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Livre international

- 289 - Masculinité, valeurs traditionnelles et LGBTQ+ en Russie: l’enquête de Lukas Aubin dans «Le sexe de Poutine»
Dans la Russie de Vladimir Poutine, le pouvoir ne s'arrête pas aux portes de la chambre à coucher. Sexualité, famille, normes de genre : le Kremlin tente de contrôler l'intime au nom des valeurs traditionnelles. Dans son livre, Le Sexe de Poutine : genre, pouvoir et contre-culture en Russie(éditions Textuel), le chercheur Lukas Aubin décrypte cette guerre culturelle, devenue un véritable instrument de pouvoir et d'influence dans le monde entier. Sophia Khatsenkova l'a rencontré.
RFI : Je vais commencer en parlant du corps de Poutine lui-même. Le président russe a longtemps mis en scène un corps viril, sportif, parfois torse nu. Que voulait-il raconter à travers ces images ?
Lukas Aubin :Déjà, Vladimir Poutine s'inscrit complètement en opposition vis-à-vis de Boris Eltsine. Boris Eltsine a laissé dans la mémoire de beaucoup de Russes une image plutôt négative, parce que c'est l'image, en fait, d'un pays meurtri par les crises économiques. Et au milieu de tout cela, on avait Boris Eltsine qui était régulièrement alcoolisé dans des séquences politiques importantes. Et donc, Vladimir Poutine arrive. Il dit : « Avec moi, ce sera le retour de la verticale du pouvoir, ce sera le retour de la force ». Vladimir Poutine pratiquant des dizaines de sports différents, se mettant en scène, c'est en fait l'archétype de la Russie qui se redresse et qui va revenir sur le devant de la scène internationale. Son projet, c'est de remettre la Russie au centre du grand jeu géopolitique mondial.
Cette masculinité très démonstrative, très brute, traduit-elle une force réelle ou au contraire une forme de fragilité du pouvoir russe ?
Pour moi, c'est les deux. Quand vous vous accaparez la plupart des instruments politiques de votre pays, que ce soit les médias, que ce soit la police, les services de renseignement, vous avez entre les mains un arsenal hyperpuissant qui vous permet d'agir très vite, de pouvoir prendre des décisions très importantes, etc. Mais pour autant, c'est aussi la plus grande faiblesse, parce que tout ce pouvoir, il est construit autour de votre personne, et votre personne, qu'on le veuille ou non, elle est mortelle. Depuis le 24 février 2022, on aurait pu imaginer que Vladimir Poutine allait multiplier encore un peu plus les mises en scène sportives pour se montrer fort, etc. Et en fait, c'est l'inverse qui se passe aujourd'hui. Vladimir Poutine est plutôt en retrait, il semble plutôt isolé. Et donc cet isolement, je crois, traduit aussi cette faiblesse.
Passons maintenant au thème de la sexualité. Vous en parlez beaucoup dans votre livre. À quoi ressemble la vie des personnes LGBTQ+ en Russie aujourd'hui ?
Quand vous êtes LGBT+, quand vous êtes queer, vous êtes extrémiste dans le logiciel de Vladimir Poutine et des autorités russes. Alors aujourd'hui, vous avez trois possibilités. Soit vous continuez à essayer de vivre votre vie normalement, voire à militer, et auquel cas, vous rentrez dans un bras de fer directement avec l'État russe, soit vous vous cachez, vous supprimez cette partie de votre identité des réseaux sociaux et de l'espace public. Troisième possibilité, vous partez en exil, ce qui a été le cas de beaucoup de personnes LGBT+, de queers, de féministes depuis le début de la guerre évidemment, et même d'ailleurs avant.
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Et pourquoi est-ce que la lutte contre les droits LGBTQ+ est-elle devenue un outil aussi efficace de politique étrangère notamment ?
Je me suis intéressé à comment Vladimir Poutine utilisait cette rhétorique et comment il cherchait à l'exporter. Cette rhétorique, c'est quoi ? La Russie est la gardienne des valeurs traditionnelles. Elle est la gardienne de la famille nucléaire traditionnelle, de valeurs ancestrales, etc. Face à un Occident décadent, on dit en fait que cet Occident décadent est à combattre et qu'il faut justement trouver des relais à l'étranger pour pouvoir les combattre. Et donc ces relais, Vladimir Poutine les trouve notamment dans le « Sud global ». Ça peut être en Afrique, ça peut être en Amérique latine, ça peut être aussi en Asie. Le but de Vladimir Poutine, quand il fait ça, c'est de diviser. Et donc, diviser, ça suppose de diviser l'Otan et de diviser aussi l'Union européenne.
En quoi cette guerre culturelle permet-elle au Kremlin de justifier la guerre menée contre l'Ukraine ?
Vladimir Poutine, déjà, a cette idée très masculiniste. Il compare l'Ukraine à une femme à qui il faudrait imposer quelque chose. Donc il avait dit « que ça te plaise ou non, ma jolie, il faudra supporter. » Il dit ça deux semaines avant l'invasion russe de l'Ukraine. Il considère que l'Occident était en train d'avancer ses pions avant le 24 février 2022. En Ukraine, ses pions, ça passait par l'Otan. Il y avait un caractère militaire, mais qui avait aussi un caractère civilisationnel. Derrière cette guerre civilisationnelle, l'idée c'était que, globalement, l'Occident allait diffuser ses valeurs libérales pro-LGBT+ jusqu'en Ukraine. Un argument qu'il utilisait, en plus, pour justifier sa guerre et la vendre à sa propre population. Donc d'ailleurs, c'est pour ça qu'il dit toujours qu'il mène une opération militaire spéciale en Ukraine, mais qu'il fait une guerre politique à l'Occident. Et en fait, les mots sont très choisis et très importants. On est dans cette logique effectivement de civilisation et ça lui sert d'argument. La question LGBT+, ça lui sert d'argument pour attaquer l'Ukraine.
