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- 52 - L'instant Philo - La maison dans tous ses états
La maison dans tous ses Ă©tats                                                                                                                               Introduction. Une polysĂ©mie embarrassante en français. En français, la maison » peut renvoyer au bonheur de se sentir chez soi : quâil est bon de rentrer Ă la maison ! Mais elle peut dĂ©signer aussi simplement un type de bien immobilier ; jâhabite dans une maison, pas dans un appartement. Le mot a Ă©tĂ© formĂ© Ă partir du verbe latin manere signifiant « demeurer ». La maison peut donc ĂȘtre aussi un simple lieu de sĂ©jour comme une location de vacances quâon ne confond pas avec notre « chez soi ». Ensuite les personnes vivant dans une caravane, un camping-car ou un mobil home considĂšrent avec de sĂ©rieux arguments que ce sont leur maison. Enfin, pour certains que la grande pauvretĂ© a frappĂ©s, la maison peut mĂȘme prendre la forme dâune tente de fortune ou dâune voiture.  MĂȘme si habituellement rentrer chez soi et retourner Ă la maison sont des expressions identiques, les diverses acceptions du terme « maisons » quâon vient de dĂ©gager ne peuvent sâaccorder toutes avec le sentiment dâĂȘtre chez soi. La polysĂ©mie du terme en français peut nous Ă©garer. La langue de Shakespeare est plus Ă©clairante. En effet, Home dĂ©signe en anglais le chez soi : dâoĂč lâexpression « Home sweet home ». La maison au sens de « bĂątiment ou dâespace servant de logis » renvoie au mot « house ». Ainsi au moins deux significations diffĂ©rentes entrent en concurrence quand on utilise le terme « maison » pour lesquelles les anglophones disposent de deux termes diffĂ©rents : « A house is not a home » [i]                                             I.                   Deux dĂ©finitions de la maison en concurrence ? A.    Une dĂ©finition trĂšs extensive : la maison est un abri Pour y voir plus clair, dĂ©gageons les deux sens principaux du mot « maison ». Dâabord, on peut lui donner un sens large et concret. Pour lâarchitecte AndrĂ© RavĂ©reau[ii], tout habitat et donc toute maison est un abri. La maison permet de pouvoir sâextraire du tout-venant des menaces du milieu extĂ©rieur et de la vie sociale : intempĂ©ries, querelles, agressions, etc. Elle est une enveloppe protectrice Ă partir de laquelle on peut rayonner et dĂ©velopper son activitĂ©. Pour le philosophe Emanuele Coccia[iii]: « câest toujours et seulement par et dans une maison que nous habitons cette planĂšte ». Pour lui : « Sa forme est indiffĂ©rente : il peut sâagir dâun hĂŽtel ou dâun appartement, dâune chambre se confondant avec un canapĂ© (âŠ) elle peut ĂȘtre faite de pierre ou de peau de bĂȘte, pliable de maniĂšre Ă ĂȘtre transportĂ©e»[iv]. Sans la maison, souligne-t-il, on « est exposĂ©e Ă la mort »[v]. Le dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ© de bien des SDF le prouve malheureusement. B.     La maison comme un chez soi 1)     La maison est une rĂ©alitĂ© morale Emanuele Coccia avec ses multiples dĂ©mĂ©nagements qui lâont conduit «à avoir une trentaine de maisons » est amenĂ© Ă proposer une vision beaucoup plus Ă©laborĂ©e et restrictive de la maison. En effet « dans aucune, dit-il, je nâai dĂ©finitivement pensé : je suis chez moi. »[vi] Plus quâun abri, « Toute maison, Ă©crit-il, est une rĂ©alitĂ© purement morale : nous construisons des maisons pour accueillir, dans une forme dâintimitĂ©, la portion du monde â faite de choses, de personnes, dâanimaux, de plantes, dâatmosphĂšre, dâĂ©vĂ©nements, dâimages et de souvenirs â qui rend possible notre bonheur lui-mĂȘme »[vii]. Il ajoute : « Lâarchitecture ou la biologie y ont peu de part »[viii]. 2)     Cette conception nâest pas incompatible avec la premiĂšre Se contredit-il ? Il met, en tout cas, en lumiĂšre une tension entre deux aspirations auxquelles une maison peut rĂ©pondre. Dâabord, le besoin dâĂȘtre en sĂ©curitĂ© en ayant un toit. Ensuite, le dĂ©sir dâun ancrage personnalisĂ© dans le monde par le biais dâun espace singulier et investi. Ces deux reprĂ©sentations de la maison expliquent le dĂ©calage frĂ©quent entre le lieu oĂč on loge et lâidĂ©al dâun
Sun, 20 Sep 2026 - 16min - 51 - L'Instant Philo - Quel sens donner à l'héroïsme ?
Quel sens donner Ă lâhĂ©roĂŻsme ?             I.                   Analyse gĂ©nĂ©rale et questionnement A. PolysĂ©mie et dĂ©finition du terme HĂ©ros       1) Trois sens du mot « hĂ©ros » En un premier sens, un hĂ©ros ou une hĂ©roĂŻne dĂ©signe le personnage central dâun rĂ©cit - roman, piĂšce de théùtre, opĂ©ra, film, sĂ©rie. Mais Tartuffe chez MoliĂšre ou FrĂ©dĂ©ric Moreau dans lâĂ©ducation sentimentale de Flaubert montrent que le hĂ©ros dâune fiction nâa toutefois pas toujours grand-chose Ă voir avec ce quâon entend par hĂ©roĂŻsme â certains personnages de fiction sont mĂȘme qualifiĂ©s dâanti-hĂ©ros. Quelques prĂ©cisions sâimposent. Dans une acception courante, les hĂ©ros sont des individus qui font preuve dâun grand courage dans des situations pĂ©rilleuses pour secourir des personnes, comme ça peut ĂȘtre le cas pour les pompiers ou certains sauveteurs professionnels ou improvisĂ©s. Sans rien retirer Ă leur mĂ©rite, on note toutefois que dans la tradition occidentale depuis lâantiquitĂ©, lâhĂ©roĂŻsme a un sens encore plus fort : câest une figure de lâexcellence humaine, aux cĂŽtĂ©s notamment du gĂ©nie, du sage ou de la personne inspirĂ©e dans le domaine religieux.[i]                                                                                      2) LâhĂ©roĂŻsme contestĂ© Mais cette maniĂšre de distinguer un individu du commun des mortels a fait lâobjet de vives polĂ©miques. On a pu assister ainsi Ă une « dĂ©molition du hĂ©ros »[ii] au XVIIe siĂšcle en France sous lâinfluence dâune thĂ©ologie mettant lâaccent sur le pĂ©chĂ© pour laquelle la supposĂ©e grandeur humaine cache davantage de lâamour-propre quâune vraie noblesse dâĂąme. A quoi le philosophe Hegel, qui trouve lĂ©gitime la figure du hĂ©ros, objectera que « Les grands hommes sont suivis par un cortĂšge jaloux qui dĂ©nonce leurs passions comme des fautes »[iii]. Ensuite, le monde contemporain a tĂąchĂ© de vider lâhĂ©roĂŻsme de son essence aristocratique trĂšs discriminante. Andy Warhol milite pour un droit pour tous Ă un quart dâheure de cĂ©lĂ©britĂ©. David Bowie chante que nous pouvons tous ĂȘtre un hĂ©ros juste pour un jour. Mais parle-t-on alors encore dâhĂ©roĂŻsme ?                                                                                     3) LâhĂ©roĂŻsme et le combat Rappelons quâĂ lâorigine, lâhĂ©roĂŻsme est une habiletĂ© et une bravoure exceptionnelles Ă la guerre, dont le lĂ©gendaire Achille est le meilleur exemple. Pour autant, lâhĂ©roĂŻsme ne se rĂ©duit pas aux hauts faits militaires. Dâabord, les attitudes hĂ©roĂŻques sur le champ dâhonneur sont devenues rares avec les progrĂšs technologiques. Plus de 70 % des victimes dans le conflit russo-ukrainien sont dues Ă des tirs de drone : cela fait bien longtemps quâest rĂ©volue lâĂ©poque oĂč les hoplites grecs, munis de leurs armes et de leur bouclier, combattaient frontalement leurs ennemis ! Ensuite, une lutte courageuse et pacifique au nom dâun idĂ©al de justice ou pour des droits sociaux, peut ĂȘtre aussi hĂ©roĂŻque. Quâon songe aux combats de Martin Luther King ou Ă Gandhi. B. Autres caractĂ©ristiques de lââhĂ©roĂŻsme            1) Le hĂ©ros entre violence et sacralisation Pour compliquer encore plus les choses, le hĂ©ros est parfois dâune effrayante singularitĂ©.La modĂ©ration nâest pas son fort. Dans lâIliade, Achille est souvent capricieux. Par vengeance, il Ă©gorge douze jeunes troyens quand il apprend la mort de son ami Patrocle. Et aprĂšs avoir combattu victorieusement Hector qui a tuĂ© son ami, il traĂźne cruellement son cadavre dĂ©sarticulĂ© devant les murailles de Troie. Paradoxalement, la violence meurtriĂšre ne fait pas du tout obstacle Ă la sacralisation du hĂ©ros. Achille est prĂ©sentĂ© comme un demi-Dieu.                                                                         2) HĂ©roĂŻsme et genre Jeanne dâArc qui a une place de choix dans les figures hĂ©roĂŻques de lâhistoire de France a Ă©tĂ© canonisĂ©e par le pape Benoit XV en 1920.Elle nâa cessĂ© dâaffirmer que Dieu lui a dictĂ© de bouter les anglais de France et dâouvrir, Ă la tĂȘte dâune armĂ©e, une voie en vue de faire co
Sun, 10 May 2026 - 18min - 50 - L'Instant Philo - Fabulation et post-vérité
Emisssion du dimanche 29 mars 2026 Illustration : un tableau de Nicolas Poussin de 1641 intitulĂ© : "Le temps soustrait la vĂ©ritĂ© aux atteintes de l'envie et de la discorde." MusĂ©e du Louvres, Paris. Fabulation et post-vĂ©ritĂ© I.           Position du problĂšme A.  Chaque Ă©poque connaĂźt son lot dâerreurs, de mensonges, de dĂ©formations de la rĂ©alitĂ© au profit de reprĂ©sentations qui se veulent rassurantes. Ce nâest pas nouveau. Toutefois, on constate que nous arrivons actuellement Ă un niveau de fake news, de contre-rĂ©cits plus ou moins dĂ©lirants, dâaffabulations qui saturent lâespace public avec ces consĂ©quences fĂącheuses quâon nomme confusion, complotisme, esprit sectaire, discours dĂ©complexĂ©s par rapport aux valeurs juridiques, Ă©thiques et dĂ©mocratiques. Cela nuit aux dĂ©bats dĂ©mocratiques et au bon dĂ©roulement des Ă©lections oĂč la dĂ©sinformation se dĂ©chaĂźne. Les relations sociales deviennent plus conflictuelles. La violence se banalise. Des opinions quâon croyait bien Ă©tablies ainsi que le crĂ©dit accordĂ© Ă la science et Ă la vĂ©ritĂ©, sont remis en question. Le 7 mars dernier par exemple, le mouvement Stand up for science â debout pour la science - a organisĂ© une manifestation dans plusieurs villes amĂ©ricaines. LâĂ©lection dâhommes politiques qui confondent politique et tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© et lâusage de nouveaux et puissants moyens de communication comme les rĂ©seaux sociaux et les chaĂźnes dâinformation par des propagandistes bien financĂ©s et dĂ©nuĂ©s de toute dĂ©ontologie, expliquent, en grande partie, ce retour Ă un certain obscurantisme. Certains estiment quâon peut mĂȘme sâĂ©manciper des preuves dans les dĂ©bats. Pour eux, un bon discours doit ĂȘtre pĂ©remptoire et mobiliser des Ă©motions fortes et contagieuses. La vĂ©ritĂ©, lâaccord de la pensĂ©e avec le rĂ©el, est ainsi congĂ©diĂ©e. Une telle attitude renvoie Ă la « post-vĂ©ritĂ© » qui fut dĂ©signĂ©e « mot de lâannĂ©e 2016 »  par le prestigieux Dictionnaire dâOxford qui prĂ©cise que ce terme apparaĂźt  dans « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins dâinfluence pour modeler lâopinion publique que les appels Ă lâĂ©motion et aux opinions personnelles. » B.  Dans quelques annĂ©es, les historiens jugeront sans doute sĂ©vĂšrement notre Ă©poque. Pourquoi lâimmense majoritĂ© des humains du dĂ©but du XXIe siĂšcle, menacĂ©s par les consĂ©quences Ă©cologiquement dĂ©sastreuses dâune logique Ă©conomique particuliĂšre, nâa-t-elle pas rĂ©agi ? Comment les peuples se sont-ils laissĂ© sĂ©duire et conduire par des thĂšmes et des politiques nâapportant aucune vraie solution aux problĂšmes rĂ©els - menant mĂȘme Ă leur aggravation ? Toutefois, quand nous cherchons Ă ĂȘtre lucides face au prĂ©sent, nous nâavons pas le recul des annĂ©es qui permet dâavoir un regard plus dĂ©tachĂ©. Aussi, faute de pouvoir nous projeter dans le futur, il semble bon de revenir sur des analyses passĂ©es susceptibles dâĂ©clairer le prĂ©sent. Au milieu du siĂšcle dernier, Bergson analyse, dans Les deux sources de la morale et de la religion, une capacitĂ© de raconter des histoires et de se dĂ©tourner de la rĂ©alitĂ© quâil nomme la fabulation. ConsidĂ©rĂ©e par notre philosophe comme un Ă©lĂ©ment constitutif de notre psychologie humaine,  la fabulation permet sans doute dâĂ©clairer la situation actuelle. Car cette « post-vĂ©ritĂ© », quâon nous prĂ©sente comme une nouveautĂ©, nâen est peut-ĂȘtre pas une. Et face Ă la culture des « Ă©motions sentimenteuses » - lâexpression est de LĂ©on Brunchwicg â qui sont faites pour manipuler les foules il paraĂźt opportun de revenir aux analyses rationnelles qui permettent de prendre de la hauteur au bĂ©nĂ©fice du bien commun. II.          La fabulation : une capacitĂ© humaine et une Ă©conomie psychique particuliĂšre A.    Que faut-il entendre par fabulation ? Le terme latin fabula vient dâune racine indo-europĂ©enne qui signifie « Ă©noncer ». En français, la fable dĂ©signe ainsi deux sortes discours. Dâabord un rĂ©cit imaginaire, une histoire ayant souvent une morale. Pensons aux Fables de La Fontaine. En un second sens, la
Sun, 29 Mar 2026 - 17min - 49 - L'Instant Philo - Démocratie et vote
Ămission du 01 fĂ©vrier 2026 DĂ©mocratie et vote                        Lâinstant philo, Ă©mission du 1er fĂ©vrier 2026 Des Ă©lections municipales arrivent bientĂŽt en France et mobilisent dĂ©jĂ classe politique et mĂ©dias. La vie dĂ©mocratique est scandĂ©e par ces pĂ©riodes Ă©lectorales jugĂ©es essentielles - Ă tel point que dans certains pays comme la Belgique, lâItalie, la suisse et lâAustralie, aller voter est une obligation, pas un simple devoir civique dont on peut sâacquitter ou non car lâabsence de participation aux Ă©lections est passible de sanction. La dĂ©mocratie est le pouvoir - cratos en grec - du peuple â dĂ©mos. LâĂ©lection au suffrage universel direct en constitue un symbole parlant. En 1962 De Gaulle a gagnĂ© le rĂ©fĂ©rendum pour faire Ă©lire le prĂ©sident de la RĂ©publique par le biais de ce scrutin qui a sĂ©duit un Ă©lectorat populaire. Mais le droit de vote accordĂ© Ă lâensemble des citoyens suffit-il vraiment Ă donner le pouvoir au peuple ? Câest loin dâĂȘtre Ă©vident. Lâaction citoyenne ne se rĂ©duit pas au vote : il sâagit dâexprimer ou de manifester des dĂ©saccords, de sâengager dans divers collectifs â syndicat, parti, association - de protĂ©ger des droits fondamentaux et parfois la dĂ©mocratie elle-mĂȘme ou lâindĂ©pendance de son pays. Ce nâest pas parce quâil est invitĂ© Ă glisser de temps en temps un bulletin dans lâurne que le peuple possĂšde une rĂ©elle influence sur les orientations et mesures politiques. On en fait parfois lâamer constat. Câest sans doute pourquoi une tradition anarchiste va jusquâĂ dĂ©noncer le vote. I.                   De la nĂ©cessitĂ© des Ă©lections en dĂ©mocratie  A.    Critique de la position anarchiste Cette critique peut parler aux personnes lassĂ©es de ces votes qui ne semblent rien changer, ni amĂ©liorer mais difficile dây adhĂ©rer complĂštement. LâextrĂȘme droite contemporaine[i] dĂ©nonce aussi les mĂ©faits supposĂ©s des Ă©lections et de la dĂ©mocratie sur lâefficacitĂ© de lâaction politique et entrepreneuriale et elle fait toujours la promotion dâun pouvoir autoritaire et inĂ©galitaire. Le refus des Ă©lections rĂ©unit ainsi anciens libertaires, libertariens et nĂ©o-rĂ©actionnaires actuels. Pas bon signe ! Surtout dans son radicalitĂ©, la critique anarchiste porte autant sur les dĂ©mocraties que sur les rĂ©gimes autoritaires Ă lâorigine dâinjustices et rĂ©primant avec violence toute libertĂ© dâexpression. Les Ă©lections permettent tout de mĂȘme dâĂ©liminer les dirigeants dont le peuple ne veut plus. B.     Le non-respect du vote dĂ©mocratique et ses effets politiquement dĂ©lĂ©tĂšres  1)     Vote et plĂ©biscite Dâailleurs quand le rĂ©sultat dâune Ă©lection nâest pas respectĂ©, des troubles apparaissent dans un pays. Cela montre son importance politique. Lâesprit dâun vote est trahi dâabord quand on en fait un plĂ©biscite comme NapolĂ©on III qui a aboli la RĂ©publique et imposĂ© lâempire. Etre adoubĂ© par une majoritĂ© issue des urnes ne peut ĂȘtre prĂ©texte dâagir Ă sa guise, ni dâignorer les reprĂ©sentants du peuple, les corps intermĂ©diaires et les manifestants dans la rue. Un pouvoir dĂ©mocratique doit accepter que la voix du peuple sâexprime par dâautres moyens que le vote et en tenir compte. Vox populi, vox dei. 2)     Des votes majoritaires mĂ©prisĂ©s Les votes majoritaires qui sont mĂ©prisĂ©s ont les effets dĂ©lĂ©tĂšres dâune trahison. Le non au traitĂ© de Maastricht annulĂ© par le traitĂ© de Lisbonne est une blessure portĂ©e Ă lâexpression du peuple qui a rendu bien difficile le rapport des citoyens Ă la politique europĂ©enne. Le refus de nommer un premier ou une premiĂšre ministre issue de la coalition arrivĂ©e en tĂȘte aux derniĂšres Ă©lections lĂ©gislatives a ouvert une crise et une instabilitĂ© politique qui ont coĂ»tĂ© dĂ©jĂ trĂšs cher - quelques milliards - Ă la France Ă un moment oĂč notre pays nâen avait nul besoin. Aux USA, le refus des rĂ©sultats Ă la prĂ©sidentielle de 2020, a conduit Ă une tentative de coup dâĂ©tat faisant plusieurs morts au Capitol et produit une situation dont les dommages se font encore sentir. PlĂ©biscites et mĂ©pris du ver
Sun, 01 Feb 2026 - 13min - 48 - L'instant Philo - La Guerre
« Lâinstant philo »                               Emission du dimanche 23 novembre 2025 La guerre                   I.                   Le retour de la guerre ? A.    Un contexte particuliĂšrement belliqueux En cette fin dâannĂ©e 2025, on constate que la guerre est revenue sur le devant de la scĂšne internationale. La pĂ©riode est bien rĂ©volue oĂč lâon pensait en Europe la guerre comme chose du passĂ©, oĂč suite Ă lâeffondrement de lâunion soviĂ©tique et Ă la fin de la guerre froide, on profitait des « dividendes de la paix »[1] en baissant les budgets militaires. Le rĂ©armement des Etats est gĂ©nĂ©ral et le commerce des drones, avions, canons, bombes et autres armes lĂ©tales est florissant. Câest quâen Europe, la guerre entre lâUkraine Ă la Russie et le conflit IsraĂ©lo-Palestinien au Moyen Orient ont pris une tournure catastrophique et risquent de sâĂ©tendre. Les guerres civiles notamment en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, au YĂ©men et au Soudan continuent de dĂ©vaster ces pays. Entre lâInde et le Pakistan, La Chine et TaĂŻwan, les USA et divers pays du continent amĂ©ricain, les conflits peuvent aussi sâenvenimer. Cette prolifĂ©ration de foyers de guerre, dont la liste nâest pas exhaustive, illustre malheureusement la cĂ©lĂšbre dĂ©finition de Carl Von Clausewitz, officier prussien du dĂ©but du XIXe siĂšcle : « La guerre est une simple continuation de la politique par dâautres moyens »[2] . Ce lien entre guerre et politique a Ă©tĂ© rĂ©affirmĂ© avec force par Georges ClĂ©menceau, ministre de la guerre lors de 14-18 qui dĂ©clara : « La guerre ! Câest une chose trop grave pour la confier Ă des militaires. » B.     Guerre et bellicisme Ce lien peut prendre toutefois des figures bien diffĂ©rentes. Il y a quelques jours, par exemple, le ministĂšre de la dĂ©fense amĂ©ricaine a Ă©tĂ© rebaptisĂ© « War ministery » : « ministĂšre de la guerre ». Cela signale la volontĂ© de la nouvelle administration de jouer lâintimidation Ă un moment oĂč les USA ne sont officiellement en guerre avec aucun pays. On montre ses muscles face aux autres Ă©tats. La guerre nâest pas alors une calamitĂ© que lâon cherche Ă Ă©viter mais un moyen dâaffirmer sa puissance et dâimposer des conditions Ă©conomiquement favorables Ă son pays. «La guerre est un acte de violence engagĂ© pour contraindre lâadversaire Ă se soumettre Ă notre volonté » note aussi Clausewitz. Que la guerre fasse partie de la donne politique : lâhistoire malheureusement le montre. Mais peut-on lĂ©gitimement faire un usage sans Ă©tats dâĂąme et un Ă©loge sans nuance de la guerre ? On a bien du mal Ă sâen convaincre. Les Ă©tats bellicistes, sont en rĂšgle gĂ©nĂ©rale autoritaires, parfois totalitaires, en tout cas, toujours Ă forte tendance antidĂ©mocratique et ils constituent un danger pour lâhumanitĂ©. Pourtant, force est de constater que la puissance destructrice de la guerre peut produire une esthĂ©tique du sublime qui montre que la fascination que la guerre continue dâexercer, y compris sur Francis Ford Coppola, cinĂ©aste pacifiste et rĂ©alisateur dâApocalypse now ! II.                 Eloge de la guerre et confusion anthropologique  A.    Une confusion entre la violence de la guerre et lâaspect stimulant des conflits 1)     Une citation dâHĂ©raclite dâEphĂšse (544 - 480 avant J.C) Ceux qui font lâĂ©loge de la guerre sâappuient parfois sur ce fragment dâHĂ©raclite, penseur prĂ©socratique, nĂ© au 6e siĂšcle avant notre Ăšre. « PolĂ©mos est le pĂšre de toutes choses, de toutes, le roi ; et les uns, il les porte Ă la lumiĂšre comme Dieux ; les autres, comme hommes ; les uns il les fait esclaves, les autres libres» 2)     Commentaires Quelques prĂ©cisions sur cette citation. Dâabord, en GrĂšce antique, « PolĂ©mos » dĂ©signe la querelle - comme lâadjectif « polĂ©mique » le rappelle en français -  et il sâoppose Ă EirĂ©nĂ©e â la paix. PolĂ©mos est prĂ©sentĂ© comme « le pĂšre » et « le roi » « de toutes choses », bref comme la cause de tout ce qui arrive de bien et de mal dans le monde. Est-ce un Ă©loge de la guerre au sens courant ? Pas du tout disent les c
Sun, 23 Nov 2025 - 16min - 47 - L'instant Philo - La magie et la technique
L'instant philo : Ă©mission du 28 09 2025 La magie et la technique      A.  Magie et technique : un rapport paradoxal ?     1.  PremiĂšre acception du terme « magie » : lâactivitĂ© de lâillusionniste. Rapprocher la magie de la technique peut paraĂźtre Ă premiĂšre vue paradoxal, voire incongru. La technique, un des piliers du progrĂšs humain, peut-elle ĂȘtre en effet sĂ©rieusement comparĂ©e avec cette magie que lâon trouve dans des spectacles de cirques ou de music-hall ? Certes, derriĂšre les numĂ©ros dâillusionnistes comme Houdini ou de mĂ©diums hypnotiseurs comme Messmer, il y a  quelques « trucs », câest-Ă -dire des techniques subtiles qui sont faites pour nous tromper et nous Ă©merveiller. Le film de Christopher Nolan Le prestige dĂ©crit bien la maniĂšre dont les tours de magie sont techniquement Ă©laborĂ©s. Mais cela suffit-il pour mettre dans le mĂȘme sac magie et technique ? Evidemment non. 2.    2. Seconde acception : la fiction. La magie ne renvoie pas quâĂ lâart des illusionnistes, elle est aussi trĂšs apprĂ©ciĂ©e actuellement dans les Ćuvres fantastiques. Une autre objection, dĂšs lors, peut ĂȘtre formulĂ©e contre ce parallĂšle que nous dĂ©sirons Ă©tablir : nâest-il pas franchement ridicule, en effet, de supposer une proximitĂ© de nature entre, dâune part, des productions techniques qui ont trĂšs concrĂštement changĂ© lâhistoire des hommes et, dâautre part, les crĂ©ation de notre imagination qui nous entretiennent dâanneaux magiques ou des aventures dâHarry Potter ?     3.  Signification anthropologique de la magie Pourtant, subsiste en nous une Ă©trange fascination pour les pratiques magiques. Câest que la magie a Ă©tĂ© pendant trĂšs longtemps â et câest loin dâĂȘtre fini - toute autre chose quâun simple numĂ©ro de cirque ou quâun ingrĂ©dient trĂšs vendeur pour la littĂ©rature fantastique. Les devins, les marabouts, les sorciers, les chamans ont eu pendant trĂšs longtemps une place de choix dans toutes les civilisations. Dans lâantiquitĂ©, les grecs avaient leur Pythie, les romains leur Sybille, les perses leurs mages, les gaulois leur druide. Et plus proche de nous, les sioux leur sorciers, le royaume du BĂ©nin le centre de la magie noire Ă Porto Novo et les tzars russes leur Raspoutine. Cette croyance dans des pratiques magico-religieuses est encore prĂ©sente, comme nous le rappelle avec force les ethnologues, parfois mĂȘme dans notre propre pays. Câest ainsi que dans un ouvrage de 1977 devenu un classique, Les Mots, la Mort, les Sorts, La Sorcellerie dans le bocage, lâethnologue Jeanne Favret-Saada a dĂ©crit des pratiques de sorcellerie quâelle a pu observer en Mayenne. La magie est ainsi une rĂ©alitĂ© anthropologique qui a marquĂ© lâhistoire et nâa pas complĂ©tement disparu. La fascination que nous avons pour les numĂ©ros de magicien et les histoires de sorcellerie prend sĂ»rement sa source dans une mĂ©moire collective oĂč les pratiques magico-religieuses de nos ancĂȘtres ont laissĂ© leurs empreintes. Une petite musique rĂ©sonne toujours en nous qui en tĂ©moigne :    B.  Magie et technique : deux sĆurs ennemies ? 1)     Comment les trois significations du terme peuvent coexister Notre rĂ©ticence Ă comparer technique et magie tient Ă ce quâon occulte le fait que cette derniĂšre a eu une place si importante dans le passĂ©. Il est vrai quâavec lâavancĂ©e des sciences et la plus grande maĂźtrise technique de la nature qui en dĂ©coule, le crĂ©dit accordĂ© aux pratiques magiques a Ă©tĂ© en grande partie sapĂ©. On sâaccorde dorĂ©navant Ă voir dans les anciens rituels magiques un ensemble de procĂ©dĂ©s qui donnaient le sentiment rassurant dâavoir un certain pouvoir et une sorte de maĂźtrise face Ă des phĂ©nomĂšnes et des situations dont les causes Ă©taient mĂ©connues. Les humains faisaient alors lâhypothĂšse de forces cachĂ©es de la nature sur lesquelles certains initiĂ©s Ă©taient capables dâagir. La magie a Ă©tĂ© ainsi pendant trĂšs longtemps une croyance qui permettait aux hommes de ne pas se sentir dĂ©sespĂ©rĂ©ment dĂ©munis face Ă des Ă©vĂšnements naturels quâils ne comprenaient pas
Sun, 28 Sep 2025 - 16min - 46 - L'Instant Philo - Faut-il séparer l'artiste de la personne privée ?
