ou d’une voiture.   MĂȘme si habituellement rentrer chez soi et retourner Ă  la maison sont des expressions identiques, les diverses acceptions du terme « maisons » qu’on vient de dĂ©gager ne peuvent s’accorder toutes avec le sentiment d’ĂȘtre chez soi. La polysĂ©mie du terme en français peut nous Ă©garer. La langue de Shakespeare est plus Ă©clairante. En effet, Home dĂ©signe en anglais le chez soi : d’oĂč l’expression « Home sweet home ». La maison au sens de « bĂątiment ou d’espace servant de logis » renvoie au mot « house ». Ainsi au moins deux significations diffĂ©rentes entrent en concurrence quand on utilise le terme « maison » pour lesquelles les anglophones disposent de deux termes diffĂ©rents : « A house is not a home » [i]                                              I.                    Deux dĂ©finitions de la maison en concurrence ? A.     Une dĂ©finition trĂšs extensive : la maison est un abri Pour y voir plus clair, dĂ©gageons les deux sens principaux du mot « maison ». D’abord, on peut lui donner un sens large et concret. Pour l’architecte AndrĂ© RavĂ©reau[ii], tout habitat et donc toute maison est un abri. La maison permet de pouvoir s’extraire du tout-venant des menaces du milieu extĂ©rieur et de la vie sociale : intempĂ©ries, querelles, agressions, etc. Elle est une enveloppe protectrice Ă  partir de laquelle on peut rayonner et dĂ©velopper son activitĂ©. Pour le philosophe Emanuele Coccia[iii]: « c’est toujours et seulement par et dans une maison que nous habitons cette planĂšte ». Pour lui : « Sa forme est indiffĂ©rente : il peut s’agir d’un hĂŽtel ou d’un appartement, d’une chambre se confondant avec un canapĂ© (
) elle peut ĂȘtre faite de pierre ou de peau de bĂȘte, pliable de maniĂšre Ă  ĂȘtre transportĂ©e»[iv]. Sans la maison, souligne-t-il, on « est exposĂ©e Ă  la mort »[v]. Le dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ© de bien des SDF le prouve malheureusement. B.      La maison comme un chez soi 1)      La maison est une rĂ©alitĂ© morale Emanuele Coccia avec ses multiples dĂ©mĂ©nagements qui l’ont conduit «à avoir une trentaine de maisons » est amenĂ© Ă  proposer une vision beaucoup plus Ă©laborĂ©e et restrictive de la maison. En effet « dans aucune, dit-il, je n’ai dĂ©finitivement pensé : je suis chez moi. »[vi] Plus qu’un abri, « Toute maison, Ă©crit-il, est une rĂ©alitĂ© purement morale : nous construisons des maisons pour accueillir, dans une forme d’intimitĂ©, la portion du monde – faite de choses, de personnes, d’animaux, de plantes, d’atmosphĂšre, d’évĂ©nements, d’images et de souvenirs – qui rend possible notre bonheur lui-mĂȘme »[vii]. Il ajoute : « L’architecture ou la biologie y ont peu de part »[viii].  2)      Cette conception n’est pas incompatible avec la premiĂšre Se contredit-il ? Il met, en tout cas, en lumiĂšre une tension entre deux aspirations auxquelles une maison peut rĂ©pondre. D’abord, le besoin d’ĂȘtre en sĂ©curitĂ© en ayant un toit. Ensuite, le dĂ©sir d’un ancrage personnalisĂ© dans le monde par le biais d’un espace singulier et investi. Ces deux reprĂ©sentations de la maison expliquent le dĂ©calage frĂ©quent entre le lieu oĂč on loge et l’idĂ©al d’un

    Sun, 20 Sep 2026 - 16min
  • 51 - L'Instant Philo - Quel sens donner Ă  l'hĂ©roĂŻsme ?

