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Reportage France

- 1071 - Un Karaoké géant pour célébrer le retour de Céline Dion a enflammé la scène du Grand Rex à Paris
Six ans qu’on l’attendait, six ans d’absence marqués par la maladie. mais Céline Dion est de retour sur scène. La chanteuse québécoise, atteinte du syndrome de l’homme raide, donnera demain son premier concert parisien à la Plénitude Aréna, devant 40 000 spectateurs. Coup d’envoi d’un marathon avec seize concerts d’ici la fin de l’année. Pour les dix autres concerts prévus en mai 2027, les billets se sont arrachés en quelques heures. Les fans affluent du monde entier, avec des retombées économiques considérables. La chanteuse québécoise occupe une place unique dans le cœur des Français : ses chansons accompagnent leurs histoires d'amour, leurs fêtes ou leurs peines. Reportage à Paris, au Grand Rex, où un karaoké géant organisé cette semaine a réuni plusieurs générations de fans.
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Fri, 11 Sep 2026 - 1070 - Bayeux privée de sa Tapisserie: «C'est comme si on perdait un membre de la famille»
C'est un signe de confiance et d'amitié entre deux voisins : depuis ce 10 septembre 2026 et jusqu'en juillet 2027, la célèbre Tapisserie de Bayeux, qui raconte la conquête d'Angleterre par les Normands, est exposée à Londres. C'est la première fois que cette broderie traverse la Manche, un voyage rendu possible par un prêt consenti par le président français Emmanuel Macron. À Londres et dans les cercles diplomatiques, on se félicite que le projet ait abouti. Mais à Bayeux, habitants et commerçants se sentent dépossédés.
« Quand on est de Bayeux, la Tapisserie, on grandit avec, on va la voir à l'école, tout le monde en parle, et puis on voit les touristes défiler toute l'année. » C'est avec amertume et presque nostalgie que Mathis Laîné, salarié au sein du restaurant du Moulin de la Galette à Bayeux, parle de cette célèbre broderie millénaire. Profitant des travaux nécessaires au musée de la Tapisserie de cette cité normande de 13 000 habitants, le président françaisEmmanuel Macrona consenti un prêt historique au Royaume-Uni. Conclusion : voilà Bayeux privée de sa tapisserie… et de la précieuse manne financière qu'elle représente.
Des commerçants dépités
Le restaurant de Mathis Laîné est situé juste en face de la sortie du musée de la Tapisserie. À la fermeture de ce dernier, la sentence a été immédiate : « On a tout de suite constaté une baisse de la fréquentation. Le midi, cela représente 20% de chiffre d'affaires en moins, et le soir, on a une baisse d'au moins 10% », souligne avec inquiétude le jeune homme. Un manque à gagner à court terme, mais aussi pour le reste de l'année. « Depuis toujours, on vit l'hiver avec ce qu'on gagne l'été, soupire Mathis Laîné. C'est en ce moment que ça se joue, pour notre survie pour la suite ! »
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À quelques centaines de mètres de là, au bar-tabac et magasin de souvenirs le Balto, même bilan. « On voit bien qu'il y a moins de touristes que d'habitude !», déplore Marie-Laure Lamare, gérante depuis dix ans de cet établissement, et qui ne décolère pas. « D'habitude, sur les trottoirs, ça parle toutes les langues, l'anglais beaucoup, on se demande même si on est bien en France ! Depuis qu'il n'y a plus la Tapisserie, ça n'a rien à voir, c'est beaucoup plus calme... » Sur son comptoir, les cartes postales et autres magnets à l'effigie de la célèbre broderie prennent la poussière : « J'avais pourtant commandé très peu de souvenirs cette année et, malgré tout, je n'ai quasiment rien vendu. C'est simple : les touristes n'ont pas vu la Tapisserie, ils n'achètent pas ! »
Un symbole en moins pour la ville
Mais Bayeux sans la Tapisserie, ce n'est pas qu'un manque à gagner pour la ville : c'est aussi une part de son identité en moins. Dans le centre-ville, des dizaines de touristes écoutent la berceuse chantée par les cloches de la cathédrale. Un petit groupe d'entre eux se réunit devant Estelle Isidor-Leroux, guide-conférencière. « Si je vous dis Bayeux, à quoi pensez-vous en premier ? », interroge celle-ci. Comme de coutume, la réponse est évidente : « La Tapisserie !»
Pour cette native de Bayeux, voir ce morceau du patrimoine partir a été un vrai crève-cœur. « C'est comme si j'avais perdu un membre de ma famille », assume ce personnage pétillant. « Et puis, ajoute-t-elle, en tant que professionnelle du tourisme, il a vraiment fallu réfléchir à l'offre que l'on allait proposer en attendant le retour de la Tapisserie. »
Comment faire vivre la grande absente ? À force de réflexion, une solution a été trouvée : Estelle Isidor-Leroux anime désormais des visites retraçant les pérégrinations de la Tapisserie dans la ville au cours de son histoire ; tandis qu'un des musées locaux propose une exposition sur sa conservation à travers les âges. D'ici l'hiver, la mairie prévoit même de lancer une « expérience immersive » destinée à faire plonger les visiteurs au cœur de la tapisserie.
Les institutions locales se montrent confiantes
Sourire ultra-bright et chemise impeccable, le directeur de l'office de tourisme intercommunal, Didier Llorca, se montre confiant et jovial. « Évidemment que la fermeture du musée de la Tapisserie a un impact sur les commerces. Et heureusement ! s'amuse-t-il. Sinon, cela voudrait dire que la fermeture d'un lieu qui fait 500 000 entrées par an n'a aucune influence sur la vitalité du centre-ville. Ce serait cela, la véritable anomalie. » Mais, pointe-t-il, « Bayeux n'a pas mis tous ses œufs dans le même panier. »
Fait rare dans cette partie de la Normandie, son centre-ville a été totalement épargné des bombardements pendant le Débarquement, en 1944. Alors, raconte Didier Llorca, on vient à Bayeux « pour découvrir une ville médiévale d'époque », en plus de la tapisserie et de la cathédrale, mais aussi « et peut-être surtout » pour « se rendre sur les plages du Débarquement ».
Autant d'éléments qui rendent Didier Llorca serein : « On peut tout à fait supporter, même pendant une période longue de deux ans, la fermeture d'un musée comme celui de la Tapisserie. » D'autant que les chiffres avancés par la mairie semblent lui donner raison : d'après la ville, le musée de la Tapisserie ne représente que 20% du tourisme à Bayeux, contre 80% pour la cathédrale et les plages du Débarquement.
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Thu, 10 Sep 2026 - 1069 - Agriculture et canicule: pour anticiper les fortes chaleurs, les céréaliers expérimentent [3/3]
Les cultures de maïs européennes ont été ravagées par les sécheresses à répétition de cet été caniculaire. La France est loin d’être épargnée, d’après l’Association générale des producteurs de maïs, presque la moitié de la récolte de maïs en grain est inutilisable cette année. Alors pour anticiper les prochaines canicules, certains céréaliers expérimentent en apprivoisant une plante issue d’Afrique subsaharienne : le sorgho. Mais le chemin est encore long.
En Essonne, dans le sud de Paris, les champs de blé et de colza se succèdent presque indéfiniment. Pourtant au milieu des carrés jaunes et or, quatre petits hectares verts et rouges dénotent.
« Nous voici au milieu d’un champ de sorgho, présente Eudes Coutté, l'un des rares cultivateurs de sorgho en France, on dirait des sortes de petits plants de maïs de 80 centimètres. La caractéristique du sorgho, c’est qu’on a un épi qui va faire des petites boules vertes qui vont rougir. C’est ces billes que l’on récolte entre septembre et novembre en fonction de la météo.»
Le sorgho est une plante d’Afrique subsaharienne. Elle pousse dans les régions chaudes et sèches. Pour s'épanouir, la céréale a besoin d’une température comprise entre 25 et 35 degrés. S’il y a quelques siècles, elle avait du mal à pousser en France, ces quinze dernières années, de plus en plus de plantations de sorgho se développent. Eudes Coutté s’est intéressé à cette plante il y a 7 ans.
Il raconte : « Je me suis installée dans ma ferme il y a dix ans et je me suis dit avec le réchauffement climatique, si on ne prend pas des décisions dès maintenant, on va aller droit dans le mur, on ne pourra pas tenir une carrière de 42 ans sans changement. Donc, j'ai commencé à m'intéresser à certaines plantes, surtout des plantes venant d'Afrique et je suis arrivée sur le sorgho considéré par le WWF et par l'ONU comme une "plante du futur", donc écoresponsable ».
En effet, le sorgho a besoin de 20 à 25 % d’eau en moins que le maïs et résiste très bien à la sécheresse. Cependant, ce n'est pas non plus une plante miracle et les trois mois complètement secs de cet été ont tout de même altéré certains épis jaunis et desséchés, selon Eudes : « Oui, le sorgho a une capacité à résister un petit peu plus à la sécheresse. Néanmoins, on voit quand même dans le champ qu'il y a certaines parties qui sont un peu plus jaunâtres et qui montrent les effets de la sécheresse et de la canicule successives. »
Toute la société doit s’adapter
Ludovic Joiris s’est associé à Eudes Coutté il y a trois ans. L’agriculteur cultive le lin et est très attentif à la culture d’avenir en général. Depuis près de vingt ans, il pratique l’agriculture de conservation des sols, une pratique qui permet de recréer la fertilité naturelle du sol.
Il faut en général dix à quinze ans pour parfaitement apprivoiser une culture et les deux agriculteurs tâtonnent encore. «Il y a beaucoup d'apprentissage à faire, reconnaît Ludovic. C'est vrai que moi, je ne connais pas suffisamment donc on peaufine, on essaie d'améliorer. Cette année, j'ai eu quelques soucis parce que des limaces sont venues manger les pieds, mais quelque part la partie où il y a moins de pieds se comporte mieux que celle où il y a suffisamment de pieds parce qu'elles ont eu plus d'eau. »
Mais le chemin est encore long, même une fois que la production sera stable, c’est toute la société qui doit s’adapter. Franck Laborde est agriculteur dans les Pyrénées-Atlantiques et président de l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) de la FNSEA, l'un des grands syndicats d'agriculteurs. Les syndicats regroupent aussi les cultivateurs de sorgho, beaucoup moins nombreux. Si le maïsiculteur trouve l’initiative intéressante écologiquement, il sait que, pour le moment, ce n’est pas viable.