L'Instant Philo - Faut il sĂ©parer l'artiste de la personne privĂ©e ? Faut-il sĂ©parer lâartiste de la personne privĂ©e ? Par MaĂŻa Marry Illustration : Le laissez-passer de Louis Ferdinand CĂ©line pendant la pĂ©riode d'occupation  I/ Pourquoi il faudrait sĂ©parer lâHomme de lâartiste. Pour parler dâart, on peut prendre trois points de vue qui peuvent dâailleurs se rejoindre en mettant lâaccent soit sur lâartiste, soit en se focalisant sur lâĆuvre elle-mĂȘme, soit encore en analysant la rĂ©ception qui en est faite par le public. Ainsi, peut-on estimer que les Ćuvres des artistes nâexistent quâĂ travers les Hommes qui les contemplent. Une fois lâĆuvre créée, elle ne dĂ©pend plus de lâartiste. Il est essentiel de diffĂ©rencier lâartiste de son Ćuvre : cette derniĂšre, offerte aux jugements et apprĂ©ciations des Hommes, suit un chemin que lâartiste nâavait pas nĂ©cessairement prĂ©vu. Condamner un artiste pour des actes rĂ©prĂ©hensibles quâil aurait commis ne devrait donc pas affecter la diffusion de ses Ćuvres car celles-ci existent indĂ©pendamment de lui. ConsidĂ©rer que lâHomme et lâartiste ne font quâun, ce serait dire que toute Ćuvre nâest que le reflet de lâartiste et que la fiction nâexiste pas. Avant lâĆuvre avait une existence qui valait pour elle-mĂȘme : bien des Ćuvres du moyen-Ăąge par exemple ne sont pas signĂ©es dont on ne connaĂźtra jamais les crĂ©ateurs. Cette position a basculĂ© avec la mise en valeur du statut de lâartiste et lâidĂ©e quâil est intimement liĂ© Ă lâĆuvre. Dâun point de vue juridique, on dissocie les actes des Ćuvres. Pour Gabriel Matzneff, on lui reproche des actes et une Ćuvre artistique qui fait lâapologie du viol mais les deux ne sont pas jugĂ©s ensemble. On ne mĂ©lange pas ces deux aspects. SĂ©parer les deux permet de blanchir la dimension polĂ©mique des actions. Certaines fois cependant, lâĆuvre est utilisĂ©e comme un bouclier, comme le dernier film de Polanski « Jâaccuse », une unification est créée pour protĂ©ger. Si on sĂ©parait vraiment lâartiste de lâhomme, on pourrait mettre Polanski en prison et regarder ses films. Il est des fois trĂšs important de sĂ©parer lâHomme de lâartiste car par exemple, Nabokov a Ă©crit un livre sur la pĂ©dophilie mais nâest pas du tout pĂ©dophile. Ici faire la diffĂ©rence est primordial. Lâart nâest certes pas une zone de non-droit â comme le montrent les pamphlets antisĂ©mites rĂ©digĂ©s par CĂ©line Bagatelles pour un massacre (1937), LâĂ©cole des cadavres ( 1938), Les beaux draps (1941) qui ont Ă©tĂ© des Ă©lĂ©ments Ă charge dans le procĂšs qui lui a Ă©tĂ© fait Ă la libĂ©ration mais les artistes bĂ©nĂ©ficient de la jurisprudence de la Cour EuropĂ©enne de justice qui considĂšre que la libertĂ© de crĂ©ation artistique est fondamentale dans notre sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique et quâil est possible de vĂ©hiculer des Ćuvres qui choquent. Lâart provoque et flirte avec les limites pour faire rĂ©flĂ©chir. Orelsan a dit dans une chanson « Je vais te Marie Trintigner » en faisait rĂ©fĂ©rence Ă lâactrice morte sous les coups de Bertrand Cantat. Orelsan a Ă©tĂ© jugĂ© pour ces paroles mais la juge de Versailles a affirmĂ© que le rap est un genre dans lâoutrance verbale et que ces paroles sont non condamnables aussi parce quâelles sont prononcĂ©es par un personnage fictif inventĂ© par lâartiste. Il y a des Ćuvres plus ambiguĂ«s comme certaines Ćuvres de Houellebecq oĂč il nây a pas beaucoup dâantithĂšses aux propos racistes et sexistes Ă©mis par les personnages. Mais il reste important de distinguer la reprĂ©sentation, la fiction et lâapologie. Dans la prĂ©face du Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde explique que la morale ordinaire est autre que celle des personnages de fiction. Si celle des Hommes est faite de vice et de vertus, celle de lâart est faite du bon ou du mauvais usage de ces vices et vertus. On peut apprĂ©cier un livre qui parle de sujets immoraux, du moment quâil est bien Ă©crit. « Il nâexiste pas de livre moral ou immoral. Les livres sont bien ou mal Ă©crits. VoilĂ tout. » Câest tout ce qui compte pour juger lâart. On peut condamner lâarti
Sun, 25 May 2025 - 19min - 45 - L'Instant Philo - Une autre image des femmes dans la chanson française
Une autre image des femmes dans la chanson française Hier, samedi 8 mars, câĂ©tait la journĂ©e internationale des droits des femmes. Jeudi 20 mars prochain Ă 18 heures, lâassociation de la maison de la culture du Havre organise une grande conversation sur les femmes photographes Ă la bibliothĂšque Oscar Niemeyer. Pour rester dans cette actualitĂ©, faire une Ă©mission sur les reprĂ©sentations assez dĂ©calĂ©es des femmes que lâon trouve dans la chanson populaire mâa paru judicieux. Une autre image des femmes apparaĂźt, en effet, dans toute une partie de ce quâon appelle la variĂ©tĂ©, bien loin des clichĂ©s habituels qui oscillent entre la femme, objet dâamour et de dĂ©sir ou la manipulatrice perfide quâon accable dâinsultes. On ne sera pas Ă©tonnĂ© que ce soient souvent des chanteuses qui proposent une vision critique dâun certain patriarcat et qui nous montrent une image diffĂ©rente, quelque fois subversive, parfois jubilatoire, en tout cas plus libre, de la femme. Clara Luciani en est un bon exemple. -         Chanson de Clara Luciani : « La grenade » https://www.youtube.com/watch?v=85m-Qgo9_nE ) Un peu de recul historique montre que les femmes sont prĂ©sentes depuis bien plus longtemps dans la chanson quâon ne lâimagine. Mais on a un peu vite oubliĂ© ces femmes qui se sont pourtant illustrĂ©es au moyen-Ăąge dans cet art populaire. On a tous entendu parler des troubadours mais on redĂ©couvre seulement depuis peu leurs acolytes fĂ©minines : les Trobairitz. Ces compositrices et interprĂštes Ă©taient souvent des femmes nobles et instruites Ă lâexemple de la comtesse BĂ©atrice de Die, nĂ© en 1140 et dĂ©cĂ©dĂ©e en 1212, qui vivait en Provence. Ecoutons le poĂšme en langue romane quâelle a mis en musique dans lequel elle confie mĂ©lancoliquement sur ses amours contrariĂ©s -         Chanson de BĂ©atrice de Die : « A chantar », interprĂ©tĂ©e par lâensemble Obsidienne https://www.youtube.com/watch?v=nT7vTGAYbLw Pourquoi cet oubli dâartistes qui ne sont pas mineures ? Sans doute parce pendant toute une Ă©poque, on nâa pas ou plus pris vraiment au sĂ©rieux les artistes femmes. Elles ont Ă©tĂ© relĂ©guĂ©es Ă une place subalterne dâoĂč elles Ă©taient inaudibles. Dâabord, elles ont dĂ» assumer souvent bien seules, lâĂ©ducation des enfants et prendre le rĂŽle, plus lourd quâon lâimagine souvent, de mĂšre. Linda Lemay rappelle toutes les contraintes qui ne laissent guĂšre beaucoup de temps pour se consacrer Ă autre chose, de ce statut de mĂšre souvent mal reconnu. -         Chanson de Linda Lemay : « Une mĂšre » Lâoubli de ce que les femmes ont pu apporter dans lâhistoire repose surtout sur une infĂ©riorisation mĂ©prisante dont Brigitte Fontaine dresse ce constat avec une ironie mordante. -         Chanson de Brigitte Fontaine : « Je suis la femme » (La cĂŽtelette)https://www.youtube.com/watch?v=zPycCVFXIsU Brigitte Fontaine passe en revue divers clichĂ©s qui font de la femme un objet de dĂ©coration ou de consommation sur un ton volontairement sarcastique. Cela ne minimise pas, ni nâexclut dâailleurs, une maniĂšre plus directe de dĂ©noncer la violence contre les femmes. A chacune de mener le combat Ă sa façon. Dans la chanson « Ma souffrance», la rappeuse Diamâs a optĂ© courageusement, il y a des annĂ©es dĂ©jĂ , pour la dĂ©nonciation des violences conjugales souvent cachĂ©es et tues, en en faisant une description aussi rĂ©aliste quâaccablante.    https://www.youtube.com/watch?v=_4RitUJgxKE   Dans un autre registre, Anne Sylvestre a su trouver les mots pour exprimer une condition fĂ©minine oĂč mĂ©pris et violence se conjuguent. La chanson « Une sorciĂšre comme les autres » fait clairement rĂ©fĂ©rence Ă ces milliers de femmes persĂ©cutĂ©es et exĂ©cutĂ©es du XV au XVIIIe siĂšcle en occident, sous prĂ©texte dâactes de sorcellerie, plus sĂ»rement parce quâelles ne se pliaient pas aux normes sociales.   https://www.youtube.com/watch?v=TQLlIgj_LFQ Dans ce mĂ©pris de la femme, il y a aussi Ă©videmment la rĂ©duction Ă des stĂ©rĂ©otypes physiques et sexuels que la chanteuse Mathilde dĂ©nonce avec colĂšre.  -         Chan
Sun, 09 Mar 2025 - 18min - 44 - L'Instant Philo - Ivresse et Sobriété
SobriĂ©tĂ© et ivresse Lâinstant philo du dimanche 12.01.25 par Marie-Charlotte Tessier Quelques dĂ©finitions Du latin sobrius, la sobriĂ©tĂ© s'oppose dâabord Ă l'Ă©briĂ©tĂ© qui dĂ©signe l'Ă©tat de celui qui a bu trop d'alcool, qui littĂ©ralement a abusĂ© du breuvage, qui en est rassasiĂ©, saturĂ©, bourrĂ©. Par extension la sobriĂ©tĂ© s'applique Ă d'autres domaines que la boisson pour dĂ©signer le refus de l'excĂšs, la modĂ©ration, l'Ă©quilibre. En esthĂ©tique, la sobriĂ©tĂ© est l'autre nom du classicisme, une valeur sĂ»re Ă l'abri des extravagances des modes passagĂšres. On louera par exemple la sobriĂ©tĂ© d'un discours ou d'une architecture qui privilĂ©gie la clartĂ© des lignes et la simplicitĂ© de la composition aux ornements superflus, effets de style et autres maniĂšres. Un discours sobre se tient Ă bonne distance de son sujet et de son destinataire. Il ne cherche ni faire Ă la dĂ©monstration de son Ă©rudition, ni Ă ĂȘtre exhaustif. Il sâen tient Ă ce que peut ĂȘtre entendu, en suivant son fil avec intelligence sans sâĂ©garer en route en digressions inutiles. A lâinverse, un discours auquel on reproche dâĂȘtre amphigourique rappelle celui d'un homme pris de boisson : confus, embrouillĂ©, obscur, alambiquĂ©. Dans un autre contexte, celui de lâĂ©conomie et de lâĂ©cologie, le sobriĂ©tĂ© dĂ©signe un style de vie, une ligne de conduite. Elle est pour certains la voie Ă suivre pour assurer la santĂ© de nos sociĂ©tĂ©s si lâon veut sâĂ©viter une abstinence brutale, forcĂ©e et injuste. Le manuel Ecologies. Le vivant et le social1 dresse un Ă©tat des lieux des travaux en sciences sociales qui ont pris actedes multiples crises Ă©cologiques. Barbara Nicoloso de lâassociation Virage Energie parle « dâĂ©tat dâĂ©briĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique permanent »2 pour dĂ©crire lâĂ©conomie des sociĂ©tĂ©s occidentales depuis la fin du XIXe siĂšcle. « Elles ont besoin de leurs doses journaliĂšres de pĂ©trole, de gaz, de charbon, dâuranium, de sable, de lithium... » Charge Ă nous de les dĂ©sintoxiquer en interrogeant collectivement et non seulement individuellement les besoins humains que nous estimons nĂ©cessaires de satisfaire en tenant compte Ă la fois des limites des ressources, de celles du vivant mais aussi des inĂ©galitĂ©s sociales qui sont en jeu puisque le niveau de consommation de ressources naturelles dâun individu est gĂ©nĂ©ralement corrĂ©lĂ© Ă son niveau de revenus.3 LibertĂ©, Ă©galitĂ©, sobriĂ©té : cette derniĂšre nâimpose pas nĂ©cessairement de renoncer Ă la prospĂ©ritĂ© mais de rĂ©viser nos indicateurs dâĂ©valuation des richesses et de rééquilibrer lâaccĂšs aux ressources en rĂ©duisant les consommations excessives de quelques-uns au profit dâune rĂ©partition plus juste entre tous. Ivresse et excĂšs Envisageons maintenant la sobriĂ©tĂ© en son sens premier. A distinguer de lâabstinence, renoncement total Ă la consommation, la sobriĂ©tĂ© se garde des excĂšs sans sâinterdire de goĂ»ter Ă la boisson, avec modĂ©ration, sans en abuser. LâĂ©tymologie est dâailleurs sujette Ă discussion, le prĂ©fixe « se » pouvant ĂȘtre rattachĂ© au datif du pronom personnel « se , sibi » insistant davantage sur lâidĂ©e de maĂźtrise de soi plutĂŽt que sur celle de privation. La sobriĂ©tĂ© opĂšre alors comme catĂ©gorie dâun discours moral ou bien mĂ©dical Ă lâinstar du rĂ©gime, de la diĂ©tĂ©tique ou du jeĂ»n. Du point de vue moral, lâĂ©briĂ©tĂ© fait lâobjet dâune condamnation quasi-unanime. En France, lâivresse est interdite sur la voie publique. Cet Ă©tat d'excitation plus ou mois euphorique sâaccompagne de troubles de plusieurs fonctions, principalement la vue, lâĂ©quilibre, lâĂ©locution et la mĂ©moire. Dans lâimaginaire commun, lâivresse sâincarne dans une silhouette titubante, au bord du dĂ©sĂ©quilibre, le doigt en lâair, adressant Ă qui saura les entendre des propos dĂ©cousus. Certains ont le vin mauvais et peuvent se montrer agressifs. Sans en arriver lĂ , cette perte de contrĂŽle entraĂźne bien souvent une mise en danger dont lâissue peut malheureusement ĂȘtre funeste. Spectaculaires, les effets de lâalcool sur les corps en font un excellentsujet pour lapeinture. Au XVIIe siĂšcle,
Sun, 12 Jan 2025 - 19min - 43 - L'Instant Philo - L'invisibilité : menace ou fantasme ?
Lâinstant philo.                                                                Emission du dimanche 1er dĂ©cembre 2024                                                 Lâinvisibilité : menace ou fantasme ? Illustration : RenĂ© Magritte : L'homme invisible I.                   PremiĂšre approche : lâinvisibilitĂ© dans la perception 1)     Invisible et imperceptible LâinvisibilitĂ© est dâabord, tout simplement, celle des rĂ©alitĂ©s qui Ă©chappent Ă notre perception visuelle. On remarque tout de suite que lâinvisible se distingue de lâimperceptible. Quand on heurte dans lâobscuritĂ© avec violence un obstacle quelconque, on fait lâexpĂ©rience douloureuse quâune rĂ©alitĂ© qui Ă©chappe Ă la vue peut ĂȘtre apprĂ©hendĂ©e autrement. Souvent les autres sens permettent de percevoir ce que notre regard ne peut saisir. Notre odorat peut identifier une dangereuse fuite dâun gaz invisible. De façon plus poĂ©tique, la prĂ©sence dâun oiseau, pourtant dissimulĂ© dans les feuillages, peut ĂȘtre perçue par son chant. 2)     Un rapport ambivalent Ă lâinvisibilitĂ© a)     LâInvisible danger Quand des indices sensoriels indiquent la prĂ©sence dâun ĂȘtre pourtant invisible, des subjectivitĂ©s diffĂ©rentes apparaissent. Parfois câest une vive lâinquiĂ©tude : quâon songe aux terreurs de lâhomme prĂ©historique placĂ© dans lâobscuritĂ© de la nuit, entendant dâĂ©tranges bruits et clameurs qui peuvent annoncer lâarrivĂ©e dâun prĂ©dateur. Dans bien des situations, il est vrai, voir ce qui se passe est rassurant : on a le sentiment de mieux maĂźtriser les choses car la vue est un des cinq sens qui nous fournit le plus dâinformations sur ce qui nous entoure. Alors quâune situation oĂč lâon ne voit pas grand-chose peut ĂȘtre source dâune angoissante incertitude. Lors de la pĂ©riode du COVID 19, la prĂ©sence possible du virus invisible ne manquait pas dâeffrayer. Les films de suspens ou dâhorreur savent dâailleurs jouer avec ce danger dâautant plus menaçant quâil se cache et quâon se sait dâoĂč il va surgir. b)     Lâinvisible poĂ©tique Tout Ă lâinverse, lâinvisibilitĂ© dâune rĂ©alitĂ© peut ĂȘtre jugĂ©e trĂšs positive quand elle invite Ă une douce rĂȘverie comme le chant du rossignol ou quand elle annonce de bonnes choses, comme la musique quâon perçoit avant de voir le lieu festif vers lequel on se dirige avec impatience. Dans certaines religions, lâinvisible est mĂȘme un des caractĂšres du sacrĂ© et du divin. Ensuite, sans ĂȘtre mystique, lâinvisibilitĂ© peut ĂȘtre louĂ©e car elle nous soustrait au regard des autres et nous entraĂźne dans une autre dimension du monde oĂč il est possible de rĂ©aliser, librement, sans craindre les jugements, nos dĂ©sirs les plus fous. Pourquoi ces jugements si diamĂ©tralement opposĂ©es quand on parle de lâinvisibilitĂ© ? Câest quâelle constitue lâangle mort de la perception des choses dans lequel on sent, toutefois, que de la vie sâagite et que des histoires et des aventures peuvent se dĂ©velopper. Ce qui est invisible constitue le hors champs de notre existence ordinaire dont on ne peut minimiser ni lâimportance, ni lâintĂ©rĂȘt. Cela ne peut laisser indiffĂ©rent. Car lâinvisibilitĂ© dĂ©signe une mystĂ©rieuse et autre dimension du monde. Elle ouvre le champ de lâimprĂ©visible et du possible, pour le meilleur comme pour le pire. Faisant sortir de la scĂšne habituelle qui se joue sous les projecteurs qui Ă©clairent le monde visible, elle nous fait dĂ©couvrir des coulisses oĂč sâagitent bien des passions. II.                 InvisibilitĂ© concrĂšte, sociale et intellectuelle 1)     LâinvisibilitĂ© sociale Lâinvisible est Ă©videmment ce qui Ă©chappe au regard. Mais prĂ©cision importante : au regard pris en trois sens assez diffĂ©rents. Dâabord, comme nous lâavons dit, il sâagit de la perception visuelle. Ensuite du regard social, câest-Ă -dire du jugement que toute une collectivitĂ© porte sur la rĂ©alitĂ© et notamment sur ses membres. Dans chaque sociĂ©tĂ©, la logique de la notoriĂ©tĂ© trace une ligne de partage entre des personnes bien en vue et de parfaits anonymes. LâinvisibilitĂ© constitue Ă©galement
Sun, 01 Dec 2024 - 15min - 42 - L'Instant Philo - Lâimitation entre copie, identification et crĂ©ation
« Lâinstant philo »                                                                                         Emission du 6 octobre 2024                                 Lâimitation entre copie, identification et crĂ©ation I.                   Analyse gĂ©nĂ©rale A.     Lâimitation est trop souvent mal jugĂ©e Lâimitation nâest pas une capacitĂ© jugĂ©e habituellement trĂšs noble. Des imitateurs comme Laurent Gera ou Nicolas Canteloup peuvent, certes, ĂȘtre populaires mais ils nâoccupent pas, comme humoristes, une place centrale dans nos sociĂ©tĂ©s. La figure du faussaire, cet escroc qui sâenrichit en faisant des plagiats dâĆuvres cĂ©lĂšbres a mĂȘme contribuĂ© Ă la mauvaise rĂ©putation de lâimitation. Dâautant quâĂ moindre Ă©chelle, lâindividu qui mime de façon appuyĂ©e le comportement, les opinions et les goĂ»ts dâun modĂšle quâil idolĂątre, est souvent moquĂ© pour son manque de personnalitĂ©. Toutefois, en rester Ă cette approche plutĂŽt dĂ©prĂ©ciative de lâimitation semble intenable. Depuis Platon et Aristote, la mimĂ©sis â terme grec qui correspond Ă lâimitation - est un sujet de rĂ©flexion nourrissant multiples dĂ©bats. Dâabord en art, oĂč la ressemblance et la grande exactitude dans lâimitation ont Ă©tĂ© des critĂšres souvent discutĂ©s dans lâapprĂ©ciation des Ćuvres. Mais aussi en pĂ©dagogie, en psychologie morale et dans notre conception mĂȘme du rĂ©el. Examiner les multiples facettes de lâimitation et avoir une approche attentive Ă sa complexitĂ© semble donc nĂ©cessaire, tant il est vrai que cette capacitĂ© que nous avons dâimiter recoupe, des aptitudes et des attitudes trĂšs diffĂ©rentes.  B.     Trois figures principales de la mimĂ©sis   On peut dĂ©gager, en effet, trois figures principales de lâimitation. Imiter, câest dâabord copier et par consĂ©quent reproduire un modĂšle avec la perfection duquel on sait ne pas pouvoir rivaliser. Lâimitation peut aussi se prĂ©senter comme une identification ou une simulation exacte dâune rĂ©alitĂ©. Dans cette optique, la mimĂ©sis dĂ©sire sortir de son infĂ©rioritĂ© supposĂ©e par rapport au modĂšle initial et tĂąche mĂȘme de lâĂ©galer, voire dâoccuper sa place â ce qui nâest pas sans poser problĂšme. Enfin, imiter peut signifier produire une rĂ©alitĂ© nouvelle. La mimĂ©sis nâest plus une reproduction imparfaite, ni une identification problĂ©matique mais une production. Câest ainsi quâAristote met lâaccent sur la mimĂ©sis dans la tragĂ©die et lâensemble des crĂ©ations littĂ©raires. Lâimitation sort alors dâun rapport dâinfĂ©rioritĂ©, dâĂ©galitĂ© et mĂȘme de comparaison avec sa source premiĂšre dâinspiration. Elle devient le creuset dans lequel se crĂ©e du nouveau.  II.                 Lâimitation comme copie imparfaite A.     Copie et original Imiter, disions-nous, câest dâabord copier de façon imparfaite une rĂ©alitĂ©. Un dicton rappelle quâon prĂ©fĂšre toujours lâoriginal Ă la copie. Une duplication de fichier ou une photocopie dâun document, mĂȘme Ă lâaide un systĂšme Ă©laborĂ©, suppose toujours, en effet, une perte de dĂ©finition. Ce constat a beaucoup contribuĂ© Ă une dĂ©prĂ©ciation de lâimitation toujours par dĂ©finition approximative. Ce constat permet aussi de rapprocher lâimitation de lâimage â dont on fait souvent lâhypothĂšse quâelles ont une Ă©tymologie commune visible dans leur prĂ©fixe. En effet, lâimitation/copie, comme câest le cas pour lâimage, a un rapport de ressemblance et de dissemblance avec ce qui est reprĂ©sentĂ©. Pourquoi de dissemblance ? Lâimitation reste diffĂ©rente de lâimitĂ©, sinon on ne pourrait pas les distinguer : ce serait la mĂȘme chose ou encore un double. Lâimitation comme lâimage est donc toujours imparfaite par rapport au modĂšle. On peut considĂ©rer comme on le fait souvent que câest une imperfection car toute rĂ©alitĂ© se trouve ainsi mal reproduite, voire dĂ©formĂ©e.  B.     QualitĂ© pĂ©dagogique et spirituelle de la copie imparfaite A vrai dire, ce dĂ©faut peut se rĂ©vĂ©ler souvent ĂȘtre une qualitĂ©. Platon, par exemple, estime que contempler et admirer les beautĂ©s terrestres, ces pĂąles et imparfaites copies de la beautĂ© en soi,
Sun, 06 Oct 2024 - 15min - 41 - L'Instant Philo - Religion, superstition et spiritualité
Religion, superstition et spiritualité                                           Emission du dimanche 19 mai 2024 Illustration tirĂ©e du film de Tarkovski : AndrĂ©i Roublev                                                                                                            Lâinstant philo    Religion, superstition et spiritualitĂ©                                     Emission du dimanche 19 mai 2024 Quand on parle de religion, on a tendance Ă partir de ses propres croyances et pratiques et de les Ă©riger en modĂšle. Ainsi, dĂ©finit-on souvent en Occident, la religion comme la croyance en un Dieu. On oublie alors que le monothĂ©isme ne constitue quâune des multiples manifestations du religieux. Le polythĂ©isme, par exemple, nâest pas une croyance tombĂ©e en dĂ©suĂ©tude qui serait typique de lâantiquitĂ© grecque et romaine. Lâhindouisme de nos jours est, en effet, fort de plus dâun milliards dâadeptes. Le mĂȘme prĂ©jugĂ© nous laisse dĂ©concertĂ©s face aux religions oĂč la notion de divinitĂ© est largement absente, Ă lâinstar du bouddhisme ou de lâanimisme. La perspective quâon adopte souvent dans notre apprĂ©hension du religieux conduit Ă repousser les cultes diffĂ©rents du nĂŽtre, soit du cĂŽtĂ© de la superstition, de lâhĂ©rĂ©sie ou de la naĂŻvetĂ© supposĂ©e des anciens ou dâautres peuples, soit â et câest plus positif - du cĂŽtĂ©, de la spiritualitĂ© comme câest le cas pour le bouddhisme, le confucianisme ou le taoĂŻsme. Notre jugement est faussĂ©. Ensuite, une fois ce premier obstacle repĂ©rĂ©, un autre se prĂ©sente, peut-ĂȘtre encore plus redoutable. Car il nâest vraiment pas facile de trouver un dĂ©nominateur commun Ă toutes les pratiques religieuses dĂ©jĂ nommĂ©es, surtout si on ajoute le totĂ©misme, lâĂ©nigmatique religion Ă©gyptienne, le chamanisme, les rites sacrificielles des AztĂšques, le shintoĂŻsme â et la liste nâest pas exhaustive. Peut-on vraiment trouver une dĂ©finition de la religion qui puisse sâappliquer Ă toutes ces diffĂ©rentes croyances ? Et si câest le cas, doit-on les considĂ©rer toutes Ă Ă©galité ? Ou bien faut-il introduire des distinctions, voire une hiĂ©rarchie entre elles ? I. Des dĂ©finitions peu satisfaisantes de la religion A. Lâimpasse de lâĂ©tymologie  Le terme « religion » viendrait  du verbe latin religare qui signifierait dâaprĂšs Lactance, un thĂ©ologien chrĂ©tien soucieux de prosĂ©lytisme, « relier », « rassembler ». Rassembler quoi ? Les hommes entre eux, pour les uns. Les hommes Ă Dieu pour dâautres. Parfois les deux. Toutefois, dâaprĂšs le Gaffiot, dictionnaire de rĂ©fĂ©rence pour le latin, cette Ă©tymologie nâest pas fiable. Certains vont alors rapprocher religio du latin relegere â reprendre avec soin, traiter avec scrupule ou encoreâ ce qui vaut seulement pour les religions du livre - relire avec grande attention. Saint Augustin commente Ă plusieurs reprises ces deux Ă©tymologies[i], sans trancher car il ne porte pas une si grande attention Ă ces considĂ©rations. A raison car cette piste semble ne mener que lĂ oĂč on veut aller et elle ne permet pas de dĂ©gager une dĂ©finition satisfaisante et globale du fait religieux.   B. La religion et le sacrĂ©   PrĂ©senter la religion comme une expĂ©rience du sacrĂ© Ă la maniĂšre de MircĂ©a Eliade, est peut-ĂȘtre plus Ă©clairant ? Le sacrĂ©, rĂ©alitĂ© absolue et transcendante, censĂ©e ĂȘtre source de tout, est objet dâun respect qui commande habituellement attitude humble et silencieuse. Par opposition, le profane est tout ce qui est Ă notre modeste mesure et nâexige pas un comportement spĂ©cifique. Le sacrĂ©, parce quâil nous Ă©chappe par dĂ©finition et est mystĂ©rieux, est une notion problĂ©matique. MircĂ©a Eliade estime en plus que les ĂȘtres profanes peuvent ĂȘtre le lieu dâune manifestation du sacrĂ©. En brouillant ainsi la frontiĂšre entre sacrĂ© et profane, il ne facilite pas la tĂąche. Si on ajoute Ă cela que sacrifice signifie « rendre sacré », quâest jugĂ© ainsi « sacré » ce pour quoi on est capable de sacrifier sa vie comme la rĂ©volution, la patrie, lâhonneur
Sun, 19 May 2024 - 14min - 40 - L'Instant Philo - De quoi lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© est-elle le nom ?