Le Kremlin peut-il durablement contrôler l'intimité ou est-ce précisément ce genre d'espace qui finit toujours par lui échapper ?
Je pense qu'à terme c'est toujours un espace qui échappe à n'importe quel dirigeant. Globalement, tous ces régimes autoritaires qui ont cherché à organiser l'intime, à contrôler les individus jusque dans la chambre à coucher, etc, tous ces régimes dans l'histoire, ils se sont effondrés. Quand on regarde les choses, parce qu'en fait, la plus grande force, c'est aussi la plus grande faiblesse de ces régimes. Vladimir Poutine, le jour où il cède le pouvoir, ou il meurt, ou pour X ou Y raison, bref, il n'est plus là, et bien c'est très délicat d'imaginer la suite. Donc on peut imaginer qu'il est en plein cœur de ce qu'on appelle l'hubris du pouvoir, que pour le moment, il s'accroche à cette guerre comme il s'accroche au Kremlin, à son poste. Et plus ça avance, moins il y a de successeurs potentiels. Donc on peut tout à fait imaginer que, à sa chute, il y aura de fortes turbulences en Russie et dans ce cas-là, peut-être que les corps reprendront leur liberté.
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Sat, 26 Sep 2026 - 288 - «Comprendre la question kurde», de Didier Billion
Dans son livre, le spécialiste du Moyen-Orient Didier Billion tente de répondre à une large question : « Qui sont vraiment les Kurdes ? » Ce peuple, dont la population est estimée à environ 50 millions de personnes, est dispersé entre quatre États voisins : Turquie, Iran, Irak et Syrie. Que ce soit dans la construction de la Syrie post-Assad, dans la lutte contre le jihadisme, dans l'opposition au régime iranien ou aux autorités turques, ils sont acteurs d'importants sujets régionaux. Mais contrairement aux idées reçues, ils ne forment pas un bloc homogène. Oriane Verdier en discute avec Didier Billion, conseiller spécifique de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
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Sat, 19 Sep 2026 - 287 - «Vivre avec la surveillance numérique en Chine», d'Ariane Ollier-Malaterre
En Chine, pays ultra-connecté, chaque paiement ou presque s'effectue en ligne, chaque échange passe par les réseaux sociaux, mais les communications sont censurées et scrutées de près par les autorités. Comment les 1,3 milliard de Chinois vivent-ils cette surveillance de leurs échanges, cette chape de plomb au-dessus de leur tête ? C'est la question que s'est posée la professeure de management à l'EDHEC Business School, Ariane Ollier-Malaterre. Dans son ouvrage publié aux éditions du CNRS, Vivre avec la surveillance numérique en Chine, l'autrice a multiplié les entretiens avec des Chinois pour comprendre quel est l'impact de la cybersurveillance sur leur état d'esprit. Une approche ouverte, loin des stéréotypes.
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Sat, 12 Sep 2026 - 286 - Céline Marangé explore «l'impérialisme et le revanchisme» russe dans «La guerre d'Europe a commencé»
La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine vise l'anéantissement d'un pays, la négation d'un peuple, mais aussi la révision complète de l'ordre de sécurité européen, selon l'essai percutantLa guerre d'Europe a commencé, publié aux éditions Les Arènes.
Dans son ouvrage, Céline Marangé, chercheuse à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire, revient sur les raisons profondes de la guerre en Ukraine et sur les menaces concrètes pesant sur le continent européen. La guerre a déjà commencé, sommes-nous prêts ? Une question centrale à laquelle l'autrice s'efforce de répondre.
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Sat, 05 Sep 2026 - 285 - Les écrivains aussi meurent en Ukraine dans «La guerre, ce sont les noms propres» d'Ariane Chemin
Raconter la guerre en Ukraine en retraçant la trajectoire de deux écrivains morts tragiquement sous les balles et les missiles russes : c’est ce que fait Ariane Chemin dans son livre La guerre, ce sont les noms propres, publié aux Éditions du sous-sol. La journaliste du Monde, qui a effectué de nombreux reportages en Ukraine depuis le début de l’invasion russe, il y a 4 ans et demi, raconte la raison pour laquelle les histoires des victimes de la guerre « doivent être sauvées à tout prix ».
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Sat, 29 Aug 2026 - 284 - «Epstein, les secrets de la filière française», de Frédéric Ploquin
Il y a quelques semaines, Daniel Siad, le rabatteur présumé du criminel sexuel Jeffrey Epstein, était retrouvé mort en banlieue parisienne, sans avoir jamais été entendu par les enquêteurs. Il était devenu l'une des figures du volet français de l'affaire Epstein. Des parties civiles ont, par la suite, dénoncé la « lenteur» de la justice française et assigné l’État français en justice pour « faute lourde ». Car la France était bien connectée à l'affaire Epstein, notamment par le Français Jean-Luc Brunel, star des agences de mannequins dans les années 1980 à Paris. C'est ce que raconte le journaliste d'investigation Frédéric Ploquin dans son livre Epstein, les secrets de la filière française, publié aux éditions Nouveau Monde.