« Aujourd’hui, il y a 2,5 millions d’hectares de maïs en France et 35 000 hectares de sorgho. Même si le sorgho apparaît comme une bonne option face aux changements climatiques, si, derrière, le consommateur ne suit pas, les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de produire plus d’hectares », affirme Ludovic.
Sans demande de la part des consommateurs (les éleveurs qui l’utilisent pour nourrir leur bête ou bien des particuliers), sans offre de la part des industriels, Eudes Coutté et Ludovic Joiris ne peuvent, pour le moment, pas vivre de la vente de sorgho. Tous les deux ont des activités alimentaires en parallèle.
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Wed, 09 Sep 2026 - 1068 - Agriculture et canicule: les éleveurs français face au risque de pénurie de fourrage [2/3]
En France, de nombreuses conséquences d'un été caniculaire se font sentir dans le secteur agricole. Après l'impact des vagues de chaleur sur les élevages de volaille, focus aujourd'hui sur le fourrage qui pourrait venir à manquer cet hiver. Face à des prairies brûlées et à des rendements de maïs en forte baisse, une grande partie des éleveurs ont entamé dès le début de l'été leurs stocks de fourrage prévus pour l'hiver, lorsque les animaux ne pâturent plus. Résultat : il va falloir s'adapter pour passer l'hiver. Reportage au sein d'une exploitation à Roy-Boissy, en Picardie.
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Tue, 08 Sep 2026 - 1067 - Agriculture et canicule: après un été noir, les aviculteurs cherchent la parade [1/3]
C’est une hécatombe silencieuse : des millions d’animaux sont morts en France en raison des canicules à répétition cet été. Les volailles, particulièrement sensibles à la chaleur, ont payé un lourd tribut : 2 % du cheptel national a été touché, notamment en Bretagne. Après cet été meurtrier, les aviculteurs réfléchissent déjà à des solutions d’adaptation pour l’année prochaine.
« Ça, c’est un lot qui a subi de plein fouet la canicule », commente Antoine Chaumette en ouvrant la porte d’un des poulaillers de son exploitation bio située à Saint-Gildas-de-Rhuys, dans le département du Morbihan. À l’intérieur, une centaine de poules pondeuses délivrent un medleyde caquetages et de gloussements. « On en a retrouvé mortes dans le poulailler et sur le parcours, soupire l’aviculteur.Leur corps n’arrivait plus à réguler la température. »
L’éleveur a perdu 110 volailles sur un cheptel d’environ 3 000. Du jamais vu pour celui qui exerce depuis neuf ans, dans un département – le Morbihan – jusqu’ici peu habitué aux chaleurs extrêmes. « Nos poulets sont régulièrement dehors et la proximité de la mer apporte régulièrement un vent frais, donc les canicules nous préoccupaient assez peu », admet l’exploitant, surpris par l’épisode de juin qui aura été le plus fatal à ses gallinacés. Un épisode qui lui aura toutefois permis « de mieux connaître désormais le seuil de tolérance des animaux par rapport aux fortes températures. »
Pris de court et peu préparé, Antoine Chaumette a tenté de réagir. Il a opté pour la ventilation naturelle en ouvrant les trappes de ses poulaillers, notamment la nuit, mais au prix d’une surveillance renforcée pour éviter d’aiguiser l'appétit des prédateurs. L’aviculteur espère à terme pouvoir créer des zones d’ombre avec les jeunes pousses d’arbres plantés il y a quelques années sur son exploitation et qui, pour l’instant, n’ont pas atteint leur taille adulte. En attendant, il a fait avec les moyens du bord : « On a tendu deux bâches près des poulaillers pour créer des zones d’ombres. »
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Des œufs plus petits
Ces solutions d’appoint ont été efficaces puisqu’aucune perte n’a été enregistrée dans sa ferme lors des épisodes caniculaires suivants. Mais elles n’ont pas permis d’atténuer les conséquences identifiées sur la production. « Le calibre des œufs a diminué », constate Antoine Chaumette. Dans sa main droite, un œuf de taille classique, dans celle de gauche, un exemplaire d’un bon centimètre de moins. La taille de ses poulets a aussi rétréci. Il en pointe un du doigt : « Celui-ci, d’environ 1,2 kilogramme, doit normalement peser 1,5 kilogramme. Il y a jusqu’à un tiers de poids en moins sur certaines bêtes. La surconsommation d’aliment pendant la canicule leur a davantage permis de réguler la température que de produire de la viande », développe l’éleveur.
Loin d’être résigné ou abattu, Antoine Chaumette perçoit l’été 2026 comme « une leçon » pour les années à venir. D’ailleurs, avec d’autres aviculteurs, il réfléchit déjà à des solutions d’adaptation pour l’été prochain. La priorité : ses poulaillers. Pourquoi pas installer de la ventilation dynamique couplée à des brumisateurs ou repeindre les toits en blanc, comme le font ses confrères maraîchers, pour réfléchir les rayons du soleil au lieu de les absorber et ainsi limiter la fournaise dans ses bâtiments. « Ce sont des investissements, mais ils seront amortis en évitant des pertes les années suivantes. »
Des volailles sensibles à la chaleur
La surmortalité des volailles durant l’été a atteint des niveaux records en France. Jusqu’à 2 % du cheptel national a succombé aux fortes chaleurs, soit entre 3 et 4 millions de poulets, « dont 2 à 3 millions pour la seule canicule du mois de juin », précise Yann Nédélec, directeur général de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. « La précocité de l’épisode, sa durée et le fait que les températures n’ont pas baissé la nuit, ont provoqué des ravages dans certains élevages. »
Cette surmortalité s’explique par l’inadaptation de certaines fermes à des canicules dépassant les 40 degrés à l’ombre et par le fait que les volailles sont particulièrement sensibles à la chaleur. Elles ne transpirent pas, elles halètent pour réguler leur température. Résultat, leur rythme cardiaque s’accélère et elles meurent le plus souvent d’épuisement ou d’étouffement.
C’est dans l’ouest de la France, dans les Pays de la Loire et en Bretagne, que cette surmortalité a le plus lourd impact. La région armoricaine représente à elle seule un tiers de la production nationale de volailles. La mortalité y est telle que les entreprises d'équarrissage se sont vite retrouvées débordées face à l’afflux de carcasses d’animaux morts. Au point que certaines préfectures ont exceptionnellement autorisé les éleveurs à enfouir leurs bêtes sur leurs exploitations.
Brumisation et ventilation
Si les canicules n’ont épargné aucune branche de l’aviculture, c’est bien dans les élevages intensifs que les pertes ont été les plus importantes. Mais les grosses exploitations sont aussi les mieux équipées. À une centaine de kilomètres plus au nord du Morbihan se trouve le petit village de Mauron, où se situe la ferme familiale de Clément Moy, jeune agriculteur de 27 ans. Ses cinq poulaillers géants sont parfaitement outillés : « Une brume envoie un spray d’eau et en parallèle des ventilateurs sortent l’air vers l'extérieur du bâtiment. Ce courant d’air permet de donner un ressenti de frais », développe l’éleveur au moment où les turbines se mettent justement en marche.
Ce système lui a permis de passer l’été sans encombre. Aucune perte dans son poulailler qui compte pas moins de 24 000 volailles et où la température n’a pas dépassé les 30 degrés quand il en faisait dix de plus à l’extérieur. « Aujourd’hui, je peux dire que j’ai réussi à traverser cet été sans casse, mais il ne faut pas croire que cela va durer éternellement comme cela », tempère l’agriculteur.
Un modèle à repenser
Car Clément Moy en est conscient : plus les étés seront chauds et secs, plus il sera difficile de s’adapter. Il plaide pour des changements plus profonds : « Il ne faut pas davantage de brumisation et de ventilation. Il faut se demander pourquoi notre élevage est aussi sensible à la chaleur. Et là, on en vient à des solutions plus complexes qui demandent des investissements plus difficiles à mettre en place pour investir dans des poulets plus résistants, qui grandissent moins vite, et dans des densités d’élevages moins importantes. Le cœur du sujet, c’est de s'interroger sur notre modèle. »
Avec ses 120 vaches laitières et ses cinq poulaillers géants, le jeune éleveur pourrait passer pour un ardent défenseur de l'agriculture productiviste. Il prône au contraire la transition agroécologique dans sa ferme. Mais repenser son modèle aura nécessairement un coût : « Un poulet qui grandit moins vite et des poulaillers avec moins d’animaux, c’est une bonne chose. Mais pour nous, les charges restent identiques. Il faudra donc vendre la viande plus cher et le consommateur devra l’accepter. » Mais Clément Moy le concède : sans accompagnement politique et économique, il ne pourra rien faire. La transition est l’affaire de tous, « de tous les acteurs de la filière », conclut-il.
À écouter dans DécryptageLes droits des animaux, défi démocratique du XXIème siècle ?
Mon, 07 Sep 2026 - 1066 - La rentrée en France: le Porge, sous le signe de la solidarité [5/5]
Toute cette semaine, on vous a fait écouter la rentrée en France : celle des étudiants, des professeurs, des sportives... On finit cette série dans le sud-ouest de la France, au Porge, commune très affectée par les feux record qu'a connus la France cet été. Le réchauffement climatique augmente le risque d'incendies plus intenses et plus fréquents. La Gironde a vu brûler 42 000 hectares dans un mégafeu qui aura fait basculer la région dans un état de désolation. Rien que dans la commune du Porge, village le plus touché de 3 500 habitants, près de 183 maisons ont été détruites, et 7 000 hectares sont partis en fumée. En cette semaine de rentrée, rencontre avec les habitants du Porge, où la solidarité vue pendant les feux est toujours présente.