    Quel sens donner Ă  l’hĂ©roĂŻsme ?              I.                    Analyse gĂ©nĂ©rale et questionnement A. PolysĂ©mie et dĂ©finition du terme HĂ©ros        1) Trois sens du mot « hĂ©ros » En un premier sens, un hĂ©ros ou une hĂ©roĂŻne dĂ©signe le personnage central d’un rĂ©cit - roman, piĂšce de théùtre, opĂ©ra, film, sĂ©rie. Mais Tartuffe chez MoliĂšre ou FrĂ©dĂ©ric Moreau dans l’éducation sentimentale de Flaubert montrent que le hĂ©ros d’une fiction n’a toutefois pas toujours grand-chose Ă  voir avec ce qu’on entend par hĂ©roĂŻsme –  certains personnages de fiction sont mĂȘme qualifiĂ©s d’anti-hĂ©ros. Quelques prĂ©cisions s’imposent. Dans une acception courante, les hĂ©ros sont des individus qui font preuve d’un grand courage dans des situations pĂ©rilleuses pour secourir des personnes, comme ça peut ĂȘtre le cas pour les pompiers ou certains sauveteurs professionnels ou improvisĂ©s. Sans rien retirer Ă  leur mĂ©rite, on note toutefois que dans la tradition occidentale depuis l’antiquitĂ©, l’hĂ©roĂŻsme a un sens encore plus fort : c’est une figure de l’excellence humaine, aux cĂŽtĂ©s notamment du gĂ©nie, du sage ou de la personne inspirĂ©e dans le domaine religieux.[i]                                                                                        2) L’hĂ©roĂŻsme contestĂ© Mais cette maniĂšre de distinguer un individu du commun des mortels a fait l’objet de vives polĂ©miques. On a pu assister ainsi Ă  une « dĂ©molition du hĂ©ros »[ii] au XVIIe siĂšcle en France sous l’influence d’une thĂ©ologie mettant l’accent sur le pĂ©chĂ© pour laquelle la supposĂ©e grandeur humaine cache davantage de l’amour-propre qu’une vraie noblesse d’ñme. A quoi le philosophe Hegel, qui trouve lĂ©gitime la figure du hĂ©ros, objectera que « Les grands hommes sont suivis par un cortĂšge jaloux qui dĂ©nonce leurs passions comme des fautes »[iii]. Ensuite, le monde contemporain a tĂąchĂ© de vider l’hĂ©roĂŻsme de son essence aristocratique trĂšs discriminante. Andy Warhol milite pour un droit pour tous Ă  un quart d’heure de cĂ©lĂ©britĂ©. David Bowie chante que nous pouvons tous ĂȘtre un hĂ©ros juste pour un jour. Mais parle-t-on alors encore d’hĂ©roĂŻsme ?                                                                                      3)  L’hĂ©roĂŻsme et le combat Rappelons qu’à l’origine, l’hĂ©roĂŻsme est une habiletĂ© et une bravoure exceptionnelles Ă  la guerre, dont le lĂ©gendaire Achille est le meilleur exemple. Pour autant, l’hĂ©roĂŻsme ne se rĂ©duit pas aux hauts faits militaires. D’abord, les attitudes hĂ©roĂŻques sur le champ d’honneur sont devenues rares avec les progrĂšs technologiques. Plus de 70 % des victimes dans le conflit russo-ukrainien sont dues Ă  des tirs de drone : cela fait bien longtemps qu’est rĂ©volue l’époque oĂč les hoplites grecs, munis de leurs armes et de leur bouclier, combattaient frontalement leurs ennemis ! Ensuite, une lutte courageuse et pacifique au nom d’un idĂ©al de justice ou pour des droits sociaux, peut ĂȘtre aussi hĂ©roĂŻque. Qu’on songe aux combats de Martin Luther King ou Ă  Gandhi. B. Autres caractĂ©ristiques de l’’hĂ©roĂŻsme               1) Le hĂ©ros entre violence et sacralisation Pour compliquer encore plus les choses, le hĂ©ros est parfois d’une effrayante singularitĂ©.La modĂ©ration n’est pas son fort. Dans l’Iliade, Achille est souvent capricieux. Par