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Sat, 22 Aug 2026 - 283 - «La face cachée de Kim Jong-un», de Cheong Seong-chang
Alors que la Corée du Nord a procédé à un nouveau tir de missile balistique en mer du Japon lundi 17 août peu avant le début de manœuvres conjointes américano-sud-coréennes baptisées « Ulchi Freedom Shield », Washington et Séoul s'exercent désormais à lutter contre une Corée du Nord - puissance nucléaire de facto - qui a aiguisé son arsenal de missiles capables de toucher le territoire américain et qui combat en Ukraine aux côtés de la Russie. Dans l'ouvrage La face cachée de Kim Jong-un paru aux éditions L'Atelier des cahiers, le chercheur sud-coréen Cheong Seong-chang montre comment le dirigeant nord-coréen a transformé son pays, et comment l'Occident a clairement sous-estimé ses capacités. Il répond aux questions de Joris Zylberman.
Sat, 15 Aug 2026 - 282 - Dans «Tekoha», Clara Chotil dessine le lien des peuples autochtones brésiliens à la terre
Dans sa bande dessinée Tekoha, l’autrice et illustratrice Clara Chotil raconte l'attachement profond à la terre du peuple guarani-kaiowa dans l’État du Mato Grosso do Sul. Elle met en lumière les blessures de la colonisation intérieure du Brésil dans la première moitié du XXᵉ siècle, ainsi que les combats menés aujourd'hui pour préserver un territoire et une culture. Ce récit, porté par des peintures à l'acrylique aux couleurs vives, est nourri de rencontres dans cette vaste région agricole et de l’histoire familiale de l’autrice.
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Sat, 08 Aug 2026 - 281 - «Géopolitique des mers et océans» de Marianne Péron-Doise
Flottes fantômes russes, navires espions chinois et pêche illégale… Nos océans sont devenus le prolongement des conflits terrestres. Comment reprendre le contrôle d'espaces maritimes de plus en plus militarisés et opaques ? Marianne Péron-Doise, directrice de l'Observatoire géopolitique de l'Indopacifique à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et autrice de Géopolitique des mers et océans aux éditions le Cavalier bleu, est notre invitée.
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Sat, 01 Aug 2026 - 280 - «Action humanitaire, le crépuscule des dieux ?» de Pierre Micheletti
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis se sont officiellement retirés de l'Organisation mondiale de la santé et ont brutalement réduit leurs financements destinés à l'USAID, l'agence américaine pour le développement international. Un désengagement qui fragilise de nombreuses ONG internationales, mais aussi les agences humanitaires des Nations unies ou encore la Croix-Rouge, ce qui met en danger plus de 200 millions de personnes directement dépendantes du soutien international. Pierre Micheletti, médecin de formation, président d'honneur d'Action contre la faim et membre du conseil d’administration de SOS Méditerranée, s'alarme de cette situation. Dans son ouvrage Action humanitaire, le crépuscule des dieux, il appelle à refonder le système de l’aide humanitaire.
Action humanitaire, le crépuscule des dieux ? de Pierre Micheletti, préface d'Elias Sanbar et Esther Duflot, postface de Nadine Machikou, publié aux éditions Un monde nouveau, 7 mai 2026, 212 pages, 14,90 euros.
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Sat, 25 Jul 2026 - 279 - «L'Europe dépendante, otage et proie» de Pierre Mirel
L'Union européenne, confrontée à la guerre et à la montée des populismes, a-t-elle encore des solutions à proposer ? Et si oui, lesquelles ? Ces deux questions sont au cœur de l'ouvrage L'Europe dépendante, otage et proie publié aux éditions de l'Harmattan par Pierre Mirel, ancien diplomate, directeur général honoraire de la Commission européenne et spécialiste des questions d'élargissement.
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Sat, 18 Jul 2026 - 278 - «Iran-Israël, la guerre idéologique», du chercheur Clément Therme
Iran-Israël, la guerre idéologique, c'est un ouvrage d'une actualité brûlante puisqu'il revient sur la guerre de ces derniers mois entre ces deux pays ennemis au Moyen-Orient. Ce livre, signé du chercheur Clément Therme, analyse les fondements de cette hostilité depuis la Révolution islamique de 1979. Un ouvrage publié aux éditions Tallandier.
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Sat, 11 Jul 2026 - 277 - «Donald Trump veut s’accaparer le 4-Juillet et imposer sa vision de l’Amérique», selon Agnès Delahaye
Ce samedi 4 juillet 2026, les États-Unis d'Amérique ont 250 ans. C'est le jour où tous les États-Uniens célèbrent en famille la déclaration d'indépendance de 1776 avec son message universel : « We, the people », « Nous, le peuple ». Cette indépendance appartient à tout le monde dans le pays. Tout le monde ? Pas sûr, à voir les célébrations organisées cette année par Donald Trump, qui tente de s'approprier le 4-Juillet pour imposer son récit national. À qui appartient le 4 juillet, publié aux éditions JC Lattès, c'est justement le titre de l'ouvrage d'Agnès Delahaye, professeure d'histoire et de civilisation américaine à l'université Lumière – Lyon 2.