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Fri, 04 Sep 2026 - 1065 - Football féminin: au niveau amateur aussi, la pratique progresse [4/5]
Cette semaine de rentrée est marquée aussi par la reprise, ce vendredi 4 septembre, de l'Arkema Première Ligue, le championnat de France féminin de football. Au niveau amateur, la pratique attire aussi de plus en plus de jeunes filles. En 2025, la Fédération français de football recensait 250 000 joueuses, dirigeantes, éducatrices et femmes arbitres licenciées, un record. Mais l'institution sportive veut aller encore plus loin et doubler les inscriptions d'ici deux ans. Un objectif ambitieux qui passe par la visibilité des équipes féminines dès le plus jeune âge. Chaque année depuis dix ans, la Vinci Mixed Cup rassemble sur le terrain des jeunes joueuses et des jeunes joueurs pour un tournoi international mixte.
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Thu, 03 Sep 2026 - 1064 - Rentrée scolaire: les étudiants étrangers confrontés à une forte hausse des frais [3/5]
Troisième épisode de notre série consacrée à la rentrée en France. On s'intéresse aujourd'hui à la rentrée des étudiants étrangers, qui font face à une forte hausse de leurs frais. Depuis le début du mois de juillet, les aides personnalisées au logement (APL) ne sont plus versées aux étudiants étrangers non Européens. Seuls les boursiers et les étudiants en activité professionnelle continuent de les percevoir. Déjà affectés par la hausse des frais d'inscription à l'université, cette mesure compromet encore plus leurs possibilités de rester en France. Le reportage de Cassiopée Etchevers.
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Wed, 02 Sep 2026 - 1063 - Rentrée scolaire: la charge mentale des femmes [2/5]
En France métropolitaine, c’est la rentrée scolaire ce mardi 1er septembre pour plus de 11 millions d'élèves. Une période qui rime, pour beaucoup de mères de famille, avec explosion de la charge mentale. C'est-à-dire tout le travail de préparation, de planification et d'anticipation des tâches domestiques. Dans ce cas précis, des tâches relatives à la rentrée des classes. Achat de fournitures scolaires, de vêtements ainsi que les démarches administratives pour l’inscription à la cantine ou aux activités extra-scolaires de leurs enfants par exemple, tout repose quasiment sur les épaules des mères.
À quelques jours de l'ouverture des classes, cette mère de famille achète les fournitures de ses deux enfants. Une tâche qu'elle est la seule à effectuer dans son couple, et donc, la charge mentale, elle connaît bien : « Oui, au quotidien, c'est quelque chose qui est tout le temps constant chez une maman. J'ai envie de vous dire, particulièrement avant la rentrée scolaire où il faut tout acheter, il faut que tout soit prêt, il faut qu'ils aient toutes leurs affaires. Puis il y a aussi le stress de ne rien oublier ». À la question si elle est épaulée par le père, elle répond : « Pour ce qui concerne l'école, c'est moi qui gère tout toute seule. Voilà pour ce qui concerne la rentrée, les réunions de rentrée, la préparation et les devoirs aussi. C'est maman. »
Dans les allées de ce magasin spécialisé, les papas sont très peu nombreux. Mais ce père de quatre enfants tient à le dire : « Les papas sont aussi présents, ont la charge mentale. Elle est à la fois chez les mamans mais aussi chez les papas. Et d'ailleurs, j'en suis la preuve vivante parce que je fais les courses pour les enfants pour leur rentrée scolaire ».
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Pourtant les chiffres le montrent : malgré une amélioration, les femmes sont bien plus nombreuses à ressentir une surcharge mentale. Selon un sondage Ifop publié l'an dernier, 55 % des femmes disent que la charge familiale du quotidien repose essentiellement sur elles, contre 18 % pour les hommes. Et parmi les tâches qui incombent souvent aux mères : l'accompagnement scolaire. Quelques jours avant la rentrée, l'association Espoir de Femmes de la ville des Mureaux a organisé un atelier qui leur est dédié. Parmi les participantes, cette mère de 3 élèves :
« Il y en a en primaire, au collège, qui rentrent au lycée. Donc c'est vrai que c'est compliqué. Réussir à gérer tous les enfants, les devoirs, le stress. Ils ne sont pas dans les mêmes écoles, donc ce qui fait qu'ils réussissent à se diviser. Donc c'est vrai que la charge mentale est dure, et énorme ».
Mais Joanna Dubois, coach scolaire et animatrice de l'atelier, leur a prodigué quelques conseils : « Penser à soi, prendre du recul dans les moments où ça devient difficile. Demander de l'aide, c'est important. Elles ne sont pas toutes seules. Vous parliez de maman solo, mais il y a aussi des maisons comme ici, des personnes qui interviennent auprès des enfants qui peuvent être là pour les aider temporairement. Ça, c'est important, comme la famille. Quand ce ne sont pas les mamans solo, il y a le papa, c'est-à-dire qu'il a aussi son rôle à jouer dans l'accompagnement et l'éducation des enfants, ça c'est important ».
Plus de 80 % des femmes estiment que leur charge mentale est « élevée » en ce qui concerne le suivi de l’éducation des enfants, contre 66 % chez les hommes.
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Tue, 01 Sep 2026 - 1062 - Rentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5]
Lundi 31 août, c'est la rentrée des enseignantes et enseignants, avant de retrouver leurs élèves le lendemain. Et après un été caniculaire, comment enseigner le changement climatique sans inquiéter sa classe ? Comment démêler les fausses informations et dessiner un futur durable et désirable pour les plus jeunes ? Pour relever ces défis, les professeurs retournent sur les bancs de l'école pour se former
Pour mieux outiller les professeurs de France face à l'enjeu transversal de l'éducation au changement climatique, le programme de formation Climasco, porté notamment par l’Office for Climate Education et soutenu par le ministère de l’Éducation nationale, démarre, en cette rentrée des classes, dans trois académies du pays : Rennes, Créteil et La Réunion. Plusieurs milliers de professeurs et professeurs formateurs seront formés d’ici 2029 et il y a quelques semaines, certains ont eu un avant-goût des ateliers.
À Paris, ce jour-là, ils sont une trentaine à écouter attentivement le scientifique Christophe Cassou leur expliquer le fonctionnement du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat auquel il participe. « Le Giec ne fait pas de recherche, il fait une compilation de la littérature scientifique. Cette méta-analyse constitue un socle commun de connaissances pour le monde entier et pour tous les acteurs, qu’ils soient politiques, ONG, syndicats ou grands groupes industriels. »
« C’est très important. Vous ne verrez jamais écrit :“Le Giec dit qu’il faut faire quelque chose. Le Giec dit qu’il faut manger végé. Le Giec dit qu’il faut développer les énergies nucléaires”,insiste le scientifique.Le Giec ne dit pas ça : il présente un panel de solutions possibles. Ensuite, suivant cette évaluation, les avantages et les inconvénients des différentes options, c’est aux États de choisir quelle solution est prise. »
« Aller vers des“futurs désirables” »
Dans leurs écoles, collèges et lycées, ces enseignants abordent déjà le changement climatique avec leurs élèves. Le sujet est même inscrit au programme en France. Pourtant, beaucoup se sentent désemparés : certains manquent de connaissances scientifiques, d’autres de ressources pédagogiques. « Ces questions reviennent souvent :“Pourquoi on doit manger moins de viande ?” ou “Nous, on aime l’automobile. Dès qu’on aura 18 ans, on aura une voiture et on ne prendra plus le bus”, par exemple »,témoigne Stéphanie Didot, professeure de lettres, histoire-géographie et éducation civique dans un lycée professionnel, qui enseigne à des élèves en section automobile, électricité ou maintenance industrielle. Les apprentissages sur le changement climatique entrent parfois en conflit avec ce que disent les familles.
Et surtout, tous les professeurs soulignent le défi de transmettre ces enjeux sans provoquer d’éco-anxiété. Ludovic Joubin, enseignant dans l’Ouest de la France, partage cette préoccupation : « On arrive vite à rendre anxieux les élèves, ou même nous, c'est compliqué d’aller vers quelque chose qui n’est pas positif. Donc, l’état d’esprit de l’éducation au changement climatique est en train de changer,souligne le professeur, il s’agit désormais d’aller vers des choses plus positives, desfuturs désirables, comme cela a été dit plusieurs fois, et de créer des choses que les élèves puissent s’approprier et vers lesquelles ils ont envie d’aller. »
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Prebunker au lieu de debunker
L’objectif de la formation Climasco est aussi de mieux outiller les professeurs face à la désinformation climatique, à laquelle les élèves sont confrontés, particulièrement sur Internet. « Une fois qu’une pièce de désinformation entre dans le système cognitif, notre cerveau la mémorise et la garde. Cela signifie que le travail à faire ensuite est double : démonter la pièce, la “délocaliser” et la substituer par autre chose,explique Elena Pasquinelli, responsable recherche et évaluation à l’Office for Climate Education, qui anime un atelier sur l’esprit critique. C’est pourquoi, dans la recherche sur la désinformation, souvent on propose une autre manière de faire, appeléeprebunking. Elle fonctionne comme une vaccination : je te prépare avant que la désinformation n’arrive, en t’expliquant comment elle pourrait se manifester et quels leviers elle pourrait utiliser. »
Prebunkerau lieu de debunker, une pratique qui fait mouche auprès des participantes et participants.« L'histoire de l’inoculation, c’était hyper intéressant, de travailler en amont desfake news. C’est vraiment ça, l’enjeu », s'enthousiasme Ludovic Joubin. « Il faut qu’on utilise tous la même méthodologie,surenchérit Stéphanie Didot, avec le même lexique, que ce soit en géographie pour identifier un document ou en sciences. L’important, c’est de donner cette méthodologie aux élèves. »
Autre point fort du programme Climasco, son volet recherche, qui évaluera quelle méthode est la plus efficace pour enseigner les enjeux climatiques.