vengeance, il Ă©gorge douze jeunes troyens quand il apprend la mort de son ami Patrocle. Et aprĂšs avoir combattu victorieusement Hector qui a tuĂ© son ami, il traĂźne cruellement son cadavre dĂ©sarticulĂ© devant les murailles de Troie. Paradoxalement, la violence meurtriĂšre ne fait pas du tout obstacle Ă  la sacralisation du hĂ©ros. Achille est prĂ©sentĂ© comme un demi-Dieu.                                                                          2) HĂ©roĂŻsme et genre Jeanne d’Arc qui a une place de choix dans les figures hĂ©roĂŻques de l’histoire de France a Ă©tĂ© canonisĂ©e par le pape Benoit XV en 1920.Elle n’a cessĂ© d’affirmer que Dieu lui a dictĂ© de bouter les anglais de France et d’ouvrir, Ă  la tĂȘte d’une armĂ©e, une voie en vue de faire co

    Sun, 10 May 2026 - 18min
  • 50 - L'Instant Philo - Fabulation et post-vĂ©ritĂ©

    Emisssion du dimanche 29 mars 2026 Illustration : un tableau de Nicolas Poussin de 1641 intitulĂ© : "Le temps soustrait la vĂ©ritĂ© aux atteintes de l'envie et de la discorde." MusĂ©e du Louvres, Paris.  Fabulation et post-vĂ©ritĂ© I.                    Position du problĂšme A.   Chaque Ă©poque connaĂźt son lot d’erreurs, de mensonges, de dĂ©formations de la rĂ©alitĂ© au profit de reprĂ©sentations qui se veulent rassurantes. Ce n’est pas nouveau. Toutefois, on constate que nous arrivons actuellement Ă  un niveau de fake news, de contre-rĂ©cits plus ou moins dĂ©lirants, d’affabulations qui saturent l’espace public avec ces consĂ©quences fĂącheuses qu’on nomme confusion, complotisme, esprit sectaire, discours dĂ©complexĂ©s par rapport aux valeurs juridiques, Ă©thiques et dĂ©mocratiques. Cela nuit aux dĂ©bats dĂ©mocratiques et au bon dĂ©roulement des Ă©lections oĂč la dĂ©sinformation se dĂ©chaĂźne. Les relations sociales deviennent plus conflictuelles. La violence se banalise. Des opinions qu’on croyait bien Ă©tablies ainsi que le crĂ©dit accordĂ© Ă  la science et Ă  la vĂ©ritĂ©, sont remis en question. Le 7 mars dernier par exemple, le mouvement Stand up for science – debout pour la science - a organisĂ© une manifestation dans plusieurs villes amĂ©ricaines. L’élection d’hommes politiques qui confondent politique et tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© et l’usage de nouveaux et puissants moyens de communication comme les rĂ©seaux sociaux et les chaĂźnes d’information par des propagandistes bien financĂ©s et dĂ©nuĂ©s de toute dĂ©ontologie, expliquent, en grande partie, ce retour Ă  un certain obscurantisme. Certains estiment qu’on peut mĂȘme s’émanciper des preuves dans les dĂ©bats. Pour eux, un bon discours doit ĂȘtre pĂ©remptoire et mobiliser des Ă©motions fortes et contagieuses. La vĂ©ritĂ©, l’accord de la pensĂ©e avec le rĂ©el, est ainsi congĂ©diĂ©e. Une telle attitude renvoie Ă  la « post-vĂ©ritĂ© » qui fut dĂ©signĂ©e « mot de l’annĂ©e 2016 »  par le prestigieux Dictionnaire d’Oxford qui prĂ©cise que ce terme apparaĂźt  dans « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels Ă  l’émotion et aux opinions personnelles. » B.   