De quoi lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© est-elle le nom ? Illustration : un dessin de JĂ©rome Sirou que nous remercions chaleureusement. « Lâinstant philo »                                                                            Emission du dimanche 24 mars 2024                              De quoi lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© est-elle le nom ? Une Ă©tude publiĂ©e en 2021, par The lancet, une revue mĂ©dicale hebdomadaire britannique, indique que 59% des 10 000 jeunes de 16 Ă 25 ans issus de dix pays bien diffĂ©rents se disent trĂšs ou extrĂȘmement prĂ©occupĂ©s par le changement climatique. En France, la mĂȘme annĂ©e le baromĂštre Ademe indique que deux tiers des français estiment que les conditions de vie vont devenir extrĂȘmement pĂ©nibles Ă cause des dĂ©rĂšglements climatiques[i]. Ces indications statistiques tĂ©moignent dâune vraie inquiĂ©tude chez nos contemporains face Ă la question Ă©cologique. Le terme «âĂ©co-anxiĂ©tĂ© » est prĂ©sentĂ© justement comme ce qui permet de dĂ©signer cet ensemble tout Ă fait inĂ©dit de sentiments et dâaffects liĂ©s aux inquiĂ©tudes engendrĂ©es par la prise de conscience des graves menaces qui pĂšsent dorĂ©navant sur notre planĂšte. Ce nĂ©ologisme vient de lâanglais â « eco-anxiety » qui a Ă©tĂ© recensĂ© dĂšs 1990 dans le Washington post.[ii] Lâexpression « éco-anxiĂ©té » ne devient vraiment trĂšs prĂ©sente dans les mĂ©dias en France quâĂ partir de 2019 et le moins quâon puisse dire, câest quâelle a connu dĂšs lors un vrai succĂšs. Cette dĂ©signation soulĂšve toutefois bien des interrogations. Se prĂ©occuper des fortes perturbations qui affectent notre planĂšte ne signifie pas automatiquement ĂȘtre Ă©co-anxieux. Pourquoi mettre en avant la seule anxiĂ©té ? Dâautres affects, vecteurs de rĂ©actions comportementales plus constructives, peuvent ĂȘtre prĂ©sents dans la conscience de la situation actuelle, Ă lâinstar de lâindignation ou du dĂ©sir de sâengager. Avons-nous affaire, comme le soulignent bien des analyses, Ă une appellation qui tend finalement Ă rĂ©duire la question de lâurgence Ă©cologique Ă la psychologie, voire Ă un problĂšme de santĂ© mentale ? Parler dâĂ©co-anxiĂ©tĂ©, ne serait-ce pas ainsi chercher Ă dĂ©politiser la question Ă©cologique en dĂ©tournant lâattention des responsabilitĂ©s quâon peut Ă©tablir dans la production de ces dĂ©sastres ainsi que dans lâinaction qui aggrave les difficultĂ©s? Ou bien sâagit-il lĂ dâune expression certes maladroite, qui tĂąche de rendre compte dâune importante Ă©preuve existentielle qui serait le passage obligĂ© pour devenir lucide face aux dĂ©fis inĂ©dits et impressionnants de notre Ă©poque ? LâĂ©co-anxiĂ©tĂ© ne serait-elle pas alors une Ă©tape Ă franchir pour pouvoir ensuite inventer des rĂ©ponses politiques adaptĂ©es Ă la crise mondiale Ă laquelle nous avons affaire? Dans cette perspective, sera-t-elle un obstacle Ă contourner ou bien un tremplin pour aller plus loin ? En tout cas, la question se pose : de quoi lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© est-elle le nom ? I.            Analyse critique de la notion dâĂ©co-anxiĂ©tĂ©  A.   Trois facteurs Ă prendre en considĂ©ration pour analyser lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© Le mot composĂ© « éco-anxiĂ©té » met en avant dâabord un Ă©tat affectif et subjectif â lâanxiĂ©tĂ© - qui relĂšve de lâanalyse des Ă©motions, de la psychologie morale, voire de la psychiatrie. Câest ainsi quâen 2017, l'American Psychology Association a dĂ©fini lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© comme âla peur chronique d'un dĂ©sastre environnemental en cours ou futurâ. LâĂ©co-anxiĂ©tĂ© prĂ©sente Ă©galement un versant externe, objectif et trĂšs concret avec son prĂ©fixe « éco » - du grec oikos dĂ©signant la maison ou le foyer - lâanxiĂ©tĂ© vient du fait que notre maison commune â la Terre â est gravement menacĂ©e par le changement climatique, les effets mortifĂšres de la pollution sur les Ă©cosystĂšmes et la disparition de nombre dâespĂšces animales et vĂ©gĂ©tales. Au dĂ©but du siĂšcle (2003) Glen Albrecht, un philosophe australien a inventĂ© un nouveau terme « la solastalgie ». La nostalgie dĂ©signe la tristesse poignante dâavoir perdu son pays ou bien une rĂ©alitĂ© qui nous est chĂšre, la solastalgie dĂ©signe la souffrance
Sun, 24 Mar 2024 - 18min - 39 - L'Instant Philo - Violence et Histoire
Lâinstant Philo                   Violence et histoire                Emission du dimanche 28 janvier 2024 Illustration : photo de Robert Capa Introduction  Quand on ouvre un manuel dâhistoire, on est souvent frappĂ© par lâomniprĂ©sence de la violence. Est-ce un hasard si les livres des premiers historiens grecs dĂ©crivent des guerres : guerres mĂ©diques pour HĂ©rodote[i] et guerre du PĂ©loponnĂšse chez Thucydide ? Les conflits actuels qui sont en plus lourds de la menace dâun usage dâarmes de destruction massive, semblent confirmer ce constat. Conflits meurtriers, guerres civiles, coups dâĂ©tat, rĂ©volutions, rĂ©voltes, jacqueries et manifestations souvent rĂ©primĂ©es dans le sang semblent scander toutes les Ă©poques. Comme Macbeth dans la piĂšce Ă©ponyme de Shakespeare nous pourrions en conclure, de façon dĂ©sabusĂ©e, que lâhistoire est « un rĂ©cit plein de bruit et de fureur racontĂ© par un fou nâayant aucun sens ». [ii] Au demeurant, Robert Muchembled dans son Histoire de la violence de la fin du moyen-Ăąge Ă nos jours souligne quâen Occident, il y a 100 fois moins de meurtres quâil y a sept siĂšcles. Et la possibilitĂ© quâune guerre Ă©clate entre pays europĂ©ens occidentaux â Allemagne, France, Italie, Espagne, etc. â est devenue nulle depuis plus dâune cinquantaine dâannĂ©es. Cet adoucissement des mĆurs ne signifie pas que les violences qui persistent soient nĂ©gligeables et moins graves comme le montrent les violences au sein des familles â principalement celles faites aux femmes et aux enfants. Dans une sociĂ©tĂ© pacifiĂ©e, elles attirent plus lâattention. Câest une bonne chose pour quâon puisse lutter contre elles. Ensuite, les actes terroristes trouvent dans des sociĂ©tĂ©s grandement pacifiĂ©es, une puissance de rĂ©sonnance mĂ©diatique peut-ĂȘtre disproportionnĂ©e. Les 25 000 victimes du terrorisme dont la plupart se trouvent hors dâEurope (Afghanistan, Irak, Pakistan, Syrie, NigĂ©ria)  frappent fortement les esprits dans une situation de plus grande sĂ©curitĂ© alors quâau regard par exemple des 3,5 millions de dĂ©cĂšs liĂ©s Ă une surconsommation de sucre ou aux 7 millions de morts par an dus Ă la pollution de lâair, cela semble objectivement moins inquiĂ©tants. Ce type de comptabilitĂ© macabre auquel il est difficile dâĂ©chapper ne cherche Ă©videmment pas Ă minimiser les horreurs du terrorisme. Elle montre que la violence est perçue plus par le prisme subjectif et collectif de la peur que par le caractĂšre objectif des risques encourus.[iii] Notre rapport Ă la violence est donc loin dâĂȘtre simple. Je nâai pas la prĂ©tention dâen faire une analyse exhaustive et prĂ©cise. Il y aurait fort Ă faire en ces temps oĂč confusion managĂ©riale et politique, mondialisation nĂ©o-libĂ©rale et « hystĂ©risation »  parfois ahurissante des dĂ©bats mĂ©diatiques, brouillent souvent les pistes. Mon propos est dâarriver Ă prendre un peu de recul et proposer quelques pistes : comment penser en gĂ©nĂ©ral le rapport entre lâhistoire humaine et cette violence qui finit dâailleurs, compte tenu de la puissance de nos technologies, par affecter gravement les autres vivants et perturber toute la biosphĂšre ?  I.            DĂ©finition de la violence entre humains La violence est dâabord pensĂ©e comme une relation entre humains. Elle dĂ©signe tout comportement dont le but est de soumettre une personne ou un groupe Ă sa volontĂ© en recourant Ă la force. Pour AndrĂ© Comte-Sponville, la Violence est « Lâusage immodĂ©rĂ© de la force. Elle est parfois nĂ©cessaire â la modĂ©ration nâest pas toujours possible. Jamais bonne. Toujours regrettable, pas toujours condamnable. Son contraire est la douceur â quâon ne confondra pas avec la faiblesse qui est le contraire de la force. »[iv] Si la violence nâest jamais bonne, il faut sĂ»rement sâefforcer de la limiter. Instruit par lâexemple et les rĂ©flexions du Mahatma Gandhi sur lâefficacitĂ© possible mais aussi sur les limites de la non-violence, tĂącher de « substituer de plus en plus dans le monde la non-violence efficace Ă la violence »[v] est un programme qui para
Sun, 28 Jan 2024 - 17min - 38 - L'Instant Philo - Responsabilité personnelle et liberté
ResponsabilitĂ© personnelle et libertĂ© Illustration : Le jugement de Salomon par Nicolas Poussin Responsabilité personnelle et libertĂ©  La responsabilitĂ© tient une place importante dans nos apprĂ©ciations morales. Elle est prĂ©sente sous forme dâinjonction : « Prenez vos responsabilitĂ©s ! ». Et on considĂšre que lâon est quelquâun de bien quand on a un comportement responsable. A lâinverse, reprocher Ă quelquâun dâĂȘtre complĂštement irresponsable est une façon de lui signifier quâil est au comble de lâimmoralitĂ©. La responsabilitĂ© semble mĂȘme avoir dĂ©trĂŽnĂ© les catĂ©goriques morales qui Ă©taient traditionnellement dominantes. Vertu et de vice sont des dĂ©signations qui paraissent dĂ©suĂštes. MĂ©chancetĂ© et bontĂ© semblent trop naĂŻves. Ainsi prĂ©fĂšre-t-on parler de personnes responsables plutĂŽt que dâindividus vertueux et des irresponsables plutĂŽt que des mĂ©chants : cela sonne mieux aux oreilles de nos contemporains. A tort ou Ă raison, la responsabilitĂ© semble ainsi dorĂ©navant dĂ©signer lâattitude morale par excellence.        Pourtant, ce ne fut pas toujours le cas. Est-ce un simple effet de mode ? Lâexplication semble un peu courte. Nâest-ce pas plutĂŽt un changement positif de la modernitĂ© qui met lâaccent sur la libertĂ© individuelle et la responsabilitĂ© personnelle qui est censĂ©e lui donner un cadre ? Mais la responsabilitĂ© nâest-elle pas aussi source de stress et de passions tristes qui piĂšgent moralement lâindividu plus quâelle ne lui permet de sâĂ©panouir ? En somme, que penser de cette catĂ©gorie qui a fini par sâimposer au quotidien dans notre discours moral ?  I.                   La responsabilité : analyse gĂ©nĂ©rale.  A.     ElĂ©ments de dĂ©finition. 1)     Etymologie Au sens Ă©tymologie la responsabilitĂ© renvoie au verbe « respondere » : rĂ©pondre en latin. Mais il ne sâagit pas tant de rĂ©pondre Ă une question que de ses agissements. 2)     La responsabilitĂ© juridique Dans le domaine du droit, la responsabilitĂ© est, en effet, lâobligation de rĂ©pondre de ses actions et de son comportement devant la justice et dâen assumer les consĂ©quences civiles, administratives, pĂ©nales et disciplinaires. Le responsable au civil doit rĂ©parer les dommages. Au pĂ©nal, celui qui est tenu responsable et donc reconnu coupable, doit ĂȘtre puni pour les dĂ©lits et les crimes qui lui sont imputĂ©s par un tribunal. En somme, la responsabilitĂ© juridique est Ă©voquĂ©e quand il sâest passĂ© quelque chose de fĂącheux : dommages matĂ©riels, dĂ©lits ou crimes. Quand tout va bien, on ne cherche pas habituellement des responsables. La responsabilitĂ© en droit pĂ©nal est dĂšs lors lâĂ©tape qui prĂ©cĂšde culpabilitĂ© et condamnation. En droit civil, celle qui conduit Ă ĂȘtre tenu de verser des indemnitĂ©s. La responsabilitĂ© juridique fait peser au-dessus de nos tĂȘtes lâĂ©pĂ©e de DamoclĂšs des indemnitĂ©s ou du chĂątiment.   3)     ResponsabilitĂ© morale LâidĂ©e dâun Ă©vĂ©nement mauvais Ă prendre en compte est prĂ©sente dans la transportation de la catĂ©gorie juridique dans le domaine de la sociĂ©tĂ© civile et de la morale privĂ©e : la promotion de  la responsabilitĂ© au dix-neuviĂšme siĂšcle, souligne François Ewald,[i] va avec tout le dĂ©veloppement dans lâidĂ©ologie libĂ©rale, des assurances dont les taux reposent sur le calcul des risques possibles. Ătre responsable, en ce sens, câest pouvoir rĂ©pondre de ce qui peut ne pas aller dans ses actions et ses consĂ©quences prĂ©visibles et ainsi garantir une bonne gestion de ses comportements pour que rien de fĂącheux nâarrive. Reste quâen droit comme en morale, on ne peut dĂ©cemment faire valoir la responsabilitĂ© dâune personne qui a agi sans avoir conscience de ce quâelle faisait. Une expertise psychiatrique peut ainsi conduire Ă dĂ©responsabiliser lâauteur dâun dĂ©lit ou dâun crime. Un enfant qui nâa pas la mĂȘme conscience de ce quâil fait quâun adulte, doit voir aussi sa responsabilitĂ© attĂ©nuĂ©e â voire dans certains cas annulĂ©e : la responsabilitĂ© de ses tuteurs pouvant, au demeurant, ĂȘtre invoquĂ©e. Quand bien mĂȘme la tentation serait prĂ©sente, fa
Sun, 19 Nov 2023 - 15min - 37 - L'Instant Philo - Les vacances : un temps de liberté ?
Les Vacances Lâinstant Philo                                                                                         Dimanche 24 septembre 2023                              « Les vacances : un temps de liberté ? »           Par Marie-Charlotte Tessier et Didier Guilliomet Une amie qui se reconnaĂźtra me faisait cet Ă©tĂ© cette confidence « D'habitude, je culpabilise un peu de ne rien faire en vacances, mais cette annĂ©e je m'y suis vraiment autorisĂ©e.» Ecartons tout jugement moral et demandons-nous pourquoi il est parfois si difficile de ne rien faire pour simplement se reposer ? LittĂ©ralement se re-poser ? Avec « la quille » tant attendue, ce moment oĂč l'on est libĂ©rĂ© des obligations et des emplois du temps contraints, vient le vertige du vide des « vacances » : « comment, Ă quoi, de quoi vais-je m'occuper ? ». D'un cĂŽtĂ©, si la question se transforme en « de quoi dois-je m'occuper ? », ce ne sont plus vraiment des vacances. D'un autre cĂŽtĂ©, le temps libre est un prĂ©cieux trĂ©sor dont on ne sait pas bien comment jouir : faut-il le protĂ©ger jalousement ? Le partager gĂ©nĂ©reusement ? Mais alors avec qui ? Pour celles et ceux qui Ă©chappent Ă l'Ă©conomie de la raretĂ©, le problĂšme revient sous d'autres traits : « qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout ce temps ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de moi ? » De fait, aussi pĂ©nible soit-il, le carcan des obligations constitue une solide armure contre l'angoisse. Une fois le temps libĂ©rĂ©, nous ne sommes pas toujours prĂȘts Ă accueillir la libertĂ© et nous nous empressons de lui dresser un programme : tour de France des amis ou de la famille, dĂ©fi sportif, grands travaux, festivals, expositionsâŠÂ La frĂ©nĂ©sie du voyageur parti Ă la dĂ©couverte pour certains, le rattrapage du temps passé et dĂ©jĂ la prĂ©paration de la rentrĂ©e pour d'autres⊠Que d'agitation ! DerriĂšre le teint hĂąlĂ©, on devine parfois un peu de lassitude, de dĂ©goĂ»t mĂȘme des excĂšs de viande grillĂ©e et de rosĂ©, du trop-plein d'une boulimie culturelle et de ces spectacles trop vite digĂ©rĂ©s et de toutes ces photos postĂ©es ad nauseam sur les rĂ©seaux sociaux. Bien entendu, personne n'ose vraiment le dire franchement. Il faut penser Ă tous ceux Ă qui ne partent pas en vacances et bien se rendre compte de la chance qu'on a. Avouer qu'on s'ennuie aujourd'hui, est-ce simplement possible ? Les sollicitations sont partout, les notifications nous accompagnent jusque dans nos draps et nos campagnes.                                                                                                                    Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous ; Pascal (1623-1662) livrait dĂ©jĂ ce constat dans ses PensĂ©es1« Tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Je ne puis pour ma part adopter un ton aussi sentencieux et entonner le psaume « VanitĂ©, vanitĂ©, tout n'est que vanité ». Se haĂŻr soi-mĂȘme et n'aimer que Dieu n'est pas un programme que je puisse suivre. Selon Pascal, nous nous divertirions au lieu de nous reposer pour éviter de contempler la vanitĂ© de notre condition. « Lâennui » Ă©crit-il « ne laisserait pas de sortir du fond du cĆur, oĂč il a des racines naturelles, et de remplir lâesprit de son venin. » Or mon hypothĂšse est sensiblement diffĂ©rente : c'est la peur d'agir et non celle du vide que traduit l'agitation. Dans nos vies dites « actives », il y a souvent plus d'agitation que d'action. L'agitation est un dĂ©placement incessant qui ne produit aucune transformation significative du monde. A la diffĂ©rence de l'action dont on attend avec inquiĂ©tude ou enthousiasme les consĂ©quences, l'agitation dĂ©nuĂ©e de vĂ©ritables enjeux, prend souvent la forme de la rĂ©pĂ©tition ou du retour au mĂȘme, faisant ainsi alliance avec l'obsession. Son mouvement incessant est un leurre. AssociĂ©e Ă l'immaturitĂ© et la vitalitĂ© de l'enfance, l'agitation est tolĂ©rĂ©e dans une certaine mesure, en fin de journĂ©e, en extĂ©rieur ou pour les fĂȘtes d'anniversaire Ă condition toutefois qu'elle ne sâinstalle p
Sun, 24 Sep 2023 - 16min - 36 - L'Instant Philo - Le Pardon
Le Pardon Une Ă©mission qui reprend l'enregistrement d'une intervention au cafĂ© de l'Ă©chiquier Ă Rouen oĂč Michel Lynden m'avait conviĂ© dans le cadre de cafĂ©s philosophiques qu'il animait avec brio.