À écouter dans Les dessous de l'infoxComment la désinformation climatique exploite les vagues de chaleur
Mon, 31 Aug 2026 - 1061 - Les passionnés de l’espace: collectionneur, gardien de la mémoire spatiale [5/5]
Pour le dernier épisode de notre série de reportages sur les passionnés de l’espace, rencontre avec Victor Martin-Malburet, collectionneur amoureux de la conquête spatiale. Depuis l’âge de 15 ans, il chine aux quatre coins du monde des photos retraçant les expéditions lunaires de la Nasa.
Une boîte anti-acidité, du film plastique et une manipulation délicate. Victor Martin-Malburet protège ses photos comme on protège un trésor. Les mille cinq cents pépites de son impressionnante collection reposent à l’abri de la lumière dans une cinquantaine de coffrets empilés sur l’étagère de son salon. « Apollo 9 », « Apollo 10 », « Apollo 11 »… Ils sont tous soigneusement classés et retracent onze années de conquête de la Lune par la Nasa, de 1961 à 1972.
Victor Martin-Malburet saisit le coffret « Apollo 11 », celui du premier pas de l’Homme sur la Lune, le 21 juillet 1969. Le passionné s’arrête sur la photo avec laquelle il a commencé sa collection. « Sur cette image, on voit Buzz Aldrin en combinaison spatiale sur le sol lunaire. Dans le reflet de sa visière, on aperçoit Neil Armstrong qui prend la photo,décrit-il. C’est un peu la Joconde lunaire. »
De Mercury à Apollo, en passant par Gemini, toutes les missions spatiales habitées de la Nasa sont documentées. « On ne se rend pas compte que ces expéditions étaient aussi des expéditions photographiques,explique le passionné. À cette époque, chaque minute est une première et chaque mission est l’occasion d’une nouvelle vision extraordinaire que l’Homme n’avait encore jamais vue et que les astronautes immortalisent. »
Ces tirages sont réalisés par la Nasa quelques jours après le retour des astronautes sur Terre. Leur valeur tient donc à leur authenticité, à la texture du papier et à la qualité des couleurs captées par les appareils Kodak, « qui enregistrent la lumière comme ne le fait pas le numérique », appuie Victor Martin-Malburet. Chaque cliché possède un numéro d’identification ainsi qu’un tampon original de la Nasa, accentuant encore un peu plus la valeur de ces tirages.
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Les astronautes sont des artistes
Le collectionneur a débuté cette fastidieuse entreprise à l’âge de 15 ans. Il a parfois mis jusqu’à dix ans pour trouver certains originaux. «Je suis allé en récupérer dans les archives d’astronautes, d’ex-employés de la Nasa ou de scientifiques qui travaillaient sur ces programmes lunaires », témoigne-t-il.
Si cette quête a été aussi longue, c’est en partie parce que l’agence spatiale américaine a tout simplement… jeté certains tirages, n’ayant pas conscience, à l’époque, de leur valeur. « La photographie était surtout utilisée à des fins scientifiques. On ne se rendait pas compte de sa valeur artistique », raconte Victor Martin-Malburet. À ses yeux, les astronautes sont des artistes : « Ils ont ce statut de découvreurs. Ils ont rapporté à l’humanité un nouveau vocabulaire visuel qui dépasse la science et qui devient de l’art.»
Cette collection de photos unique n’a pas vocation à rester dans le salon de Victor Martin-Malburet. Le collectionneur est en contact avec des musées pour exposer cette aventure visuelle au grand public. L’idée va de soi, dit-il, au moment où l’humanité se prépare à poser à nouveau le pied sur la Lune.
Fri, 28 Aug 2026 - 1060 - Les passionnés de l’espace: navigateur astronomique, s’orienter grâce aux étoiles [4/5]
Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Dans ce quatrième épisode, nous prenons la mer à la rencontre de marins amateurs qui se forment à la navigation astronomique. Loin des GPS et de l’électronique embarquée, la technique consiste à déterminer sa position grâce aux astres.
Nous embarquons depuis Belle-Île-en-Mer, une île rocheuse située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Morbihan, dans l’ouest de la France. Plus précisément à bord du Whirlwind, un voilier monocoque de vingt mètres de long. À son bord, un capitaine, un second et quatre navigateurs amateurs, encadrés pendant quatre jours par Philippe Posth.
Avec son ciré jaune, ses cheveux poivre et sel et sa voix grave, l’homme a l’allure d’un marin chevronné. Il n’est pourtant pas un professionnel de la barre, plutôt un navigateur du dimanche, « un plaisancier », précise-t-il. Mais Philippe Posth est avant tout commerçant : il vend des calculatrices, des ouvrages spécialisés et des sextants, l’objet incontournable pour la pratique de la navigation astronomique, sa véritable passion.
« Le sextant est un instrument de mesure optique qui mesure des angles entre des astres et l’horizon », développe ce mordu d’astronomie, exemplaire à la main. L’astre en question peut être la Lune, certaines planètes ou certaines étoiles. Mais dans neuf cas sur dix, c’est le Soleil qui est visé, car il est plus facile à identifier.
Margo, l’une des quatre stagiaires, se lance dans une démonstration avec le maximum de précautions : « Je dois d’abord mettre les filtres pour protéger mes yeux», dit-elle en portant le sextant à son œil. « Je le lève vers le Soleil, puis je tourne le cadran, qu’on appelle le limbe, pour ramener l’image du Soleil vers l’horizon et ainsi déterminer l’angle », précise cette navigatrice amatrice qui aimerait perfectionner ses connaissances dans le monde de la voile.
Mais l’exercice tourne court. Les nuages s’amoncellent au-dessus du voilier, empêchant toute percée du Soleil. L’horizon devient laiteux. Margo retire un filtre, puis deux, dans une ultime tentative de visée, mais rien n’y fait, le ciel est couvert pour de bon. C’est la limite de la navigation astronomique : la météo doit obligatoirement être de la partie pour réaliser des relevés exploitables.
« La visée au sextant est l’étape la plus difficile», confirme Philippe Posth. Elle exige concentration et précision. Un mauvais réglage de l’appareil ou une lecture imprécise peuvent provoquer des écarts importants. « Une erreur de quatre secondes dans l’heure de la prise de vue entraîne un écart d’un mille marin à l’arrivée. »
Calcul de trigonométrie
La prise de vue n’est que la première étape. Le deuxième acte se joue autour d’une table dans la cale du voilier. Il s’agit de convertir en longitude et en latitude les relevés réalisés au sextant, en effectuant une série de calculs mathématiques qui a de quoi effrayer les yeux novices.
« Ce ne sont que des additions et des soustractions, tempère Philippe Posth. La seule difficulté, c’est de savoir où trouver la recette. » On l'obtient grâce à deux ouvrages : les éphémérides, « qui donnent la position des astres pour chaque heure et chaque seconde de l’année », et des tables de navigation précalculées qui permettent de résoudre rapidement de copieuses équations de trigonométrie.
Avec le résultat obtenu, on obtient une localisation volontairement… fausse. « C’est un raisonnement par l’absurde, explique Philippe Posth. On part d’une position erronée et on utilise cette erreur pour corriger la fausse position et obtenir la position exacte. »
Ce périple mathématique permet de déterminer une droite de hauteur. Le voilier se trouve quelque part sur ce tracé. Où exactement ? On l’ignore encore. Pour le savoir, il faut tout recommencer depuis le début ! La visée et les calculs. Mais au minimum trois heures plus tard, lorsque le Soleil a bien tourné. « La seconde visée permet de croiser la première droite de hauteur. L’intersection des deux droites donne la position exacte du navire. »
L'apparition du GPS à la fin du 20e siècle a relégué la navigation astronomique dans les livres d’histoire et le sextant dans le club des objets patrimoniaux. Mais aussi pratique soit-elle, la technologie n’est pas infaillible, d’où l’utilité de se former. « J’aimerais être autonome en cas de problème électronique à bord de mon bateau, développe Margo. Si vous n’avez aucun moyen de connaître votre position, vous êtes à la merci de vous échouer sur un rocher par exemple, dont vous ignorez l’existence, car vous ne pensez pas être là où vous êtes. »
Une navigation autonome et intuitive
Le sextant et la navigation astronomique retrouvent également un intérêt stratégique dans le monde version 2026. « Dans les marines française et américaine, le sextant, un temps oublié, est à nouveau utilisé, remarque Laurent Nieuwjaer, le capitaine du Whirlwind. La guerre technologique se traduit par le brouillage des systèmes de navigation. Le fait de pouvoir se positionner de façon empirique et manuelle permet une navigation plus sûre. »
Au-delà de l’aspect utile, ajoute-t-il, la navigation astronomique offre le plaisir de voguer de façon plus intuitive, à l’opposé de ce que propose la tablette tactile, accrochée à la barre du voilier qu’il dirige. «Elle me détaille la route à suivre et les obstacles à éviter. Si le bateau dispose en plus du pilotage automatique, il peut suivre une route seul, sans aucun problème. »
Réinvestir cette technique de navigation est une façon de préserver un pan entier de la culture marine et de l’histoire des grands explorateurs, dans laquelle se projette Margo : « Je trouve cela romantique de me sentir, à ma petite échelle, dans la même lignée que les navigateurs du 18e siècle, qui ont traversé les océans avec le sextant comme clé de réussite de leur navigation. »
Placer sa route entre les mains du ciel, complète Philippe Posth, est aussi le meilleur moyen d'y être plus sensible. « C’est extraordinaire, on arrive à une précision de l’ordre de deux à trois kilomètres, en ayant mesuré le Soleil qui est à 150 millions de kilomètres. La navigation astronomique permet de voir le ciel avec un autre regard, en comprenant la position des astres les uns par rapport aux autres. C’est l’astronomie du côté pratique.»
En vingt-cinq ans de formation, Philippe Posth a vu passer peu de jeunes marins et le regrette. Mais il se console en se disant que cette passion se découvre peut-être avec l’âge.