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Sat, 04 Jul 2026 - 276 - «Le Vietnam ne veut plus être l'otage de rivalités internationales», selon Benoît de Tréglodé
En 40 ans d'ouverture économique, le Vietnam est devenu un autre pays : celui de la croissance économique galopante conduite par un capitalisme d'État aux mains d'un Parti communiste vietnamien qui a su maintenir son emprise sur le pays, sachant s'ouvrir sur l'économie pour éviter un effondrement à la manière de l'Union soviétique. Surtout le Vietnam est désormais tourné pleinement vers l'Asie, avide d'échapper à l'avilissement de la colonisation française aux fractures de la colonisation. Se pose aujourd'hui la question de la relation à la Chine, voisin incontournable. C'est ce que montre Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d’une nouvelle Asie, un ouvrage de Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l'Irsem, l'Institut de recherche de l'école militaire à Paris. Il répond aux questions de Joris Zylberman.
Le Viêt Nam en 100 questions. Au carrefour d’une nouvelle Asie est paru aux éditions Tallandier.
Sat, 27 Jun 2026 - 275 - «Le Royaume-Uni, une société libérale en péril» d'Aurélien Antoine
Mardi 23 juin marquera les 10 ans du Brexit, alors que le pays traverse une période de profond désenchantement politique. Entre répression des libertés publiques, défiance envers les institutions, montée de l'extrême droite, le Royaume-Uni serait-il devenu une société libérale en péril ? C'est la question que pose Aurélien Antoine, professeur des universités et spécialiste du droit des institutions britanniques, dans son nouveau livre Le Royaume-Uni, une société libérale en péril (éditions Odile Jacob), paru le 27 mai.
RFI : Dans votre livre, vous parlez d'une société libérale « en péril ». Qu'est-ce qui vous semble aujourd'hui le plus menacé au Royaume-Uni : l'État de droit, les contre-pouvoirs, les libertés publiques ?
Aurélien Antoine: Je commencerais plutôt par les libertés fondamentales. Certaines d'entre elles sont aujourd'hui particulièrement menacées au Royaume-Uni. Elles le sont d'abord par des mouvements d'extrême droite assez puissants, mais aussi par les partis de gouvernement. Les conservateurs ont porté des atteintes importantes aux libertés collectives, notamment à la liberté de manifestation, mais les travaillistes aussi, dans certains domaines.
L'exemple le plus frappant, c'est la profonde défiance à l'égard de l'Europe des droits humains, c'est-à-dire la Convention européenne des droits de l'homme. Elle semble aujourd'hui faire presque l'unanimité contre elle, quelle que soit l'appartenance politique.
Pourquoi cette défiance à l'égard de la Convention européenne des droits de l'homme ?
Elle a des racines anciennes. Le Parti conservateur, avant même de s'en prendre à l'Union européenne, était déjà assez hostile au système européen de protection des droits humains.
Le Brexit a un peu occulté cet aspect. Une fois le Brexit réalisé, les conservateurs, encore au pouvoir, se sont de nouveau attaqués très fortement à la Convention européenne des droits de l'homme et à la Cour européenne des droits de l'homme, accusée d'avoir une jurisprudence trop favorable aux migrants illégaux ou aux délinquants. C'est une caricature : l'analyse des décisions de la Cour ne va pas dans ce sens.
Mais avec la progression de l'extrême droite, dont le parti Reform UK autour de Nigel Farage, ces thématiques sont devenues centrales dans le débat public. Les travaillistes se lancent eux aussi dans une forme de « course à l'échalote » sur cette question, en remettant en cause l'influence prêtée à la Cour européenne des droits de l'homme.
Le 23 juin marquera les 10 ans du vote du Brexit. Quel bilan dressez-vous de ce séisme politique et sociétal ?
Le bilan est incontestablement mauvais. Il est mauvais d'un point de vue économique : les chiffres des différents organismes et institutions britanniques le montrent. D'un point de vue sociétal, le Brexit n'a fait qu'approfondir des fractures profondes, sociales et territoriales : entre le sud et le nord de l'Angleterre, mais aussi avec l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord.
Ces fractures existaient avant, mais elles se sont accélérées avec le Brexit. Celui-ci marque aussi une vraie rupture politique, avec une radicalisation des camps. On l'a vu du côté du Parti conservateur, qui n'en sort pas vainqueur aujourd'hui : il est morcelé et poursuit l'agenda de Reform UK, au point que certains parlent d'une substitution de Reform UK au Parti conservateur.
Le Parti travailliste n'est pas forcément en meilleure posture. Il connaît aussi de fortes contestations internes et a très mal négocié la période du Brexit. Il faut se souvenir de l'époque de Jeremy Corbyn (ancien chef des travaillistes, NDLR), qui ne suscitait pas l'adhésion de l'ensemble du parti.
Aujourd'hui, les partis classiques sont fragmentés, tandis que d'autres formations prétendent changer la vie politique en apportant des solutions simples, souvent simplistes, à des problèmes anciens, mais accélérés par le Brexit.
Le Brexit a-t-il révélé des fragilités anciennes du système britannique, ou en a-t-il créé de nouvelles ?
Il a confirmé des fragilités anciennes, notamment les inégalités. Il a accéléré la pauvreté dans certaines zones géographiques et chez certaines catégories sociales. Mais le Brexit n'est pas le seul responsable. Il y a eu la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient, et les effets délétères de la politique internationale des États-Unis de Donald Trump.
Le Brexit est un élément parmi d'autres, sans doute le premier, qui opère ce changement majeur et accélère les divisions. Ce qui est nouveau, c'est une forme de radicalisation de la vie politique britannique.