Sun, 24 Sep 2023 - 15min - 35 - L'Instant Philo : La Solitude
Par YounĂ©s Bouchoukh, Ă©tudiant de ECG1 du lycĂ©e François 1er avec la collaboration de Didier Guilliomet Dans l'opinion commune, la solitude est une situation considĂ©rĂ©e comme dĂ©primante, voire dĂ©gradante. Les grecs anciens, par exemple, considĂ©raient lâostracisme â le fait de chasser un citoyen de sa citĂ© et donc de le sĂ©parer de sa communautĂ©, comme une punition trĂšs sĂ©vĂšre. Encore maintenant, ostraciser une personne â câest-Ă -dire lâisoler volontairement dans une sociĂ©tĂ© â est vĂ©cue comme une action agressive moralement et psychologiquement. Une chose est certaine, le sentiment plus ou moins accablant qui dĂ©coule du fait dâĂȘtre coupĂ© de sa communautĂ©,  peut nous perturber profondĂ©ment dans nos relations avec autrui. Elle peut nous conduire Ă mal interprĂ©ter les regards, paroles et comportements des autres. Bref le sentiment de solitude sâaccompagne souvent dâune sorte de paranoĂŻa. Cercle vicieux car en devenant mĂ©fiant, on sâĂ©loigne des autres de plus en plus, et on renforce ce sentiment de solitude. De fait, se sentir seul provoque souvent une situation dĂ©sagrĂ©able de blocage existentiel. Ne pas pouvoir sâen remettre et se confier Ă autrui et affronter les difficultĂ©s de la vie, seul, au quotidien, est chose difficile. Aristote soulignait que lâhomme est un animal social. Lâinsertion dans le collectif a toujours Ă©tĂ© une constante de lâhumanitĂ©. Câest, dâailleurs, un des paradoxes de notre monde, qui est de plus en plus connectĂ©, quâune quantitĂ© non nĂ©gligeable de personnes dĂ©clarent se sentir seules. Aux Ătats-Unis, le Loneliness Index rĂ©vĂšle que 58% de la population sâest sentie seule en 2021. La sociologue IrĂšne ThĂ©ry, constatant le nombre croissant de personnes qui vivent seules au sein de nos sociĂ©tĂ©s oĂč lâon valorise la libertĂ© individuelle et la vie privĂ©e, Ă©crit dans son livre Le dĂ©mariage: « vie privĂ©e, oui ⊠mais de quoi ? » La question reste posĂ©e. On le voit, la solitude est souvent vue nĂ©gativement.  Mais est-il exact de dire quâelle est une rĂ©alitĂ© forcĂ©ment mauvaise ? Lâenjeu de cette Ă©mission sera justement de prĂ©senter la solitude sous ses diffĂ©rentes facettes et dâessayer de saisir, sans en rester aux idĂ©es reçues, ce quâelle est vraiment.                                                    Solitude et sentiment de solitude Pour avancer dans notre analyse, faire la distinction entre la solitude et le sentiment de solitude, toujours plus ou moins accablant et dĂ©pressif, est indispensable.La solitude est en effet, une situation qui possĂšde des aspects clairement bĂ©nĂ©fiques. En effet, elle peut constituer une bonne occasion de se retrouver avec soi-mĂȘme, voire de se trouver tout court. Se dĂ©connecter des autres, prendre du temps pour soi peut-ĂȘtre aussi dans certaines circonstances un remĂšde pour se reconstruire, pour reprendre confiance en soi en se confrontant Ă soi-mĂȘme. La solitude est nĂ©cessaire pour retrouver la tranquillitĂ© dans lâintimitĂ©. Les prisons surchargĂ©es ajoutent la terrible Ă©preuve de la promiscuitĂ© Ă la privation de libertĂ© de mouvement pour les condamnĂ©s qui se retrouvent Ă plusieurs dans une mĂȘme cellule. Disons-le : parfois on est trĂšs entourĂ© mais on se sent mal, la prĂ©sence des autres nous pĂšse : on ne rĂȘve alors que dâune chose : se retirer, seul avec soi-mĂȘme pour arriver Ă une paix intĂ©rieure. Le sentiment de solitude nâest donc pas nĂ©cessairement le fait dâĂȘtre physiquement sĂ©parĂ© des autres. Câest plutĂŽt une expĂ©rience subjective plus ou moins nĂ©gative, oĂč lâindividu se sent « mal dans sa peau », comme en un pays Ă©tranger et hostile oĂč il nâa pas sa place, mĂȘme quand il est entourĂ© dâautres personnes qui lui sont familiĂšres, que ce soit sa famille, ses amis, ses collĂšgues. On parle par exemple dâun « moment de solitude » quand on fait une gaffe et quâon se trouve ainsi la risĂ©e dâun groupe. Mais ce sentiment dâisolement peut naĂźtre aussi de lâimpression dâĂȘtre particuliĂšrement incompris dans sa diffĂ©rence ou en dĂ©calage complet av
Sun, 14 May 2023 - 15min - 34 - L'Instant Philo - Le plaisir et la morale
Le plaisir et la morale                        Emission dudimanche 19 mars 2023   Illustration : "Les mangeurs de Ricotta" de Vincenzo Campi                              Le rapport du plaisir Ă la morale est souvent conflictuel. Combien de fois, la recherche du plaisir nous pousse-t-elle Ă nous Ă©manciper sans beaucoup de scrupule et mĂȘme, parfois avec jubilation, de nos obligations morales ? Sont-elles si nombreuses les personnes qui refusent de frayer avec l'immoralitĂ© dĂšs qu'une dĂ©licieuse occasion se prĂ©sente ? On comprend dĂšs lors que certaines morales se mĂ©fient du plaisir comme du diable et multiplient les mises en garde et les interdits pour limiter son influence. Pourtant il existe une doctrine morale - l'hĂ©donisme -qui estime que le plaisir est le bien par excellence qui, seul, peut apporter le bonheur sur terre. Chez le philosophe Epicure, cette doctrine conduit Ă une "sobriĂ©tĂ© heureuse" et elle ne manque pas dâarguments. Mais la forme la plus courante d'hĂ©donisme chez les "bons vivants" pour lesquels il n'y a pas de mal Ă se faire du bien, a beaucoup moins de retenue et de tenue. La complexitĂ© du rapport de la morale avec le plaisir mĂ©rite est telle quâon a souvent le sentiment dâĂȘtre placĂ© devant un dilemme. En effet, quand on prend le plaisir comme guide, cela peut nous conduire dans des directions totalement opposĂ©es. Mais quand la morale condamne avec virulence le plaisir, on ne peut sâempĂȘcher de trouver cela douteux, voire hypocrite. Les moralistes intransigeants sont, en effet, parfois si obsĂ©dĂ©s par la sexualitĂ© qu'il est difficile de les croire dĂ©tachĂ©s de ce plaisir qu'il dĂ©nonce avec passion. Quelle place faut-il donc accorder au plaisir dans notre recherche d'une vie bonne ? I. Le plaisir comme indicateur naturel du bien dans l'hĂ©donisme d'Epicure 1) Le plaisir Chez nous, comme pour tous les animaux pourvus d'une sensibilitĂ© un peu dĂ©veloppĂ©e, le plaisir s'inscrit dans une logique naturelle de rĂ©compense. C'est pourquoi naturellement il nous attire. A l'opposĂ©, nous fuyons la souffrance qui se prĂ©sente comme un rĂ©vĂ©lateur de ce qui est mauvais pour nous. Par exemple, la douleur nous fait retirer spontanĂ©ment la main quand un objet la brĂ»le ou la blesse. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, elle contribue largement Ă la prĂ©servation de notre intĂ©gritĂ© physique. A l'inverse, le plaisir indique naturellement ce qui semble bon pour lâorganisme vivant que nous sommes. 2) L'hĂ©donisme d'Epicure Epicure est un adepte de la thĂ©orie selon laquelle tout notre savoir provient des sensations quâon nomme le sensualisme. C'est en cohĂ©rence avec l'idĂ©e que la sensation de plaisir structure, enchante et souvent guide notre existence quâil a pu construire sa doctrine hĂ©doniste. Dans La lettre Ă MĂ©nĂ©cĂ©e, il dĂ©clare "Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. (...) câest de lui que nous partons pour dĂ©terminer ce quâil faut choisir et ce quâil faut Ă©viter" On distingue souvent le bonheur durable et paisible du plaisir parfois violent et Ă©phĂ©mĂšre : pour Epicure ces deux satisfactions peuvent n'en faire qu'une, Ă condition toutefois de ne cultiver que les dĂ©sirs naturels qui sont accessibles et dont la rĂ©alisation peut se rĂ©pĂ©ter de façon agrĂ©able.  3) Trois sortes de dĂ©sirs Epicure distingue en effet trois types de dĂ©sirs. Les naturels et nĂ©cessaires comme boire quand on a soif. Les dĂ©sirs naturels mais non nĂ©cessaires : comme boire une boisson sucrĂ©e pour se dĂ©saltĂ©rer. Enfin, les dĂ©sirs non naturels et non nĂ©cessaires - les dĂ©sirs vains - comme l'ivrognerie ou la goinfrerie. Son hĂ©donisme se prĂ©sente ainsi comme une pratique de sobriĂ©tĂ© heureuse oĂč l'on fuit tous ces dĂ©sirs excessifs qui dĂ©gradent le corps et troublent les esprits. II. Les plaisirs et dĂ©sirs Ă Ă©viter selon Epicure 1) Contre les dĂ©sirs vains et excessifs. Pour avoir une vie vraiment plaisante, l'Ă©picurisme dĂ©conseille fortement toute recherche du plaisir qui passe par des dĂ©sirs vains. Les a
Sun, 19 Mar 2023 - 15min - 33 - L'Instant Philo : La Lucidité et le Pessimisme
Illustration : Oedipe se crevant les yeux La luciditĂ© et le pessimisme. Des vĆux mal venus ? 2023 dĂ©bute : câest le moment des traditionnels vĆux quâil serait incongru sans doute de ne pas prĂ©senter. Bonne annĂ©e Ă vous !     Pourtant, on sent bien que, depuis quelques temps, ce rituel qui consiste Ă souhaiter un avenir meilleur sonne Ă©trangement. Une chose est sure : il ne doit pas ĂȘtre prĂ©texte Ă se voiler la face sur lâĂ©tat du monde. Par-delĂ , les diffĂ©rentes crises que nous devons affronter â guerre, mesures antisociales, manipulation des opinions, montĂ©e en puissance des extrĂ©mismes politiques et religieux, inflation, augmentation des rĂ©fugiĂ©es - nous sommes visiblement surtout Ă la fin dâun cycle de quelques centaines dâannĂ©es qui a apportĂ© Ă lâhumanitĂ© une abondance inĂ©dite. Tout notre systĂšme de production est en train de sâenrayer et nous sommes entraĂźnĂ©s dâors et dĂ©jĂ dans des changements majeurs â Ă commencer par le rĂ©chauffement climatique global de la planĂšte du fait des activitĂ©s humaines â qui engendrent des difficultĂ©s et des dĂ©fis inĂ©dits et vont conduire lâespĂšce humaine Ă changer radicalement sa maniĂšre de vivre. En un sens, nous sommes victimes de notre succĂšs sans doute parce quâil ne fut pas sans excĂšs, cupiditĂ©, orgueil, ni graves erreurs dâapprĂ©ciation sur le vivant et sur les effets que nos technologies et modes de vie produisent sur la biosphĂšre. Sâil nous semble important de maintenir ces traditionnels Ă©changes de vĆux, en dĂ©pit de tout ce qui se passe et se prĂ©sente Ă nous, câest que nous considĂ©rons quâĂȘtre lucide sur notre situation ne conduit pas Ă dĂ©sespĂ©rer complĂ©tement de lâavenir. Mais est-ce bien le cas ? LuciditĂ© selon RenĂ© Char Le poĂšte RenĂ© Char dĂ©clarait : « La luciditĂ© est la blessure la plus rapprochĂ©e du soleil ? [i]» Une telle dĂ©finition semble curieusement dâactualitĂ© aprĂšs ces mois de juillet et dâaoĂ»t 2022, oĂč dans une grande partie de lâEurope et du monde, nous avons subi la canicule et la morsure dâun soleil implacable. Mais que signifie cette citation assez Ă©nigmatique ? PrĂ©senter la luciditĂ© comme « la blessure la plus rapprochĂ©e du soleil » semble signifier au moins deux choses. Dâabord que la luciditĂ© est une souffrance â une blessure â donc une source de malheur. Ensuite, « la blessure la plus rapprochĂ©e du soleil » fait rĂ©fĂ©rence au mythe dâIcare qui a Ă©tĂ© enfermĂ© avec son pĂšre DĂ©dale dans un labyrinthe dont il est strictement impossible de sortir sans ruse spĂ©cifique. IngĂ©nieux technicien, DĂ©dale a fini par fabriquer des ailes en cire pour permettre Ă Icare de sâĂ©chapper en sâenvolant du labyrinthe. Mais Icare, imprudent et tombant dans la dĂ©mesure, ne sâest pas contentĂ© de fuir, il sâest trop rapprochĂ© du soleil. Ses ailes ont fondu et il a chutĂ© dans la mer qui lâa englouti sous ses eaux. ActualitĂ© du mythe dâIcare ? Ne sommes-nous pas dans la situation dâIcare ? Nous Ă©tions enfermĂ©s dans un monde au dĂ©veloppement lent qui pouvait donnait lâimpression de tourner en rond, monde oĂč famine et maladies continuaient Ă errer, tels des minotaures meurtriers, dans le labyrinthe de lâexistence humaine. Nous en sommes sortis grĂące Ă une science et des techniques qui ont fait reculer les maladies et les famines et ont rendu possible une accĂ©lĂ©ration de lâhistoire et une explosion de la dĂ©mographie. EnivrĂ© par ces succĂšs, aveugles aux dangers, ne sommes-nous pas allĂ©s trop loin ? Ces techniques qui ont portĂ© trĂšs haut notre niveau de vie, ne risquent-t-elles pas de faire chuter brutalement notre espĂšce dans une situation chaotique ? Et de faire voir bien des rĂ©gions et villes que nous habitions disparaĂźtre, englouties par lâĂ©lĂ©vation du niveau des mers ? En somme, la luciditĂ© ne nous condamne-t-elle pas au pessimisme complet ? Nous aimerions montrer que tel nâest pas le cas et que faire des vĆux pour lâavenir conserve tout son sens, par-delĂ , la sociabilitĂ©, la politesse et lâattention aux autres que dĂ©jĂ avantageusement ce rituel peut produire. Que faut-il entendre prĂ©cis
Sun, 15 Jan 2023 - 15min - 32 - L'Instant Philo - L'expérience de la beauté
L'expĂ©rience de la beauté                                  Emission du dimanche 6 novembre 2022      Illustration Lucrezia Panciatichi, un tableau dâAngelo Bronzino            I. Une expĂ©rience bouleversante A. Nature paradoxale de la beautĂ© ? 1. Constat. LâexpĂ©rience que nous faisons de la beautĂ© est intrigante. Dâun cĂŽtĂ©, c'est une expĂ©rience somme tout banale : qui n'a jamais ressenti cette Ă©motion qui lui fait dĂ©clarer de façon solennelle : " qu'est-ce que c'est beau ! " ? Cela peut arriver devant un paysage, un visage, une peinture, un film, en Ă©coutant une cantate de Bach ou bien le chant d'un oiseau. Et la beautĂ© est perçue dans le monde ordinaire par les deux sens principaux que nous mobilisons : la vue et l'ouĂŻe. Mais, dâun autre cĂŽtĂ©, la beautĂ© rend manifeste l'existence de quelque chose de tout Ă fait extraordinaire - bien diffĂ©rent de tout ce que nos cinq sens nous prĂ©sentent. L'expĂ©rience de la beautĂ© comprend en effet le plus souvent un moment de sidĂ©ration : comme si un Ă©clat d'absolu entrait subitement dans notre quotidien. 2. SpĂ©cificitĂ© de l'idĂ©e du beau selon Platon. Pour Platon, ce caractĂšre paradoxal de la beautĂ© tient Ă sa nature mĂȘme. Illustre reprĂ©sentant de l'idĂ©alisme philosophique, Platon estime que la rĂ©alitĂ© est constituĂ©e d'idĂ©es que notre intelligence pure peut saisir. Notre perception habituelle du monde est censĂ©e, selon lui, nous Ă©garer car elle ne nous propose que de pĂąles et pĂ©rissables copies des idĂ©es Ă©ternelles. Parmi ces derniĂšres, les trois grandes idĂ©es sont celles du beau, du vrai et du bien. Toutefois, pour Platon, il existe une diffĂ©rence de statut entre ces trois idĂ©es et celle de la beautĂ© se singularise Ă bien des Ă©gards. Le vrai, on le sait, demande souvent bien des efforts et des raisonnements pour ĂȘtre Ă©tabli. La vĂ©ritĂ©, loin d'ĂȘtre une Ă©vidence spontanĂ©e, est le rĂ©sultat de tout un cheminement. Le bien, quant Ă lui, ne se voit pas clairement sur les visages, ni dans les attitudes et les actions. MĂȘme l'idĂ©e de notre bien-propre ne nous apparaĂźt souvent que lorsque l'expĂ©rience a permis de sortir de toutes les fausses pistes et impasses que nous avons explorĂ©es. Pour notre philosophe athĂ©nien, la beautĂ© a, elle, ce privilĂšge - qui peut passer aussi pour une sorte de sortilĂšge - dâĂȘtre la manifestation la plus immĂ©diatement perceptible du monde idĂ©al ici-bas. La seule idĂ©e Ă©ternelle qui est directement sensible est en effet celle du beau. La beautĂ© constitue ainsi une exception remarquable dans la conception idĂ©aliste du fondateur de l'acadĂ©mie car elle est l'apparition sur terre de ce qu'il y a de meilleur et d'impĂ©rissable dans le monde des idĂ©es. Câest pourquoi pour Platon il ne faut jamais se moquer, ni sous-estimer une personne qui sâextasie devant une manifestation de la beauté : il y a toujours de la profondeur dans cette attitude. Un esthĂšte ne peut jamais ĂȘtre totalement mauvais. B. La singuliĂšre expĂ©rience de la beautĂ©. On parle parfois de beautĂ© Ă couper le souffle. En tout cas, la beautĂ© nous enthousiasme et nous inspire. Platon en fait lâobjet gĂ©nĂ©ral de toute passion. Lâamour est pour lui toujours dĂ©sir de beautĂ© et mĂȘme dĂ©sir dâengendrer dans le beau[i]. La beautĂ© nous chamboule, peut nous faire tourner la tĂȘte, nous bouleverse tout comme le fait lâamour quand il sâempare de nous, corps et Ăąme. Stendhal disait souffrir Ă Florence de vertiges liĂ©s Ă la puissance des chefs dâĆuvre quâil contemplait dans cette citĂ© de Toscane qui abrite dans ses murs des beautĂ©s picturales dont les auteurs sont RaphaĂ«l, LĂ©onard de Vinci, Masaccio, Botticelli, Le Caravage, Michel-Ange, Bronzino ... « La beautĂ© est promesse de bonheur » notait Ă©galement Stendhal pour qui le beau prĂ©pare Ă©galement et rend possible une existence accomplie. Câest dire lâaspect mixte de cette expĂ©rience du beau qui est Ă la fois physique et en un sens "mĂ©taphysique", c'est-Ă -dire qui renvoie au concret de la sensibilitĂ© et nous Ă©lĂšve dans un au-delĂ
Sun, 06 Nov 2022 - 17min - 31 - L'Instant Philo : Que nous disent les chansons de la rupture amoureuse ?
Que nous disent les chansons de la  rupture amoureuse ? AprĂšs la pause estivale, « lâinstant philo » reprend en musique ! En avril dernier, en effet, nous avons abordĂ© le thĂšme de « Rupture et continuité » sans parler de la rupture amoureuse. Il semble pourtant intĂ©ressant, Ă bien des Ă©gards, dây consacrer une Ă©mission. Pour explorer, on lâespĂšre de façon plaisante, diverses facettes de ce moment toujours dĂ©stabilisant de la vie affective, nous avons choisi de prendre appui sur la chanson populaire qui constitue, en cette affaire, un bon fil conducteur. Une rupture a un versant sombre et elle peut ĂȘtre une vĂ©ritable catastrophe. Parfois tout Ă lâinverse, elle nous fait mĂȘme entrer dans un scĂ©nario de comĂ©die et de marivaudage oĂč les larmes et les rires se mĂȘlent pour aboutir Ă une fin heureuse. Loin dâĂȘtre un traumatisme dĂ©finitif, la rupture amoureuse peut constituer ainsi une vraie dĂ©livrance â ou du moins, une scansion, une respiration ou un rebond salutaire au sein des relations affectives. Elle peut fournir lâoccasion de se rĂ©inventer, comme le montre la philosophe Claire Marin dans un essai qui date de 2019 : Rupture(s) : comment elles nous transforment. En somme, la rupture amoureuse, Ă lâinstar du mariage, est pour le meilleur comme pour le pire.  https://www.youtube.com/watch?v=sIGK6G6IerI  Lâaspect dramatique et douloureux de la sĂ©paration amoureuse prĂ©vaut le plus souvent dans la chanson populaire. Alex Beaupain, que nous venons dâentendre, ne lâignore pas quand il reprend magistralement « Comme un ouragan » de StĂ©phanie de Monaco.  « Nous ne sommes jamais aussi mal protĂ©gĂ©s contre la souffrance que lorsque nous aimons, jamais plus irrĂ©mĂ©diablement malheureux que si nous avons perdu la personne aimĂ©e et son amour » souligne Sigmund Freud[i]. Un air cĂ©lĂšbre du film « Les parapluies de Cherbourg » exprime tout ce quâil y a de dĂ©chirant quand les Ă©vĂ©nements conduisent des amants se rĂ©signer Ă une suspension mĂȘme temporaire de leur relation. https://www.youtube.com/watch?v=KhQ2Mb_Xa7Y                                                                           « Je ne pourrai vivre sans toi » : chantĂ© par Catherine Deneuve, composĂ© par Michel Legrand. Parfois, les lamentations deviennent supplications de celui qui est quittĂ© quand le couple se brise. https://www.youtube.com/watch?v=i2wmKcBm4IkJacques Brel : « Ne me quitte pas » La dĂ©ception amoureuse peut prendre Ă©galement une forme plus autodestructrice et plus virulente oĂč la blessure se cache derriĂšre une indiffĂ©rence hostile comme en tĂ©moigne cette chanson de la Mano Negra https://www.youtube.com/watch?v=eSxoxqDB0OI« Pas assez de toi » [ii] Une rupture peut dĂ©gĂ©nĂ©rer en un moment dâhorreur, comme malheureusement nous le rappellent harcĂšlements, violences conjugales, crimes passionnels et fĂ©minicides. A mille lieux de cela, Françoise Hardy toute en retenue et en pudeur, demande des explications. Il est utile et rĂ©confortant pour accepter la fin dâune histoire, de mettre des mots sur ce qui se passe et de soigner ainsi ressentiment et tristesse  par le dialogue â ce bon antidote Ă la violence.     https://www.youtube.com/watch?v=uJd6ydAJK4A  F. Hardy : « Comment te dire Adieu ? »  Dans les annĂ©es 70, GĂ©rard Lenorman campe le personnage dâun homme qui, loin de se laisser entraĂźner par le dĂ©pit dâavoir Ă©tĂ© quittĂ©, affiche une attitude plus conciliante â plus Françoise Hardy que Mano Negra !- en sâadressant Ă son ex. https://www.youtube.com/watch?v=Pn_itowbTzs   GĂ©rard Lenorman : « Voici les clĂ©s » La culpabilisation et la façon narquoise de chantonner indiquent toutefois que lâacceptation de la sĂ©paration nâest pas sans arriĂšre-pensĂ©e dans cette chanson oĂč la comĂ©die prend le pas sur la tragĂ©die. Plus franc du collier, Ben MazuĂ© dans un morceau intitulĂ© « Les jours heureux » met en lumiĂšre un Ă©lĂ©ment qui brouille souvent la donne : cette peur du cĂ©libat et de la solitude affective qui conduit souvent Ă regretter une rupture pourtant nĂ©cessaire. https:/
Sun, 11 Sep 2022 - 18min - 30 - L'Instant Philo : L'interprĂ©tation du rĂȘve
« Lâinstant philo »                                             Emission du dimanche 19 juin 2022                                                LâinterprĂ©tation du rĂȘve                                                                                                     I.            Propos liminaires A.  Rappel Pour Freud, si nous rĂȘvons, câest que nos dĂ©sirs dĂ©bordent du cadre Ă©troit de ce que la rĂ©alitĂ© quotidienne peut nous apporter comme satisfaction. Toutes ces passions et aspirations bien prĂ©sentes en nous qui ne trouvent pas moyen de se rĂ©aliser pourraient produire une amertume individuellement et socialement nĂ©faste. Une des fonctions de lâactivitĂ© onirique est de limiter la frustration que nous rencontrons fatalement dans nos existences. Pour dĂ©signer cette capacitĂ© que nous avons de traduire un dĂ©sir qui nous hante en une crĂ©ation originale sur la scĂšne onirique, Freud parle de dramatisation. Cette capacitĂ© de nous persuader quâest prĂ©sente en rĂȘve une satisfaction qui est absente dans la rĂ©alitĂ© ne fait pas que compenser un manque, elle apporte Ă©galement une dimension tout Ă fait originale Ă nos vies. A cĂŽtĂ© des dĂ©sirs qui continuent de nous tourmenter aprĂšs une journĂ©e auxquels le rĂȘve donne satisfaction par lâimaginaire, il y a des aspirations plus gĂ©nĂ©rales, plus profondes peut-ĂȘtre, en tout cas plus existentielles auxquelles le rĂȘve donne forme. La fonction onirique permet ainsi dâincarner le dĂ©sir de donner du sens Ă ce que nous vivons et de donner corps au dĂ©sir dâexplorer de façon inventive les rapports complexes que nous tissons avec ce qui nous entoure, en les rejouant et en les scĂ©narisant. B.  Les rĂȘves Ă interprĂ©ter. Tout rĂȘve est la rĂ©alisation dâun dĂ©sir. Tel est le cadre interprĂ©tatif gĂ©nĂ©ral proposĂ© par Freud. Mais, comment savoir quel dĂ©sir particulier se rĂ©alise dans ces rĂȘves dâadultes qui paraissent si Ă©tranges et incomprĂ©hensibles ? Pas facile ! Câest justement lĂ quâune interprĂ©tation devient nĂ©cessaire. Ce qui est sans ambiguĂŻtĂ© nâa nul besoin quâon enquĂȘte pour en saisir le sens. Dans le souvenir quâon a des rĂȘves qui rĂ©alisent clairement un dĂ©sir bien identifiĂ©, tout est comprĂ©hensible. Quand des scientifiques sont envoyĂ©s dans une station polaire Ă lâĂ©poque de Freud, ils se trouvaient condamnĂ©s Ă se nourrir pendant des semaines essentiellement de boites de conserve ; il nâest pas Ă©tonnant que tous finissent par rĂȘver de façon rĂ©currente de festins merveilleux. Le dĂ©sir rĂ©alisĂ© alors nâa rien de mystĂ©rieux. Par contre, les rĂȘves oĂč ce sont des dĂ©sirs inconscients qui se rĂ©alisent demandent Ă ĂȘtre interprĂ©tĂ©s. En effet, le souvenir que nous en avons â Freud parle pour le dĂ©signer de « contenu manifeste » - ne permet pas dâaccĂ©der directement Ă son sens. Le contenu qui se manifeste Ă notre conscience au rĂ©veil dans ces songes intrigants semble lourd dâune signification Ă©nigmatique que Freud appelle « le contenu latent » - « latent » car sâil nous Ă©chappe bien, on en a tout de mĂȘme une sorte dâintuition vague. InterprĂ©ter un rĂȘve consiste donc, Ă lâaide dâune enquĂȘte et dâun ensemble de moyens mobilisĂ©s, Ă tenter de retrouver son sens profond Ă partir de la mĂ©moire quâon en a. Comment concrĂštement fait-on ? Quelle mĂ©thode Freud prĂ©conise-t-il pour arriver Ă dĂ©crypter nos productions oniriques les plus dĂ©concertantes ? II. La mĂ©thode dâinterprĂ©tation du rĂȘve A.     ThĂ©orie. 1)  Le travail de censure Les rĂȘves Ă interprĂ©ter sont ceux qui mettent en scĂšne des dĂ©sirs inconscients dont la satisfaction reste cachĂ©e pour protĂ©ger notre Ă©quilibre. Dans ces productions oniriques, notre psychisme dissimule la prĂ©sence de pulsions perturbatrices. Dans cette censure que Freud nomme le travail du rĂȘve, diverses opĂ©rations interviennent. Par exemple, un rĂȘve peut transformer une information trop dĂ©stabilisante en un Ă©lĂ©ment symbolique : câest le cas de bien des aspects sexuels qui arrivent Ă la conscience sous une forme ainsi moins explicite. Par exemple, le sexe masculin prend la forme dâun
Sun, 19 Jun 2022 - 13min - 29 - L'instant Philo : pourquoi rĂȘvons-nous ?