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Thu, 27 Aug 2026 - 1059 - Les passionnés de l’espace: chasseurs de météorites, l’univers à portée de main [3/5]
Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Dans ce nouvel épisode, nous partons à la chasse aux météorites. Lorsque l’une d’elles termine sa course sur Terre, les scientifiques se mobilisent pour la récupérer afin de l’étudier. Pour les aider, ils font parfois appel à des citoyens volontaires qu’ils forment aux techniques de recherche. Comme ici, dans le cadre du festival d’astronomie de Fleurance, dans le sud-ouest de la France.
Casquettes, sacs à dos et baskets au pied : les cinquante volontaires du jour se sont parfaitement équipés pour la quête qui s’annonce. Dans la petite assemblée, beaucoup de passionnés d’espace et quelques familles accompagnées de jeunes enfants.
L’assistance se tait au moment où Sylvain Bouley, planétologue, vice-président de la Société astronomique de France, s'éclaircit la voix pour faire une annonce : la nuit précédente, une météorite a terminé sa course sur Terre et, coup de chance, elle s’est écrasée à quelques centaines de mètres. « Nous avons vu un énorme flash lumineux à 30 kilomètres d’altitude, puis le bolide s’est fragmenté en plein de morceaux », raconte le chercheur. « L'objectif, c’est de les retrouver ».
Cette chasse aux météorites est en réalité un exercice et les volontaires le savent. Une heure avant d’accueillir le public, Sylvain Bouley a caché une vingtaine d’échantillons, répartis sur quatre champs de blé fraîchement coupé. Le groupe se divise en quatre et lance les recherches.
La quête, d’apparence ludique, devient rapidement difficile : les éclats de météorites à trouver ne sont pas plus gros qu’un dé à jouer. Et la zone à couvrir fait environ cinq hectares. « Lorsque nous avons un caillou de deux centimètres à retrouver sur une surface aussi grande, nous avons besoin du public et de citoyens qui ont appris à observer, explique Sylvain Bouley. L’objectif est donc de former les gens un peu partout en France pour les appeler le jour où une véritable météorite s’échoue sur Terre. »
Et ce vœu ne relève pas de la science-fiction. En février 2023, au-dessus de la Normandie, un bolide de 650 kilogrammes se désintègre dans l’atmosphère avant d’éparpiller une centaine de fragments au sol sur un rayon de 7 kilomètres. Quelques heures seulement après l’impact, Sylvain Bouley et son équipe réunissent deux cents personnes pour mener les recherches. Plusieurs morceaux ont été retrouvés.
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Reconnaître une météorite
Les apprentis chercheurs du jour espèrent la même chose. Durant deux heures, les quatre groupes avancent en rang serré, concentrés, les yeux braqués vers le sol. Aurélie participe à l’atelier avec sa fille Abygaëlle, petite tête blonde très énergique, « une fan de cailloux ». « Je suis une très grande collectionneuse », lance la principale intéressée, déclenchant le rire de sa mère. « Elle en a une étagère entière dans sa chambre », confirme la maman d’un ton qui laisse supposer que cette collection est un peu envahissante.
Pour le moment, Abygaëlle n’a trouvé « que des cailloux jolis », mais pas de météorites. Elle sait les distinguer : « Les météorites n’ont pas trop de trous, alors que les autres cailloux ont des trous très creusés », croit savoir l’enfant.
Dans les faits, c’est un peu plus compliqué, corrige Sylvain Bouley : « Une météorite a une croûte de fusion noire, due à l’échauffement de la roche par compression et frottement au moment de sa rentrée dans l’atmosphère. Par ailleurs, une météorite a des faces planes, arrondies et assez propres que l’on va pouvoir différencier des cailloux présents depuis un certain temps. Ils peuvent ressembler à des météorites, mais ils n’en sont pas ».
Et c’est sans doute cette impression d’avoir trouvé, toutes les deux minutes, une météorite qui n’en est pas une, qui rend l’exercice si difficile. Les nerfs des participants sont mis à rude épreuve, si bien qu’après une heure d’observation assidue, aucune météorite n’a été retrouvée.
Les groupes repartent en sens inverse, emmenés par Claire Loubière, l’une des encadrantes. Cette professeure de physique-chimie dans un collège de la région parisienne se dit séduite par ce projet de science participative : « C’est chouette de se dire qu’on a aidé un scientifique à avancer dans sa recherche. Ce n’est pas du tout l’image du chercheur seul dans son laboratoire ou sur le terrain. On se rend compte que c’est un milieu accessible à tous, y compris à des jeunes de dix ans qui peuvent trouver des cailloux utiles à la science ».
Une fenêtre sur les origines de l’univers
C’est justement un enfant de dix ans, Emmanuel, qui fait la première trouvaille, sous les applaudissements de son groupe. Le jeune garçon range immédiatement le fragment dans son sachet. Si ce n’était un exercice, c’est plutôt Brigitte Zanda qui aurait récupéré le fragment vieux de 4,56 milliards d'années et source d’information sur les origines de l’univers, explique cette astrophysicienne : « La plus grande fraction des météorites provient de petits corps qui ont très peu évolué depuis la formation du système solaire et qui étaient donc présents au moment où le soleil se formait. Tant qu’on n’a pas analysé une nouvelle météorite, on ne peut pas savoir si elle n’a pas des renseignements incroyables à nous apprendre ».
Mobiliser le public est d’autant plus important que le nombre de météorites retrouvées en France a drastiquement diminué sur les deux-cents dernières années. « On en a retrouvé 45 au cours du 19e siècle, seulement 9 au 20e siècle », commente Brigitte Zanda. Pourtant, le nombre d’impacts reste stable : environ deux à trois par an en France, plusieurs dizaines de milliers chaque année dans le monde.
« Pour retrouver une météorite, il faut la voir tomber », explique la chercheuse. « Or, nos modes de vie ont changé. On regarde moins le ciel qu’avant, car on vit moins à la campagne. Par ailleurs, les plaisirs cathodiques, type télévision et smartphones, détournent notre attention des étoiles. »
Aujourd’hui, les méthodes d’observation se sont en partie automatisées. Avec Brigitte Zanda, Sylvain Bouley a créé le programme science participative Vigie Ciel et en 2014 le programme FRIPON, un réseau composé d’une centaine de caméras, installées sur des observatoires, des universités, des musées, qui surveillent le ciel jour et nuit et détectent les chutes de météorites. Depuis, ces vigies ont essaimé à l’étranger, en Europe, mais aussi en Afrique, notamment au Sénégal.
Après deux heures d’exercice, les encadrants sifflent la fin de la quête. Toutes les météorites n’ont pas été retrouvées. Heureusement, Sylvain Bouley et ses équipes les avaient cachées en prenant soin de noter avec précision leur géolocalisation. Elles seront récupérées.
En fin de journée, tous les participants – y compris ceux qui n’ont rien trouvé – repartent avec une météorite et un certificat d’authenticité. C’est le cas d’Abygaëlle et sa maman Aurélie, qui ont finalement retrouvé deux fragments. « On va pouvoir les ajouter à notre collection, mais celles-ci auront une valeur particulière », sourit la mère. Abygaëlle a déjà une idée de leur emplacement : « sur les étagères de la bibliothèque du salon ».
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Wed, 26 Aug 2026 - 1058 - Les passionnés de l’espace: les radioamateurs, à l’écoute de l’univers [2/5]
Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Aujourd’hui, portrait de Vincent Plousey, un radioamateur dont la passion est de capter les signaux radio émis depuis l’espace par des satellites. Un loisir accessible, puisqu’il ne nécessite pas de matériel particulièrement sophistiqué.
Sur sa carte d’identité, il est bel et bien Vincent Plousey. Dans son monde à lui, on l’appelle plutôt « F0GXR » pour « Foxtrot, Zéro, Golf, X-Ray, Roméo ». Une série de mots qui correspond à son immatriculation de radioamateur en alphabet radiophonique international. On la retrouve cousue sur sa casquette.
Vincent Plousey vagabonde via les ondes radio depuis l’âge de dix ans. Tout a commencé sur un poste de radio, celui de son père, qui avait la propriété de capter les ondes courtes transportant le signal de radios étrangères. «En tournant les boutons, je suis tombé sur Radio Moscou, Voice of America, Radio Vatican, RFI… Immédiatement, cela a été un choc car, depuis ma banlieue parisienne, j’avais accès au monde entier ! »
De ce « coup de foudre » naît une passion : le radioamateurisme. En 2024, la France comptait 15 000 radioamateurs et 400 radio-clubs actifs, selon l’Agence nationale des fréquences, qui délivre les certifications après le passage d’un examen obligatoire pour se lancer sur les ondes. Vincent Plousey a obtenu la sienne en 2012.
Écouter l’espace depuis chez soi
Depuis, il a élargi son horizon : terminée l’écoute des radios du monde entier. Désormais, il explore tous les signaux qui arrivent de l’espace et plus précisément des satellites.
Ce jour d’avril 2026, devant son garage, muni d’une antenne et d’un récepteur, il parvient à capter un échange entre l’astronaute française Sophie Adenot et des élèves sur Terre au moment où la Station spatiale internationale (ISS) passe au-dessus de la France. On entend parfaitement la spationaute répondre à une question sur son train de vie et celui de ses collègues à bord du laboratoire spatial.
« Au début, il y a toujours un moment de frisson du fait du délai de connexion, commente Vincent Plousey. Le vrai moment de bonheur, c’est quand on l’entend parfaitement. » Le radioamateur insiste sur la simplicité avec laquelle un tel contact est réalisé : « Avec un simple récepteur et une antenne télescopique, on peut capter la station en deux minutes, et ça, c’est génial !»
Pour Vincent Plousey, la plus-value du radioamateurisme réside justement dans sa capacité à être accessible à tout un chacun. De fait, la pratique ne demande pas d’avoir chez soi un matériel digne de celui de la NASA, y compris pour capter des satellites plus lointains que l’ISS.