Lors des élections générales de 2024, cinq députés d'extrême droite sont entrés à Westminster. Cela peut paraître peu, mais c'est inédit. Reform UK est aussi entré au Parlement d'Édimbourg après les élections locales, ce qui est inédit, et il devient une force incontournable au sein du Parlement gallois.
Vous insistez sur le fait que ce n'est pas le régime politique qui est contesté par la population, mais plutôt l'élite gouvernante. Qu'est-ce qui a le plus abîmé la confiance des Britanniques envers leurs dirigeants ?
Ce manque de confiance est assez ancien. Pour une échéance proche, il faut revenir aux années 2000. Le Premier ministre Tony Blair, au moment de sa démission (en juin 2007, NDLR), a beaucoup pâti d'affaires qui le concernaient, mais aussi des mensonges liés à la guerre en Irak. Ce fut une grande rupture.
Ensuite, les crises se sont succédées. Dans des économies et des politiques mondialisées, les États subissent de plein fouet les crises mondiales. La crise des subprimes en 2008, dont on ne parle plus assez, a été déterminante dans l'aggravation de la situation économique, sociale et politique britannique. Elle a conduit à un tournant de rigueur très fort avec l'arrivée de David Cameron au pouvoir. Les conséquences de cette politique ont été telles que les inégalités se sont considérablement accélérées.
Pour tenter de sauver la mise, David Cameron a promis un référendum sur le Brexit afin d'attirer les voix du parti de Nigel Farage, qui s'appelait alors Ukip. Il y est parvenu, mais au prix d'une sortie de l'Union européenne à laquelle il était lui-même hostile.
Ce que l'on constate, c'est que les institutions, pour l'instant, tiennent. C'est donc d'abord un problème de classe politique. Mais le Brexit est à la fois une rupture et une forme de solde des insuffisances passées.
Vous soulignez aussi le rôle de la Chambre des lords et de la monarchie, deux institutions souvent perçues comme archaïques. En quoi ont-elles contribué à préserver l'équilibre démocratique ?
Cela peut paraître paradoxal. Pour la monarchie, je donnerais un exemple très récent : le discours de Charles III au Congrès américain fin avril. C'est une vraie leçon institutionnelle et démocratique.
La garantie de la survie de la monarchie au Royaume-Uni, c'est de préserver la démocratie. Cela peut sembler paradoxal, mais c'est la réalité. En période de crise, la distance et les discours apaisants viennent souvent davantage du monarque que de la classe politique. Cela a été particulièrement vrai pendant la pandémie de Covid-19, avec le discours d'Elizabeth II.
Quant à la Chambre des Lords, il faut comprendre qu'elle est aujourd'hui une assemblée d'experts. La démocratie peut dériver vers la démagogie, et il faut des gardiens contre cette démagogie. Les Lords qui travaillent réellement – les « working peers » – sont souvent au-dessus des partis. Ils produisent des analyses d'une grande qualité sur le système constitutionnel et sur les menaces que peut représenter telle ou telle volonté politique démagogique. Cette institution dispose d'une forme de distance vis-à-vis de la démagogie électoraliste.
Vous terminez votre livre sur une note plus optimiste, en évoquant la possibilité d'un Royaume-Uni de l'après « révolution conservatrice ». Quelles conditions faudrait-il réunir pour permettre un renouveau politique, démocratique ou sociétal ?
Il faut d'abord être convaincu que la démocratie fonctionne dans le respect des règles. Sinon, c'est la jungle. La démocratie, c'est le pluralisme, la liberté d'expression et le principe d'égalité.
Le pluralisme suppose une concurrence des idées, mais ce n'est pas la loi du plus fort. Pour éviter cela, il faut des règles. La liberté d'expression, c'est la même chose : toutes les positions peuvent être exprimées, mais elles ne doivent pas conduire à la haine de l'autre ou à la volonté de l'annihiler.
Quant à l'égalité, elle suppose que toutes les citoyennes et tous les citoyens soient en capacité de se forger une opinion, quelle que soit leur origine sociale ou leurs difficultés. L'État social est donc absolument indispensable à la réalisation d'une démocratie satisfaisante.
La démocratie, ce n'est pas seulement le vote et la loi de la majorité. Une démocratie évoluée va bien au-delà : elle nécessite le respect des règles, l'État de droit, mais aussi un État social fort, pour garantir aux citoyens le temps et les capacités nécessaires pour se consacrer à l'intérêt collectif.
On en est loin, et pas seulement au Royaume-Uni. Mon ouvrage utilise le prisme britannique, qui est l'objet de mes recherches, pour permettre au lecteur ou à la lectrice d'une société occidentale d'y voir aussi une image de sa propre société.
La crise britannique est-elle comparable à celle que traversent d'autres démocraties européennes, ou y a-t-il une spécificité britannique liée à son histoire et à son système parlementaire ?
Le régime britannique bénéficie d'un certain nombre de protections liées à son histoire, que d'autres démocraties n'ont pas forcément, ou ont de façon plus récente, donc moins « chevillée au corps » des citoyennes et des citoyens.
Cela ne veut pas dire que le Royaume-Uni est à l'abri de forces qui voudraient instaurer un régime autoritaire. Mais on peut identifier un certain nombre de facteurs de résistance liés à sa grande tradition parlementaire et démocratique.
Pour le reste, il y a évidemment beaucoup de points communs avec d'autres démocraties. Nous vivons encore dans des systèmes mondialisés. Le Royaume-Uni est à l'origine d'un système politique, le parlementarisme, qui est majoritaire en Europe. Les États-Unis se sont construits en opposition à la mère patrie britannique, mais avec un lien très fort avec elle. Le Royaume-Uni reste l'une des premières grandes démocraties européennes.