Lâinstant philo                                                                     Dimanche 22 mai 2022                                                     Pourquoi rĂȘvons-nous ? Introduction Pour les grecs, MorphĂ©e dans les bras duquel nous nous rĂ©fugions chaque nuit, est Ă la fois le dieu du sommeil et celui des songes. En effet, lorsque nous sommes assoupis nous traversons deux sĂ©quences bien distinctes. Il y a le sommeil profond oĂč nos activitĂ©s cĂ©rĂ©brales sont au plus bas, oĂč le corps sâabandonne Ă lâinertie la plus complĂšte. Le visage du dormeur nâexprime alors plus rien et on peut ĂȘtre fascinĂ© mais aussi effrayĂ© par cette façon de sâabsenter physiquement du monde qui ressemble Ă la mort. Il existe aussi le sommeil dit paradoxal â paradoxal car si on branche un Ă©lectroencĂ©phalogramme sur la tĂȘte du dormeur, on peut constater une activitĂ© cĂ©rĂ©brale intense, souvent Ă©quivalente Ă celle dâune personne bien rĂ©veillĂ©e. Cette pĂ©riode sâaccompagne aussi de mouvements du corps. Les yeux sâagitent souvent derriĂšre les paupiĂšres, lâindividu endormi change volontiers de position et peut prononcer quelques brĂšves et souvent incomprĂ©hensibles paroles. Il arrive mĂȘme quâil se redresse, se lĂšve et se transforme en somnambule. Bref lors du sommeil paradoxal, il se passe quelque chose de vraiment intrigant et câest justement le moment oĂč nous rĂȘvons. Toutes les nuits nous rĂȘvons, mĂȘme sâil est courant que nous nâen ayons aucun souvenir. Et quand nous nous souvenons dâun rĂȘve, câest souvent avec Ă©tonnement et fascination. Le rĂȘve a ainsi de quoi nous faire spĂ©culer. On a, par le passĂ©, souvent estimĂ© que les Dieux, par son intermĂ©diaire, entraient en communication avec les humains. Les rĂȘves, revĂȘtus dâun caractĂšre sacrĂ©, Ă©taient ainsi pris trĂšs au sĂ©rieux et faisaient lâobjet de multiples interprĂ©tations. On entend toujours parler de rĂȘves prĂ©monitoires et les Ă©lucubrations sur les pouvoirs extraordinaires du rĂȘve vont bon train sur internet. Mais que penser en vĂ©ritĂ© de cette activitĂ© onirique ? Quelle est sa fonction et son sens profond ? Comment dĂ©finir le rĂȘve ? Pourquoi rĂȘvons-nous ? I.                   Le rejet de la conception « mythologique ». Le discours le plus savant et le plus cohĂ©rent que nous ayons pour lâheure sur le rĂȘve est, celui de la psychanalyse, en dĂ©pit de toutes les interrogations quâelle continue de soulever. Freud, le pĂšre fondateur de cette nouvelle psychologie, sâest intĂ©ressĂ© trĂšs tĂŽt au rĂȘve quâil considĂšre dans son premier ouvrage comme « la voie royale de lâexploration de lâinconscient »[i]. Faire lâĂ©tude de ce phĂ©nomĂšne, somme toute banal, constitue en effet Ă ses yeux un argument fort pour prouver que notre activitĂ© psychique ne se rĂ©duit pas Ă la conscience que nous en avons. Si nous voulons rĂ©pondre aux questions que nous nous posons, câest donc dâabord les analyses de Freud quâil faut prendre en considĂ©ration.  Son geste initial de scientifique en cette affaire est dâĂ©carter la reprĂ©sentation « mythologique » et irrationnelle du rĂȘve qui estime que lâactivitĂ© onirique constitue un accĂšs Ă une autre dimension du rĂ©el, souvent un monde surnaturel. On peut penser au « dream time » - ce temps du rĂȘve qui est le moment mythique au fondement de toute la conception totĂ©miste du monde des aborigĂšnes dâAustralie. Plus proches de nous, dans les monothĂ©ismes, beaucoup de relations au divin ainsi que dâannonces faites notamment Ă des prophĂštes, se dĂ©roulent lors de rĂȘves. Enfin, lĂ oĂč le culte des ancĂȘtres est pratiquĂ©, les songes sont censĂ©s permettre dâentrer en contact avec les dĂ©funts. Penser le sommeil comme un accĂšs Ă un monde diffĂ©rent a inspirĂ© aussi le cinĂ©ma fantastique. Dans Les griffes de la nuit de Wes Craven, lâhĂ©roĂŻne dĂšs quâelle sâendort, se retrouve en proie aux lacĂ©rations dâun personnage terrifiant qui incarne assez bien lâaspect autodestructeur de certaines pulsions inconscientes quand elles font retour dans la conscience. II.                 Fonction et dĂ©finition du rĂȘve. 1)
Sun, 22 May 2022 - 13min - 28 - L'Instant Philo : Rupture et Continuité
Illustration : Photographies de Roman Opalka Lâinstant philo                                                                                               Rupture et continuité LâĂ©mission a Ă©tĂ© diffusĂ©e le dimanche 24 avril 2022 dans le magazine « Viva Culture » sur Ouest Track Radio.  RĂ©fĂ©rence musicale : « O Superman » de Laurie Anderson : https://www.youtube.com/watch?v=Vkfpi2H8tOE I.            Analyse gĂ©nĂ©rale A.   Remarques introductives DĂšs quâon veut apprĂ©hender lâĂ©volution dâune rĂ©alitĂ©, les idĂ©es de « Rupture et continuité » se prĂ©sentent assez spontanĂ©ment Ă nous. Les annĂ©es passant et sâaccumulant, on se demande : quâest-ce qui a vraiment changĂ© ? Et quâest-ce qui reste identique ? Ces notions de « Rupture et continuité » ont pour caractĂ©ristique de sâappliquer, de façon qui nous semble Ă©clairante, aux choses sur lesquelles le cours du temps a une prise et auxquelles il arrive quelque chose. Elles se prĂ©sentent ainsi comme des catĂ©gories utiles et mĂȘme indispensables pour saisir toute rĂ©alitĂ© soumise Ă la temporalitĂ©, câest-Ă -dire pour apprĂ©hender tout ce qui existe autour de nous. Mais on sâaperçoit vite que les choses se compliquent quand on cherche Ă se servir de cette distinction. On est souvent embarrassĂ©. On sâexerce alors Ă de subtiles nuances : ainsi on juge quâil y a « rupture dans la continuité » dans certains cas. Façon de dire que ça change sans changer. Mais quand des artistes comme Bob Dylan ou David Bowie ne cessent de se rĂ©inventer tout au long de leur carriĂšre, on se risque Ă parler de continuitĂ© dans la rupture. Pas facile. On a aussi parfois lâimpression que ces catĂ©gories sont des habits trop amples ou trop Ă©troits, en tout cas, mal adaptĂ©es au corps des phĂ©nomĂšnes dont les contours se trouvent cachĂ©s ou dĂ©formĂ©s par ce qui Ă©tait censĂ© les faire mieux percevoir. Comment arriver Ă bien ajuster et adapter ces notions Ă la rĂ©alité ? Rupture et continuitĂ© forment donc un couple plus complexe et Ă©nigmatique quâon ne le pense. Aussi est-il utile de commencer par en donner une dĂ©finition plus prĂ©cise.  B.   DĂ©finitions 1)     La continuitĂ©. Quand on a le sentiment que rien ne change fondamentalement pendant un laps de temps dans un domaine quelconque, on parle de continuitĂ©. Quelque chose demeure. Par opposition, dans la rupture, quelque chose meurt et disparaĂźt. A la suite de quoi, la nature ayant horreur du vide, autre chose apparait. Pour autant, la continuitĂ© ne se confond pas avec lâidentitĂ©. Il y a tout de mĂȘme de la  diffĂ©rence dans la continuitĂ© entre des choses qui gardent un lien si fort quâelles peuvent ĂȘtre rassemblĂ©es. Un tas de sable peut-ĂȘtre plus ou moins fourni : on peut en rajouter ou en retirer un peu : cela reste un tas de sable. Les variations constatĂ©es ne sont que quantitatives. De façon plus gĂ©nĂ©rale, Anaxagore, ce penseur prĂ©socratique du cinquiĂšme siĂšcle pouvait affirmer : « Rien ne se crĂ©e, rien ne pĂ©rit mais des choses dĂ©jĂ existantes se combinent et se sĂ©parent ». La continuitĂ© nâexclut donc pas le changement mais elle est une discontinuitĂ© de faible intensitĂ© Dans un autre domaine, la sĂ©rie de toiles de CĂ©zanne reprĂ©sentant la Montagne Sainte Victoire ou celle de la cathĂ©drale de Rouen Ă des heures diffĂ©rentes peintes par Claude Monet constituent des variations sur le mĂȘme thĂšme. Dans ces deux ensembles cohĂ©rents, aucun tableau ne tranche radicalement avec les autres : il y a donc continuitĂ©, en dĂ©pit de la diversitĂ© des Ćuvres. 2)      La rupture.   Comment dĂ©finir la rupture ? Tout dâabord, elle nâest pas une simple suspension temporaire de lâordre habituel. On a ainsi envisagĂ© un temps la pĂ©riode de pandĂ©mie et de confinement que nous avons traversĂ©e comme ce qui allait produire un monde dâaprĂšs trĂšs diffĂ©rent. Il y a bien eu alors interruption dâun ordre du monde du fait de lâinterfĂ©rence perturbatrice de lâĂ©pidĂ©mie. Mais pas disruption â pour employer un terme Ă la mode. Le cours des choses a malheureusement continuĂ© comme avant. Une simple parenth
Sun, 24 Apr 2022 - 10min - 27 - L'Instant Philo : Economie et écologie
Lâinstant philo                    Economie et Ă©cologie                          Emission du dimanche 27 mars 2022 Introduction « Economie et Ă©cologie » : ces deux termes sont trĂšs proches. « Eco » vient du grec Oikos qui signifie la maison ou lâhabitat. Nomos qui a donnĂ© en français « nomie » dĂ©signe la loi ou la gestion. LâĂ©conomie, en ce sens, est la bonne administration ou gestion de la maison. LâĂ©cologie, elle, est littĂ©ralement lâĂ©tude ou la science (du grec Logos) de notre milieu de vie. Cette proximitĂ© nâa pas empĂȘchĂ© Ă©conomie et Ă©cologie de prendre des chemins diffĂ©rents. Et mĂȘme de rentrer violemment en conflit lâune avec lâautre. LâĂ©cologie, sâappuyant sur des donnĂ©es scientifiques, lutte pour promouvoir ce qui permettrait de protĂ©ger notre maison commune - la terre. LâĂ©cologie vise ainsi cette saine administration de notre habitat dont notre systĂšme Ă©conomique actuel sâest dĂ©tournĂ© en poursuivant inexorablement sa marche, au nom de la croissance, vers une dĂ©gradation de plus en plus dangereuse des conditions de vie sur notre planĂšte. On pourrait pourtant se donner les moyens dâavoir une gestion de notre maison commune respectueuse dâun Ă©quilibre favorable Ă lâensemble des vivants. Mais pour rĂ©concilier Ă©conomie et Ă©cologie, ces deux sĆurs devenues ennemies, il y a une vraie rĂ©volution Ă faire â Ă commencer dans notre reprĂ©sentation des choses. Dans cette Ă©mission, Ă partir dâun abĂ©cĂ©daire constituĂ© de trois entrĂ©es : « bien-ĂȘtre », « pouvoir dâachat » et « dĂ©croissance », nous aimerions interroger justement le rapport entre Ă©conomie et Ă©cologie et ouvrir ainsi quelques pistes de rĂ©flexion. Nous avons eu lâoccasion, Ă lâinvitation de Jean-Luc Guyon-Firmin du service culturel de Montivilliers, dâaborder ces points lors dâune sĂ©ance de lâuniversitĂ© populaire consacrĂ©e Ă la transition Ă©cologique. Cette Ă©mission reprend dans une large mesure les enregistrements effectuĂ©s lors de cette universitĂ© populaire dont les activitĂ©s continuent jusquâen juin prochain[i]. Le bien-ĂȘtre Câest un sentiment de satisfaction Ă la fois matĂ©rielle et morale. Proche ainsi du bonheur qui est toutefois une satisfaction sur une durĂ©e plus consĂ©quente de nos dĂ©sirs principaux.  Le bien-ĂȘtre ne se dĂ©finit pas seulement par un bon niveau de revenu et un bon pouvoir dâachat. Certains Ă©conomistes le dĂ©finissent parfois Ă lâaide du P.I.B. â indicateur du bien-ĂȘtre dans un pays. Le bien ĂȘtre va plutĂŽt avec le bien-vivre dont se prĂ©occupe lâĂ©thique. Jâaime bien rappeler Ă ce sujet la dĂ©finition que donne le philosophe Paul  RicĆur : lâĂ©thique est le souhait dâune vie accomplie avec et pour les autres dans des institutions justes »[ii].  Il faut le rappeler â tant il est vrai quâon lâoublie souvent - lâhumanitĂ© depuis le dĂ©but de lâĂšre industrielle a connu une pĂ©riode dâabondance et dâamĂ©lioration des conditions matĂ©rielles dâexistence tout Ă fait exceptionnelle. Lâexploitation Ă peu de frais de nouvelles sources dâĂ©nergie â dont le pĂ©trole â a donnĂ© un coup dâaccĂ©lĂ©rateur Ă tout ce processus. Il y a eu des progrĂšs inĂ©dits dans la rĂ©partition et la qualitĂ© des soins mĂ©dicaux, des avancĂ©es incroyables dans toutes les techniques de productions industrielles et agricoles avec une science qui sâest dĂ©veloppĂ©e Ă une rapiditĂ© jamais vue. Un citoyen dâun pays dĂ©veloppĂ© ayant un revenu moyen dĂ©tient dorĂ©navant un pouvoir dâachat qui lui donne accĂšs Ă un luxe auquel aucun Roi de France en exercice ne pouvait accĂ©der : eau et chauffage Ă disposition, nourriture variĂ©e venant du monde entier, mĂ©decine efficace, possibilitĂ© de communiquer sans dĂ©lai Ă peu de frais avec le monde entier, moyen de transport inouĂŻ qui permet de nous transporter Ă une vitesse hallucinante Ă lâautre bout du monde. Nous sommes les enfants gĂątĂ©s de lâhistoire. Et comme câest souvent le cas des enfants gĂątĂ©s, nous ne sommes pas vraiment conscients de la chance que nous avons. Nous sommes devenus si habituĂ©s Ă avoir Ă disposition une vĂ©ritable caverne dâAli Baba que mĂȘme la perspect
Sun, 27 Mar 2022 - 39min - 26 - L'Instant Philo : La méditation: mode de pensée ou mode de vie ?
La mĂ©ditation : mode de pensĂ©e ou mode de vie ? par Emma Bartel Emission du dimanche 27 fĂ©vrier 2022 Emma Bartel, ancienne Ă©lĂšve du lycĂ©e François 1er au Havre, est actuellement doctorante Ă Sorbonne UniversitĂ© et enseigne Ă lâUniversitĂ© de Paris. Sa thĂšse porte sur les femmes et lâart de la mĂ©ditation au 17Ăšme siĂšcle en Angleterre. Les virgules musicales sont des compositions de Eydis Evensen que cette derniĂšre interprĂšte en concert.  https://www.youtube.com/watch?v=MhY7mVCIU6Q Les titres des morceaux dans leur ordre de diffusion dans l'Ă©mission - Dagdraumur - Wandering I  - Fyrir Mikael
Sun, 27 Feb 2022 - 12min - 25 - L'Instant Philo : LâĂ©cologie entre peur, ennui et espoir
« Lâinstant philo »                                                                                           Dimanche 30 janvier 2022    LâĂ©cologie entre peur, ennui et espoir  Introduction Le mois de janvier qui sâachĂšve est traditionnellement le moment oĂč nous Ă©changeons des vĆux et souhaitons Ă notre entourage le meilleur pour la nouvelle annĂ©e qui commence. Câest lâoccasion souvent de resserrer quelques liens. Mais aprĂšs avoir traversĂ© les turbulences dues Ă la pandĂ©mie mondiale et dans la perspective du « nouveau rĂ©gime climatique » dont les effets nĂ©gatifs se font dĂ©jĂ sentir, ces vĆux sonnent un peu faux. Sommes-nous crĂ©dibles quand nous souhaitons aux autres un bel avenir ? Certes, et câest une bonne nouvelle, une vraie prise de conscience a bien eu lieu. Pourtant comme le remarquent Bruno Latour et Nicolaj Schultz[i], deux penseurs trĂšs engagĂ©s dans la transition Ă©cologique : « pour le moment lâĂ©cologie politique rĂ©ussit lâexploit de paniquer les esprits et de les faire bailler dâennui.».  Comment expliquer cette situation aussi paradoxale que dĂ©solante ? Quâest-ce qui permettrait Ă un projet Ă©cologiste dâĂ©viter le double Ă©cueil de la peur qui paralyse et du discours  qui est inaudible ? AssurĂ©ment la capacitĂ© de dĂ©gager des perspectives constructives et positives. Aucune sociĂ©tĂ© humaine ne peut, en effet, se dispenser dâentretenir de lâespoir. Mais quelles sont-elles ces perspectives qui pourraient contrebalancer en partie le diagnostic inquiĂ©tant que nous faisons de la situation sur terre et les pronostics sombres qui concernent notre avenir, notamment ceux du G.I.E.C.? En somme, comment passer du dĂ©senchantement, voire du catastrophisme, Ă un projet stimulant que lâhumanitĂ© puisse appeler de ses vĆux â notamment du nouvel an ! Pourquoi le discours Ă©cologiste semble-t-il trop souvent inaudible ?  DĂ©ni de rĂ©alitĂ© Pourquoi le discours Ă©cologiste a-t-il parfois tant de mal Ă ĂȘtre entendu ?DĂ©ni et rejet mĂȘlĂ© dâironie restent, il est vrai, courants face Ă lâavenir que le discours Ă©cologique annonce. Câest le thĂšme du film dâAdam McKay Donât look up qui remporte un vrai succĂšs en ce moment. Une personnalitĂ© emblĂ©matique de lâĂ©cologie, Greta Thunberg qui dĂ©nonce les malheurs sans toujours ĂȘtre prise bien au sĂ©rieux est ainsi un peu notre Cassandre. Pourtant, contrairement au personnage de la tragĂ©die grecque, la jeune militante Ă©cologiste nâest pas dans la prophĂ©tie : elle sâappuie sur des prĂ©visions scientifiquement fondĂ©es. DĂ©rive religieuse ? Alain Badiou dĂ©nonce aussi une dĂ©rive qui retire du crĂ©dit Ă certains Ă©cologistes. Adorateurs de la dĂ©esse Terre rebaptisĂ©e GaĂŻa, certains sont des prĂȘcheurs qui invitent leurs fidĂšles Ă faire le bien, « à ne plus manger de viande, Ă chasser les chasseurs ou Ă ne circuler quâĂ bicyclette, ou Ă produire dans son petit jardin des Ă©pinards mĂ©taphysiquement bio. ». Tout en Ă©tant bien complaisants, note Badiou, Ă lâĂ©gard des classes dominantes et des idĂ©ologies de droite[ii]. Il reproche ainsi Ă Greta Thunberg dâavoir dĂ©clarĂ© quâil ne faut pas sâattaquer au capitalisme parce que cela divise.[iii] Il lui donne sans bienveillance le sobriquet de « petite sainte de lâĂ©cologie », car elle illustre, selon lui, une « dĂ©sorientation clĂ©ricale[iv] » de ces verts « que la question de la propriĂ©tĂ© privĂ©e et du communisme laissent indiffĂ©rents » mais qui aiment Ă sermonner et Ă culpabiliser leurs interlocuteurs. Comme chez tout militant, il peut y avoir des excĂšs mais ne faut-il pas distinguer dâune part, les analyses de la situation actuelle dans laquelle  notre modĂšle Ă©conomique doit ĂȘtre mis en cause, de la façon, dâautre part, de faire naĂźtre une prise de conscience chez des citoyens quâun discours immĂ©diatement anticapitaliste pourrait braquer ? En tout cas, le dĂ©calage entre la gravitĂ© de la situation et le peu de force mobilisatrice du discours Ă©cologiste ne sâexplique pas principalement, je crois, par cette dĂ©rive superstitieuse que Badiou signale. Un deuil difficile Ă f
Sun, 30 Jan 2022 - 16min - 24 - L'Instant Philo : La sagesse et le sens des limites - partie 1. « Le moment grec »
La sagesse et le sens des limites - partie 1. « Le moment grec » Illustration : dĂ©tail de la fresque de RaphaĂ«l : L'Ă©cole d'AthĂšnes" prĂ©sentant Socrate en pleine discussion Texte de l'Ă©mission « Lâinstant philo »                            Emission du dimanche 03 octobre 2021                                                         La sagesse et le sens des limites: 1. « Le moment grec »  Pourquoi Pythagore a refusĂ© lâhonneur dâĂȘtre placĂ© parmi les sages de la GrĂšce Pythagore et la philosophie On connaĂźt Pythagore pour son fameux thĂ©orĂšme et ses contributions aux mathĂ©matiques. Mais on ignore souvent quâil a Ă©tĂ© aussi un penseur dont la doctrine a inspirĂ© bien des idĂ©alistes - Ă commencer par Platon. Diverses sources de lâantiquitĂ©[i] rapportent que câest lui Ă©galement qui auraient utilisĂ© en premier les termes de « philosophie » et « philosophe ». Quâest-ce qui a poussĂ© Pythagore Ă crĂ©er ces termes vouĂ©s Ă bel avenir ? Les sages de la GrĂšce La civilisation grecque de lâantiquitĂ© aimait honorer les individus les plus douĂ©s dans tous les domaines : des compĂ©titions Ă©taient ainsi organisĂ©es pour donner occasion aux meilleurs de se surpasser. Les jeux Olympiques permettaient aux athlĂštes de briller de tous leurs feux. Les champs de bataille donnaient occasion Ă certains guerriers de montrer un courage rĂ©compensĂ© par divers honneurs. GrĂące aux concours de tragĂ©die â les dithyrambes de Dionysos âles noms de quelques illustres vainqueurs - Eschyle, Sophocle et Euripide - sont  arrivĂ©s jusquâĂ nous. Les anciens grecs avaient aussi le souci de dĂ©signer officiellement des sages qui pouvaient servir de modĂšle aux autres. Un jour, on sâadressa Ă Pythagore pour le faire entrer dans le cercle restreint des « sages de la GrĂšce ». Il rĂ©unissait en effet les qualitĂ©s du sage â du sophos. Son savoir Ă©tait exceptionnelâ et pas seulement en mathĂ©matiques. Son attitude morale pouvait servir dâexemple. Enfin, son habiletĂ© - notamment dans les affaires humaines â ne manquait pas dâĂȘtre saluĂ©e de tous. Pourtant, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, Pythagore a dâabord repoussĂ© cette offre honorifique. Pourquoi Pythagore refuse dâĂȘtre nommĂ© « sage » Pour quelles raisons ? Pythagore sâinscrivait dans la tradition qui valorise la mesure en toute chose. Pour les anciens grecs,  il faut Ă©viter absolument la dĂ©mesure â  lâhubris - qui donne le sentiment Ă lâhomme dâĂȘtre tout puissant et le conduit Ă franchir la ligne de partage entre lâhumain et le divin. Une chose est la perfection des Dieux, autre chose lâimperfection des hommes. Or la sagesse, figure de lâexcellence, semble bien ĂȘtre un attribut dâun ĂȘtre parfaitement savant, impeccable dans son attitude et dâune habiletĂ© sans failles â bref, elle ne semble pouvoir ĂȘtre attribuĂ©e quâaux Dieux. Les hommes avec tous leurs dĂ©fauts et limites ne peuvent dĂšs lors se dire sages en ce sens quâavec beaucoup dâimprudence et dâimpudence. Accepter dâĂȘtre dĂ©clarĂ© sage de façon irrĂ©flĂ©chie montrerait quâon ne lâest pas du tout. Câest pourquoi Pythagore refuse le titre prestigieux de sages de la GrĂšce. Il semble mĂȘme en contester la lĂ©gitimitĂ©. NĂ©anmoins, par souci dâapaisement, il suggĂšre un changement de terminologie qui va permettre de trouver un terrain dâentente. PlutĂŽt que dâĂȘtre nommĂ© sophos, Pythagore propose une appellation plus modeste : il nâest pas un sage mais quelquâun qui aime la sagesse : un philosophos. Un philosophe Philosophie, limites humaines et sagesse Modestie de la philosophie Le terme « philosophie » signifie « lâamour de la sagesse ».  Si on cultive lâamour de la sagesse, câest quâelle nous semble Ă©minemment aimable mais quâen mĂȘme temps, nous savons quâelle nous Ă©chappe toujours du fait de notre imperfection. « Nobody is perfect ». Le philosophe se diffĂ©rencie ainsi toujours de celui qui est arrivĂ© au dernier degrĂ© de la sagesse. Câest dans cette perspective, que, plus tard, Platon soulignera[ii] « Parmi les Dieux, il nây en a aucun qui sâemploie Ă philosophe
Sun, 03 Oct 2021 - 13min - 23 - L'Instant Philo : Le Coupable et la Victime