Car après la Station spatiale internationale, en orbite à 400 kilomètres de la Terre, le quinquagénaire entreprend une connexion avec un satellite maritime géostationnaire situé à 36 000 kilomètres de notre planète.
Et preuve que l’expérience est possible même avec du matériel rudimentaire, le passionné va utiliser… une boîte de conserve en guise de parabole. « Elles ont la bonne taille et le bon diamètre pour recevoir des fréquences d’un gigahertz émises par ce type de satellite », explique Vincent Plousey. « Créer ses propres antennes, c’est aussi ce qui intéresse les radioamateurs », ajoute-t-il.
Avec du fil de cuivre, le radioamateur accroche une conserve métallique au trépied d’une lunette astronomique tournée en direction du satellite géostationnaire. Plusieurs câbles lui permettent de relier le tout à un logiciel installé sur son ordinateur. La démonstration peut commencer.
Après quelques minutes de réglages et quelques modifications de l’installation, les premiers signaux apparaissent sur l’analyseur de spectre. Vincent Plousey pointe son doigt vers l’écran : « Vous pouvez voir des lignes verticales typiques des transmissions de données par satellite », explique le passionné.
Sensibiliser la jeunesse
Capter des satellites toujours plus lointains, se mesurer à d’autres radioamateurs : c’est ce qui motive Vincent Plousey, même plusieurs années après ses débuts dans le milieu.
Mais il le reconnaît, à l’heure du tout numérique, et alors que la pratique demeure majoritairement masculine et vieillissante, il est difficile d’intéresser les plus jeunes aux ondes radio. Il a pourtant des arguments à faire valoir. « Les jeunes se disent concernés par les problématiques liées à l’écologie. Nous sommes modernes sur ce point : je recycle en donnant une seconde vie à mes boîtes de conserve. Cela devrait leur plaire ! »
Vincent Plousey essaie autant que possible de transmettre sa passion aux jeunes pousses en partant de sa propre histoire. « C’est un devoir de dire à ces jeunes des villes ou des campagnes que, même s’ils n’ont pas fait de grandes études, comme c’est mon cas, ils peuvent tout de même réaliser de belles expérimentations techniques et technologiques avec un certificat de radioamateur.»
Un passe-temps qui pourrait occuper Vincent Plousey encore plusieurs années. Son prochain défi : capter la première station privée, nommée Haven-1, dont la mise en orbite est prévue début 2027.
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Tue, 25 Aug 2026 - 1057 - Les passionnés de l’espace: astrophotographe, capturer la beauté de l’univers [1/5]
Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Pour ce premier épisode, rencontre avec Aude Nowak, astrophotographe qui arpente les sommets des Alpes, loin de la pollution lumineuse des villes, pour capturer l’éclat des étoiles, des nébuleuses et de la Voie lactée.
Elle nous a donné rendez-vous entre le Mont-Blanc et l’Aiguille du Midi, dans la station de Chamonix, au cœur des Alpes françaises. Aude Nowak, astrophotographe depuis huit ans, s’apprête à passer une nouvelle nuit sous les étoiles pour en saisir toute la beauté à travers l’objectif de son appareil photo.
Quelques jours auparavant, la Savoyarde nous avait prévenus : « Prenez de bonnes chaussures et des habits chauds ». Car pour obtenir les clichés souhaités, il faut aller loin, mais il faut surtout aller haut. Direction le Brévent, imposant sommet rocheux qui culmine à 2 500 mètres d’altitude.
On y accède par deux télécabines, puis une bonne heure de marche. Un parcours sinueux, rocailleux et parfois glissant, entre deux névés, pas totalement fondus en ce mois de juin. Sur la route, une marmotte et trois bouquetins que notre présence ne semble pas effrayer.
Aude Nowak a repéré les lieux la veille. Elle sait donc exactement où elle va planter sa tente. Face à celui qu’elle appelle « le roi », le Mont-Blanc, dont la cime est encore plongée dans les nuages. « Je vais dormir avant et après les prises de vue », explique-t-elle.
23h. Après un sommeil de trois heures, le réveil sonne au moment où le spectacle céleste débute. Cette fois, le ciel est parfaitement dégagé et permet d’apprécier, ici, la constellation de la Grande Ourse, là, Vénus et Jupiter, visibles à l'œil nu. Mais ce qui intéresse la photographe, c’est la nébuleuse de la Lagune et la Voie lactée qu’elle souhaite capturer entre l’Aiguille du Midi, le mont Maudit et le Mont-Blanc.
Viser juste dans l’obscurité
Emmitouflée dans sa doudoune, lampe frontale vissée sur la tête, Aude Nowak installe le trépied et le boîtier. Si la nébuleuse est invisible pour la rétine, elle ne l’est pas à l’objectif de l’appareil photo qui capte les couleurs, y compris dans le noir. Grâce à une application sur son téléphone, elle sait dans quelle direction le tourner pour viser juste.
Après quelques minutes, la lagune apparaît derrière la montagne. Clac ! Une vingtaine de prises est nécessaire pour obtenir une image parfaite du nuage rouge de poussière et de gaz. « Elle est magnifique », murmure la photographe.
Pour obtenir un cliché aussi coloré, l’appareil photo doit être défiltré et programmé sur un temps de pose élevé – généralement trente secondes – afin de capter un maximum de lumière dans l’obscurité. Le souci est que la Terre tourne. Et vite. Une moitié de minute suffit pour observer un décalage de l’image. Résultat, les étoiles apparaissent floues.
Alors, sous son boîtier, Aude Nowak a installé une monture équatoriale. « C’est un petit appareil motorisé qui va faire pivoter l’appareil photo pour suivre exactement la rotation de la Terre.» Et ainsi obtenir une image parfaitement nette du ciel.
Les adversaires de l’astrophotographie
L’astrophotographie est une affaire d’obstination mêlée à de la chance. Obstination, car il faut être téméraire et aventureux pour enchaîner plusieurs nuits d’affilée en haute montagne, par quelques degrés, pour obtenir LA photo. De la chance, car la météo doit nécessairement jouer le jeu. « C’est le vrai challenge de l'astrophotographie », explique la passionnée.
D’autant que certaines images ne sont réalisables que quelques jours dans l’année. « En cas de mauvais temps, il faut donc attendre l’année suivante ou l’année d’après », commente la photographe, qui attendait depuis deux ans de pouvoir réaliser les captures obtenues ce soir-là. « La première fois que j’ai essayé, le temps était trop mauvais contrairement à ce que m’avait indiqué l’application météo. Redescendre de la montagne sans rien, c’est un crève-cœur.»
L’autre défi tient à la saturation du ciel par d’autres objets lumineux que les étoiles. « Les satellites notamment laissent des traces sur les images », explique Aude Nowak qui fait le constat de leur nombre croissant ces dernières années. Heureusement, les logiciels de traitement d’images parviennent à les effacer assez facilement. Mais ils ne sont pas infaillibles. « Les supprimer à la main sur l’ordinateur est un travail fastidieux », soupire la Savoyarde.
Jamais lassant
Pour autant, l'astrophotographe ne changerait pour rien au monde son cadre de travail. « La montagne, c’est mon univers. Je connais l’histoire de l’alpinisme. Donc, quand je vois des sommets, je vois des itinéraires, des histoires d’alpinistes, et l’alliance avec le ciel me parle et me touche », raconte-t-elle.
« J’aime aller chercher ce qui n’est pas facile d’accès, poursuit-elle. Cela fait partie de ma personnalité. J'aime ramener aux gens qui n’ont pas tous accès à ces endroits un petit bout de la beauté de l’univers. »
Même si tous les mois ne se ressemblent pas, même si gravir les sommets a un coût financier – prix du téléphérique, du parking –, Aude Nowak affirme vivre de sa passion. Ses clichés ne dorment jamais longtemps sur la carte mémoire de son appareil photo : ils sont tirés en grands formats, puis exposés et pour certains vendus.
La rencontre et les échanges avec le public intéressent la photographe. « Ce qui est motivant, c’est de comprendre pourquoi ils achètent mes productions et quel est leur ressenti face à mes images. Je trouve ça magnifique. »
À la question de savoir si elle pourrait se lasser de prendre en photo les montagnes et les étoiles, Aude Nowak répond par la négative. Notamment parce qu’elle n’a pas rempli l’objectif qu’elle s’est fixé. Celui de prendre en photo les astres depuis tous les sommets alpins de plus de 4 000 mètres. Il y en a précisément 82, répartis entre la France, la Suisse et l’Italie. « Je dois en avoir fait la moitié», confie-t-elle dans un éclat de rire. Alors non, elle ne rangera pas de sitôt l’appareil photo au placard.
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Mon, 24 Aug 2026 - 1056 - L'affaire Robert Boulin: bientôt élucidée, 47 ans après? [5/5]
Dernier épisode de notre série sur la mort du ministre Robert Boulin en 1979. Si en 1992 la justice avait entériné la thèse du suicide, l'accumulation au fil des ans d'éléments troublants et de témoignages ont remis en cause cette thèse et pointé vers un possible assassinat politique, dans le contexte de la guerre des droites entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing. Rouvert en 2015, le dossier vient d’être confié au pôle cold case de Nanterre, spécialiste des crimes non élucidés. Un réel espoir pour Fabienne Boulin, la fille du ministre, qui se bat depuis bientôt 50 ans pour la vérité.
À écouter dans l'Invité politiqueAffaire Robert Boulin: «L’espoir que la vérité judiciaire soit enfin rendue», Benoît Collombat, directeur de la Cellule investigation de Radio France
Fri, 21 Aug 2026 - 1055 - Affaire Boulin: le témoin de la dernière heure et la théorie de la guerre des droites [4/5]
Quatrième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. Octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Pour Fabienne Boulin, sa fille, la mort de son père est liée à la guerre des droites qui, à l’approche de la présidentielle de 1981, opposait le président Giscard d’Estaing au RPR de Jacques Chirac et son bras droit, Charles Pasqua. Pourtant, la thèse du suicide est entérinée par la justice en 1992. Jusqu'à ce qu’en 2015, elle rouvre l’enquête : au fil des ans, des éléments matériels et de nombreux témoignages ont profondément remis en cause la thèse du suicide.