Quand le Royaume-Uni va mal, cela signifie que les autres démocraties ne vont pas bien non plus. Je pense naturellement aux États-Unis, à la France, mais aussi à l'Allemagne. Ces États entretiennent des liens historiques très étroits avec le Royaume-Uni. Ils restent de très grandes démocraties où est censé régner l'État de droit, et il est donc très important d'étudier leur évolution aujourd'hui.
Sun, 21 Jun 2026 - 274 - Kim Jong-un, «Le Grand successeur», de la journaliste néo-zélandaise Anna Fifield
Qui est réellement Kim Jong-un ? C'est la question à laquelle a tenté de répondre la journaliste néo-zélandaise Anna Fifield, dans son ouvrage Le Grand successeur publié aux Arènes. Une enquête sur l'un des dirigeants les plus secrets de la planète, doté de l'arme nucléaire et gardant la mainmise sur 25 millions d'habitants. Alors que le dictateur joue un rôle de plus en plus important sur la scène internationale, avec notamment la présence de ses soldats en Ukraine.
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Sat, 13 Jun 2026 - 273 - «Chine-Inde: La guerre des mondes», par Emmanuel Lincot
Éminent spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Chine contemporaine, Emmanuel Lincot est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Chine et ses rapports compliqués avec sa périphérie. Dans son nouvel essai Chine-Inde : La guerre des mondes, qu’il vient de publier aux éditions du Cerf, il analyse les rivalités géopolitiques croissantes qui opposent les deux géants d’Asie qui se font face, sur fond d’échanges et d’influences réciproques plurimillénaires.
RFI : Emmanuel Lincot, vous êtes sinologue de formation. Comment est né votre intérêt pour l’Inde ?
Emmanuel Lincot : L'Inde, moi, je l'ai rencontrée finalement sur le tard, par des voies de détours, puisque mes précédents travaux, durant ces dernières années, ont porté sur la Chine et ses périphéries, et notamment la Chine et le monde musulman, en particulier la Chine et l'Asie centrale. Et quand on s'intéresse à l'Asie centrale, on est amené naturellement, pour ne pas dire culturellement, à l'Inde. Tout simplement parce que l'une des grandes dynasties indiennes, les Moghols, a été fondée par Babur, qui était originaire de l'est de l'actuel Ouzbékistan, de la vallée du Ferghana. Donc, de fil en aiguille, évidemment, on est amené à se rencontrer d’une manière ou d’une autre.
Chine-Inde : La guerre des mondes, c’est le titre de votre ouvrage. Comment faut-il interpréter le trait d’union qui sépare les noms des deux pays sur la couverture ?
Pour le choix du titre, je n'y suis absolument pour rien. C'est mon éditeur, Jean-François Colosimo, que je salue d'ailleurs, qui a trouvé la bonne formule. Ce trait d'union, que vous soulignez, peut désigner à la fois des velléités sur le temps long de rapprochement entre deux grandes aires de civilisation et en même temps une séparation. Pour filer un peu la métaphore, on pourrait dire que ce trait d'union peut apparaître véritablement comme un mur, comme un barrage, celui de l'Himalaya en particulier, qui sépare ces deux énormes masses continentales. Et ce titre est suffisamment vaste et vague, effectivement, pour aborder des questions de géopolitique, mais aussi et surtout des questions liées à l'histoire culturelle. Bref, comment se représente-t-on l'Inde depuis la Chine sur la longue durée et réciproquement ? Et là, ça devient absolument fascinant parce qu'on s'intéresse aux lieux de mémoire, notamment aux monastères qui constituent véritablement un maillage et autant de fils d'Ariane reliant l'Inde à la Chine par le biais du Tibet, région majeure. Je pense aussi à de grandes figures intellectuelles telles que Salman Rushdie, Tagore, Gao Xingjian et bien d'autres encore.
Quels ont été les moments forts de cette histoire culturelle entre la Chine et l’Inde ?
Ça commence grosso modo avec l'émergence des routes de la soie qui furent des points de contact, des voies de passage. Quant au bouddhisme, ce fut un processus au très long cours. La disparition du Bouddha se situe au VIᵉ siècle avant notre ère, et il faut attendre officiellement le IIᵉ siècle de notre ère, c'est-à-dire huit siècles plus tard, pour que le bouddhisme fasse enfin son entrée officielle dans l'espace chinois. Puis, il va y avoir un fait géopolitique majeur qui survient au Moyen Âge : ce sont les invasions turco-musulmanes qui vont arrêter assez brusquement, justement, ces échanges spirituels et artistiques, mais momentanément, je dirais, parce que le lieu conservatoire de ces échanges, qui va réinterpréter le bouddhisme d'une manière tout à fait particulière, en insufflant une autre dimension spirituelle, c'est le Tibet précisément. Et le Tibet, géographiquement, il est au point d'articulation dans la région de l'Himalaya, entre le monde chinois et le monde indien précisément. Le Tibet – c'est l'une des thèses de ce livre – va très certainement redevenir un point majeur, sinon de confrontation, tout au moins d'échange d'une manière ou d'une autre, au vu de l'importance de cette région, reconnue par Pékin notamment. Le centre de gravité de l'Asie risque très certainement de se déplacer vers cette région où les enjeux sont majeurs. Sur le plan minier par exemple. On pense à l'exploitation du lithium, si important pour la fabrication de nos voitures électriques. Le Tibet est central aussi en matière de ressources en eau. Pratiquement tous les grands fleuves de l'Asie prennent leur source au Tibet. On peut dire que le Tibet est le château d'eau de toute l'Asie ou presque.