Le Coupable et la Victime Illustration : Adam et Eve chassĂ©s du jardin d'Eden par Masaccio (Eglise de Sante Maria del Carmine, Florence) Texte de l'Ă©mission Lâinstant philo                                   Le coupable et la victime.                Emission du 05/09/2021 Constats Un constat tout dâabord : il y a des dĂ©tresses sans coupables extĂ©rieurs, de lâadversitĂ© sans adversaire, des malheurs qui nous accablent sans volontĂ© malveillante qui se cachent derriĂšre eux. Il existe des accidents dans nos parcours de vie qui ne peuvent trouver nĂ©cessairement de responsables. Cela peut soulager quand on va mal de croire avoir trouvĂ© la cause de nos malheurs dans une personne, un groupe ou un complot quelconque. On prĂ©fĂšre croire quâon est victime dâune grande injustice plutĂŽt que dâĂȘtre abandonnĂ© dans une dĂ©tresse qui nous paraĂźt absurde ou dont on rĂ©pugne Ă chercher lâexplication en soi-mĂȘme. RenĂ© Girard[i] a su montrer Ă quel point dans lâhistoire la dĂ©signation arbitraire dâun bouc-Ă©missaire sur lequel on sâacharne peut ĂȘtre frĂ©quente. Cela sert de soupape de dĂ©compression Ă une sociĂ©tĂ© qui passe ainsi du simple constat attristĂ© et parfois dĂ©sespĂ©rĂ© du malheur Ă lâaccusation dĂ©lirante qui prĂ©cĂšde souvent de peu la violence. On projette son mal-ĂȘtre sur une personne ou un tout groupe quâon se plait Ă haĂŻr, Ă accabler de tous les maux, voire mĂȘme Ă lyncher, persĂ©cuter, massacrer. Cela peut faire du bien de faire du mal quand on est mal. Mais la culpabilisation, dĂ©tournĂ©e de sa source rationnelle, devient pure accroche de la haine sur un bouc-Ă©missaire innocent qui sert dâexutoire. Pourtant, nous pouvons ĂȘtre malheureux sans ĂȘtre victime de qui que ce soit et, par consĂ©quent, sans pouvoir identifier un ou des coupables. Rude vĂ©ritĂ© tant il est vrai quâon cherche souvent du sens Ă sa souffrance personnelle en identifiant une volontĂ© de nuire qui en serait la cause. La souffrance est parfois un symptĂŽme qui ne cache aucune malveillance mais la simple duretĂ© et lâindiffĂ©rence de lâordre des choses. Câest alors Ă nous de nous dĂ©gager de ces explications imaginaires qui ne nous soulagent que pour nous plonger dans la haine et le ressentiment. Au lieu de trouver des individus Ă maudire, mieux vaut balayer devant sa porte Culpabilisation et victimisation Toute culpabilisation des autres nâest pas pour autant Ă rejeter. Avec les mouvements « Me-too »[ii] et « Black lives matter », la parole de certaines victimes a pu se faire entendre et lâimpunitĂ© de certains coupables ĂȘtre mis Ă mal. On peut comprendre que des thĂšmes liĂ©s au contexte historique et culturel nord-amĂ©ricain - insistance sur la race ou influence du puritanisme - puissent devenir problĂ©matiques dans la rĂ©ception de ces mouvements. Mais, on ne va pas se plaindre dâune mise en accusation lĂ©gitime de dĂ©linquants ou de criminels ni dâune saine reconnaissance des droits et de la dignitĂ© des victimes. Ce nâest que justice. Ensuite, que des personnes prennent prĂ©texte du statut de victime pour se venger ou exorciser leur mal-ĂȘtre Ă lâaide dâaccusations infondĂ©es : ce nâest pas nouveau. Il nâest pas rare non plus que des coupables se prĂ©sentent comme des victimes[iii]. Dans le rĂ©cent film iranien de Saeed Roustayi, La loi de TĂ©hĂ©ran, un juge rappelle Ă un important dealer qui justifie ses actes par lâinsupportable pauvretĂ© dans laquelle se trouvait toute sa famille que la misĂšre sociale ne peut justifier lâorganisation de tout un rĂ©seau criminel. Le fait de se sentir victime peut ĂȘtre une posture servant Ă justifier lâinjustifiable. Au point que certains criminels nâhĂ©sitent pas parfois, de façon perverse, Ă tenir leurs victimes comme les vrais coupables.  Victimisation et culpabilisation constituent, on le voit, des leviers importants dans les relations humaines mais elles peuvent ĂȘtre utilisĂ©es Ă mauvais escient. Câest pourquoi il est souhaitable dâexaminer de plus prĂšs ce couple ce quâil faut entendre par coupable et victime. DĂ©finition gĂ©nĂ©rale de la culpabilitĂ©
Sun, 05 Sep 2021 - 15min - 22 - L'Instant Philo : La difficile perception de notre place dans le tempsSun, 28 Nov 2021 - 16min
- 21 - L'Instant Philo : La sagesse et le sens des limites - partie 2. « La science moderne »
La sagesse et le sens des limites. 2. La science moderne. Du rĂ©cit mythologique Ă lâanalyse rationnelle du monde Autour du sixiĂšme siĂšcle avant notre Ăšre, les penseurs prĂ©socratiques ont cherchĂ© Ă rendre raison de lâunivers dans sa totalitĂ© Ă lâaide de principes accessibles Ă la raison. Pour ce faire, ils ont rompu avec cette facilitĂ© qui consiste Ă vouloir tout expliquer par les rĂ©cits mythologiques car la volontĂ© des Dieux se rĂ©vĂšle bien vite ĂȘtre lâasile de lâignorance. Les prĂ©socratiques ont ainsi fixĂ© Ă leur maniĂšre le domaine de dĂ©finition de la science. Parmi eux, des matĂ©rialistes cherchaient Ă expliquer la nature Ă lâaide dâun des quatre Ă©lĂ©ments. ThalĂšs estimait que tout provenait de lâeau. Pour HĂ©raclite, câĂ©tait le feu. Les idĂ©alistes, de leur cĂŽtĂ©, cherchaient Ă comprendre le cosmos Ă partir de principes abstraits : lâĂȘtre pour ParmĂ©nide ou le nombre pour Pythagore. Socrate sâest appuyĂ© sur cette montĂ©e en puissance de la rationalitĂ© mais, au lieu dâavoir lâambition de rendre compte du tout de lâunivers, il sâest modestement concentrĂ© sur une nouvelle façon de dĂ©finir les notions qui nous servent Ă penser, que ce soit le courage, lâamour ou la science elle-mĂȘme. On est passĂ© ainsi dâun grand rĂ©cit censĂ© Ă©clairer le sens de lâexistence humaine Ă une analyse minutieuse qui, Ă partir dâun constat dâignorance, dĂ©veloppe ses efforts sur des concepts prĂ©cis et ambitionne de construire patiemment un savoir limitĂ© mais fondĂ© en raison. La rupture Ă©tant brutale, il nâest pas Ă©tonnant de constater que certains prĂ©socratiques ont continuĂ© Ă proposer une vision globale du monde. Le dĂ©sir dâune comprĂ©hension dâensemble, sâil ne se berce pas dâillusion, reste stimulant dans la recherche scientifique. Toutefois, lâaffirmation socratique « tout ce que je sais, câest que je ne sais rien » nous rappelle que la philosophie est dâabord un rude exercice qui suppose de faire le deuil des certitudes et dâun rassurant dĂ©jĂ -lĂ des significations. Ce passage dâune confiance accordĂ©e aux grands rĂ©cits symboliquement structurants Ă la critique pointilleuse mais Ă©clairante de la raison sâest rejouĂ©e lors de lâapparition de la science moderne avec tout ce que cela implique de dĂ©chirements et dâespoirs, de rejet de la tradition et de changements de perspective. Câest ce moment de bascule oĂč la conscience des limites de la science mĂ©diĂ©vale a permis dâaccoucher dâune nouvelle reprĂ©sentation du monde dont nous sommes les hĂ©ritiers que nous voudrions aujourdâhui examiner. Science moderne et conscience de lâignorance. Yuval Noah Harari dans son livre Sapiens[i] souligne lâimportance de la dĂ©couverte de lâignorance dans le dĂ©veloppement de la science moderne. Il Ă©crit :            « A trois Ă©gards critiques, la science moderne diffĂšre des traditions prĂ©cĂ©dentes en matiĂšre de savoir » Il place en premier : « Lâempressement Ă sâavouer ignorant. La science moderne repose sur le constat latin : « ignoramus », « nous ne savons pas ». Elle postule que nous ne savons pas tout. » Plus loin, il note : « la rĂ©volution scientifique a Ă©tĂ© non pas une rĂ©volution du savoir, mais avant tout une rĂ©volution de lâignorance. La grande dĂ©couverte qui lâa lancĂ©e a Ă©tĂ© que les hommes ne connaissent pas les rĂ©ponses Ă leurs questions les plus importantes. » Dans les traditions prĂ©modernes, tout Ă©tait censĂ© avoir Ă©tĂ© dĂ©jĂ dit : la seule recherche importante consistait Ă bien comprendre les rĂ©cits et les paroles transmises. Harari prĂ©cise « Les grands Dieux ou le Dieu tout puissant ou les sages du passĂ© possĂ©daient une sagesse qui embrassait tout et quâils nous ont rĂ©vĂ©lĂ©e dans les Ecritures et les traditions orales »[ii]. GalilĂ©e, en remettant en cause la cosmologie de PtolĂ©mĂ©e, hĂ©ritĂ©e en partie dâAristote et adoptĂ©e par lâEglise, souligne la faussetĂ© de cette conviction. Pendant des siĂšcles, on a cru savoir ce quâĂ©tait lâunivers or nous Ă©tions ignorants. Il faut partir de ce constat. A la mĂȘme Ă©poque, Descartes commence ainsi ses MĂ©ditations mĂ©taphysiques par
Sun, 31 Oct 2021 - 13min - 20 - L'Instant Philo : La représentation du temps dans la chanson populaire
La reprĂ©sentation du temps dans la chanson populaire La reprĂ©sentation du temps dans la chanson populaire Introduction Pour cette seconde Ă©mission de lâĂ©tĂ©, je propose un petit parcours sur ce que les chansons populaires nous disent de notre rapport au temps. Les perspectives y sont certes diverses et de qualitĂ© variable mais jâaimerais montrer quâon y trouve souvent matiĂšre Ă rĂ©flexion. La chanson populaire sait notamment plutĂŽt bien dĂ©crire lâaspect destructeur et dĂ©vorant du temps. Elle est habile aussi Ă chanter le temps du bonheur, de lâespoir et de lâamour. Enfin la nĂ©cessitĂ© de prendre soin du temps prĂ©sent nâest pas absente non plus des chansons qui explorent ainsi le temps dans ces trois dimensions : le passĂ©, le prĂ©sent et le futur.  https://www.youtube.com/watch?v=JwYX52BP2Sk Quand la pop music aborde le temps de lâhorloge Ă la maniĂšre des Pink Floyd dont nous nous venons dâĂ©couter un extrait du cĂ©lĂšbre morceau Time, la reprĂ©sentation de la durĂ©e prend un aspect rĂ©aliste, technique, froidement rĂ©pĂ©titif et pourtant envoĂ»tant. Le temps qui court, le passĂ© et la mĂ©lancolie Dans cette composition des Pink Floyd, on remarque que le temps mesurĂ©, symbolisĂ© par le rythme impersonnel et triomphal des horloges fait assez vite place Ă des considĂ©rations sur le temps, vĂ©cu comme un dĂ©clin progressif. A la fin de ce titre, les thĂšmes plus classiques de la vanitĂ© et de la fragilitĂ© de lâexistence contrastent avec la rĂ©gularitĂ© implacable du battement de la trotteuse des secondes quâon entend au dĂ©but.[i] La mĂ©lancolie et la nostalgie produites par le temps qui passe nourrissent souvent les chansons populaires. En 1973, la mĂȘme annĂ©e que les Pink Floyd, Alain Chamfort, pour donner un autre exemple, se fait remarquer avec une chanson dont voici le refrain Alain Chamfort : Le temps qui court  https://www.youtube.com/watch?v=N1YrTl0Fgpc : Avec ce titre, Alain Chamfort est, si je puis dire, dans lâair du temps des annĂ©es soixante-dix qui opposait bien volontiers lâĂąge dâor de lâenfance Ă lâĂąge adulte bien trop sĂ©rieux, plein de concessions et par consĂ©quent moins heureux. Reste que le temps qui court, ne nous conduit pas seulement Ă lâĂąge adulte, il finit un jour par nous retirer la perspective mĂȘme dâun avenir quand la vieillesse arrive. Et cela arrive, comme le chante Charles Aznavour, sans quâon ait vu le temps passer :   Charles Aznavour : je nâai pas vu le temps passer :  https://www.youtube.com/watch?v=SObDQoTCnuI : La mĂ©lancolie, dĂ©jĂ prĂ©sente dans les deux extraits prĂ©cĂ©dents est Ă son comble avec LĂ©o FerrĂ© qui souligne avec force la tristesse de la vieillesse qui est un deuil Ă faire de tout le passĂ© sans autre perspective dâavenir que de devoir tirer sa rĂ©vĂ©rence : LĂ©o Ferré : Avec le temps â du dĂ©but Ă 1mn 11 jusquâà « faire sa nuit » en baissant Ă partir de 1mn 08) https://www.youtube.com/watch?v=ZH7dG0qyzyg 2. Temps, enthousiasme et avenir Il ne sâagit pas de se complaire dans lâaspect le plus dĂ©sespĂ©rant du temps. Notre temporalitĂ© est Ă©galement celle des projets exaltants, des rĂ©ussites, des amours et de ces « dimanches de la vie » qui sont synonymes de bonheur. Dans nos rapports diffĂ©rents Ă la durĂ©e : lâun est hantĂ© principalement par le passĂ© et nourri de souvenirs, lâautre est ouvert sur un avenir que nous attendons avec enthousiasme. Ces perspectives sur le temps sont dâailleurs le plus souvent intimement liĂ©es Ă notre situation concrĂšte dans lâexistence humaine, câest-Ă -dire Ă notre Ăąge. Le poids du passĂ©, la nostalgie et les regrets finissent par se faire sentir de plus en plus au fur et Ă mesure que la vieillesse sâinstalle car le prĂ©sent devient difficile et le futur se rĂ©trĂ©cit comme peau de chagrin. A lâinverse, la joie communicative face Ă lâavenir est habituellement typique de la jeunesse. Au dĂ©but de sa carriĂšre, Johnny Halliday a ainsi su chanter lâenthousiasme dâavoir la vie devant soi : Johnny Halliday : Pour moi la vie va commencer :  https://www.youtube.com/watch?v=YTJoJRTb0L8  Comme le
Sun, 08 Aug 2021 - 12min - 19 - L'Instant Philo : L'amitiéSun, 11 Jul 2021 - 13min
- 18 - L'Instant Philo : L'immortalité
L'immortalitĂ© « Lâinstant Philo ».                                                                      Emission du dimanche 13 juin 2021                                                              Lâimmortalité                                                La prise de conscience de la mortalitĂ© est une spĂ©cificitĂ© bien humaine : les autres animaux nâen nâont pas une idĂ©e claire et les Dieux Ă©chappent Ă la mort dans la description que les religions en proposent, quâils soient jugĂ©s immortels comme chez les Grecs anciens ou Ă©ternels comme dans le monothĂ©isme. Rejeter ou minimiser la mortalitĂ©, ne serait-ce pas, dĂšs lors, oublier un Ă©lĂ©ment constitutif de notre condition humaine ? Pourtant, lâhumanitĂ©, seule espĂšce qui se sait mortelle, est Ă©galement celle qui aspire, depuis la nuit des temps, Ă ĂȘtre immortelle. La tension est forte. Le paradoxe instructif. Tout se passe comme si la durĂ©e limitĂ©e de notre existence Ă©tait chose si insupportable quâelle devait ĂȘtre immĂ©diatement contrebalancĂ©e par la croyance en une possibilitĂ© de prolonger la vie. Alors, lâimmortalitĂ© nâest-elle pas quâune consolation quâon oppose Ă la perspective dâune mort quâon sait inĂ©vitable ? Il est vrai que la peur de la mort pour le philosophe Epicure est bien celle quâil faut soigner en prioritĂ© car elle est source de tourments et dâillusions[i]. Cette peur Ă©tant clairement une des Ă©motions les plus puissantes et les plus dĂ©stabilisantes qui soient. LâimmortalitĂ© religieuse Les deux figures principales de lâimmortalitĂ© religieuse Les premiĂšres sĂ©pultures individuelles connues datent du palĂ©olithique moyen, aux environs de 70 000 ans avant notre Ăšre. Elles se prĂ©sentent comme des sortes de vestibules. La mort, en effet, loin dâĂȘtre un arrĂȘt dĂ©finitif de la vie, est considĂ©rĂ©e dĂšs le commencement comme un passage de la vie ordinaire Ă une autre modalitĂ© de lâexistence. Edgar Morin dans son essai Lâhomme et la mort[ii], souligne que dans la pĂ©riode archaĂŻque, les hommes prĂ©historiques dans le culte quâils vouaient aux ancĂȘtres avaient le sentiment de rester en dialogue avec ces dĂ©funts quâils imaginaient encore bien prĂ©sents dans une rĂ©alitĂ© parallĂšle Ă la nĂŽtre. Dans la pĂ©riode suivante quâEdgar Morin nomme mĂ©taphysique, lâimmortalitĂ© prend une forme qui nous est plus familiĂšre. On considĂšre alors quâil y a mort quand lâĂąme se sĂ©pare du corps pour aller rĂ©sider dans un au-delĂ . De Platon Ă Descartes, en passant par des religions aussi diffĂ©rentes que lâhindouisme et le monothĂ©isme, lâenveloppe charnelle est censĂ©e suivre la loi qui fait que tout ce qui naĂźt, finit par mourir. LâĂąme, quant Ă elle, a pour destin dâĂȘtre immortelle et dĂ©roge ainsi Ă la logique du vivant. Dans cette reprĂ©sentation, la vie spirituelle aprĂšs la mort ressemble si peu Ă lâexistence incarnĂ©e sur terre que vivants et morts ne communiquent plus et vivent sĂ©parĂ©s, chacun dans leur monde  Des reprĂ©sentations mixtes. Les reprĂ©sentations religieuses de lâimmortalitĂ© se distribuent ainsi selon deux modĂšles assez diffĂ©rents. Des reprĂ©sentations intermĂ©diaires et mixtes ont aussi existĂ©, Ă lâinstar de celle oĂč en Egypte, par exemple, le cadavre dâun Pharaon, a pu ĂȘtre  momifiĂ© pour quâil puisse rester physiquement encore prĂ©sent dans notre monde selon la logique archaĂŻque et, en mĂȘme temps, placĂ© symboliquement sur un bateau dans son tombeau pour que son Ăąme puisse se rendre dans un autre monde, comme le conçoit la vision mĂ©taphysique.   Points communs Ă toutes les reprĂ©sentations religieuses Ces conceptions religieuses de lâimmortalitĂ© ont en commun de rejeter lâidĂ©e jugĂ©e trop accablante dâune mort qui serait une fin dĂ©finitive. Elles ignorent par consĂ©quent les bĂ©nĂ©fices de notre condition de mortels. Savoir que la vie a un terme a, en effet, des effets pratiques essentiels. Cela nous invite Ă en bien profiter. « Quand je pense Ă la mort, ce nâest pas pour mourir mais pour vivre » dĂ©clarait ainsi AndrĂ© Malraux. Il est certain que la croyance en lâimmortalitĂ©, Ă lâinve
Sun, 13 Jun 2021 - 15min - 17 - L'Instant Philo : Religion animiste et représentation du monde
Religion animiste et reprĂ©sentation du monde Illustration : MasqueYupik, tribu inuit animiste (MusĂ©e du quai Branly) Texte de l'Ă©mission : Lâinstant philo.                                                                                           Emission du 16 mai 2021                                Religion animiste et reprĂ©sentation du monde   Introduction  Une bande dessinĂ©e originale dâAlessandro Pignocchi intitulĂ©e Petit traitĂ© dâĂ©cologie sauvage  propose en trois tomes une sorte de fable plutĂŽt dĂ©concertante. Lâauteur imagine en effet un monde oĂč toute lâhumanitĂ© sâest convertie Ă la religion animiste des peuples dâAmazonie pour lesquels « les plantes et les animaux sont considĂ©rĂ©s comme des partenaires sociaux ordinaires »[i]. Pignocchi imagine ainsi un Donald Trump qui dĂ©serte les terrains de golf et les meetings pour se consacrer Ă lâobservation des belettes. Un François Hollande qui fait arrĂȘter son chauffeur, toutes affaires cessantes, pour faire une invocation Ă lâesprit du hĂ©risson qui vient dâĂȘtre Ă©crasĂ© involontairement. Enfin, un Vladimir Poutine qui annonce solennellement que le mariage avec des fruits et des plantes sera autorisĂ©. On le constate aisĂ©ment, cette bande dessinĂ©e nous place dans un univers complĂ©tement dĂ©calĂ© et utopique. Mais quel intĂ©rĂȘt de proposer une telle fiction ? Est-ce seulement une fantaisie faite pour nous distraire ? Et que faut-il entendre prĂ©cisĂ©ment par animisme ? Quâest-ce quâune telle religion qui nous semble dĂ©passĂ©e, dĂ©suĂšte et mĂȘme superstitieuse peut encore nous apprendre ? Lâanimisme, avec sa reprĂ©sentation du monde si particuliĂšre, peut-elle vraiment nous apporter quelques utiles Ă©claircissements en ces temps de crise Ă©cologique ? Une dĂ©finition de lâanimisme selon lâanthropologue Philippe Descola. Pour comprendre les enjeux de ce rĂ©cit de politique-fiction trĂšs Ă©trange que propose Alessandro Pignocchi, quelques prĂ©cisions sont nĂ©cessaires. Ce dessinateur a Ă©tĂ© trĂšs influencĂ© par un disciple de Claude LĂ©vi-Strauss, lâanthropologue Philippe Descola qui a notamment Ă©tudiĂ© les Achuar, un peuple animiste dâAmazonie. Quâest-ce que lâanimisme ?  « Lâanimisme est la propension Ă dĂ©tecter chez les non humains â animĂ©s ou non animĂ©s, câest-Ă -dire les oiseaux comme les arbres â une prĂ©sence, une Ăąme si vous voulez, qui permet dans certaines circonstances de communiquer avec eux. » dĂ©clare Philippe Descola. Les animistes estiment ainsi que tous les ĂȘtres sur terre partagent une mĂȘme intĂ©rioritĂ© constituĂ©e de pensĂ©es, de dĂ©sirs, de volontĂ©, de mĂ©moire, etc. En consĂ©quence de quoi demandes, priĂšres et invocations diverses peuvent ĂȘtre adressĂ©es indiffĂ©remment Ă un humain, un animal ou Ă une plante. On peut trouver dans Le seigneur des anneaux, ce roman de Tolkien qui Ă©tait fĂ©ru dâhistoire des religions et de mythologies, plusieurs illustrations de comportements animistes. A un moment par exemple, les hobbits traversent une forĂȘt dense et dangereuse et ils se retrouvent Ă nĂ©gocier et discuter avec des arbres pour trouver une issue favorable.   Une religion dĂ©passĂ©e ? Pour nous de toute Ă©vidence, une telle maniĂšre de concevoir les choses semble naĂŻve et mĂȘme superstitieuse. Il est facile et lĂ©gitime de pointer ici une illusion qui a pour nom anthropomorphisme â câest-Ă -dire une propension Ă accorder Ă un ĂȘtre qui nâest pas humain une forme et des caractĂ©ristiques humaines, en lâoccurrence une conscience et une pensĂ©e. On comprend dâailleurs mieux ainsi pourquoi la religion animiste a eu un tel succĂšs : imagine-t-on les hommes prĂ©historiques face Ă un monde dont la logique, faute dâavoir les explications scientifiques que nous dĂ©tenons, leur Ă©chappent totalement ? Face Ă bien des Ă©vĂ©nements terribles et terrifiants, ils font constamment lâexpĂ©rience de leur ignorance et de leur impuissance et pourraient ainsi sombrer dans un vrai dĂ©sespoir. Heureusement, le constat dĂ©sespĂ©rant auquel arrive leur intelligence peut ĂȘtre compensĂ© par une fabulation spontanĂ©e et protectri
Sun, 06 Jun 2021 - 12min - 16 - L'Instant Philo : Roi des animaux
Le roi des animaux Le roi des animaux                                        Lâinstant Philo, émission du dimanche 21 mars 2020 Quels sont les prĂ©tendants Ă la couronne ? Le lion Dans la fable intitulĂ©e LE LION S' EN ALLANT EN GUERRE, Jean De La Fontaine sâappuie sur le thĂšme classique du lion, roi des animaux : « Le Lion dans sa tĂȘte avait une entreprise. Il tint conseil de guerre, envoya ses PrĂ©vĂŽts,            Fit avertir les Animaux :Tous furent du dessein, chacun selon sa guise :           L'ĂlĂ©phant devait sur son dos           Porter l'attirail nĂ©cessaire,           Et combattre Ă son ordinaire ;           L'Ours s'apprĂȘter pour les assauts ;Le Renard mĂ©nager de secrĂštes pratiques ;Et le Singe, amuser l'ennemi par ses tours.Renvoyez, dit quelqu'un, les Ănes qui sont lourds,Et les LiĂšvres sujets Ă des terreurs paniques.Point du tout, dit le Roi ? Je les veux employer.Notre troupe sans eux ne serait pas complĂšte.L'Ăne effraiera les gens, nous servant de trompette;Et le LiĂšvre pourra nous servir de courrier. » La Fontaine se plaĂźt Ă montrer lâhabiletĂ© du fĂ©lin souverain Ă tirer le meilleur parti des autres animaux, ses vassaux. Façon indirecte de donner une leçon politique quâil formule ainsi : « Le monarque prudent et sageDe ses moindres sujets sait tirer quelque usage,           Et connaĂźt les divers talents.Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens. » Les autres prĂ©tendants au titre De nos jours, avec une morale et un style bien diffĂ©rents, les studios Walt Disney ont produit Le Roi lion. Cependant, force est de constater que pour le titre de « roi des animaux », il y a eu au cours de lâhistoire bien dâautres prĂ©tendants. Le roi des animaux dĂ©signe, en effet, l'animal sauvage qui est placĂ©, dans la dimension symbolique d'une culture, au sommet ou au-dessus de la faune connue. Câest habituellement lâanimal rĂ©putĂ© le plus fort â quâil soit prĂ©dateur ou non. Dans certaines rĂ©gions dâAfrique, ce fut ainsi pendant un temps lâĂ©lĂ©phant - roi plein de sagesse qui se caractĂ©rise par sa force tranquille car il nâutilise la violence quâavec grande parcimonie. Au royaume du Dahomey, le lĂ©opard a hĂ©ritĂ© du titre honorifique. Les souverains de cette contrĂ©e prenaient le nom de ce fĂ©lin. Il y a quelques annĂ©es encore, dans une autre rĂ©gion dâAfrique, le « lĂ©opard de Kinshasa » dĂ©signait le prĂ©sident Mobutu et ce dernier portait toujours une toque en peau de lĂ©opard â symbole de puissance. Sous dâautres latitudes, de façon plus surprenante, le Cerf est dĂ©signĂ© comme le roi des forĂȘts. Dans le film dâanimation japonais : Princesse MononokĂ© de Miyazaki, il est mĂȘme question du Dieu-Cerf, faiseur de montagne et esprit de la forĂȘt dans un contexte mĂ©diĂ©val explicitement animiste. Il est vrai que ce cervidĂ© gĂ©ant a de quoi surprendre et fasciner grĂące Ă son aspect mi-animal-mi arbre avec ses bois majestueux qui lui font comme un ramage sur la tĂȘte.    Enfin, on lâa bien oubliĂ© mais lâOurs brun au moyen-Ăąge Ă©tait vu comme le roi des animaux, notamment en Europe. Le prĂ©nom celte du roi Arthur signifie dâailleurs lâours.  Ce grand mammifĂšre des forĂȘts et des montagnes nâest dĂ©trĂŽnĂ© par le lion quâautour du XIIe, siĂšcle de Richard CĆur de Lion - sous lâinfluence de LâĂ©glise qui voit dans ce grand fauve un symbole chrĂ©tien et dans la fascination pour lâOurs, une rĂ©miniscence du paganisme. Michel Pastoureau a publiĂ© un ouvrage intitulé : Lâours, histoire dâun roi dĂ©chu qui dĂ©crit fort bien la vĂ©nĂ©ration que cet animal a pu susciter. Questionnement La liste pourrait ĂȘtre allongĂ©e ⊠Mais, quelle idĂ©e â me dira-t-on - de prendre pour thĂšme de rĂ©flexion lâexpression « le roi des animaux » ? La formule nâest-elle pas un peu naĂŻve ? Un peu confuse aussi ? Pourquoi pas une reine ? Comme les figures invoquĂ©es pour tenir ce statut sont toujours des ĂȘtres qui se caractĂ©risent par leur puissance et leur force, estimerait-on un peu vite quâune figure fĂ©minine est par principe exclue ? Ensuite, parler du roi des animaux, câest user dâ
Sun, 06 Jun 2021 - 14min - 15 - L'Instant Philo : Avec qui parle-t'on vraiment ?