Thu, 20 Aug 2026 - 1054 - Affaire Boulin: dans les années 1990-2010, l’enquête parallèle [3/5]
Troisième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Vᵉ République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort. En 1983, une seconde autopsie, qui révèle que Robert Boulin a des fractures au visage, remet en cause la thèse officielle du suicide. C’est pourtant cette thèse que la justice entérine en 1992. Au cours des deux décennies suivantes, famille et journalistes vont se livrer à une enquête parallèle. Fabienne, fille du ministre, raconte 47 ans de combat.
Wed, 19 Aug 2026 - 1053 - Affaire Robert Boulin: en 1983, la thèse du suicide remise en cause [2/5]
Deuxième épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République. En octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort. Depuis, sa famille, convaincue qu’il s’agit d’un assassinat politique, se bat pour que la justice explore les zones d’ombre qui entourent son décès. Le pôle cold case vient d’ailleurs de reprendre le dossier. En 1979, la thèse officielle est celle du suicide. Mais en 1983, une seconde autopsie la remet en cause. Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Robert Boulin et 47 ans de combat.
Tue, 18 Aug 2026 - 1052 - Affaire Robert Boulin: 1979, mort d’un ministre en exercice [1/5]
Premier épisode de notre série consacrée à l'un des plus grands mystères de la Ve République : l'affaire Robert Boulin. Nous sommes en octobre 1979. Robert Boulin, ministre de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort. Il se serait suicidé. Mais sa famille, elle, en est sûre : il s'agit d'un assassinat politique. Depuis, elle se bat pour que la justice explore les zones d’ombres qui entourent sa mort. Le pôle cold case, spécialisé dans les crimes non élucidés, vient de s’emparer du dossier : est-ce pour enfin résoudre cette affaire ? Fabienne, fille du ministre, raconte son affaire Boulin.
Mon, 17 Aug 2026 - 1051 - Portraits des diasporas africaines: Valérie Senghor, la culture en héritage [5/5]
Chirurgienne, éditeur, patineuse, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d’aujourd’hui, riche de ses talents et de ses diversités, et leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Né(e)s ici ou venu(e)s d’ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Dans ce dernier épisode, Valérie Senghor, 54 ans, est à la tête du Centquatre-Paris, un établissement culturel de la Ville de Paris situé dans le 19e arrondissement de la capitale. Très discrète sur ses origines, elle est l'arrière petite-nièce du célèbre poète et chef d'État Léopold Sédar Senghor.
Elle s'appelle Valérie Senghor comme l'homme d'État, poète et écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor : « C'était mon grand oncle paternel. Le frère de mon grand-père paternel. Je l'ai connu à la fin de sa vie », confie celle-ci, qui n'en dira pas plus sur cet homme illustre. Et l'héritage généalogique de Valérie Senghor, pudique et très discrète sur le sujet, ne s'arrête pas là puisque son père était, lui, le célèbre cinéaste et diplomate Blaise Senghor.
« Je suis particulièrement heureuse de reprendre et de poursuivre cette trajectoire au service de l'art et de la culture avec ce double héritage, celui de mon grand-oncle paternel et celui, plus direct, de mon père qui était un homme de culture, un cinéaste et qui a beaucoup œuvré à la mise en place de systèmes de production et de diffusion du cinéma au Sénégal. Il était également le représentant permanent du Sénégal auprès de l'Unesco », reprend-t-elle.
Dans les pas de ses illustres parents, Valérie Senghor, 54 ans, dirige depuis novembre 2025 le Centquatre dont elle a accompagné le lancement. Ayant aussi contribué à son développement, elle en connaît l'histoire sur le bout des doigts : « Là, vous voyez, c'est le clocher. Il ne fonctionne plus aujourd'hui,lance-t-elle dans un sourire. D'ailleurs, peu de Parisiens connaissent sa fonction première. Le Centquatre était historiquement le siège des pompes funèbres de la Ville de Paris, un lieu inscrit aux Monuments historiques où étaient fabriqués les cercueils, les ornements funéraires et où était centralisée toute la logistique pour les convois des défunts de toute la capitale ».
Quand elle en parle, ses yeux s'illuminent, elle est intarissable
Atypique et pluridisciplinaire, le Centquatre-Paris est aussi un lieu de liberté, d'ouverture sur la ville et d'émancipation pour ceux qui s'accaparent les espaces pour pratiquer toutes sortes d'arts. « On voit autant les danseurs que les jongleurs qui viennent spontanément pour les répétitions et comme vous l'avez vu, nous ne les connaissons pas ».
Mais ne comptez pas sur elle pour revendiquer une origine. Elle n'aime pas non plus qu'on l'associe uniquement à une couleur de peau.
« J'ai eu l'opportunité, ces dernières années, de travailler pendant six ans au sein du Centre des monuments nationaux. J'ai aussi eu la chance d'occuper des fonctions au sein du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. J'ai accompagné le lancement et le développement du Centquatre pendant plus de dix ans et j'ai été la directrice adjointe du Centquatre de 2016 à 2018. Donc j'ose croire que c'est ce parcours et cette expérience qui ont amené la Ville de Paris à s'intéresser à ma candidature », affirme celle-ci.
Valérie Senghor s'appuie sur ce parcours pour innover et pour proposer un programme éclectique. Avec, à l'affiche pour la saison 2026-2027, plusieurs festivals qui mettent en résonance des récits, des architectures et des œuvres d'art.
Fri, 14 Aug 2026 - 1050 - Portraits des diasporas africaines: Christian-Brice Ondo, un éditeur gabonais dans la cour des grands [4/5]
Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d’aujourd’hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d’ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce quatrième épisode, le Gabonais Christian-Brice Ondo nous raconte comment à 51 ans il mène une carrière d'éditeur. Depuis 2021, il dirige sa propre maison d'édition, Obangame. À taille humaine. Sa particularité : éditer ses « coups de cœur » et surtout donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants.
Lunettes rivées sur le nez, cheveux coupés à ras, surtout ne vous plongez pas dans son regard qui dissimule un passé douloureux : « À trois mois, j'ai failli mourir à la naissance,lance-t-il de manière inattendue. J'ai eu une maladie très rare, j'avais des bassines de pus dans les poumons, donc pour me soigner j'ai été évacué très tôt en France. À chaque fois que je croisais des tantes ou des oncles, je ne comprenais pas pourquoi ils lançaient sur mon passage : Ah ! Voici le miraculé, il a failli mourir ».
« Un enfant miraculé !»dans le monde de l'édition
À 51 ans, le Gabonais, Christian-Brice Ondo, avant d'embrasser le monde de l'édition, a eu une première vie : « Avec mon frère, on avait monté une maison de production pour réaliser des documentaires. Et j'ai rencontré l'éditeur camerounais Dieudonné Gnammankou, à la tête de Dagan éditions, il faisait la promotion d'une bande dessinée dédiée au célèbre footballeur Samuel Eto'o. J'ai eu un véritable coup de cœur pour cet homme qui est également historien ».
Les coups de cœur et les coups de foudre semblent rythmer sa vie, c'est l'un des traits de la personnalité de Christian-Brice Ondo. Après sa rencontre avec l'éditeur et historien Dieudonné Gnammankou, il crée à taille humaine sa propre maison d'édition Obangame, en 2021. Obangame signifie en langue fon du Gabon : solidarité indéfectible. « Donc, à travers ce nom-là, j'ai voulu créer des liens entre les cultures à travers la littérature, en fait, c'est la touche un peu africaine de la maison d'édition », explique-t-il.
Donner de la visibilité aux auteurs afro-descendants
Pour Christian-Brice Ondo, les auteurs africains, de manière générale, manquent de visibilité. « Ceux qui ont du talent, c'est très rare qu'on les publie dans les maisons d'édition traditionnelles,regrette-t-il. Il y en a quelques-uns qui réussissent à se faire éditer. Donc, je me suis dit pourquoi ne pas donner la chance à ces talents car il y a une forte demande également. Il y a en effet une diaspora noire, française et africaine qui vit à Paris. Paris, c'est un pôle culturel très important et ces lecteurs afro-descendants veulent lire des livres qui ressemblent à ce qu'ils vivent au quotidien, à leur culture, à leur univers. Mais il faut aussi que les livres soient de qualité et il faut que les auteurs soient aussi de qualité ».
Le choix des auteurs ? Il se fait à travers des rencontres. « Ce sont des coups de cœur, moi, je ne cherche pas forcément des auteurs. Parce que je pars du principe que ce sont des rencontres, ce sont des coups de cœur. Et sur le plan technique, je fais des contrats à compte d'édition, c'est-à-dire que c'est moi qui prends en charge toute la fabrication du livre et je reverse à l'auteur des droits d'auteur. En fait, je prends des risques quand je décide d'éditer un auteur. Et une petite maison d'édition comme la mienne ne peut pas se permettre financièrement de publier beaucoup d'auteurs», précise l'éditeur. Il prend donc son temps pour choisir les auteurs qu'il souhaite éditer et ce sont les femmes qui dominent… C'est un peu sa fibre féministe. Et parmi elles : l'autrice sénégalaise Sokhna Ndao et son dernier roman, Catharsis.