Dans quelques annĂ©es, les historiens jugeront sans doute sĂ©vĂšrement notre Ă©poque. Pourquoi l’immense majoritĂ© des humains du dĂ©but du XXIe siĂšcle, menacĂ©s par les consĂ©quences Ă©cologiquement dĂ©sastreuses d’une logique Ă©conomique particuliĂšre, n’a-t-elle pas rĂ©agi ? Comment les peuples se sont-ils laissĂ© sĂ©duire et conduire par des thĂšmes et des politiques n’apportant aucune vraie solution aux problĂšmes rĂ©els - menant mĂȘme Ă  leur aggravation ? Toutefois, quand nous cherchons Ă  ĂȘtre lucides face au prĂ©sent, nous n’avons pas le recul des annĂ©es qui permet d’avoir un regard plus dĂ©tachĂ©. Aussi, faute de pouvoir nous projeter dans le futur, il semble bon de revenir sur des analyses passĂ©es susceptibles d’éclairer le prĂ©sent. Au milieu du siĂšcle dernier, Bergson analyse, dans Les deux sources de la morale et de la religion, une capacitĂ© de raconter des histoires et de se dĂ©tourner de la rĂ©alitĂ© qu’il nomme la fabulation. ConsidĂ©rĂ©e par notre philosophe comme un Ă©lĂ©ment constitutif de notre psychologie humaine,  la fabulation permet sans doute d’éclairer la situation actuelle. Car cette « post-vĂ©ritĂ© », qu’on nous prĂ©sente comme une nouveautĂ©, n’en est peut-ĂȘtre pas une. Et face Ă  la culture des « Ă©motions sentimenteuses » - l’expression est de LĂ©on Brunchwicg – qui sont faites pour manipuler les foules il paraĂźt opportun de revenir aux analyses rationnelles qui permettent de prendre de la hauteur au bĂ©nĂ©fice du bien commun.  II.                  La fabulation : une capacitĂ© humaine et une Ă©conomie psychique particuliĂšre A.      Que faut-il entendre par fabulation ? Le terme latin fabula vient d’une racine indo-europĂ©enne qui signifie « Ă©noncer ». En français, la fable dĂ©signe ainsi deux sortes discours. D’abord un rĂ©cit imaginaire, une histoire ayant souvent une morale. Pensons aux Fables de La Fontaine. En un second sens, la

    Sun, 29 Mar 2026 - 17min
  • 49 - L'Instant Philo - DĂ©mocratie et vote

    Émission du 01 fĂ©vrier 2026 DĂ©mocratie et vote                         L’instant philo, Ă©mission du 1er fĂ©vrier 2026 Des Ă©lections municipales arrivent bientĂŽt en France et mobilisent dĂ©jĂ  classe politique et mĂ©dias. La vie dĂ©mocratique est scandĂ©e par ces pĂ©riodes Ă©lectorales jugĂ©es essentielles - Ă  tel point que dans certains pays comme la Belgique, l’Italie, la suisse et l’Australie, aller voter est une obligation, pas un simple devoir civique dont on peut s’acquitter ou non car l’absence de participation aux Ă©lections est passible de sanction. La dĂ©mocratie est le pouvoir - cratos en grec - du peuple – dĂ©mos. L’élection au suffrage universel direct en constitue un symbole parlant. En 1962 De Gaulle a gagnĂ© le rĂ©fĂ©rendum pour faire Ă©lire le prĂ©sident de la RĂ©publique par le biais de ce scrutin qui a sĂ©duit un Ă©lectorat populaire. Mais le droit de vote accordĂ© Ă  l’ensemble des citoyens suffit-il vraiment Ă  donner le pouvoir au peuple ? C’est loin d’ĂȘtre Ă©vident. L’action citoyenne ne se rĂ©duit pas au vote : il s’agit d’exprimer ou de manifester des dĂ©saccords, de s’engager dans divers collectifs – syndicat, parti, association - de protĂ©ger des droits fondamentaux et parfois la dĂ©mocratie elle-mĂȘme ou l’indĂ©pendance de son pays.  Ce n’est pas parce qu’il est invitĂ© Ă  glisser de temps en temps un bulletin dans l’urne que le peuple possĂšde une rĂ©elle influence sur les orientations et mesures politiques. On en fait parfois l’amer constat. C’est sans doute pourquoi une tradition anarchiste va jusqu’à dĂ©noncer le vote. I.                    De la nĂ©cessitĂ© des Ă©lections en dĂ©mocratie   A.     