Quels souvenirs la mémoire collective chinoise garde-t-elle des échanges culturels sino-indiens ?
Le monde chinois et le monde indien ont été pendant très longtemps interconnectés. Ils le sont toujours fondamentalement, avec des lieux qui sont des points de cristallisation de ces mémoires collectives. En effet, et j'en mentionne un certain nombre dans ce livre, par exemple, en Chine même, vous avez la Grande pagode de l'oie sauvage, qui est un lieu majeur de l'histoire du bouddhisme, puisque c'est à ses pieds que le moine bouddhiste Xuanzang, de retour de l'Inde, a créé l'une des premières écoles de traductologie de textes d'abord écrits en langue indo-européenne, donc en sanskrit, vers le chinois. Ce lieu, précisément la Grande pagode de l'oie sauvage à Xi'an, ancienne capitale impériale de la Chine, a été, à partir de 2014, choisi par les autorités chinoises comme lieu de visite pour le chef de l'État indien, Narendra Modi. Mais depuis lors, pratiquement tous les chefs d'État étrangers s'y rendent. Alors ça, c'est assez intéressant aussi d'un point de vue de l'histoire du protocole communiste chinois. Jusqu'alors, on privilégiait la visite de la Grande Muraille. Et à partir de 2014, on privilégie un lieu de mémoire qui se veut davantage consensuel, davantage ouvert sur le monde. Et pas n'importe quel monde, au vu justement de la géographie chinoise, à l'ouest de la Chine, l'Occident de la Chine. Donc, évidemment, ça a du sens. Et réciproquement, les Indiens ont choisi par exemple le temple de Mahabalipuram, qui est un lieu majeur lié à la personnalité de Bodhidharma, mieux connu en Chine sous le nom de Damo, qui a lui aussi fait le lien entre les deux mondes.
Outre le Tibet, quels sont les principaux contentieux qui opposent l’Inde et la Chine aujourd’hui ?
Avec l'avènement du régime communiste en Chine et l'invasion par l'armée chinoise des hauts plateaux tibétains, eh bien, pour la première fois de leur histoire, la Chine va devenir la voisine de l'Inde, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. Et donc, à partir des années 1950, la partie indienne affirme la légitimité historique des tracés frontaliers qui avaient été décidés d'ailleurs par les Britanniques, la ligne Durand, la ligne McMahon, etc. Bon, sauf que les Chinois n'ont jamais reconnu justement ces tracés frontaliers, non seulement à l'époque impériale, donc à la fin du XIXᵉ siècle, sous la dynastie des Qing, mais non plus à l'époque républicaine et encore moins à l'époque actuelle, celle de la République populaire de Chine. Donc il y a un contentieux très important sur 3 800 kilomètres de frontière commune, ce qui est tout à fait considérable. Sans oublier des contentieux territoriaux, donc des disputes territoriales. L’Aksai Chin, par exemple, qui se trouve dans le prolongement du Ladakh, a été purement et simplement annexé par l'armée chinoise en 1962, au grand dam évidemment de l'Inde. New Delhi, quant à elle, revendique évidemment la restitution de ce territoire. La Chine, pour sa part, revendique la restitution de l’Arunachal Pradesh, situé dans le prolongement du Tibet donc. Il y a un passif très, très important qui présage du pire pour l'avenir.
Cet avenir est peut-être plus proche qu’on ne le pense. Croyez-vous que la question de la succession du Dalaï Lama, qui va se poser bientôt, pourrait voir une crise grave éclater entre les deux pays ?
Généralement, la question du Dalaï Lama est déconsidérée en Occident. On imagine que c'est peu important. Or pour nombre de peuples, qu'ils soient hindouistes, bouddhistes, le Dalaï Lama est considéré comme un dieu vivant. Donc, la question de sa succession, si l'on traduit cela en langage politique, va de toute évidence provoquer une crise, avec probablement une velléité tantôt indienne, tantôt chinoise, d'instrumentaliser chacune à son profit cette succession. Et le Dalaï Lama, il faut le rappeler, généralement, on n'a pas connaissance de ce fait qui est capital, est considéré aussi comme le chef spirituel des Mongols, par exemple. Donc on est très loin du monde tibétain et du monde indien a priori. Mais donc en retour, cela signifie une affaire politique tout à fait considérable aux yeux de Pékin, bien sûr.
La guerre des mondes est le sous-titre de votre ouvrage. Autrement dit, selon vous, une cohabitation pacifique entre les deux voisins demeure improbable dans l’état actuel de leurs relations ?
Elle sera très difficile, ça c'est clair. On est totalement sorti de cette vision irénique du rapprochement entre les peuples. Hélas, on peut le déplorer, mais c'est la réalité. On est dans un ordre bismarckien, c'est-à-dire avec le rappel de la souveraineté des États, la défense de leurs intérêts, avec peut-être des configurations neuves qui ont très certainement traversé l'esprit des dirigeants. On pense notamment à un rapprochement « Chine, Russie, Inde » qui n'est pas un projet totalement farfelu, parce que la Russie reste encore la matrice idéologique d'une grande partie de l'élite indienne, mais aussi de l'élite chinoise. Cette tripolarité me paraît invraisemblable, mais néanmoins, on y pense, c'est tout à fait évident. Et donc clairement, vous avez là tout simplement les trois quarts du monde ou presque, qui sont représentés à travers cette tripolarité, qui feraient idéalement contrepoids, évidemment, à l'Occident. En tout cas, on ne va pas du tout dans le sens d'un apaisement des relations, bien au contraire, hélas !