Avec qui parle-t'on vraiment ? Lâinstant philo.          Avec qui parle-t-on vraiment ?         Texte de lâĂ©mission du 18/04/2021 Introduction Discussions et Ă©changes ont beau ĂȘtre au rendez-vous dans une journĂ©e, Ă la fin il est frĂ©quent que le sentiment de nâavoir vraiment parlĂ© quâĂ bien peu de monde - voire mĂȘme Ă personne, soit bien prĂ©sent. Force est de constater quâavoir un vrai dialogue oĂč sont Ă©changĂ©es des choses importantes grĂące Ă une Ă©coute rĂ©ciproque de qualitĂ© nâest pas si courant. Comment expliquer ce phĂ©nomĂšne ? Pourquoi avons-nous trop souvent lâimpression quâen dĂ©pit des nombreuses paroles qui ont Ă©tĂ© prononcĂ©es, bien peu de choses, en vĂ©ritĂ©, se sont dites ?  Parler pour ne rien dire ? Vacuité du propos et sophistique Plusieurs explications peuvent ĂȘtre avancĂ©es. Il y a tout dâabord des conversations superficielles. Ce sont des bavardages peu consistants dans lesquels on peut se complaire, bien quâils ne disent rien du rĂ©el. Il existe aussi une rhĂ©torique dont la force persuasive est, aux yeux de certains, un instrument de pouvoir. Dans lâantiquitĂ© grecque, les sophistes faisaient ainsi profession dâapprendre Ă parler de tout et Ă devenir capable de prendre lâascendant sur les autres. Les philosophes ont toujours bataillĂ© contre ces communicants sans vergogne qui privilĂ©gient la forme sĂ©duisante du discours Ă la profondeur de son contenu, la formule qui accroche â la punchline ! â Ă la vĂ©ritĂ© du propos. Plus proche de nous, Henri Bergson a forgĂ© une expression pour dĂ©signer lâindividu adepte de ce genre de discours, câest lâhomo loquax quâil prĂ©sente ainsi : « Nous mettons trĂšs haut lâintelligence. Mais nous avons en mĂ©diocre estime lâ« homme intelligent », habile Ă parler vraisemblablement de toutes choses. Habile Ă parler, prompt Ă critiquer. Quiconque sâest dĂ©gagĂ© des mots pour aller aux choses, pour en retrouver les articulations naturelles, pour approfondir expĂ©rimentalement un problĂšme, sait bien que lâesprit marche alors de surprise en surprise. Hors du domaine proprement humain, je veux dire social, le vraisemblable nâest presque jamais vrai.»[1] Ces discoureurs qui se paient de mots et brassent du vide, en usant dâune langue de bois adaptable Ă toutes les situations peuvent ĂȘtre heureusement identifiĂ©s et Ă©pinglĂ©s. Lâhumoriste Raymond Devos dans un sketch datant de 1979 sâamuse ainsi Ă imiter lâallocution politique dâun tel homo loquax : https://www.youtube.com/watch?v=hz5xWgjSUlk, de 1mn43 et 2mn 32. La fonction socialisante du langage Ajoutons que certaines discussions socialement importantes, on le sait, manquent cruellement de contenu : il sâagit dâĂ©changer quelques mots aimables et polis avec des voisins, des personnes dans la rue ou des collĂšgues. On parle de choses et dâautres, de la pluie et du beau temps â et ce nâest pas inutile, encore moins stupide. On parle alors certes pour ne rien dire de bien profond mais on ne parle pas pour ne rien faire. Dans la conversation ordinaire en effet, on prend contact, on fait connaissance, on sâapprivoise, on devient plus familier : on maĂźtrise mieux notre entourage : câest rassurant et humain. « Conversation signifie conservation » remarquait Bergson, en jouant sur les mots. Quelquâun avec qui on Ă©change quelques paroles banales, nâest plus cet inconnu chez qui reste toujours une part de dangereux mystĂšre. Les individus peu loquaces ou ceux qui ne causent Ă personne et ne disent mĂȘme pas « bonjour ! » sont mal vus. Ils suscitent la mĂ©fiance, font lâobjet de mĂ©disance, nourrissent bien des spĂ©culations. Ils ne bĂ©nĂ©ficient guĂšre de la solidaritĂ© du groupe en cas de difficultĂ©s car on estime, Ă tort ou Ă raison, quâils nâont pas fait lâeffort de dire ces quelques mots qui sont les « SĂ©same ouvre-toi ! » de la sociabilitĂ© minimale.  Il est donc important de prendre le temps dâĂ©tablir le contact avec les autres. Les linguistiques placent tous ces discours pauvres en contenu mais indispensables aux bonnes relations sociales dans la fonction p
Sun, 06 Jun 2021 - 14min - 14 - L'Instant Philo : La prise de conscience
La prise de conscience Lâinstant philo.                                      Emission du dimanche 21 fĂ©vrier 2021                                        La prise de conscience Le succĂšs un peu inattendu de la sĂ©rie dâArte « En thĂ©rapie » dont lâessentiel se passe dans un cabinet de psychanalyste montre lâintĂ©rĂȘt que nous portons actuellement aux exercices dâintrospection. Selon Freud, la mĂ©thode dâassociation libre des idĂ©es permet lâanalyse des aspects inconscients de notre subjectivitĂ©. Cette prise de conscience nous ouvre de nouvelles marges de manĆuvre et nous fait mieux comprendre les dĂ©sirs qui nous structurent en profondeur. Mieux connaĂźtre de façon sensible, les ressorts parfois cachĂ©s de notre personnalitĂ© permet dâagir, notamment dans nos relations avec les autres de façon plus Ă©clairĂ©e. On peut Ă©viter de la sorte scĂ©nario rĂ©pĂ©titifs et blocages. La prise de conscience nous libĂšre ainsi de lâemprise de lâinconscient.  Bonne nouvelle sans doute que cet engouement pour une Ćuvre de fiction qui met en avant un travail de retour sur soi, sans en dissimuler les difficultĂ©s et les ratĂ©s ! Lâagitation parfois superficielle du consumĂ©risme et le miroir aux alouettes de la sociĂ©tĂ© de spectacle nous dĂ©tournent souvent de ce qui se passe en nous. Et notre conscience peut sortir dâelle-mĂȘme sans pour autant devenir plus lucide sur le monde qui lâentoure, se tenant ainsi comme en suspens loin de tout, avec en plus parfois, lâillusion dâĂȘtre dans la normalitĂ©. La prise de conscience ne devient-elle pas dans ces conditions indispensable pour apprĂ©hender rĂ©alitĂ© extĂ©rieure et intĂ©rioritĂ© sur quoi notre perception habituelle des choses nous renseigne souvent si mal ? Lâinconscient dans tous ses Ă©tats. Selon Aristote, pour comprendre le bien, il faut saisir ce quâest le mal. Pour bien cerner la vĂ©ritĂ©, il est important de mĂ©diter sur son antonyme : lâerreur. Ainsi pour prendre toute la mesure de la question : « quâest-ce quâĂȘtre vraiment conscient ? », il faut se demander : « quâest-ce quâĂȘtre inconscient ? » Quand on dit dâune personne quâelle est inconsciente, cela peut signifier trois choses diffĂ©rentes. Nous avons dĂ©jĂ Ă©voquĂ© le sens psychanalytique Mais ĂȘtre dans un sommeil profond ou encore dans le coma, câest aussi « ĂȘtre inconscient ». SâĂ©vanouir, câest faire lâexpĂ©rience dâun Ă©cran qui sâĂ©teint subitement ; mieux câest ne plus rien percevoir. Mais avec le monde extĂ©rieur qui sâĂ©clipse, nous aussi, nous disparaissons. Tout sâarrĂȘte. Ceux devant lesquels nous nous sommes pĂąmĂ©s, ont devant eux un corps inerte et dĂ©sertĂ© par la personne qui y loge ordinairement. La perte de conscience est un Ă©tat finalement qui ressemble Ă la mort qui pour cela fascine, inquiĂšte et effraie.  Quand ensuite on sort du coma, on constate que la rĂ©alitĂ© qui nous entoure reprend ses formes progressivement. On retrouve, mieux, on reconstitue le monde.  Pour autant, ĂȘtre Ă©veillĂ© ne signifie pas encore ĂȘtre parfaitement conscient. Nous pouvons ĂȘtre dĂ©tournĂ©s en partie de ce qui nous entoure par des pensĂ©es qui nous renferment en nous-mĂȘme. Le malheur trop souvent retire le goĂ»t dâobserver le chatoiement du rĂ©el lĂ oĂč le bonheur pousse Ă dĂ©couvrir et Ă embrasser le monde. « Le monde dâun homme heureux est un autre monde que celui du malheureux[i] » notait le philosophe autrichien, Ludwig Wittgenstein. Art et Ă©largissement de la conscience selon Bergson MĂȘme sans ĂȘtre spĂ©cialement distrait par les soucis ou par quelque tendance Ă la rĂȘverie, notre perception opĂšre plus ou moins une sĂ©lection dans ce qui se prĂ©sente Ă elle en fonction des impĂ©ratifs de lâaction. Henri Bergson dĂ©clare ainsi dans son essai sur Le rire : « Vivre, consiste Ă agir. Vivre, câest nâaccepter des objets que lâimpression utile pour y rĂ©pondre par des rĂ©actions appropriĂ©es : les autres impressions doivent sâobscurcir ou ne nous arriver que confusĂ©ment. Je regarde et je crois voir, jâĂ©coute et je crois entendre, je mâĂ©tudie et je crois lire dans le fond de mon cĆur. Mais ce que
Sun, 06 Jun 2021 - 13min - 13 - L'Instant Philo : Mensonges et sincérité
Mensonges et sincĂ©ritĂ© Mensonge et sincĂ©rité                                                                                                  Lâinstant philo                                                                    Emission du 13/12/2020 Une confusion frĂ©quente. Quel est le contraire du mensonge ? La vĂ©rité ! Telle est la rĂ©ponse spontanĂ©e quâon obtient le plus souvent lorsquâon pose la question.   Pourtant, le dictionnaire nous indique clairement quâil nâen est rien. Le terme opposĂ© au mensonge est en effet la sincĂ©ritĂ© ou encore la franchise. La vĂ©ritĂ© se dĂ©finit habituellement par lâaccord de la pensĂ©e avec le rĂ©el. En clair, je suis dans le vrai lorsque ma reprĂ©sentation des choses correspond Ă ce qui existe. La sincĂ©ritĂ© elle, est un accord de notre discours avec notre pensĂ©e. On est franc quand on dit ce quâon pense. Toutefois quand on dit ce quâon pense, on peut ĂȘtre dans lâerreur qui est le contraire du vrai. Et si on est pris en flagrant dĂ©lit de propagation involontaire de quelque chose de faux, on peut prĂ©ciser quâon ne cherchait pas Ă tromper les autres mais simplement quâon se trompait. On Ă©tait dans lâignorance et non dans le dĂ©sir de manipuler. On le voit : une chose est donc la sincĂ©ritĂ©, autre chose la vĂ©ritĂ©. Une chose est le mensonge, autre chose lâerreur. VĂ©ritĂ© et erreur dĂ©signent la qualitĂ© dâun discours qui porte sur la connaissance du rĂ©el et relĂšvent dâun jugement scientifique. Mensonge et sincĂ©ritĂ© appellent plutĂŽt un jugement moral. On condamne la tromperie et on fait lâĂ©loge de la franchise. Nous avons donc affaire Ă deux couples de notions qui dĂ©crivent des rĂ©alitĂ©s de nature diffĂ©rente. Cette confusion qui nous conduit Ă considĂ©rer la vĂ©ritĂ© comme lâopposĂ© du mensonge semble donc clairement sans aucun fondement. Pourtant, cette confusion est si courante quâil y a de quoi sâinterroger. Dâautant que le langage ordinaire persiste et signe dans le brouillage des frontiĂšres. Le contraire de la vĂ©ritĂ© est en effet la faussetĂ© mais cette derniĂšre, comme on le sait, dĂ©signe autant le caractĂšre de ce qui est erronĂ© quâune attitude hypocrite et manipulatrice qui manifeste bien une absence de sincĂ©ritĂ©. Quelquâun Ă qui on ne fait pas confiance, on dit bien de lui quâil est « faux »  Cette confusion persistante peut-elle nous apprendre quelque chose ? Câest ce que nous aimerions examiner. Nâaurait-il pas, en effet, parfois quelque chose de faux dans la sincĂ©rité ? Et inversement, nây aurait-il, dans certains cas, une profondeur et vraie humanitĂ© dans le mensonge ? Lâambivalence du mensonge et de la sincĂ©ritĂ©. La morale commune considĂšre habituellement que la sincĂ©ritĂ© est une qualitĂ© et le mensonge un dĂ©faut tout Ă fait dĂ©testable. Il y a de trĂšs bonnes raisons Ă cela. Encore faut-il faire bien attention Ă ce quâune conception erronĂ©e de la franchise ne conduise pas Ă des discours irrĂ©flĂ©chis. Etre sincĂšre, câest dire ce que lâon pense certes mais comme le soulignait Montaigne[i], en son temps : « Il ne faut pas tout dire, car ce serait sottise. » On connaĂźt tous des personnes qui disent tout ce qui leur passe en tĂȘte et câest souvent pĂ©nible, parfois blessant, toujours un peu ridicule. La logorrhĂ©e, lâabsence de retenue et de pudeur, voire une  agressivitĂ© du propos mal contrĂŽlĂ©e montrent que la sincĂ©ritĂ© pour rester une qualitĂ© demande Ă ĂȘtre limitĂ©e et rĂ©flĂ©chie. Elle ne consiste pas Ă dire tout ce que lâon pense mais plutĂŽt Ă penser vraiment tout ce que lâon dit. Si on constate parfois avec honte que nos paroles ont dĂ©passĂ© notre pensĂ©e, câest que la vraie sincĂ©ritĂ© ne doit pas ĂȘtre confondue avec ces discours que nos passions en gĂ©nĂ©ral et, une spontanĂ©itĂ© mal inspirĂ©e, en particulier, nous font tenir de façon dommageable. Montaigne ajoutait : « Il ne faut pas dire tout ce que lâon pense car ce serait sottise : mais ce que lâon dit, il faut quâil soit tel quâon le pense, autrement câest mĂ©chancetĂ©. » Lâabsence de sincĂ©ritĂ© est donc pour lui condamnable. Le philosophe Emmanuel Kant v
Sun, 06 Jun 2021 - 13min - 12 - L'Instant Philo : L'imprévisible
L'imprĂ©visible Texte de l'Ă©mission : LâimprĂ©visible               « Lâinstant Philo »                 Emission du dimanche 24 janvier 2021 Sâil y a quelques temps on nous avait annoncĂ© quâune Ă©pidĂ©mie mondiale changerait profondĂ©ment les habitudes de tous les hommes sur terre, imposant un peu partout des confinements stricts, des couvre-feux et ralentissant lâensemble des activitĂ©s, nous aurions considĂ©rĂ© quâune telle affirmation relevait davantage dâun bon scĂ©nario de science-fiction ou dâanticipation â digne de la sĂ©rie Black Mirror â quâĂ une prĂ©vision sĂ©rieuse de lâavenir proche. Mais lâimprobable est devenu rĂ©el. Lâhistoire est pleine de ces coups de théùtre que personne nâavait vu arriver et qui changent durablement la donne. LâimprĂ©visible laisse partout son empreinte sur les Ă©vĂ©nements humains. Jusque dans nos existences individuelles, le hasard dâune bifurcation fait parfois tout changer, pour le meilleur comme pour le pire. LâimprĂ©visible peut en effet constituer une vĂ©ritable aubaine. Il est clair quâune existence oĂč tout serait prĂ©vu dâavance et sous contrĂŽle aurait de quoi susciter lâennui, voire mĂȘme un certain effroi. Reste quâen ce moment, lâimprĂ©visibilitĂ© se fait oppressante : avec les incertitudes liĂ©es Ă lâĂ©pidĂ©mie, combien de projets restent lettre morte ? Comment planifier mĂȘme dans un avenir proche ce que nous envisagions auparavant avec lâinsouciance de ceux qui avaient pris lâhabitude de compter sur la stabilitĂ© des choses ? Trop dâimprĂ©vu condamne Ă une certaine impuissance et nous arrime Ă un prĂ©sent sans grande perspective de rĂ©jouissances. Sommes-nous donc condamnĂ©s Ă voir apparaĂźtre une bonne partie des Ă©vĂ©nements dans nos existences comme des silhouettes Ă©tranges et fantomatiques qui surgissent de la brume sans quâaucun indice, ni signe ne les aient annoncĂ©? Une chose est certaine : ouvrir quelques pistes de rĂ©flexion sur cet imprĂ©visible qui occupe actuellement une plus si grande place dans nos vies, semble bien utile.  ImprĂ©visibilitĂ©, imprĂ©voyance et responsabilitĂ©. On surestime peut-ĂȘtre la puissance de lâimprĂ©visibilitĂ©. Cela fait quelques annĂ©es par exemple que les scientifiques estiment quâune des menaces Ă prendre trĂšs au sĂ©rieux pour lâensemble lâhumanitĂ©, ce sont les Ă©pidĂ©mies. Quelques-unes ont dĂ©jĂ causĂ© bien des ravages. Les zoonoses, ces infections qui se transmettent de lâanimal Ă lâhomme sont Ă lâorigine de prĂšs de 75% des maladies Ă©mergentes. AprĂšs le S.R.A.S, la maladie de Creutzfeldt Jakob, le virus Ebola, lâapparition de la covid 19 nâest donc pas totalement surprenante. Avec du recul, on estime que bien des Ă©vĂ©nements qui nous ont dâabord dĂ©concertĂ© Ă©taient en partie prĂ©visibles. Mais peut-ĂȘtre y-a-t-il une sorte dâillusion de lâaprĂšs-coup qui nous fait estimer rĂ©trospectivement plus conscients que nous lâĂ©tions ? Une chose est certaine : la cause dĂ©clenchante ainsi que lâaspect concret des Ă©vĂ©nements prĂ©vus restent imprĂ©visibles. Ces remarques nous conduit Ă nous demander : pourquoi, sâil Ă©tait envisageable de prĂ©voir une menace Ă©pidĂ©mique, nâavons-nous rien prĂ©vu pour amortir le choc â voire pour Ă©viter la catastrophe dont nous savons quâelle est liĂ©e Ă une expansion dĂ©raisonnable du territoire occupĂ© par lâhumain au nom du profit, qui nous place en promiscuitĂ© avec des animaux sauvages pouvant nous transmettre diverses maladies ? On remarque dâabord que dans la formule : « pourquoi si une pandĂ©mie Ă©tait prĂ©visible, nâavons-nous rien prĂ©vu ? » le verbe « prĂ©voir » a deux sens diffĂ©rents. Lâun dĂ©signe une connaissance qui trouve sa forme achevĂ©e dans la prĂ©vision scientifique. PrĂ©voir, câest connaĂźtre de façon assurĂ©e le futur. Par exemple, tout le monde sait que quelques mois aprĂšs la douceur et lâabondance de lâĂ©tĂ©, lâhiver arrivera avec ses difficultĂ©s. Dans la cĂ©lĂšbre fable de La Fontaine, « La cigale et la fourmi », la Cigale en fait lâexpĂ©rience qui,                                      « ayant chantĂ© tout l'Ă©tĂ©,  Se trouva fort dĂ©pourvue  Quand la bise fut v
Sun, 06 Jun 2021 - 12min - 11 - L'Instant Philo : Tolérance et laïcité
TolĂ©rance et laĂŻcitĂ© : Illustration Tableau d'Edouard DĂ©bat-Ponsan qui dĂ©crit aprĂšs la saint BarthĂ©lĂ©my, la sortie de Catherine de MĂ©dicis Ă la porte du Louvre Texte de l'Ă©mission TolĂ©rance et laĂŻcité                                                                    Les religions ont une face glorieuse : elles ont Ă©tĂ© civilisatrices, elles ont nourri lâesprit des hommes, inspirĂ© des Ćuvres marquantes dans tous les domaines de lâart et ont permis de faire advenir de grandes choses dans lâhistoire. Mais elles ont aussi une face obscure qui peut lĂ©gitimement nous faire trĂšs peur. Toutes les religions, sans exception, peuvent en effet sombrer dans le fanatisme et la violence. Les exemples ne manquent pas.  Si nous dĂ©sirons avoir une description Ă charge de tout ce que le christianisme a pu inspirer comme actions violentes, obscurantistes et liberticides, la lecture du TraitĂ© sur la tolĂ©rance de Voltaire est Ă©difiante. LâIslamisme â dĂ©formation intĂ©griste et assez rĂ©cente de lâIslam qui sâinspire notamment des Ă©crits de Sayeb Qotb1 - impose dans certains pays des normes de comportement parfois assez dĂ©lirantes et une morale sexiste et violente : les libertĂ©s et lâĂ©galitĂ© sont Ă©videmment malmenĂ©es. On sait Ă©galement que partout dans le monde, des individus se rĂ©clamant de cette mouvance commettent des meurtres et des massacres. En France, derniĂšrement un professeur dâhistoire-gĂ©ographie et des fidĂšles dans une Ă©glise catholique ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des conditions dâune rare brutalitĂ©. A Kaboul en Afghanistan, des islamistes ont tirĂ© Ă bout portant il y a une dizaine de jours de cela sur des Ă©tudiants qui avaient le tort dâaller sâinstruire. Au Cameroun, au Tchad et au NigĂ©ria, les fanatiques de Boko Haram â mouvement extrĂ©miste dont le nom signifie « lâĂ©ducation est pĂ©ché » - ont fait dĂ©jĂ plus de 30 000 victimes depuis 2009 dans cette partie de lâAfrique. Il est clair aussi, dans un autre genre, quâun film comme Kadosh dâAmos GitaĂŻ montre que les formes intĂ©gristes du judaĂŻsme nâont rien Ă envier aux autres formes dâextrĂ©misme religieux. Enfin, pour complĂ©ter ce rapide tour des horreurs humaines, on sait quâen Birmanie actuellement les Rohingyas sont persĂ©cutĂ©s, peuple qui a le tort aux yeux des intĂ©gristes bouddhistes dâĂȘtre diffĂ©rents et traditionnellement de confession musulmane.  Inutile de multiplier Ă lâinfini les exemples, on le voit les croyances religieuses peuvent faire peser des menaces trĂšs concrĂštes sur les libertĂ©s,  la paix civile, la justice et lâĂ©galitĂ© entre citoyens. TolĂ©rance et laĂŻcitĂ© constituent les deux grandes rĂ©ponses politiques Ă ces menaces. Elles sont toutes deux, des dispositifs qui cherchent Ă garantir une cohabitation pacifique dâindividus ayant des options spirituelles diffĂ©rentes au sein dâune sociĂ©tĂ© libre et juste. Il paraĂźt indispensable en ces temps troublĂ©s et confus de nous pencher sur leur sens profond et leur valeur irremplaçable.  Quâest-ce que La tolĂ©rance ?                 Pourquoi la tolĂ©rance ? Rappel historique. La nĂ©cessitĂ© de la tolĂ©rance se fait sentir lorsque plusieurs croyances â au moins deux â sâaffirment et finissent par entrer en conflit au sein dâune sociĂ©tĂ©. En Europe, lâaffichage de 95 thĂšses Ă Wittenberg le 31 octobre 1517 par un moine augustin nommĂ© Martin Luther, point de dĂ©part du protestantisme, va conduire Ă des affrontements sanglants entre catholiques et protestants. LâĂ©dit de Nantes signĂ© par Henri IV en 1598 est un Ă©dit de tolĂ©rance. Il visait Ă pacifier en France qui a connu les massacres de la Saint BarthĂ©lĂ©my les relations extrĂȘmement tendues entre catholiques et protestants. Avec lâĂ©dit de Versailles de 1787, autre « édit de tolĂ©rance », Louis XVI redonne aux Huguenots des droits et une protection quâils avaient perdus.  Quelques Ă©lĂ©ments de dĂ©finition TolĂ©rer, on le voit dans ces exemples, 1) câest accepter toujours avec une certaine rĂ©ticence finalement dâautres pratiques religieuses â souvent en conservant une religion officielle qui peut de n
Sun, 06 Jun 2021 - 12min - 10 - L'Instant Philo : La recherche du bonheur
La recherche du bonheur La recherche du bonheur     « Lâinstant philo », Ă©mission du dimanche 18 octobre 2020  « Tous les hommes recherchent dâĂȘtre heureux. Cela est sans exception ; quelques diffĂ©rents moyens quâils y emploient. Ils tendent tous vers ce but. Ce qui fait que les uns vont Ă la guerre et que les autres nây vont pas est ce mĂȘme dĂ©sir qui est dans tous les deux, accompagnĂ©s de diffĂ©rentes vues. La volontĂ© (ne) fait jamais la moindre dĂ©marche que vers cet objet. Câest le motif de toutes les actions de tous les hommes. JusquâĂ ceux qui vont se pendre. »[i]                                                          Cet extrait tirĂ© des PensĂ©es de Pascal souligne diverses choses de façon frappante. Tout dâabord, la recherche du bonheur est la chose au monde la mieux partagĂ©e. Personne nâĂ©chappe au dĂ©sir dâĂȘtre heureux â mĂȘme les gens les plus dĂ©sespĂ©rĂ©s. Ensuite, cette recherche peut prendre des figures trĂšs diffĂ©rentes et mĂȘme paradoxales : carriĂšre militaire, vie de libertinage, vocation religieuse et mĂȘme suicide. Cet aspect mortifĂšre de la recherche du bonheur que Pascal se plaĂźt Ă souligner tient Ă sa croyance religieuse : toute vraie satisfaction nous Ă©chappe sur terre qui est la vallĂ©e des larmes pour les humains marquĂ©s par le pĂ©chĂ© originel. Le vrai bonheur est en Dieu dans lâau-delĂ : quiconque croit pouvoir lâatteindre ici-bas se condamne Ă une grande dĂ©ception, voire au dĂ©sespoir. Si on Ă©carte cet acte de foi bien pessimiste dont lâexamen rationnel dâune question ne peut se satisfaire, ce que lâon peut retenir dans ce texte, câest quâil nây a pas une formule unique du bonheur, ni, par consĂ©quent, de chemin tout tracĂ© pour y arriver. La recherche du bonheur est une affaire Ă©minemment subjective et personnelle. Emmanuel Kant note dans La Critique de la Raison Pratique : "Ce en quoi chacun doit placer son bonheur dĂ©pend du sentiment particulier de plaisir et de peine que chacun Ă©prouve ; bien plus, dans un seul et mĂȘme sujet, ce choix dĂ©pend de la diversitĂ© des besoins suivant les variations de ce sentiment" Toute dĂ©marche pour accĂ©der au bonheur est donc une vraie aventure singuliĂšre qui demande Ă chacun de bien savoir ce quâil est, ce quâil veut et ce quâil peut en fonction de la situation concrĂšte dans laquelle il est placĂ©. DâoĂč les hĂ©sitations multiples que nous avons sur la marche Ă suivre. Pourtant, personne visiblement ne renonce Ă ce bonheur mal dĂ©fini dont la prĂ©sence Ă lâhorizon peut illuminer toute notre existence dâun soleil trompeur. Quand on part Ă la recherche du bonheur, ne sommes-nous pas en train de nous engager dans une entreprise finalement hasardeuse ? Une conception du bonheur bien propre Ă rendre malheureux. Le chemin qui mĂšne au bonheur nâest pas facile Ă trouver et, il est parsemĂ© dâembĂ»ches et de chausse trappes. Il y a en effet des reprĂ©sentations du bonheur qui, si nous les prenons pour argent comptant, sont bien propres Ă Â nous rendre malheureux, tant il est vrai que ce que nous avons en tĂȘte finit par avoir une grande influence sur ce que nous vivons. Prenons, la dĂ©finition du bonheur proposĂ©e par Emmanuel Kant : « Le bonheur, Ă©crit-il, est lâĂ©tat dans le monde dâun ĂȘtre raisonnable Ă qui, dans tout le cours de son existence, tout arrive selon ses souhaits et sa volontĂ©. » A premiĂšre vue, cette conception du bonheur semble acceptable. Quand dans notre vie, tout se passe selon nos dĂ©sirs, nous sommes effectivement heureux. Inversement, ĂȘtre malheureux, câest souffrir de ce dĂ©calage parfois cruel entre ce que lâon dĂ©sire de lâexistence et ce quâelle finit par nous offrir. Force est de constater, toutefois, que Kant avance une reprĂ©sentation maximaliste du bonheur comme satisfaction totale tout le temps de tous nos dĂ©sirs. Il accorde avec une certaine honnĂȘtetĂ© que la conception du bonheur quâil dĂ©fend est un idĂ©al de lâimagination. Mais il met la barre si haute que jamais nous ne serons en capacitĂ© de la franchir. Il est clair en effet que toutes nos aspirations ne peuvent p
Sun, 06 Jun 2021 - 14min - 9 - L'Instant Philo : Quelle définition de la nature pour une philosophie de l'écologie ?
Lâinstant Philo                                 Emission du 23 aoĂ»t 2020                                                                Quelle dĂ©finition de la nature pour une philosophie de lâĂ©cologie ? Face Ă la crise Ă©cologique, la pensĂ©e contemporaine est confrontĂ©e Ă un vrai dilemme. Dâun cĂŽtĂ©, elle voit bien que sous le nom de nature, les hommes dans la culture occidentale se sont forgĂ© des reprĂ©sentations qui parlent souvent plus de ce qui les prĂ©occupe que de lâunivers dans lequel ils sont objectivement placĂ©s. Faut-il dĂšs lors dĂ©construire cette notion de nature et lâabandonner comme le suggĂšrent certains auteurs ? Mais, dâun autre cĂŽtĂ©, comment lutter efficacement pour la prĂ©servation de la nature si on renonce Ă donner quelque crĂ©dit Ă cette expression ? Il faut espĂ©rer alors quâau-delĂ de lâopposition entre la nature naĂŻvement idĂ©alisĂ©e des anciens et lâimage que sâen font les modernes qui estiment que la nature est vouĂ©e jusquâĂ lâĂ©puisement Ă lâexploitation et Ă lâextraction de ses ressources, une autre reprĂ©sentation plus rĂ©aliste surgisse. Une reprĂ©sentation qui permettrait dâenvisager un rapport plus Ă©quilibrĂ© entre les hommes et leur planĂšte et qui dĂ©tournerait  lâhumanitĂ© de ses fantasmes de domination pour la replacer dans lâensemble des vivants. Des raisons de renoncer Ă cette notion de nature 1) Une nature vulnĂ©rable ? En projetant sur la nature, lors de la naissance de la science moderne, notre dĂ©sir de toute puissance, nous avons dĂ©rĂ©glĂ© toutes nos relations au monde. Certaines erreurs de jugement finissent, en effet, parfois par produire dans le rĂ©el des dysfonctionnements majeurs â surtout lorsquâelles concernent les conditions de la vie sur terre. Câest pourquoi chez quelques penseurs de lâĂ©cologie, une reprĂ©sentation de la nature affaiblie et vulnĂ©rable que les hommes doivent soigner et protĂ©ger est apparue. Tout se passe comme si la mĂšre nature protectrice des anciens sâĂ©tait, sous les coups de boutoir de la modernitĂ© qui lâa fait tomber brutalement de son piĂ©destal, transformĂ©e en une vieille femme fragile quâil faut aider Ă avancer dans lâexistence. Les visions les plus catastrophistes donnent mĂȘme le sentiment inquiĂ©tant dâĂȘtre au chevet dâune nature agonisante. Inversement, lâhomme, aveuglĂ© quâil est par ses fantasmes dâespĂšce dominante, semble se transformer en prĂ©dateur impitoyable. Et mĂȘme, dâune certaine façon, en parasite peu conscient visiblement dâĂ©puiser la terre dont il se nourrit. 2) Anthropomorphisme et anthropocentrisme Mais, quand nous concevons la nature Ă la maniĂšre dâune mĂšre nourriciĂšre ou dâune personne diminuĂ©e et vulnĂ©rable nous cĂ©dons Ă lâanthropomorphisme - cette tendance Ă donner systĂ©matiquement une forme humaine Ă ce qui nâest pas humain. Et en mĂȘme temps dans cette reprĂ©sentation, quand on considĂšre lâĂȘtre humain comme un enfant docile, comme un exploitant sans vergogne ou encore comme un infirmier au chevet dâune patiente, non seulement il est situĂ© Ă lâextĂ©rieur de la nature mais on lui confie Ă©galement alors un rĂŽle central.    Une doctrine alternative : Spinoza. Sâil y a bien un penseur qui permet de lutter contre le dualisme â la conception selon laquelle le monde est divisĂ© en deux domaines distincts : la sociĂ©tĂ© humaine dâune part, et la nature matĂ©rielle, dâautre part  - et de batailler contre lâanthropocentrisme - cette tendance narcissique de lâhumanitĂ© Ă se placer toujours au centre, câest bien Spinoza. Ce philosophe du XVIIĂšme siĂšcle propose en effet une doctrine alternative Ă celle de Descartes dont il connaĂźt trĂšs bien la pensĂ©e. Et Spinoza assurĂ©ment est une des grandes sources dâinspiration des contemporains qui cherchent Ă renouveler la conception de la nature.   Contre le dualisme tout dâabord, Spinoza pense la nature comme un grand tout dans lequel tout ĂȘtre vit, se dĂ©veloppe et sâaffirme. Deus sive nature. La formule latine peut ĂȘtre traduite ainsi : « Dieu et la
Sun, 06 Jun 2021 - 13min - 8 - L'Instant Philo : Pitié pour les animaux
« Lâinstant philo », Ă©mission du 20/09/2020                                      PitiĂ© pour les animaux !                                Introduction On a appris derniĂšrement, non sans une certaine stupĂ©faction, que depuis 50 ans prĂšs des trois quart des animaux sauvages ont disparu de notre planĂšte. Le chiffre vient dâĂȘtre fourni par le W.W.F., lâassociation australienne qui se prĂ©occupe de la protection de la vie sauvage. Face Ă une telle hĂ©catombe, on finit par parler dâune sixiĂšme extinction massive des espĂšces animales dont la particularitĂ© est dâĂȘtre causĂ©e par une des espĂšces prĂ©sentes sur terre : lâespĂšce humaine avec sa pĂ©tulante activitĂ© Ă©conomique, son essor technologique, et sa dĂ©mographie galopante. Les animaux dâĂ©levage ne sont pas en meilleure situation, mĂȘme sâils ne sont pas menacĂ©s de disparition : Ă©levage en batterie des poulets qui, devenus fous, finissent si leur bec nâest pas sectionné par sâentretuer ou sâentredĂ©vorer, ferme gigantesque oĂč bovins et porcs sont immobilisĂ©s et abrutis par des mĂ©dicaments dans un univers concentrationnaire : les exemples de traitements cruels sont multiples. Heureusement, pourrait-on se dire, les animaux de compagnie, eux, ont au moins une vie agrĂ©able mais câest oublier estime la philosophe Elisabeth de Fontenay, spĂ©cialiste de la question de lâanimal, que « la cruautĂ© envers les bĂȘtes est (âŠ) une violence banale, quotidienne, lĂ©gale : celle des atrocitĂ©s non passibles de sanctions. »[i] Alors, mĂȘme sâil existe quelques lĂ©gislations - en France, par exemple la loi de 1978 contre les actes de cruautĂ© Ă lâĂ©gard des animaux - force est de constater que lâanimal reste en droit un bien meuble, une chose qui appartient Ă un propriĂ©taire humain qui peut en faire presque tout ce quâil veut. Son statut juridique nâest pas vraiment protecteur. Par ailleurs, force est de constater que notre morale concerne principalement les relations entre humains. LâimpĂ©ratif : « tu ne tueras point ! » par exemple, ne sâest jamais appliquĂ© aux animaux de façon spĂ©cifique : tout au cours de lâhistoire, ils ont pu ĂȘtre ainsi chassĂ©s, sacrifiĂ©s et mangĂ©s. Alors face Ă cette insuffisance du droit et Ă lâhabituelle limitation de nos devoirs moraux au cercle des humains, nâest-il pas souhaitable de cultiver cette pitiĂ© Ă lâĂ©gard des animaux qui seul, peut-ĂȘtre, peut nous conduire Ă mieux les protĂ©ger. En tout cas, rester indiffĂ©rent aux traitements cruels infligĂ©s aux animaux et au recul spectaculaire de la biodiversitĂ© sur terre, semble difficile et peu souhaitable. Sens dâune pitiĂ© Ă©prouvĂ©e pour les animaux selon Rousseau. La sensibilitĂ© joue un rĂŽle indĂ©niable dans le dĂ©veloppement de notre personnalitĂ© morale, mĂȘme si on sent bien quâelle peut aussi nous Ă©garer. La pitiĂ© Ă©prouvĂ©e pour les animaux est un bon exemple de lâambivalence et lâambiguĂŻtĂ© de ce quâon peut nommer des sentiments moraux. Pour Jean-Jacques Rousseau, la pitié est un Ă©lĂ©ment constitutif de la psychologie morale. Et il estime que « la force de la pitiĂ© naturelle » est telle que les mĆurs les plus dĂ©pravĂ©s ont encore peine Ă la dĂ©truire. Comment dĂ©finit-il la pitiĂ© ? En lâhomme naturellement « il y a â Ă©crit-il -  un principe qui tempĂšre lâardeur quâil a pour son bien-ĂȘtre par la rĂ©pugnance innĂ©e Ă voir souffrir son semblable. » Quel rapport, me direz-vous, avec les animaux ? Câest que lâhomme est Ă©mu non seulement par la souffrance de ces congĂ©nĂšres mais aussi par celle des animaux qui lui ressemblent de quelque façon. Le sentiment de pitiĂ© dĂ©borde ainsi le cadre de lâhumanitĂ© et sâĂ©tend aussi sur les animaux comme les chiens, les vaches ou les singes dont on sait percevoir les Ă©motions et les ressentis. Pour Rousseau, la pitiĂ© constitue donc un frein naturel Ă la duretĂ© de lâĂ©goĂŻsme, aux excĂšs et aux cruautĂ©s dans lesquels lâhomme pourrait tomber notamment dans son commerce avec les bĂȘtes. La pitiĂ©, la modestie et lâhumilitĂ© Cette pitiĂ© rĂ©vĂšle Ă©galement, de façon sensible, aux yeux de notre philosophe, une sorte de c
Sun, 06 Jun 2021 - 14min - 7 - L'Instant Philo : La Nature : Fantasme ou Réalité ?