Critique de la position anarchiste Cette critique peut parler aux personnes lassĂ©es de ces votes qui ne semblent rien changer, ni amĂ©liorer mais difficile d’y adhĂ©rer complĂštement. L’extrĂȘme droite contemporaine[i] dĂ©nonce aussi les mĂ©faits supposĂ©s des Ă©lections et de la dĂ©mocratie sur l’efficacitĂ© de l’action politique et entrepreneuriale et elle fait toujours la promotion d’un pouvoir autoritaire et inĂ©galitaire. Le refus des Ă©lections rĂ©unit ainsi anciens libertaires, libertariens et nĂ©o-rĂ©actionnaires actuels. Pas bon signe !  Surtout dans son radicalitĂ©, la critique anarchiste porte autant sur les dĂ©mocraties que sur les rĂ©gimes autoritaires Ă  l’origine d’injustices et rĂ©primant avec violence toute libertĂ© d’expression. Les Ă©lections permettent tout de mĂȘme d’éliminer les dirigeants dont le peuple ne veut plus. B.      Le non-respect du vote dĂ©mocratique et ses effets politiquement dĂ©lĂ©tĂšres   1)      Vote et plĂ©biscite D’ailleurs quand le rĂ©sultat d’une Ă©lection n’est pas respectĂ©, des troubles apparaissent dans un pays. Cela montre son importance politique. L’esprit d’un vote est trahi d’abord quand on en fait un plĂ©biscite comme NapolĂ©on III qui a aboli la RĂ©publique et imposĂ© l’empire. Etre adoubĂ© par une majoritĂ© issue des urnes ne peut ĂȘtre prĂ©texte d’agir Ă  sa guise, ni d’ignorer les reprĂ©sentants du peuple, les corps intermĂ©diaires et les manifestants dans la rue. Un pouvoir dĂ©mocratique doit accepter que la voix du peuple s’exprime par d’autres moyens que le vote et en tenir compte. Vox populi, vox dei. 2)      Des votes majoritaires mĂ©prisĂ©s Les votes majoritaires qui sont mĂ©prisĂ©s ont les effets dĂ©lĂ©tĂšres d’une trahison. Le non au traitĂ© de Maastricht annulĂ© par le traitĂ© de Lisbonne est une blessure portĂ©e Ă  l’expression du peuple qui a rendu bien difficile le rapport des citoyens Ă  la politique europĂ©enne. Le refus de nommer un premier ou une premiĂšre ministre issue de la coalition arrivĂ©e en tĂȘte aux derniĂšres Ă©lections lĂ©gislatives a ouvert une crise et une instabilitĂ© politique qui ont coĂ»tĂ© dĂ©jĂ  trĂšs cher - quelques milliards - Ă  la France Ă  un moment oĂč notre pays n’en avait nul besoin. Aux USA, le refus des rĂ©sultats Ă  la prĂ©sidentielle de 2020, a conduit Ă  une tentative de coup d’état faisant plusieurs morts au Capitol et produit une situation dont les dommages se font encore sentir. PlĂ©biscites et mĂ©pris du ver

    Sun, 01 Feb 2026 - 13min
  • 48 - L'instant Philo - La Guerre

    « L’instant philo »                                Emission du dimanche 23 novembre 2025 La guerre                    I.                    Le retour de la guerre ? A.     Un contexte particuliĂšrement belliqueux En cette fin d’annĂ©e 2025, on constate que la guerre est revenue sur le devant de la scĂšne internationale. La pĂ©riode est bien rĂ©volue oĂč l’on pensait en Europe la guerre comme chose du passĂ©, oĂč suite Ă  l’effondrement de l’union soviĂ©tique et Ă  la fin de la guerre froide, on profitait des « dividendes de la paix »[1] en baissant les budgets militaires. Le rĂ©armement des Etats est gĂ©nĂ©ral et le commerce des drones, avions, canons, bombes et autres armes lĂ©tales est florissant. C’est qu’en Europe, la guerre entre l’Ukraine Ă  la Russie et le conflit IsraĂ©lo-Palestinien au Moyen Orient ont pris une tournure catastrophique