Sat, 06 Jun 2026 - 272 - «Surveiller et punir en Chine», de Jean-Philippe Béja
En ce moment, Xi Jinping se place au centre du jeu diplomatique mondial en pleine guerre en Ukraine. Le dirigeant suprême de la Chine se pose en acteur responsable et stable sur la scène internationale et on ne parle plus dans les médias du système politique chinois, qui repose sur la surveillance et un système d'enfermement très diversifié qui étouffe la société civile. En cette année 2026, qui marque les 60 ans du déclenchement de la Révolution culturelle par Mao Zedong, l'ouvrage du sinologue Jean-Philippe Béja - directeur de recherche émérite au CNRS/CERI - tombe à pic : Surveiller et punir en Chine, Laogai et technosurveillance de 1946 à nos jours, paru aux éditions de La Découverte.
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Sat, 30 May 2026 - 271 - «Le regard sur les pays baltes a changé», selon la chercheuse Céline Bayou
Ils sont, à ce jour, les seuls pays issus de l'ex-URSS à avoir rejoint l'Union européenne et l'Otan. Les trois États baltes – l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie – font pourtant face, depuis l'invasion de l'Ukraine, à ce qu'ils considèrent comme une menace existentielle : celle que fait peser la Russie de Vladimir Poutine sur leur indépendance et leur souveraineté.Les Pays baltes face à la menace russe, c'est le titre de l'ouvrage publié aux éditions Tallandier par Céline Bayou, chercheuse à l'INALCO.
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Sat, 23 May 2026 - 270 - L'histoire orale de la prison politique pour les femmes en Espagne à la sortie de la dictature
La prison politique n’a jamais été un monde neutre. Elle est traversée de rapports de genre et c’est précisément ce que met au jour Irène Gimenez dansPrisonnières politiques en Espagne. Fin et sortie de dictature, publié aux éditions du CNRS. Son livre s’attarde sur une génération née dans l’ombre de la guerre d’Espagne, politisée dans la fièvre des années 1968 et passée par les geôles du franquisme finissant.
C’est une enquête dense, charpentée, nourrie de récits rares. On y entre par le quotidien carcéral – ses routines, ses humiliations, ses violences – jusqu’aux formes de torture. Mais ce qui affleure surtout, c’est autre chose : des pratiques d’auto-organisation, des chaînes de solidarité, des amitiés politiques qui tiennent debout quand tout vacille. Une contre-histoire de la prison, racontée depuis celles qui l’ont traversée. En creux, c’est aussi une lecture de la transition démocratique espagnolequi se dessine… car derrière la sortie officielle de la dictature, certaines logiques – notamment dans le cadre de la lutte antiterroriste – prolongent des structures héritées de la dictature.
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Sat, 16 May 2026 - 269 - Dans «Une voix pour la liberté», Bahareh Akrami dessine Toomaj Salehi, rappeur iranien en résistance
En septembre 2022 en Iran éclatait le mouvement de révolte Femme Vie Liberté contre le régime de la République islamique. Dans la bande dessinée Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance,parue chez Delcourt, la Franco-Iranienne Bahareh Akrami retrace le parcours de l'une des figures du mouvement, le rappeur Toomaj Salehi. Alors que l'Iran vient de traverser un nouveau mouvement de protestation historique, dont la répression a fait des milliers de morts, un mouvement suivi de l'agression américano-israélienne censée renverser le régime, l'autrice continue de lutter pour faire entendre la voix de ses concitoyens.
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Sun, 03 May 2026 - 267 - Plongée dans l'histoire américaine avec le roman «America 250: Une histoire graphique des États-Unis»
Les États-Unis commémoreront, en juillet 2026, le 250e anniversaire de leur indépendance. À cette occasion, l'essayiste et politologue Romuald Sciora, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a sorti avec le dessinateur Bastien Bertine un roman graphique qui retrace l'histoire des États-Unis. America 250 : Une histoire graphique des États-Unis, publié aux éditions Point Nemo, se veut une grande fresque qui va du génocide des Premières nations à la naissance d'une hyperpuissance mondiale, tout en posant un regard sans concession sur l'Amérique contemporaine : ses institutions fragilisées, sa démocratie en danger, ses fractures sociales grandissantes. À l'occasion de la sortie du premier tome, intitulé Né dans le sang, Romuald Sciora, l'auteur, est à notre micro.
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Sat, 25 Apr 2026 - 266 - «Les ruines et la lumière», le témoignage bouleversant du curé de Gaza
Les ruines et la lumière, c'est le témoignage bouleversant du père Gabriel Romanelli. Au début de la guerre à Gaza, alors qu'il se trouve à Bethléem, il va tout faire pour retourner auprès de ses paroissiens gazaouis, au moment même où l'enclave palestinienne étouffe sous les bombes israéliennes. Paru aux éditions du Rocher, ce livre a été co-écrit par le père Gabriel Romanelli, qui dirige la paroisse de la Sainte-Famille dans l’enclave palestinienne, et le journaliste Guillaume de Dieuleveult, envoyé spécial permanent du Figaroà Jérusalem de 2021 à 2025.
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Sat, 18 Apr 2026
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