Lâinstant philo.       La nature : fantasme ou rĂ©alitĂ© ?            Emission du 26 juillet 2020 Quand on veut aborder philosophiquement la notion de « nature », on se heurte rapidement Ă quelques obstacles sĂ©rieux. Car il faut dâabord en donner une dĂ©finition gĂ©nĂ©rale â ce qui nâest pas du tout Ă©vident. Et au demeurant, quand on a rĂ©ussi Ă le faire, on sâaperçoit rapidement que ça ne suffit pas. En effet, diverses reprĂ©sentations de la nature se glissent subrepticement dans nos pensĂ©es et se disputent la prĂ©sĂ©ance. Si on veut vraiment tĂącher dây voir clair, il sâavĂšre alors indispensable dâexaminer de façon critique ces reprĂ©sentations souvent imaginaires qui nous influencent beaucoup plus quâon ne le pense. A tel point dâailleurs quâon peut mĂȘme finir par se demander si la notion de nature correspondrait vraiment Ă une rĂ©alitĂ© tout Ă fait identifiable. La nature ne serait-elle pas finalement une sorte de concept fourre-tout dans lequel bien des fantasmes de lâhumanitĂ© ont trouvĂ© refuge?                                                            Analyse gĂ©nĂ©rale. DĂ©finition gĂ©nĂ©rale LâhumanitĂ© a créé des objets techniques, des lĂ©gislations, des langues ou encore des Ćuvres dâart qui nâauraient jamais pu voir le jour sans elle. Mais les animaux sauvages, les  plantes, les montagnes, les continents ainsi que lâensemble des planĂštes et des galaxies  nâont jamais eu besoin des hommes pour apparaitre, pour mener leur bonhomme de chemin et parfois disparaĂźtre.[i] On voit par ces considĂ©rations simples que la nature dĂ©signe habituellement tout ce qui existe indĂ©pendamment des productions intentionnelles de lâhomme : la nature se distingue alors de lâartifice et de la culture. Elle se caractĂ©rise Ă©galement par son aspect englobant. La terre et lâunivers dans lesquelles nous vivons existaient bien avant nous et seront encore prĂ©sents quand toute trace de notre espĂšce se sera effacĂ©e. Enfin, la nature a sa propre logique : les lois naturelles ne se confondent pas avec les lois humaines. Valeur de cette notion ? Reste que lâhomme dĂ©tient la facultĂ© de pouvoir transformer en profondeur son milieu de vie. Et si beaucoup de personnes actuellement se rassemblent sous lâĂ©tendard de la « protection de la nature » - comme en tĂ©moigne ce quâon a appelĂ© « la vague verte » aux derniĂšres Ă©lections municipales en France â câest prĂ©cisĂ©ment parce que la modalitĂ© actuelle des interventions humaines sur son environnement finit par crĂ©er de graves problĂšmes. Ces derniers ont pour noms : pollution dĂ©vastatrice, changement climatique, et sixiĂšme extinction massive des espĂšces animales. Face Ă cela, le remĂšde le plus souvent avancĂ© consisterait Ă rééquilibrer la balance, Ă rompre avec une exploitation violente des ressources sur terre et Ă redonner plus de place Ă des logiques respectueuses de notre environnement. La conjoncture actuelle nous invite Ă adhĂ©rer spontanĂ©ment, on le constate, Ă une reprĂ©sentation positive de la nature. Pourtant, il existe des reprĂ©sentations concurrentes beaucoup plus critiques qui ont leur cohĂ©rence et dont lâexamen va nous conduite Ă approfondir la rĂ©flexion. Le poĂšte Charles Baudelaire montre ainsi avec brio quâon peut ĂȘtre trĂšs sceptique au sujet de certaines reprĂ©sentations trop Ă©logieuses de la nature. Voici ce quâil Ă©crit en1855 Ă un de ces collĂšgues :                       « Mon cher Desnoyers,               Vous me demandez des vers pour votre petit volume, des vers sur la nature, nâest-ce pas ? Sur les bois, les grands chĂȘnes, la verdure, les insectes, â le soleil, sans doute ? Maisvous savez bien que je suis incapable de mâattendrir sur les vĂ©gĂ©taux, et que mon ùme est         rebelle à  cette singuliĂšre religion nouvelle qui aura toujours, ce me semble, pour tout ĂȘtre   spirituel, je ne sais quoi de shocking. Je ne croirai jamais que l'Ăąme des Dieux habite dans les plantes, et, quand mĂȘme elle y habiterait, je mâen soucierais mĂ©diocrement et considĂ©rerais la mienne comme dâun bien plus haut prix
Sun, 06 Jun 2021 - 10min - 6 - L'Instant Philo : La loi du Talion
La vengeance et la loi du talion                                       « Lâinstant philo » du 28 juin 2020 Quand nous avons le sentiment dâavoir Ă©tĂ© maltraitĂ© et gravement lĂ©sĂ©, on dĂ©sire spontanĂ©ment que justice nous soit rendue. Il arrive parfois que la rĂ©paration Ă laquelle nous aspirons ne puisse ĂȘtre prise en charge par lâinstitution judiciaire Alors, il ne reste plus quâĂ se faire justice soi-mĂȘme. Et la loi du talion -« Ćil pour Ćil, dent pour dent ! » - est habituellement invoquĂ©e pour justifier notre dĂ©sir de vengeance. Pourtant, on assimile alors deux rĂ©alitĂ©s finalement bien diffĂ©rentes : dâun cĂŽtĂ©, la vengeance haineuse dont les effets peuvent ĂȘtre excessifs et dĂ©vastateurs et de lâautre, la loi du talion dont jâaimerais montrer quâelle est un principe de justice qui invite Ă trouver un Ă©quilibre entre crime et chĂątiment en vue de rĂ©gler les conflits qui pourraient envenimer les relations humaines. On sent bien toutefois que quand on affirme quâil faut distinguer la loi du talion de la vengeance, cela heurte un prĂ©jugĂ© trĂšs tenace : pourquoi avons-nous tant de mal Ă lever cette confusion ?                                                                                                                                       PrĂ©sentation gĂ©nĂ©rale  PremiĂšres formulations et sens gĂ©nĂ©ral La premiĂšre formulation de la loi du talion se trouve dans Le code dâHammurabi, texte juridique babylonien du dix-huitiĂšme siĂšcle avant notre Ăšre :                                                                   « § 196 : Si quelqu'un a crevĂ© un Ćil Ă un notable, on lui crĂšvera un Ćil. § 197 : S'il a brisĂ© un os Ă un notable, on lui brisera un os. § 200 : Si quelqu'un a fait tomber une dent Ă un homme de son rang, on lui fera tomber une dent. »                                            Quelques siĂšcles plus tard, la loi du talion trouve une autre expression dans l'Ancien Testament. AprĂšs les dix commandements, Dieu enseigne Ă MoĂŻse diverses rĂšgles de justice pĂ©nale concernant les coups et blessures dont celle-ci :« Si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, Ćil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brĂ»lure pour brĂ»lure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.» Exode, 21,22 La loi du talion rappelle toujours de façon trĂšs concrĂšte la nĂ©cessitĂ© de poser une Ă©quivalence raisonnable entre crime et chĂątiment. Il serait, par exemple, tout Ă fait inique de condamner Ă mort lâauteur dâun petit larcin. La loi du talion est donc bien un principe de justice qui, dans son souci de trouver une sanction bien proportionnĂ©e Ă la faute, sâoppose clairement Ă la vengeance dont la rĂ©action est bien souvent excessive. Câest pourquoi encore maintenant se faire justice soi-mĂȘme en France contrevient aux rĂšgles les plus Ă©lĂ©mentaires du droit. Le rĂŽle de la loi du talion dans les systĂšmes antiques de justice Une des fonctionsdâabord de ce cette loi du talion a Ă©tĂ© de donner un cadre plus acceptable Ă un systĂšme de justice antique dominĂ© par la vengeance.                                                                                                                                               Le philosophe Hegel remarque ainsi dans Les principes de la philosophie du droit : « Le chĂątiment prend toujours la forme de la vengeance dans un Ă©tat de la sociĂ©tĂ© oĂč nâexistent encore ni juges, ni lois. » Et plus loin, il prĂ©cise :                                                                                                                                                    "Dans cette sphĂšre de lâimmĂ©diatetĂ© du droit, la suppression du crime est sous sa forme punitive vengeance. Selon son contenu, la vengeance est juste, dans la mesure oĂč elle est la loi du talion. »                                     Hegel : Les principes de la philosophie du droit                                                                                                                             Hegel souligne en effet que la ven
Sun, 06 Jun 2021 - 11min - 5 - L'Instant Philo : Peut-on discuter sans se disputer ?
Peut-on discuter sans se disputer ? « Lâinstant philo » du 31 mai 2020              ThĂšme : Peut-on discuter sans se disputer ? Lâart du dialogue bien menĂ© selon Blaise Pascal LâĂ©tat dâexception dans lequel le confinement nous a placĂ©, a conduit, Ă tort ou Ă raison, Ă passer parfois sous silence certains sujets, Ă rendre plus difficile lâabord de certaines questions et Ă Â reporter Ă plus tard des discussions dont on se disait quâelles nâavaient pas trop leur place dans la situation. Une certaine libertĂ© de ton et de parole de nouveau Ă lâordre du jour avec le dĂ©confinement â ce dont on ne peut que se rĂ©jouir. Mais comment faire pour que les discussions qui vont pouvoir reprendre puissent ĂȘtre vraiment fĂ©condes et intĂ©ressantes ? Peut-on Ă©viter que nos discussions Ă©chouent sur les Ă©cueils habituels ? Je pense notamment Ă lâabsence dâĂ©coute rĂ©ciproque, Ă la farouche susceptibilitĂ© qui nous fait craindre dâĂȘtre contredit en public, Ă la vanitĂ© qui fait que nous dĂ©sirons toujours avoir le dernier mot, et de façon plus neutre, Ă la difficultĂ© que nous Ă©prouvons Ă saisir ce que les autres veulent vraiment dire quand leurs idĂ©es ne sont pas du tout les nĂŽtres. Quand on est en dĂ©saccord, peut-on arriver Ă discuter sans se disputer ? Comment peut-on sortir des impasses dans lesquelles nous mĂšnent habituellement les conversations du cafĂ© du commerce ? La tentation, en effet, quand on constate une divergence profonde des points de vue consiste le plus souvent Ă rejeter pĂ©remptoirement le discours des autres. Une rĂšgle simple pour bien mener un dialogue Jâaimerais aujourdâhui rĂ©flĂ©chir Ă lâattitude Ă adopter pour arriver Ă mieux dialoguer. Une des pensĂ©es de Blaise Pascal contient toute une rĂ©flexion sur lâart de la discussion dont on peut, je crois, sâinspirer avec bĂ©nĂ©fice.                Pascal, en son temps, au dix-septiĂšme siĂšcle, a dĂ©fendu la thĂ©orie de GalilĂ©e pourtant condamnĂ© par lâEglise. Il a  bataillĂ© contre la pensĂ©e libertine, dâun cĂŽtĂ© et, de lâautre, contre lâinfluence en thĂ©ologie des jĂ©suites. Autant dire que Pascal avait tout intĂ©rĂȘt Ă ĂȘtre rompu Ă un art de la conversation pleine de diplomatie, de finesse et de tact. DâoĂč cette PensĂ©e qui est la neuviĂšme dans lâĂ©dition Brunschvig. Il Ă©crit : « Quand on veut reprendre avec utilitĂ© et montrer Ă un autre quâil se trompe, il faut observer par quel cĂŽtĂ©, il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce cĂŽtĂ©-lĂ , et lui avouer cette vĂ©ritĂ©, mais lui dĂ©couvrir le cĂŽtĂ© pour oĂč elle est fausse. Il se contente de cela car il voit quâil ne se trompait pas et quâil manquait seulement Ă voir tous les cĂŽtĂ©s : or on ne se fĂąche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas sâĂȘtre trompé ; et cela vient de ce que naturellement lâhomme ne peut tout voir et de ce que naturellement, il ne peut se tromper dans le cĂŽtĂ© quâil envisage. » Lâobjectif de cette pensĂ©e de Pascal est clairement de proposer une mĂ©thode pour faciliter le dialogue et la recherche en commun de la vĂ©ritĂ©. Tout dâabord, Pascal tient compte de la susceptibilitĂ© de tout interlocuteur. Il indique quâil faut Ă©viter blesser inutilement celui avec lequel on nâest pas dâaccord. Le traiter dâignorant avec mĂ©pris ou suggĂ©rer lourdement quâil ne comprend vraiment rien est maladroit ! Lâindividu peut se braquer et ce serait normal. Mieux vaut souligner ce qui est pertinent dans son discours en prĂ©cisant nĂ©anmoins que dâautres aspects nâont pas Ă©tĂ© vus. « On ne se fĂąche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas sâĂȘtre trompé » Il reste Ă©videmment opportun de repousser lâinterlocuteur malhonnĂȘte dans les cordes. Toutefois, quand on a Ă faire Ă un discutant sincĂšre â ce qui arrive assez souvent tout de mĂȘme - il faut, selon Pascal, tĂącher de comprendre comment il prend les choses et ce quâil saisit du rĂ©el. Pour Pascal, il est rare que quelquâun qui sâexprime avec conviction ne dise strictement rien. Rares sont ceux qui sont totalement « à cĂŽtĂ© de la plaque » - pour reprendre une expression familiĂšre -  dĂšs l
Sun, 06 Jun 2021 - 12min - 4 - L'instant Philo : Désir et lassitude
DĂ©sir et lassitude Illustration : L'ennui, un tableau de Gaston de la Touche  Texte de l'Ă©mission : DĂ©sir et lassitude                             « Lâinstant philo »                       Emission du 3 mai 2020 Elle sâinvite de temps en temps, sans quâon lâait sollicitĂ©, dans nos occupations professionnelles ou privĂ©es, dans les familles, parmi les amis, entre les amants, au sein mĂȘme des relations les plus intenses et les plus Ă©mouvantes. Et, sans crier gare, elle sâinstalle parfois durablement et commence son impitoyable travail de sape. Elle peut ainsi dĂ©poser sa couche de poussiĂšre et de rouille sur le mĂ©tal des nouveautĂ©s les plus passionnantes. Elle finit par Ă©mousser la lame du dĂ©sir qui nous faisait trancher ces vieilles habitudes qui nous empĂȘchent dâavancer. Elle neutralise nos volontĂ©s de changer, nous paralyse, et tente de nous placer dans une vision dĂ©primante des choses. Elle met du gris sur les couleurs de lâexistence et rend fade tout ce qui mettait du piment dans notre vie. Bref, elle transforme le dĂ©sir en ennui, le passionnant en dĂ©solant, nos amours en tristes cohabitations. Pourtant son nom est plutĂŽt doux et caressant : elle sâappelle la lassitude. Peut-ĂȘtre est-elle le ver dans la pomme du dĂ©sir qui nous condamne ici-bas Ă lâennui et Ă la dĂ©ception â bref au malheur. Telle est, en tout cas, lâhypothĂšse qui peut paraĂźtre bien sĂ©duisante dâun certain pessimisme que nous aimerions examiner et critiquer.  Car cette reprĂ©sentation des choses aussi lucide puisse-t-elle paraĂźtre se rĂ©vĂšlera peut-ĂȘtre Ă lâanalyse rĂ©ductrice et ignorante du rapport bien plus complexe que le dĂ©sir entretient avec la lassitude et lâennui. La logique du dĂ©sir aux yeux des pessimistes Puisque nous avons le projet de critiquer la doctrine pessimiste, il est important dâexaminer ses arguments. Une dĂ©finition du dĂ©sir par le philosophe Leibniz, qui est nĂ© en 1646 et est mort en 1716  est bien utile pour commencer notre analyse. Elle est tirĂ©e des Nouveaux essais sur lâentendement humain. « LâinquiĂ©tude quâun homme ressent en lui-mĂȘme par lâabsence dâune chose qui pourrait lui donner du plaisir si elle Ă©tait prĂ©sente, câest ce quâon nomme dĂ©sir. » Tout dâabord, le dĂ©sir est prĂ©sentĂ© par Leibniz comme une « inquiĂ©tude ». Le terme ici nâest pas Ă prendre au sens psychologique qui renvoie Ă la crainte, au stress et Ă lâanxiĂ©tĂ©. Il faut le prendre au sens Ă©tymologique. LâinquiĂ©tude est littĂ©ralement lâabsence de quiĂ©tude, de tranquillitĂ© ou de repos. DĂ©sirer câest donc ĂȘtre agitĂ© intĂ©rieurement par quelques mouvements de lâĂąme et ĂȘtre conduit ainsi Ă intervenir sur le monde qui nous entoure. Lâhomme qui dĂ©sire nâest pas du cĂŽtĂ© du calme plat qui dĂ©finit parfois des pĂ©riodes de lâexistence oĂč lâon dit alors quâon est « tranquilles ». Leibniz nous rappelle donc que le dĂ©sir est principe dâaction et producteur de liens sociaux et affectifs.   Tout Ă lâopposĂ©, la lassitude est ce qui nous pousse souvent Ă interrompre une activitĂ© et, parfois, Ă sortir dâune relation. Elle est trĂšs proche de lâantonyme du dĂ©sir â Ă savoir lâaversion qui peut prendre la forme du dĂ©pit, de la haine, du dĂ©goĂ»t, parfois de lâindiffĂ©rence.  Cette nature de la lassitude si contraire au dĂ©sir peut finir par le miner de lâintĂ©rieur â comme le ver dans le fruit. On comprend dĂšs lors mieux la doctrine des pessimistes. Car la lassitude qui accompagne tous nos engouements comme son ombre malĂ©fique, semble bien vouer le dĂ©sir Ă un perpĂ©tuel et trĂšs rĂ©pĂ©titif Ă©chec. Arthur Schopenhauer, qui est le grand reprĂ©sentant du pessimisme philosophique au XIX siĂšcle peut ainsi Ă©crire dans Le monde comme volontĂ© et reprĂ©sentation : « Sans nous lasser, nous courrons de dĂ©sir en dĂ©sir ; en vain chaque satisfaction obtenue, en dĂ©pit de ce quâelle promettait ne nous satisfait point, le plus souvent ne nous laisse que le souvenir dâune erreur honteuse ; nous continuons Ă ne pas comprendre, nous recommençons le jeu des DanaĂŻdes[i] et nous voilĂ Ă poursuivre de nouveaux dĂ©sirs. » P
Sun, 06 Jun 2021 - 13min - 3 - L'Instant Philo : La Distraction
L'Instant Philo : La Distraction VivaCulture     Lâinstant philo      Emission du 5 avril 2020       ThĂšme : La distraction Un rĂ©sumĂ© par LĂ©a Beauchamps, Ă©lĂšve de classe prĂ©paratoire ECS de septembre 2019 Ă juin 2021au lycĂ©e François 1er du Havre de cette Ă©mission consacrĂ©e au thĂšme de la distraction Dans le contexte actuel, avec la pandĂ©mie mondiale, la distraction nous permet de nous dĂ©tourner de la situation stressante du confinement. En effet, nous avons besoin de nous distraire ou encore dâĂȘtre distrait. La distraction peut apparaitre sous deux formes : lâune est active et en ce sens la distraction consiste Ă se distraire câest-Ă -dire Ă se changer les idĂ©es, Ă se divertir. Lâautre est Ă la forme passive : la distraction consiste alors Ă ĂȘtre distrait. Ces deux formes sont trĂšs distinctes : Dans un premier temps, ĂȘtre distrait câest ĂȘtre amusĂ©, ĂȘtre divertie par dâautres personnes ou par un Ă©vĂšnement drĂŽle. Dans un autre sens, ĂȘtre distrait câest un Ă©tat dâinattention au prĂ©sent. Ce qui signifie que lâon a Ă©tĂ© happĂ© par une pensĂ©e qui nous rend absent temporairement Ă ce qui se passe. On peut donc lĂ©gitimement se poser la question : OĂč sommes-nous donc quand nous sommes distraits de cette façon ? Plusieurs rĂ©ponses : nous sommes dans nos pensĂ©es, nos souvenirs, dans nos rĂȘves. Dans tous les cas nous sommes ailleurs. Cette derniĂšre forme de distraction nous montre que nous sommes capables de nous tĂ©lĂ©porter en une autre dimension du rĂ©el (mais aussi sans doute une autre dimension du temps). Nous sommes donc dotĂ©s dâune capacitĂ© qui nous permet dâĂȘtre ailleurs, de nous Ă©vader du prĂ©sent, en bref dâĂȘtre distrait. Que pouvons- nous apprendre cet Ă©tat singulier de distraction ? PremiĂšrement si nous pouvons nous absenter de cette façon câest sans doute pour mieux nous rendre prĂ©sent Ă ce qui est absent de nos perceptions des choses extĂ©rieures, câest-Ă -dire pour mieux percevoir nos Ă©tats dâĂąme, nos idĂ©es, nos souvenirs ou encore nos projets. Pour rĂ©sumer, la distraction nous permet de mieux explorer nos pensĂ©es. Toutes ses rĂ©alitĂ©s internes peuvent, en effet, tant nous occuper que cela nous empĂȘche de nous prĂ©occuper de ce qui nous entoure. Câest pourquoi notre attention peut se dĂ©tacher du prĂ©sent pour se tourner vers le domaine de lâintĂ©rioritĂ©. Ătre distrait ce nâest donc pas du tout se retrouver dans un Ă©tat dâabrutissement ou de vide complet dans lequel la grande fatigue nous place parfois. Prenons lâexemple de la distraction de Socrate. Ce dernier explique quâun « dĂ©mon », de temps en temps, le mettait en arrĂȘt complet. Pour les grecs de lâantiquitĂ©, un dĂ©mon (daemon) est un ĂȘtre supĂ©rieur qui nâest pas nĂ©cessairement diabolique mais une sorte dâange gardien dont la fonction est de guider plus que de pervertir. Dans le Banquet de Platon on retrouve une description rapide oĂč Socrate suspend toute attention Ă ce qui lâentoure pour se plonger dans ses pensĂ©es. Dans ce passage il y a une mise entre parenthĂšse du monde extĂ©rieur qui rend possible une bonne exploration du riche contenu de notre intĂ©rioritĂ©. Cette intĂ©rioritĂ© est constituĂ©e de nos idĂ©es mais aussi de nos sentiments, nos dĂ©cisions et les reprĂ©sentations de notre imagination. Par consĂ©quent, on peut donc conclure quâil y a un lien trĂšs fort entre la distraction et lâimagination qui est la facultĂ© de rendre prĂ©sent (notamment sous forme dâimage) ce qui est absent dans ce qui nous entoure. Lâimagination nous rend donc aussi absent au prĂ©sent puisquâelle nous transporte dans une autre dimension du monde. De mĂȘme, nous pouvons faire dĂ©filer en nous lâimage dâune chose absente mais qui a existĂ©, il sâagit du souvenir. La mĂ©moire est en ce sens une sorte dâimagination reproductrice. Ătre distrait consiste donc Ă explorer notre pensĂ©e grĂące Ă lâimagination afin de percevoir tout un monde qui a disparu ou qui nâest pas encore apparu, voire mĂȘme tout un monde qui nâexistera jamais. La distraction nous enseigne donc quâil y a bien plus de choses dans notre intĂ©riorit
Sun, 06 Jun 2021 - 13min - 2 - L'Instant Philo : Peut-on parler d'une éthique contemporaine ?Sun, 06 Jun 2021 - 13min
- 1 - L'Instant Philo : Faut-il avoir peur de la technique ?Sun, 06 Jun 2021 - 16min
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