et risquent de s’étendre. Les guerres civiles notamment en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, au YĂ©men et au Soudan continuent de dĂ©vaster ces pays. Entre l’Inde et le Pakistan, La Chine et TaĂŻwan, les USA et divers pays du continent amĂ©ricain, les conflits peuvent aussi s’envenimer. Cette prolifĂ©ration de foyers de guerre, dont la liste n’est pas exhaustive, illustre malheureusement la cĂ©lĂšbre dĂ©finition de Carl Von Clausewitz, officier prussien du dĂ©but du XIXe siĂšcle : « La guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens »[2] . Ce lien entre guerre et politique a Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ© avec force par Georges ClĂ©menceau, ministre de la guerre lors de 14-18 qui dĂ©clara : « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier Ă  des militaires. » B.      Guerre et bellicisme Ce lien peut prendre toutefois des figures bien diffĂ©rentes. Il y a quelques jours, par exemple, le ministĂšre de la dĂ©fense amĂ©ricaine a Ă©tĂ© rebaptisĂ© « War ministery » : « ministĂšre de la guerre ». Cela signale la volontĂ© de la nouvelle administration de jouer l’intimidation Ă  un moment oĂč les USA ne sont officiellement en guerre avec aucun pays. On montre ses muscles face aux autres Ă©tats. La guerre n’est pas alors une calamitĂ© que l’on cherche Ă  Ă©viter mais un moyen d’affirmer sa puissance et d’imposer des conditions Ă©conomiquement favorables Ă  son pays. «La guerre est un acte de violence engagĂ© pour contraindre l’adversaire Ă  se soumettre Ă  notre volonté » note aussi Clausewitz. Que la guerre fasse partie de la donne politique : l’histoire malheureusement le montre. Mais peut-on lĂ©gitimement faire un usage sans Ă©tats d’ñme et un Ă©loge sans nuance de la guerre ? On a bien du mal Ă  s’en convaincre. Les Ă©tats bellicistes, sont en rĂšgle gĂ©nĂ©rale autoritaires, parfois totalitaires, en tout cas, toujours Ă  forte tendance antidĂ©mocratique et ils constituent un danger pour l’humanitĂ©. Pourtant, force est de constater que la puissance destructrice de la guerre peut produire une esthĂ©tique du sublime qui montre que la fascination que la guerre continue d’exercer, y compris sur Francis Ford Coppola, cinĂ©aste pacifiste et rĂ©alisateur d’Apocalypse now ! II.                  Eloge de la guerre et confusion anthropologique   A.     Une confusion entre la violence de la guerre et l’aspect stimulant des conflits 1)      Une citation d’HĂ©raclite d’EphĂšse (544 - 480 avant J.C) Ceux qui font l’éloge de la guerre s’appuient parfois sur ce fragment d’HĂ©raclite, penseur prĂ©socratique, nĂ© au 6e siĂšcle avant notre Ăšre. « PolĂ©mos est le pĂšre de toutes choses, de toutes, le roi ; et les uns, il les porte Ă  la lumiĂšre comme Dieux ; les autres, comme hommes ; les uns il les fait esclaves, les autres libres» 2)      Commentaires Quelques prĂ©cisions sur cette citation. D’abord, en GrĂšce antique, « PolĂ©mos » dĂ©signe la querelle - comme l’adjectif « polĂ©mique » le rappelle en français -  et il s’oppose Ă  EirĂ©nĂ©e – la paix. PolĂ©mos est prĂ©sentĂ© comme « le pĂšre » et « le roi » « de toutes choses », bref comme la cause de tout ce qui arrive de bien et de mal dans le monde. Est-ce un Ă©loge de la guerre au sens courant ? Pas du tout disent les c

    Sun, 23 Nov 2025 - 16min
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