« Je cherchais un éditeur et j'ai vu que sur son site internet il publiait des femmes noires, je me suis dit qu'il avait une sensibilité particulière pour la littérature féminine ou afro-féminine descendante. Donc, vu les thématiques abordées dans mon roman, je trouverais un écho chez lui ».Un roman engagé, explique l'autrice Sokhna Ndao, qui dénonce les violences faites aux femmes au Sénégal, les violences sexistes, les violences psychologiques, la toxicité des relations, des rapports à autrui. «Et si vous allez sur les réseaux sociaux,souligne-t-elle. Vous allez trouver énormément de hashtags portés par des Sénégalaises pour dénoncer ces violences. »
Une rencontre inattendue
«Ce qu'elle ne vous a pas dit, lance dans un sourire Christian-Brice Ondo, c'est qu'entre la lecture du manuscrit et notre échange, elle a disparu pendant un an, comme Cendrillon. Ce que j'ai beaucoup aimé chez Sokhna Ndao, ce sont les thématiques qu'elle dénonce dans ses livres, elle les porte aussi par sa voix. Et moi, j'aime les auteurs qui ont de la personnalité et qui assument les idées qu'ils véhiculent à travers leurs romans. » Christian-Brice Ondo est un homme de l'ombre, discret, qui s'est donné comme mission d'éditer de nouveaux talents de la littérature afro-descendante.
À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Maé-Bérénice Méité, une étoile sur la glace [3/5]
Thu, 13 Aug 2026 - 1049 - Portraits des diasporas africaines: Maé-Bérénice Méité, une étoile sur la glace [3/5]
Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier… Leurs parcours singuliers racontent la France d’aujourd’hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d’ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce troisième épisode, Maé Bérénice Méité, française d'origine ivoirienne et congolaise, a été six fois championne de France de patinage artistique. Avec deux participations aux Jeux olympiques. Un beau palmarès au niveau national. À 31 ans, elle s’entraîne aux États-Unis pour revenir au plus haut niveau. Sur les podiums !
« J'aime à dire que ce n'est pas moi qui ai choisi le patinage, mais que c'est le patinage qui m'a choisi, lance dans un large sourire Maé-Bérénice Méité. Ça combine tout ce que j'aime, la vitesse, les sauts, l'expression sur glace, raconter des histoires, entrer dans un personnage. »
Maé, un prénom court et vif comme une signature, à l'image du dynamisme de cette athlète. Ses débuts ressemblent à un véritable conte de fées. Ses parents, originaires de la Côte d'Ivoire et du Congo, s'installent à Vitry-sur-Seine. C'est dans cette banlieue du Sud parisien, où elle a grandi, qu'elle découvre le patinage pour la toute première fois. « La patinoire de Vitry, j'y ai mis les pieds lorsque j'avais à peine 4 ans, j'y suis allée avec l'école et j'ai adoré. Et depuis, je n'ai jamais quitté la glace, donc ça fait maintenant bientôt 27 ans que j'évolue sur des lames et de l'eau glacée», explique-t-elle.
Son profil atypique, c’est sa force
« Moi, je suis athlétique. Loin du stéréotype de la patineuse, vous savez la petite fille longiligne blonde aux yeux bleus, type poupée russe », souligne Maé-Bérénice Méité. Elle évolue dans un sport, le patinage artistique, où les femmes noires au plus haut niveau se comptent encore sur les doigts de la main. Avant elle, il y a eu l'emblématique championne olympique Surya Bonaly, qui a ouvert la voie.
« En fait,explique la championne,j'ai été préparée pour affronter tout ça. Mes parents m'ont assez vite dit : "tu es une femme, donc il va falloir travailler deux fois plus. Tu es une femme noire, donc forcément il va falloir travailler quatre fois plus pour obtenir un résultat égal avec les autres. Même si tu as un potentiel supérieur, il faudra toujours que tu fournisses plus pour prouver ta valeur." Donc, en fait pour moi, ça n'a jamais été un problème quand j'ai commencé parce que je savais à quoi m'attendre et c'est ce que j'ai appliqué partout, que ce soit à l'école, au patinage, j'allais toujours chercher l'excellence. Je suis une compétitrice dans l'âme, je n'aime pas perdre, donc forcément il y a cet esprit de gagne, cette rage de vaincre qui est naturelle. J'ai juste cultivé ça. Donc, pour moi, c'était un mode de vie, donc ça n'a rien changé à mon évolution et à la manière dont j'ai approché la carrière. »
Le patinage rythme sa vie au plus haut niveau.
Sextuple championne de France dans la catégorie élite, Maé-Bérénice Méité a participé aux Jeux olympiques de Pyeongchang 2018 en Corée du Sud. Elle se souvient avec fierté de ce grand moment : « Aujourd'hui, j'aime regarder ces vidéos, ce sont de beaux souvenirs. Mais il fut un temps, je n'aimais pas forcément me regarder patiner parce que j'avais un peu une vision biaisée de ce que je fais. Je ne voyais que le négatif et je n'arrivais pas à apprécier la performance parce que j'étais toujours dans l'autocritique et le jugement constant. L'enjeu, il était face à moi-même, il était de me prouver que je faisais toujours partie des meilleurs mondial. Et l'objectif sur les Jeux olympiques de Pyeongchang n'était pas le même que sur les Jeux olympiques de Sotchi. À Sotchi (en Russie) mon objectif, c'était le top 10. Je l'ai atteint. Et une chose, c'est que quand je prépare mon état d'esprit à atteindre un objectif, je l'ai toujours fait ».
Avant de se quitter, Maé-Bérénice Méité s'arrête devant une fresque gigantesque en plein cœur de la ville qui représente la patineuse tout sourire. C'est un hommage de la commune de Vitry à sa championne.
À lire aussiPortraits des diasporas africaines: Hissein Mahamoud Barkai, le chef pâtissier venu du désert [2/5]
Wed, 12 Aug 2026 - 1048 - Portraits des diasporas africaines: Hissein Mahamoud Barkai, le chef pâtissier venu du désert [2/5]
Chirurgienne, patineuse, éditeur, pâtissier, leurs parcours singuliers racontent la France d’aujourd’hui, riche de ses talents et de ses diversités. Né(e)s ici ou venus d’ailleurs, ces femmes et ces hommes inspirent par leur engagement et leur réussite. Leurs portraits sont autant de modèles pour les générations futures. Dans ce deuxième épisode, Hissein Mahamoud Barkai, originaire du Tchad, est l'un des seuls chefs pâtissiers venus du désert. Un parcours qui bouscule les traditions en s'imposant en tant qu'homme tchadien dans le domaine de la gastronomie avec ses pâtisseries. Il porte avec fierté sur la scène internationale le patrimoine culinaire de son pays.
« Je m'appelle Hissein Mahamoud Barkai. Je suis chef pâtissier, plus connu sous le nom de pâtissier du désert». Grand, élancé, lunettes rivées sur le nez, Hissein Mahamoud Barkai ressemble beaucoup plus à un médecin ou un créateur de mode. Il lui arrive de remplacer la toque par le turban. Ses origines nomades et tchadiennes ne sont jamais loin. Issu du peuple Gourane, sa famille était loin d'imaginer le choix de leur fils : « Pour moi, en tant qu'homme tchadien, dans ma communauté c'était vraiment très mal vu, voire honteux d'exercer ce métier de cuisinier dans sa famille. C'est une tâche qui est réservée aux femmes. Mais moi, dès ma petite enfance, j'avais ce rêve, cette envie et cette passion, mais je n'ai jamais pu m'exprimer ».
Des sablés à base de farine de millet et de bissap en poudre
Aujourd'hui, rendez-vous est pris dans le 18ᵉ arrondissement parisien au House of Africa pour un atelier pâtisserie. Dès qu'il met ses mains dans la farine, c'est un autre homme. Il est heureux. « On va faire des sablés à base de farine de millet, propose le chef pâtissier du Sahel. Elle est riche en fibres. Pour moi, c'est même une farine de futur, sans gluten. Dans de nombreux pays d'Afrique, c'est l'une des bases de l'alimentation et au Tchad, on fait la "boule" avec, qu'on appelle aussi "foufou". Ici, en France, quand on parle de millet, ce sont des graines que l'on donne aux oiseaux. » Sa cuisine poétique invite au voyage.
Pour faire plaisir à ses parents, Hissein Mahamoud Barkai va faire des études de lettres modernes et un jour, il tombe en amour pour une pâtisserie qui va changer sa vie : « Un week-end, je suis allé en bas de chez moi, où il y avait une boulangerie-pâtisserie, et j'ai acheté un Paris-Brest. Ce gâteau, c'était une découverte pour moi, c'était délicieux, et je me suis posé cette question : est-ce que je peux créer autre chose ? En fait, tout est parti de là, de ce gâteau, le Paris-Brest ».
«Je ne me sentais pas vraiment heureux»
Il va longtemps travailler dans l'anonymat pour se construire et il va se consacrer au Paris-Brest qu'il va revisiter. Ce classique intemporel de la pâtisserie française, à base de pâte à choux et de crème pâtissière, le Paris-Brest. Ce gâteau va renaître sous une nouvelle étoile avec cette nouvelle appellation, Le Paris-Ndjamena Kornaka. « Depuis que j'ai acheté ceParis-Brest, j'étais tellement inspiré que je suis retourné à mes fourneaux. Et c'est là que j'ai trouvé les balanites aegyptiaca, ou dattiers du désert, ce sont des amandes qui sont très amères. Et je me suis dit que j'allais réaliser un praliné à base de cette amande, le kornaka. J'ai fait plusieurs essais mais ça ne fonctionnait pas, car c'est très amer. Il fallait arriver à ajuster l'amertume. Ça m'a pris une année entière. Je faisais des tests. Je descendais dans la rue et je faisais goûter ma préparation aux gens. Certaines personnes que je rencontrais m'encourageaient, alors que d'autres trouvaient ça infect. J'étais vexé. Mais à force de persévérance j'ai trouvé la bonne formule, et j'étais heureux, et la pâtisserie est devenue pour moi un jeu d'enfants.»
Moringa, spiruline du lac Tchad, tamarin noir ou encore gomme arabique, plus rien ne l'arrête pour une cuisine qui invite au voyage. Le chef pâtissier Hissein Mahamoud Barkai allie les saveurs de l'Afrique et celles de l'Occident. Et il est fier de publier son premier livre, Le pâtissier du désert, itinéraire d'un Gourane, aux éditions ligne-devie.com, un ouvrage de recettes sucrées, consacré à la gastronomie contemporaine tchadienne.
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Tue, 11 Aug 2026
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